D'un autre côté, je passois ma vie avec Rameau; je le voyois travailler sur de mauvais poèmes, et j'aurois bien voulu lui en donner de meilleurs.
J'étois dans ces dispositions, lorsqu'à la naissance du duc de Bourgogne, le prévôt des marchands, Bernage, vint me proposer, à Passy, de faire, avec Rameau, un opéra relatif à cet heureux événement, et susceptible d'un grand spectacle. Il falloit que, dans cet ouvrage, paroles et musique, tout fût fait à la hâte et à jour nommé.
On se doute bien que de part et d'autre la besogne fut ébauchée. Cependant, comme Acanthe et Céphise[80] étoit un spectacle à grande machine, le mouvement du théâtre, la beauté des décorations, quelques grands effets d'harmonie, et peut-être aussi l'intérêt des situations, le soutinrent. Il eut, je crois, quatorze représentations; c'étoit beaucoup pour un ouvrage de commande.
Je fis moins mal deux actes détachés que Rameau voulut bien encore mettre en musique, la Guirlande[81] et les Sybarites[82]. Ils eurent tous deux du succès; mais j'entendois dans nos concerts des morceaux d'une mélodie après laquelle la musique françoise me sembloit lourde et monotone. Ces airs, ces duos, ces récits mesurés dont les Italiens composoient la scène lyrique, me charmoient l'oreille et me ravissoient l'âme. J'en étudiois les formes, j'essayois d'y plier et d'y accommoder notre langue, et j'aurois voulu que Rameau entreprît avec moi de transporter sur notre théâtre ces richesses et ces beautés; mais Rameau, déjà vieux, n'étoit pas disposé à changer de manière; et, dans celle des Italiens, ne voulant voir que le vice et l'abus, il feignoit de la mépriser. Le plus bel air de Léo, de Vinci, de Pergolèse, ou de Jomelli, le faisoit fuir d'impatience; ce ne fut que longtemps après que je trouvai des compositeurs en état de m'entendre et de me seconder. Dès lors pourtant je fus connu à l'Opéra parmi les amateurs, à la tête desquels, soit pour le chant, soit pour la danse, soit aussi pour la volupté, se distinguoient dans les coulisses les intendans des Menus-Plaisirs. Je m'engageai dans leur société par cette douce inclination qui naturellement nous porte à jouir de la vie; et leur commerce avoit pour moi d'autant plus d'attrait qu'il m'offroit, au sein de la joie, des traits de caractère d'une originalité piquante, et des saillies de gaieté du meilleur goût et du meilleur ton. Cury, le chef de la bande joyeuse, étoit homme d'esprit, bon plaisant, d'un sel fin dans son sérieux ironique, et plus espiègle que malin. L'épicurien Tribou[83], disciple du P. Porée, et l'un de ses élèves les plus chéris, depuis acteur de l'Opéra, et après avoir cédé la scène à Jélyotte, vivant libre et content de peu, étoit charmant dans sa vieillesse, par une humeur anacréontique qui ne l'abandonnoit jamais. C'est le seul homme que j'aie vu prendre congé gaiement des plaisirs du bel âge, se laisser doucement aller au courant des années, et dans leur déclin conserver cette philosophie verte, gaie et naïve, que Montaigne lui-même n'attribuoit qu'à la jeunesse.
Un caractère d'une autre trempe, et aussi aimable à sa manière, étoit celui de Jélyotte[84]: doux, riant, amistoux, pour me servir d'un mot de son pays, qui le peint de couleur natale, il portoit sur son front la sérénité du bonheur, et, en le respirant lui-même, il l'inspiroit. En effet, si l'on me demande quel est l'homme le plus complètement heureux que j'aie vu en ma vie, je répondrai: C'est Jélyotte. Né dans l'obscurité, et enfant de choeur d'une église de Toulouse dans son adolescence, il étoit venu de plein vol débuter sur le théâtre de l'Opéra, et il y avoit eu le plus brillant succès: dès ce moment il avoit été, et il étoit encore l'idole du public. On tressailloit de joie dès qu'il paroissoit sur la scène; on l'écoutoit avec l'ivresse du plaisir; et toujours l'applaudissement marquoit les repos de sa voix. Cette voix étoit la plus rare que l'on eût entendue, soit par le volume et la plénitude des sons, soit par l'éclat perçant de son timbre argentin. Il n'étoit ni beau ni bien fait; mais, pour s'embellir, il n'avoit qu'à chanter; on eût dit qu'il charmoit les yeux en même temps que les oreilles. Les jeunes femmes en étoient folles: on les voyoit, à demi-corps élancées hors de leurs loges, donner en spectacle elles-mêmes l'excès de leur émotion; et plus d'une des plus jolies vouloit bien la lui témoigner. Bon musicien, son talent ne lui donnoit aucune peine, et son état n'avoit pour lui aucun de ses désagrémens. Chéri, considéré parmi ses camarades, avec lesquels il étoit sur le ton d'une politesse amicale, mais sans familiarité, il vivoit en homme du monde, accueilli, désiré partout. D'abord c'étoit son chant que l'on vouloit entendre; et, pour en donner le plaisir, il étoit d'une complaisance dont on étoit charmé autant que de sa voix! Il s'étoit fait une étude de choisir et d'apprendre nos plus jolies chansons, et il les chantoit sur sa guitare avec un goût délicieux; mais bientôt on oublioit en lui le chanteur, pour jouir des agrémens de l'homme aimable; et son esprit, son caractère, lui faisoient dans la société autant d'amis qu'il avoit eu d'admirateurs. Il en avoit dans la bourgeoisie, il en avoit dans le plus grand monde; et, partout simple, doux et modeste, il n'étoit jamais déplacé. Il s'étoit fait, par son talent et par les grâces qu'il lui avoit obtenues, une petite fortune honnête; et le premier usage qu'il en avoit fait avoit été de mettre sa famille à son aise. Il jouissoit, dans les bureaux et les cabinets des ministres, d'un crédit très considérable, car c'étoit le crédit que donne le plaisir; et il l'employoit à rendre dans la province où il étoit né des services essentiels. Aussi y étoit-il adoré. Tous les ans il lui étoit permis, en été, d'y faire un voyage, et, de Paris à Pau, sa route étoit connue; le temps de son passage étoit marqué de ville en ville; partout des fêtes l'attendoient; et, à ce propos, je dois dire ce que j'ai su de lui à Toulouse avant mon départ. Il avoit deux amis dans cette ville, à qui jamais personne ne fut préféré: l'un étoit le tailleur chez lequel il avoit logé; l'autre son maître de musique lorsqu'il étoit enfant de choeur. La noblesse, le parlement, se disputoient le second souper que Jélyotte feroit à Toulouse; mais, pour le premier, on savoit qu'il étoit invariablement réservé à ses deux amis. Homme à bonnes fortunes, autant et plus qu'il n'auroit voulu l'être, il étoit renommé pour sa discrétion; et de ses nombreuses conquêtes on n'a connu que celles qui ont voulu s'afficher. Enfin, parmi tant de prospérités, il n'a jamais excité l'envie, et je n'ai jamais ouï dire que Jélyotte eût un ennemi.
Le reste de la société des Menus-Plaisirs étoit tout simplement des amis de la joie; et, parmi ceux-là, je puis dire que je tenois mon coin avec quelque distinction.
Or, après les dîners joyeux que je venois de faire avec ces messieurs-là, qu'on s'imagine me voir passer à l'école des philosophes, et aux spectacles des bouffons nouvellement arrivés d'Italie, dans le fameux coin de la reine, me glisser parmi les Diderot, les d'Alembert, les Buffon, les Turgot, les d'Holbach, les Helvétius, les Rousseau, tous brûlans de zèle pour la musique italienne, pleins d'ardeur pour élever cet édifice immense de l'Encyclopédie, dont on jetoit les fondemens; on dira de moi en petit ce qu'Horace a dit d'Aristippe:
Omnis Aristippum decuit color, et status, et res.
Oui, j'en conviens, tout m'étoit bon, le plaisir, l'étude, la table, la philosophie; j'avois du goût pour la sagesse avec les sages, mais je me livrois volontiers à la folie avec les fous. Mon caractère étoit encore flottant, variable et discord. J'adorois la vertu; je cédois à l'exemple et à l'attrait du vice. J'étois content, j'étois heureux, lorsque dans la petite chambre de d'Alembert, chez sa bonne vitrière, faisant avec lui tête à tête un dîner frugal, je l'entendois, après avoir chiffré tout le matin de sa haute géométrie, me parler en homme de lettres, plein de goût, d'esprit et de lumières; ou que sur la morale, déployant à mes yeux la sagesse d'un esprit mûr et l'enjouement d'une âme jeune et libre, il parcouroit le monde d'un oeil de Démocrite, et me faisoit rire aux dépens de la sottise et de l'orgueil. J'étois aussi heureux, mais d'une autre façon, plus légère et plus fugitive, lorsqu'au milieu d'une volée de jeux et de plaisirs échappés des coulisses, à table entre nos amateurs parmi les nymphes et les grâces, quelquefois parmi les bacchantes, je n'entendois vanter que l'amour et le vin. Je quittai tout cela pour me rendre à Versailles; mais, avant de me séparer des chefs de l'entreprise de l'Encyclopédie, je m'engageai à y contribuer dans la partie de la littérature; et, encouragé par les éloges qu'ils donnèrent à mon travail, j'ai fait plus que je n'espérois, et plus qu'on n'attendoit de moi.
Voltaire alors étoit absent de Paris; il étoit en Prusse. Le fil de mon récit a paru me distraire de mes relations avec lui; mais jusqu'à son départ elles avoient été les mêmes, et les chagrins qu'il avoit éprouvés sembloient encore avoir resserré nos liens. De ces chagrins le plus vif un moment fut celui de la mort de la marquise du Châtelet; mais, à ne rien dissimuler, je reconnus dans cette occasion, comme j'ai fait souvent, la mobilité de son âme. Lorsque j'allai lui témoigner la part que je prenois à son affliction: «Venez, me dit-il en me voyant, venez partager ma douleur. J'ai perdu mon illustre amie; je suis au désespoir, je suis inconsolable.» Moi, à qui il avoit dit souvent qu'elle étoit comme une furie attachée à ses pas, et qui savois qu'ils avoient été plus d'une fois dans leurs querelles aux couteaux tirés l'un contre l'autre, je le laissai pleurer et je parus m'affliger avec lui. Seulement, pour lui faire apercevoir dans la cause même de cette mort quelque motif de consolation, je lui demandai de quoi elle étoit morte. «De quoi! ne le savez-vous pas? Ah! mon ami! il me l'a tuée! le brutal. Il lui a fait un enfant.» C'étoit de Saint-Lambert, de son rival, qu'il me parloit. Et le voilà me faisant l'éloge de cette femme incomparable, et redoublant de pleurs et de sanglots. Dans ce moment arrive l'intendant Chauvelin[85], qui lui fait je ne sais quel conte assez plaisant; et Voltaire de rire aux éclats avec lui. Je ris aussi, en m'en allant, de voir dans ce grand homme la facilité d'un enfant à passer d'un extrême à l'autre dans les passions qui l'agitoient. Une seule étoit fixe en lui et comme inhérente à son âme: c'étoit l'ambition et l'amour de la gloire; et, de tout ce qui flatte et nourrit cette passion, rien ne lui étoit indifférent.
Ce n'étoit pas assez pour lui d'être le plus illustre des gens de lettres; il vouloit être homme de cour. Dès sa jeunesse la plus tendre, il avoit pris la flatteuse habitude de vivre avec les grands. D'abord, la maréchale de Villars, le grand-prieur de Vendôme, et, depuis, le duc de Richelieu, le duc de La Vallière, les Boufflers, les Montmorency, avoient été son monde. Il soupoit avec eux habituellement, et l'on sait avec quelle familiarité respectueuse il avoit l'art de leur écrire et de leur parler. Des vers légèrement et délicatement flatteurs, une conversation non moins séduisante que ses poésies, le faisoient chérir et fêter parmi cette noblesse. Or, cette noblesse étoit admise aux soupers du roi. Pourquoi lui n'en étoit-il pas? C'étoit l'une de ses envies. Il rappeloit l'accueil que Louis le Grand faisoit à Boileau et à Racine; il disoit qu'Horace et Virgile avoient l'honneur d'approcher d'Auguste, que l'Énéide avoit été lue dans le cabinet de Livie. Addison et Prior valoient-ils mieux que lui? Et dans leur patrie n'avoient-ils pas été employés honorablement, l'un dans le ministère et l'autre en ambassade? La place d'historiographe étoit déjà pour lui une marque de confiance; et quel autre avant lui l'avoit remplie avec autant d'éclat?
Il avoit acheté une charge de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi: cette charge, communément assez oiseuse, donnoit pourtant le droit d'être envoyé auprès des souverains pour des commissions légères, et il s'étoit flatté que, pour un homme comme lui, ces commissions ne se borneroient pas à de stériles complimens de félicitation et de condoléance. Il vouloit, comme on dit, faire son chemin à la cour; et, lorsqu'il avoit un projet dans la tête, il y tenoit obstinément: l'une de ses maximes étoit ces mots de l'Évangile: Regnum coelorum vim patitur, et violenti rapiunt illud; il employa donc à s'introduire auprès du roi tous les moyens imaginables.
Lorsque Mme d'Étioles, depuis marquise de Pompadour, fut annoncée pour maîtresse du roi, et avant même qu'elle fût déclarée, il s'empressa de lui faire sa cour. Il réussit aisément à lui plaire; et, en même temps qu'il célébroit les victoires du roi, il flattoit sa maîtresse en faisant pour elle de jolis vers. Il ne doutoit pas que par elle il n'obtînt la faveur d'être admis aux soupers des petits cabinets, et je suis persuadé qu'elle l'auroit voulu.
Transplantée à la cour, et assez mal instruite du caractère et des goûts du roi, elle avoit d'abord espéré de l'amuser par ses talens. Sur un théâtre particulier, elle jouoit devant lui de petits actes d'opéra, dont quelques-uns étoient faits pour elle, et dans lesquels son jeu, sa voix, son chant, étoient justement applaudis. Voltaire, en faveur auprès d'elle, s'avisa de vouloir diriger ce spectacle. L'alarme en fut au camp des gentilshommes de la chambre et des intendans des Menus-Plaisirs. C'étoit empiéter sur leurs droits, et ce fut entre eux une ligue pour éloigner de là un homme qui les auroit tous dominés, s'il avoit plu au roi autant qu'à sa maîtresse; mais on savoit que le roi ne l'aimoit pas, et que son empressement à se produire ajoutoit encore à ses préventions contre lui. Peu touché des louanges qu'il lui avoit données dans son Panégyrique, il ne voyoit en lui qu'un philosophe impie et qu'un flatteur ambitieux. À grand'peine avoit-il enfin consenti à ce qu'il fût reçu à l'Académie françoise. Sans compter les amis de la religion, qui n'étoient point les amis de Voltaire, il avoit à l'entour du roi des jaloux et des envieux de la faveur qu'on lui voyoit briguer, et ceux-là étoient attentifs à censurer ce qu'il faisoit pour plaire. À leur gré, le poème de Fontenoy n'étoit qu'une froide gazette; le Panégyrique du roi étoit inanimé, sans couleur et sans éloquence; les vers à Mme de Pompadour furent taxés d'indécence et d'indiscrétion, et dans ces vers surtout,
Soyez tous deux sans ennemis,
Et gardez tous deux vos conquêtes,
on fit sentir au roi qu'il étoit messéant de le mettre au niveau et de pair avec sa maîtresse.
Au mariage du dauphin avec l'infante d'Espagne, il fut aisé de relever l'inconvenance et le ridicule d'avoir donné pour spectacle à l'infante cette Princesse de Navarre, qui véritablement n'étoit pas faite pour réussir. Je n'en dis pas de même de l'opéra du Temple de la Gloire: l'idée en étoit grande, le sujet bien conçu et dignement exécuté. Le troisième acte, dont le héros étoit Trajan, présentoit une allusion flatteuse pour le roi: c'étoit un héros juste, humain, généreux, pacifique, et digne de l'amour du monde, à qui le temple de la Gloire étoit ouvert. Voltaire n'avoit pas douté que le roi ne se reconnût dans cet éloge. Après le spectacle, il se trouva sur son passage; et, voyant que Sa Majesté passoit sans lui rien dire, il prit la liberté de lui demander: «Trajan est-il content?» Trajan, surpris et mécontent qu'on osât l'interroger, répondit par un froid silence; et toute la cour trouva mauvais que Voltaire eût osé questionner le roi.
Pour l'éloigner, il ne s'agissoit que d'en détacher la maîtresse; et le moyen que l'on prit pour cela fut de lui opposer Crébillon.
Celui-ci, vieux et pauvre, vivoit avec ses chiens, dans le fond du Marais, travaillant à bâtons rompus à ce Catilina qu'il annonçoit depuis dix ans, et dont il lisoit çà et là quelques lambeaux de scènes qu'on trouvoit admirables. Son âge, ses succès, ses moeurs un peu sauvages, son caractère soldatesque, sa figure vraiment tragique, l'air, le ton imposant, quoique simple, dont il récitoit ses vers âpres et durs, la vigueur, l'énergie qu'il donnoit à son expression, tout concouroit à frapper les esprits d'une sorte d'enthousiasme. J'ai entendu applaudir avec transport, par des gens qui n'étoient pas bêtes, ces vers qu'il avoit mis dans la bouche de Cicéron:
Catilina, je crois que tu n'es point coupable;
Mais, si tu l'es, tu n'es qu'un homme détestable;
Et je ne vois en toi que l'esprit et l'éclat
Du plus grand des mortels, ou du plus scélérat.
Le nom de Crébillon étoit le mot de ralliement des ennemis de Voltaire. Électre et Rhadamiste, qu'on jouoit quelquefois encore, attiroient peu de monde; tout le reste des tragédies de Crébillon étoit oublié, tandis que, de Voltaire, Oedipe, Alzire, Mahomet, Zaïre, Mérope, occupoient le théâtre dans tout l'éclat d'un plein succès. Le parti du vieux Crébillon, peu nombreux, mais bruyant, ne laissoit pas de l'appeler le Sophocle de notre siècle; et, même parmi les gens de lettres, les Marivaux disoient que devant le génie de Crébillon devoit pâlir et s'éclipser tout le bel esprit de Voltaire.
On parla devant Mme de Pompadour de ce grand homme abandonné, qu'on laissoit vieillir sans secours, parce qu'il étoit sans intrigue. C'étoit la prendre par son endroit sensible. «Que dites-vous? s'écria-t-elle; Crébillon est pauvre et délaissé!» Aussitôt elle obtint pour lui du roi une pension de cent louis sur sa cassette.
Crébillon s'empressa d'aller remercier sa bienfaitrice. Une légère incommodité la tenoit dans son lit lorsqu'on le lui annonça; elle le fit entrer. La vue de ce beau vieillard l'attendrit; elle le reçut avec une grâce touchante. Il en fut ému; et, comme il se penchoit sur son lit pour lui baiser la main, le roi parut. «Ah! Madame, s'écria Crébillon, le roi nous a surpris; je suis perdu!» Cette saillie d'un vieillard de quatre-vingts ans plut au roi; le succès de Crébillon fut décidé. Tous les Menus-Plaisirs se répandirent en éloges de son génie et de ses moeurs. «Il avoit, disoit-on, de la fierté, mais point d'orgueil, et encore moins de vaine gloire. Son infortune étoit la preuve de son désintéressement. C'étoit un caractère antique et vraiment l'homme dont le génie honoroit le règne du roi.» On parloit de Catilina comme de la merveille du siècle. Mme de Pompadour voulut l'entendre. Le jour fut pris pour cette lecture; le roi, invisible et présent, l'entendit. Elle eut un plein succès; et, lorsque Catilina fut mis au théâtre, Mme de Pompadour, accompagnée d'une volée de courtisans, vint assister à ce spectacle avec le plus vif intérêt. Peu de temps après, Crébillon obtint la faveur d'une édition de ses oeuvres à l'imprimerie du Louvre, aux dépens du trésor royal. Dès ce temps-là, Voltaire fut froidement reçu, et cessa d'aller à la cour.
On sait quelle avoit été sa relation avec le prince royal de Prusse. Ce prince, devenu roi, lui marquoit les mêmes bontés; et la manière infiniment flatteuse dont Voltaire y répondoit n'avoit peut-être pas laissé de contribuer en secret à lui aliéner l'esprit de Louis XV. Le roi de Prusse donc, en relation avec Voltaire, n'avoit cessé, depuis son avènement à la couronne, de l'inviter à l'aller voir; et la faveur dont Crébillon jouissoit à la cour, l'ayant piqué au vif, avoit décidé son voyage. Mais, avant de partir, il avoit voulu se venger de ce désagrément, et il s'y étoit pris en grand homme: il avoit attaqué son adversaire corps à corps pour se mesurer avec lui dans les sujets qu'il avoit traités, ne s'abstenant que de Rhadamiste, d'Atrée et de Pyrrhus: de l'un sans doute par respect, de l'autre par horreur, et du troisième par dédain d'un sujet ingrat et fantasque.
Il commença par Sémiramis, et la manière grande et tragique dont il en conçut l'action, la couleur sombre, orageuse et terrible qu'il y répandit, le style magique qu'il y employa, la majesté religieuse et formidable dont il la remplit, les situations et les scènes déchirantes qu'il en tira, l'art enfin dont il sut en préparer, en établir, en soutenir le merveilleux, étoient bien faits pour anéantir la foible et froide Sémiramis de Crébillon; mais alors le théâtre n'étoit pas susceptible d'une action de ce caractère. Le lieu de la scène étoit resserré par une foule de spectateurs, les uns assis sur des gradins, les autres debout au fond du théâtre et le long des coulisses, en sorte que Sémiramis éperdue et l'ombre de Ninus sortant de son tombeau étoient obligées de traverser une épaisse haie de petits-maîtres. Cette indécence jeta du ridicule sur la gravité de l'action théâtrale. Plus d'intérêt sans illusion, plus d'illusion sans vraisemblance; et cette pièce, le chef-d'oeuvre de Voltaire, du côté du génie, eut dans sa nouveauté assez peu de succès pour faire dire qu'elle étoit tombée. Voltaire en frémit de douleur; mais il ne se rebuta point. Il fit l'Oreste d'après Sophocle, et il s'éleva au-dessus de Sophocle lui-même dans le rôle d'Électre, et dans l'art de sauver l'indécence et la dureté du caractère de Clytemnestre. Mais, dans le cinquième acte, au moment de la catastrophe, il n'avoit pas encore assez affaibli l'horreur du parricide, et, le parti de Crébillon n'étant là rien moins que bénévole, tout ce qui pouvoit donner prise à la critique fut relevé par des murmures ou tourné en dérision. Le spectacle en fut troublé à chaque instant, et cette pièce, qui depuis a été justement applaudie, essuya des huées. J'étais dans l'amphithéâtre, plus mort que vif. Voltaire y vint; et, dans un moment où le parterre tournoit en ridicule un trait de pathétique, il se leva et s'écria: «Eh! barbares! c'est du Sophocle!»
Enfin, il donna Rome sauvée, et, dans les personnages de Cicéron, de César, de Caton, il vengea la dignité du sénat romain, que Crébillon avoit dégradée en subordonnant tous ces grands caractères à celui de Catilina. Je me souviens qu'en venant d'écrire les belles scènes de Cicéron et de César avec Catilina, il me les lut dans une perfection dont jamais acteur n'approchera: simplement, noblement, sans aucune manière, mieux que jamais lui-même je ne l'avois entendu lire. «Ah! vous avez, lui dis-je, la conscience en repos sur ces vers-là; aussi ne les fardez-vous point, et vous avez raison: vous n'en avez jamais fait de plus beaux.» Cette pièce eut dans l'opinion des gens instruits un grand succès d'estime; mais elle n'étoit pas faite pour émouvoir la multitude, et cette éloquence du style, ce mérite d'avoir si savamment observé les moeurs et peint les caractères, fut peu sensible aux yeux de cette masse du public. Ainsi, avec des avantages prodigieux sur son rival, Voltaire eut la douleur de se voir disputer, refuser même le triomphe.
Ces dégoûts avoient déterminé son voyage en Prusse. Une seule difficulté le retardoit encore, et la manière dont elle fut levée est assez curieuse pour vous amuser un moment.
La difficulté consistoit dans les frais du voyage, sur lesquels Frédéric se faisoit un peu tirer l'oreille. Il vouloit bien défrayer Voltaire, et pour cela il consentoit à lui donner mille louis; mais Mme Denis vouloit accompagner son oncle, et, pour ce surcroît de dépense, Voltaire demandoit mille louis de plus. C'étoit à quoi le roi de Prusse ne vouloit point entendre. «Je serai fort aise, lui écrivoit-il, que Mme Denis vous accompagne; mais je ne le demande pas.» «Voyez-vous, me disoit Voltaire, cette lésine dans un roi. Il a des tonneaux d'or, et il ne veut pas donner mille pauvres louis pour le plaisir de voir Mme Denis à Berlin! Il les donnera, ou moi-même je n'irai point.» Un incident comique vint terminer cette dispute. Un matin que j'allois le voir, je trouvai son ami Thiriot dans le jardin du Palais-Royal; et, comme il étoit à l'affût des nouvelles littéraires, je lui demandai s'il y en avoit quelqu'une. «Oui, vraiment, il y en a, et des plus curieuses, me dit-il. Vous allez chez M. de Voltaire: là vous les entendrez, car je m'en vais m'y rendre dès que j'aurai pris mon café.»
Voltaire travailloit dans son lit lorsque j'arrivai. À son tour, il me demanda: «Quelles nouvelles?—Je n'en sais point, lui dis-je; mais Thiriot, que j'ai rencontré au Palais-Royal, en a, dit-il, d'intéressantes à vous apprendre. Il va venir.»
«Eh bien! Thiriot, lui dit-il, vous avez donc à nous conter des nouvelles bien curieuses?—Oh! très curieuses, et qui vous feront grand plaisir, répondit Thiriot avec son sourire sardonique et son nasillement de capucin.—Voyons, qu'avez-vous à nous dire?—J'ai à vous dire qu'Arnaud-Baculard est arrivé à Potsdam, et que le roi de Prusse l'y a reçu à bras ouverts.—À bras ouverts!—Qu'Arnaud lui a présenté une épître[86].—Bien boursouflée et bien maussade?—Point du tout, fort belle, et si belle que le roi y a répondu par une autre épître.—Le roi de Prusse une épître à d'Arnaud! Allons, Thiriot, allons, on s'est moqué de vous.—Je ne sais pas si on s'est moqué de moi, mais j'ai en poche les deux épîtres.—Voyons, donnez donc vite, que je lise ces deux chefs-d'oeuvre. Quelle fadeur! quelle platitude! quelle bassesse!» disoit-il en lisant l'épître de d'Arnaud; et, passant à celle du roi, il lut un moment en silence et d'un air de pitié; mais, quand il en fut à ces vers:
Voltaire est à son couchant;
Vous êtes à votre aurore,
il fit un haut-le-corps et sauta de son lit, bondissant de fureur: «Voltaire est à son couchant et Baculard à son aurore! Et c'est un roi qui écrit cette sottise énorme! Ah! qu'il se mêle donc de régner!»
Nous avions de la peine, Thiriot et moi, à ne pas éclater de rire de voir Voltaire en chemise, gambadant de colère et apostrophant le roi de Prusse. «J'irai, disoit-il, oui, j'irai lui apprendre à se connoître en hommes;» et dès ce moment-là son voyage fut décidé. J'ai soupçonné le roi de Prusse d'avoir voulu lui donner ce coup d'éperon, et sans cela je doute qu'il fût parti, tant il étoit piqué du refus des mille louis, non point par avarice, mais de dépit de ne pas avoir obtenu ce qu'il demandoit.
Volontaire à l'excès par caractère et par système, il avoit, même dans les petites choses, une répugnance incroyable à céder et à renoncer à ce qu'il avoit résolu. J'en vis encore avant son départ un exemple assez singulier. Il lui avoit pris fantaisie d'avoir en voyage un couteau de chasse, et, un matin que j'étois chez lui, on lui en apporta un faisceau pour en choisir un. Il le choisit; mais le marchand voulait un louis de son couteau de chasse, et Voltaire s'étoit mis dans la tête de n'en donner que dix-huit francs. Le voilà qui calcule en détail ce qu'il peut valoir; il ajoute que le marchand porte sur son visage le caractère d'un honnête homme, et qu'avec cette bonne foi qui est peinte sur son front il avouera qu'à dix-huit francs cette arme sera bien payée. Le marchand accepte l'éloge qu'il veut bien faire de sa figure; mais il répond qu'en honnête homme il n'a qu'une parole, qu'il ne demande au juste que ce que vaut la chose, et qu'en la donnant à plus bas prix il ferait tort à ses enfans. «Vous avez des enfans? lui demande Voltaire.—Oui, Monsieur, j'en ai cinq, trois garçons et deux filles, dont le plus jeune a douze ans.—Eh bien! nous songerons à placer les garçons, à marier les filles. J'ai des amis dans la finance, j'ai du crédit dans les bureaux; mais terminons cette petite affaire: voilà vos dix-huit francs; qu'il n'en soit plus parlé.» Le bon marchand se confondit en remerciemens de la protection dont vouloit l'honorer Voltaire, mais il se tint à son premier mot pour le prix du couteau de chasse, et n'en rabattit pas un liard. J'abrège cette scène, qui dura un quart d'heure par les tours d'éloquence et de séduction que Voltaire employa inutilement, non pas à épargner six francs qu'il auroit donnés à un pauvre, mais à donner à sa volonté l'empire de la persuasion. Il fallut qu'il cédât lui-même, et, d'un air interdit, confus et dépité, il jeta sur la table cet écu qu'il avoit tant de peine à lâcher. Le marchand, dès qu'il eut son compte, lui rendit grâces de ses bontés, et s'en alla.
«J'en suis bien aise, dis-je tout bas en le voyant partir.—De quoi, me demanda Voltaire avec humeur, de quoi donc êtes-vous bien aise?—De ce que la famille de cet honnête homme n'est plus à plaindre. Voilà bientôt ses fils placés, ses filles mariées; et lui, en attendant, il a vendu son couteau de chasse ce qu'il vouloit, et vous l'avez payé malgré toute votre éloquence.—Et voilà de quoi tu es bien aise, têtu de Limosin!—Oh! oui, j'en suis content. S'il vous avoit cédé, je crois que je l'aurois battu.—Savez-vous, me dit-il en riant dans sa barbe, après un moment de silence, que, si Molière avoit été témoin d'une pareille scène, il en auroit fait son profit?—Vraiment, lui dis-je, c'eût été le pendant de celle de M. Dimanche.» C'étoit ainsi qu'avec moi sa colère, ou plutôt son impatience, se terminoit toujours en douceur et en amitié.
Comme à l'égard du roi de Prusse j'étois dans son secret, et que je croyois être aussi dans le secret du roi de Prusse sur le peu de sincérité des caresses qu'il lui faisoit, j'avois quelque pressentiment du mécontentement qu'ils auroient l'un de l'autre en se voyant de près. Une âme aussi impérieuse et un esprit aussi ardent ne pouvoient guère être compatibles, et j'avois l'espérance de voir bientôt Voltaire revenir plus mécontent de l'Allemagne qu'il ne l'étoit de son pays; mais le nouveau dégoût qu'il éprouva en allant prendre congé du roi, et la colère qu'il en témoigna, ne me laissèrent plus cette illusion consolante. En sa qualité de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, il crut pouvoir oser lui demander ses ordres auprès du roi de Prusse; mais le roi, pour réponse, lui tourna le dos brusquement; et lui, dans son dépit, dès qu'il fut sorti du royaume, lui renvoya son brevet d'historiographe de France, et accepta sans son agrément la croix de l'ordre du Mérite, dont le roi de Prusse le décora, pour l'en dépouiller peu de temps après.
L'exemple de tant d'amertume et de tribulations répandues dans la vie de ce grand homme ne fit que me rendre plus redoutable la carrière des lettres où j'étois engagé, et plus doux le repos obscur dont j'allois jouir à Versailles.
Ici finissent, grâce au Ciel, les égaremens de ma jeunesse; ici commence pour moi le cours d'une vie moins dissipée, plus sage, plus égale, et surtout moins en butte aux orages des passions; ici enfin mon caractère, trop longtemps mobile et divers, va prendre un peu de consistance; et, sur une base solide, ma raison pourra travailler en silence à régler mes moeurs.
NOTES
[1: Mémoires de Morellet (1821), II, 30.]
[2: Corps législatif. Conseil des Anciens. Rapport fait par Marmontel, au nom de la commission nommée pour l'examen de la résolution du 12 fructidor, sur la manière de disposer des livres conservés dans les dépôts littéraires. Séance du 24 prairial an V (12 juin 1797). Paris, Imp. nationale, prairial an V, in-8, 15 p.]
[3: Mémoires et Récits de François Chéron, publiés par F. Hervé-Bazin. Paris, librairie de la Société bibliographique, 1882, in-18, p. 11 3-i 14.]
[4: Voici cet acte de décès, dont je dois la copie à M. le maire de Saint-Aubin-sur-Gaillon, et que je crois inédit:
«Aujourd'hui, dixième jour de nivôse, l'an huitième de la République françoise, une et indivisible, à dix heures du matin; par devant moi, Jean-Baptiste Crepel, agent municipal de la commune de Saint-Aubin-sur-Gaillon, chargé par la Loi de recevoir les actes de naissance et décès des citoyens, sont comparus les citoyens Antoine-Félix Baroche, notaire public, âgé de cinquante-cinq ans, domicilié en la commune de Gaillon, et René Lemonnier, juge de paix, âgé de cinquante-cinq ans, domicilié en la commune de Saint-Aubin, amis du citoyen Jean-François Marmontel, homme de lettres, âgé de soixante-seize ans, époux de Marie-Adélaïde Lairin-Montigny, domicilié en ladite commune, né en la commune de Bort; lesquels, Antoine-Félix Baroche et René Lemonnier, m'ont déclaré que ledit Jean-François Marmontel est mort aujourd'hui à minuit, en son domicile, section d'Habloville. D'après cette déclaration, je me suis sur-le-champ transporté au lieu de ce domicile, je me suis assuré du décès dudit Jean-François Marmontel, et j'en ai dressé le présent acte, que Antoine-Félix Baroche et René Lemonnier ont signé avec moi.
Fait à Saint-Aubin-sur-Gaillon, les jour, mois et an ci-dessus.»
(Suivent les signatures.) ]
[5: La Petite Revue anecdotique, 25 février 1868.]
[6: «Natif de Bort en Limousin, et d'une famille obscure et pauvre, Marmontel fut dès l'enfance placé chez un curé qui était son parent, et qui lui apprit un peu de latin. Ne s'étant pas bien comporté chez cet ecclésiastique, son père lui fit apprendre le métier de tailleur. Il vint à Toulouse et entra en qualité de garçon chez Lamanière, tailleur des jésuites. Un jour, en portant un habit à un pensionnaire, il le trouva occupé à un thème dont il ne pouvait venir à bout. Marmontel s'approcha, lut l'ouvrage de l'enfant, et lui fit connaître ses fautes. «Puisque vous savez le latin, lui dit l'écolier, faites-moi le plaisir d'arranger ce thème.» Marmontel fit des corrections élégantes. Le préfet de l'enfant, peu accoutumé à tant de perfection de sa part, lui dit: «Mon ami, qui a fait ce thème?—Le garçon tailleur, répondit l'enfant.—Oh! parbleu, je veux le connaître, dit le jésuite.» Il le mande, lui parle, est satisfait de lui, et lui propose de reprendre ses études. Marmontel y consent, et, pour lui donner les moyens de subsister, il le place en qualité de précepteur dans une maison bourgeoise. Dès lors, il prit un goût décidé pour les belles-lettres, et, pendant son cours de philosophie et de droit, il s'associa aux d'Auffrery, aux Forest, aux Dutour, aux Revel, et ils formèrent ensemble l'Académie des Galetas [la Petite Académie], où ils rectifiaient leurs compositions réciproques. Il travailla avec eux pour les Jeux floraux et remporta une foule de prix. Voulant aller se perfectionner dans la capitale, M. de Mondran, l'ami des talents et des artistes, lui donna une lettre de recommandation pour son gendre, La Popelinière, fermier général, qui se piquait de littérature, et qui le garda longtemps chez lui avec distinction.»
Taverne est le seul qui ait ainsi conté les débuts de Marmontel, et je reproduis son récit tel quel, sans m'en porter garant. Il se termine d'ailleurs par une erreur manifeste: M. de Mondran ne devint le beau-père de La Popelinière qu'en 1759, près de quinze ans après l'arrivée de Marmontel à Paris.]
[7: Le théâtre du Vaudeville donna encore, le 23 janvier 1813, Marmontel et Thomas, ou la Parodie de Cinna, vaudeville en un acte. «Il n'y a dans cet ouvrage, dit le Magasin encyclopédique, après avoir rappelé l'épisode qui en avait fourni le sujet, ni ce qui provoque une chute, ni ce qui justifie un succès. Le public, qui l'avait entendu avec une paisible indulgence, n'a pas vu sans surprise la toile se lever et Vertpré venir proclamer le nom de M. Dumolard.» Celui-ci l'a gardé en portefeuille.]
[8: Voir dans le Mercure de France du 8 nivôse an XIII, (29 décembre 1804) un article violent, presque grossier, de Fiévée contre Marmontel et ses contemporains, article cité et réfuté par le Publiciste du 13 fructidor (31 août 1805). Voir aussi la Décade philosophique, tome 43 (an XIII, 1er trimestre), p. 567, et tome 44, p. 27-37.]
[9: J'ai copié ce fragment de lettre dans la partie restée inédite du manuscrit de la Correspondance littéraire, appartenant à la Bibliothèque Ducale de Gotha.]
[10: Publiée dans le tome IV (p. 170) de ses Oeuvres, réunies par son fils (Typ. Firmin Didot, 1853-1859, 8 vol. in-8), et non mises dans le commerce. Le destinataire de cette lettre ne peut être Jean de Vaines, mort en 1803.]
[11: Bort, chef-lieu de canton de l'arrondissement, et à trente kilomètres sud-est d'Ussel (Corrèze), sur la Dordogne. Les concrétions basaltiques connues sous le nom d'orgues de Bort sont une des curiosités de ce beau pays, fréquenté depuis quelques années seulement par les touristes.]
[12: À cette allusion beaucoup trop rapide et discrète, il est permis aujourd'hui d'opposer des documents positifs. M. Ernest Rupin a retrouvé et publié l'extrait baptistaire d'où il résulte que Jean-François Marmontel, né le 11 juillet 1723 et baptisé le surlendemain, était fils de Martin Marmontel, tailleur d'habits, originaire d'Auvergne, et de Marianne Gourdes, native de Bort. La notice de M. Rupin, publiée dans le Bulletin de la Corrèze (tome IV, 1882), a été tirée à part; elle est ornée d'un portrait gravé à l'eau-forte par M. Ad. Lalauze.]
[13: Jean-Gilles du Coëtlosquet, né au manoir de Kérigou (à deux kilomètres de Saint-Pol-de-Léon), le 15 septembre 1700, évêque de Limoges (1739-1757), précepteur des enfants de France (1758-1771), membre de l'Académie française (1761), en remplacement de l'abbé Sallier, mort à Paris le 21 mars 1784. Il eut pour successeur à l'Académie le marquis de Montesquiou. Voir sur Coëtlosquet l'étude que lui a consacrée M. René Kerviler dans la Bretagne à l'Académie française au XVIIIe siècle (V. Palmé, 1889, in-8).]
[14: Jacques-Antoine Malosse, né au Puy le 14 décembre 1713, entré dans l'ordre le 11 septembre 1729. En 1762, il se retira au Puy.]
[15: Les anciens éditeurs ont tous imprimé à tort le P. Bourges. Jean Bourzes, dont la date et le lieu de naissance ne sont pas connus, entra dans l'ordre en 1695. Tour à tour professeur de physique à Aubenas(1711-1712), de philosophie à Tournon (1713-1717), préfet des études à Rodez (1717-1713), de nouveau professeur de philosophie à Perpignan (1720-1725), il tint, en effet, les classes de cinquième, de quatrième et de troisième à Mauriac (1729-1738); il mourut au grand séminaire d'Auch, en 1741, après avoir passé les deux dernières années de sa vie à Toulouse, où Marmontel dit, un peu plus bas, qu'il le revit «infirme et presque délaissé».]
[16: Le P. Jacques Vanière (1664-1739) n'est pas l'auteur du fameux Gradus ad Parnassum, dont la première édition, sous le titre de Epithetorum et synonymorum thésaurus, remonte à 1652, mais il y fit en 1722 des additions et corrections importantes. Voy. Barbier, Examen des dictionnaires historiques, v° Aler.]
[17: Le P. Claude-Alexandre By (et non Bis, comme on l'a imprimé jusqu'à ce jour), né à Mâcon le 28 juillet 1703, entré le 7 août 1721, préfet des études et prédicateur à Mauriac (1736-1738), était, en 1762, directeur des retraites à la maison professe de Toulouse.]
[18: Le P. Ignace Decebié ou de Cebié (on trouve ces deux formes, mais non Cibier, comme le portent les anciennes éditions), né à Àurillac le 20 février 1711, entré dans l'ordre le 6 octobre 1728, professa les humanités à Mauriac de 1736 à 1738. En 1762, il était missionnaire à Aurillac.]
[19: Le P. Jean-Pierre Balme professa la rhétorique à Mauriac de 1737 à 1739. En 1742, il partit pour les Antilles.]
[20: Selon M. Rupin, cette initiale dissimulerait Mlle Broquin, dont la famille existe encore à Bort. Des vieillards se souvenaient d'avoir vu sur un hêtre de l'île Verdier, ou des Amours, le chiffre M. B., que la tradition attribuait aux deux amoureux, et sous lequel on lisait la date de 1746. L'arbre fut déraciné en 1830.]
[21: Il y a six localités de ce nom dans le département de la Corrèze; celle dont parle Marmontel est située à 13 kilomètres d'Ussel et à 17 kilomètres de Bort.]
[22: Coëtlosquet. Voyez ci-dessus, note n° 13.]
[23: Annet-Charles de Gain, marquis de Linars, page de la petite écurie en 1709, marié, le 19 juillet 1723, à Anne-Perry de Saint-Auvent, fille d'Isaac, marquis de Monmoreau, et d'Anne de Rochechouart, comtesse de Saint-Auvent, mort à soixante-seize ans et enterré à Linars le 20 mai 1768. L'élève de Marmontel était le second de six enfants du marquis, Jean, chevalier de Malte et plus tard capitaine de dragons. (L'abbé Nadaud, Nobiliaire du diocèse de Limoges, 1856-1880, 4 vol. in-8.)]
[24: Les Sermons du P. de La Rue (1643-1725) pour le Carême et l'Avent ont été publiés par l'auteur en 1719, 4 vol. in-8, et réimprimés en 1781 (Toulouse, Sens et Nîmes, 4 vol. in-12). Ils avaient été publiés dès 1706 sur des copies infidèles par le libraire Foppens, de Bruxelles, et remis en circulation sous le nom du P. Le Maure, prêtre de l'Oratoire, Bruxelles, 1734, 4 vol. in-12.]
[25: Les Sermons du P. Timoléon Cheminais de Montaigu (1652-1689) ont été publiés pour la première fois en 1691, et réimprimés en 1734, 1738, 1756 (in-12 et in-24).]
[26: Frédéric-Jérôme, cardinal de La Rochefoucauld de Roye, archevêque de Bourges de 1729 au 29 avril 1758, coadjuteur de l'abbaye de Cluny (1738), chargé de la feuille des bénéfices (1755) et grand aumônier (1756).]
[27: Claude-Annet, baron d'Anval, seigneur de Teissonières, capitaine au régiment d'Enghien, chevalier de Saint-Louis, marié, en 1741, à Marie de Bort, dame de Teissonières. (Nadaud.)]
[28: Et non Noaillac, comme le portent les anciennes éditions. Il y a eu deux jésuites du nom de Nolhac (probablement les deux frères), tous deux nés au Puy: l'un, Jacques-Antoine, le 22 octobre 1713; l'autre, Antoine, le 17 janvier 1715. Le premier, entré le 29 septembre 1728, professa les humanités et la rhétorique et la philosophie; en 1761, il était recteur à Béziers; le second, entré en 1732, qui professa également les mêmes classes, devint, après la suppression de l'ordre, curé de Saint-Symphorien d'Avignon, où il fut massacré le 18 octobre 1791 et jeté dans la Glacière. Il est assez difficile de déterminer quel est celui des deux que Marmontel a connu.]
[29: Fondé en 1382, par le cardinal de Pampelune, neveu d'Innocent VI, pour vingt boursiers et quatre prêtres.]
[30: Cette première lettre n'est pas connue.]
[31: Poitevin-Peitavi, auteur de Mémoires pour servir à l'histoire des Jeux Floraux (Toulouse, 1815, 2 vol. in-8), s'est inscrit en faux contre cette assertion. Marmontel remporta, en effet, deux prix en 1744 et en 1745, mais non le prix d'honneur, c'est-à-dire l'amarante, qu'il n'obtint que le 3 mai 1749, avec une ode sur la Chasse, alors qu'il était deux fois déjà lauréat de l'Académie française. Les autres pièces couronnées sont les suivantes: l'Églogue, idylle (1744); la Jonction des deux mers par Hercule, poème (1745); l'Incarnation du Verbe, Philis (À Mme la c. D.) (1745); l'Origine du fard, idylle (1745).]
[32: Marmontel veut certainement parler ici de Jean Reynal, né à Grammont en Rouergue, en 1702, d'une famille obscure, entré à seize ans chez les doctrinaires de Villefranche. Professeur à vingt-cinq ans, il enseigna successivement, au collège de l'Esquille, la rhétorique et la philosophie, fut recteur du collège, puis appelé, malgré sa résistance, au généralat de la congrégation. Il mourut en 1763. Reynal avait composé un poème latin sur l'Aimant.]
[33: Charles-Antoine de La Roche-Aymon, né en 1697, mort le 27 octobre 1777, évêque in partibus de Sarepta (1725), puis de Tarbes (1729), archevêque de Toulouse en 1740, archevêque de Reims en 1752, grand aumônier de France, cardinal, abbé de Saint-Germain-des-Prés, et ministre de la feuille des bénéfices.]
[34: Poitevin-Peitavi cite, parmi les confrères de Marmontel à la Petite Académie, le chevalier de Rességuier, d'Aufrery, Castilhon, le président d'Orbessan, le président du Puget, etc. Cette association n'était pas en concurrence avec la séculaire institution des Jeux floraux; c'était plutôt une sorte de séminaire poétique où l'on s'exerçait aux luttes futures.]
[35: Henri-Gabriel du Puget, né le 23 juillet 1725, de Charles-Joachim du Puget, président au Parlement de Toulouse, et de Marie de Pralheau, conseiller en 1748, président à mortier le 23 mai 1759, mort le 25 octobre 1772.]
[36: Jean-Gaspard de Maniban, né à Toulouse le 2 juillet 1686, fils d'un président à mortier, fut lui-même élevé à cette dignité en 1714; nommé premier président en 1721, il mourut dans l'exercice de ses fonctions, le 30 août 1762. Il avait épousé, en 1707, Jeanne-Christine de Lamoignon, fille de Chrétien-François de Lamoignon, président à mortier au Parlement de Paris.]
[37: Selon Poitevin-Peitavi, «ce récit est absolument incroyable de ceux qui se souviennent du ton du pays et des moeurs de ce temps-là, qui savent que M. du Puget était de l'âge de Marmontel, aussi vigoureux que lui, exercé, comme tous les jeunes Toulousains, au maniement des armes, et sentant, au moins à vingt-deux ans, que la prérogative de pouvoir être toujours armé avait pour objet principal la défense de son honneur et la répression des outrages que Marmontel se vante de lui avoir faits impunément».]
[38: Les Thermes de Julien appartenaient depuis le XIVe siècle à l'ordre de Cluny, qui n'en fut dépossédé qu'en 1790. (Leroux de Lincy, Mémoires de la Société des antiquaires de France, tome XVIII.)]
[39: Selon le duc de Luynes et le Journal de Barbier, la retraite ou la disgrâce de Philibert Orry fut officiellement connue dans les premiers jours de décembre 1745; mais le bruit s'en était répandu auparavant parmi les gens bien informés, car Marmontel, dans une lettre adressée au marquis de Fulvy, neveu du ministre, dit qu'il arriva à Paris au mois d'octobre 1745. Cette lettre, datée du 26 décembre 1788, a été publiée dans les Étrennes d'Apollon, de d'Aquin de Chateaulyon, pour 1789, et réimprimée par Labouisse-Rochefort dans ses Souvenirs et Mélanges, t. I, p. 197.]
[40: Raisouche-Montet, dit Roselly, né à Paris en 1722, débuta en 1742 et fut reçu l'année suivante. Parmi ses principaux rôles, on cite ceux de Cimber dans la Mort de César, de Voltaire, de Pylade dans Oreste, d'Arcire dans Aristomène, de Marmontel (dont il sera question plus loin) et de Télémaque dans Pénélope, tragédie de l'abbé Genest, reprise en 1745. Ce rôle fut, quelques années plus tard, la cause de sa mort; insulté et provoqué par son camarade Ribou qui le lui disputait, il reçut deux coups d'épée dont il mourut deux jours plus tard, le 22 décembre 1750. La querelle est racontée tout au long dans le Journal de Collé (éd. H. Bonhomme, I, 264-266). Voir aussi, dans la dernière édition de la Correspondance de Grimm (II, 19), une épigramme sur ce duel.]
[41: Jean-Grégoire Bauvin, né à Arras, en 1714, mort le 7 janvier 1776. La tragédie des Chérusques, adaptation d'Arminius de Schlegel, fut jouée au Théâtre-Français, grâce à la protection de Marie-Antoinette (1772). Grimm prétend que les États d'Artois avaient promis une pension à l'auteur si sa pièce était jouée trois fois et que le public mit de la bonne volonté à la lui faire obtenir.]
[42: C'est probablement pour cela qu'elle est devenue si rare. L'Observateur littéraire (1746, in-12), qu'il ne faut pas confondre avec la feuille, portant le même titre, rédigée par l'abbé de La Porte (1758-1761), a été réimprimé par Villenave dans l'édition de 1821, d'après un exemplaire incomplet de 24 pages sur 120, le seul que Villenave ait pu se procurer.]
[43: Le sujet du concours était la Gloire de Louis XIV perpétuée dans le roi, son successeur.]
[44: Il est assez singulier, comme Villenave l'observe avec raison, que Marmontel n'ait rien dit ici de l'édition de la Henriade (Prault, 1746, 2 vol. in-12, vignettes de Cochin) pour laquelle il écrivit une Préface maintes fois réimprimée depuis dans les Oeuvres complètes de Voltaire. (Voir la Bibliographie de M. C. Bengesco, tome Ier, n° 375.) Le débit de cette édition expliquerait encore mieux que celui du poème académique la générosité de Voltaire.]
[45: Harenc de Presle, banquier, rue du Sentier. Son cabinet de tableaux renfermait, selon l'Almanach des artistes (1777, p. 180), un Guide, deux Murillo, des Rubens, des Van Dyck, Wouwerman, Van Huysum, Teniers, et autres; il y avait joint de précieux ouvrages du fameux Boule. M. G. Duplessis a cité, dans son travail sur les Ventes de tableaux… aux XVIIe et XVIIIe siècles (1874, in-8°), le Catalogue d'objets rares et précieux en tous genres provenant du citoyen Aranc (sic) de Presle, vendus aux enchères, le 11 floréal an III (30 avril 1795), par les soins de J.-A. Lebrun jeune. Il faut joindre à ce catalogue une addition de quatre pages contenant la mention de Recueils d'estampes reliés en maroquin et en veau.]
[46: Depuis la publication de la Politique de tous les cabinets de l'Europe (1793, 2 vol. in-8), de la Correspondance secrète inédite de Louis XV, par Boutaric, et du Secret du Roi, par M. le duc de Broglie, la part prise par Favier à la diplomatie occulte n'est pas douteuse. Sa vie privée, qui fut celle d'un épicurien, est moins connue, et, si l'on sait la date de sa mort (2 avril 1784), on n'a pas encore signalé celle de sa naissance. On peut du moins lire sur lui quelques pages de Sénac de Meilhan dont se sont inspirés tous ceux qui, de nos jours, ont parlé de Favier. (Voy. le Gouvernement, les Moeurs et les Conditions en France avant la Révolution, éd. de Lescure, Poulet-Malassis, 1862, in-18.)]
[47: Denys le Tyran, joué le 5 février 1748, obtint alors seize représentations, et en eut six autres à la reprise du 25 novembre de la même année. (Mouhy, Abrégé de l'histoire du Théâtre Français.)]
[48: Louis-Anne de Lavirotte, né à Nolay (Côte-d'Or), en 1725, mort à Paris le 3 mai 1759, a publié, entre autres traductions, celle de l'Exposition des découvertes physiques de Newton, par Mac-Laurin (Paris, 1749, in-8).]
[49: Daniel Huet n'a rien écrit sous le titre de Théologie; peut-être Marmontel veut-il désigner sa Demonstratio evangelica (1679, in-folio). Mais la traduction de l'abbé de Prades n'a pas vu le jour. Jean-Martin de Prades, né à Castel-Sarrazin en 1720, mort à Glogau en 1782, dut son éphémère célébrité à une thèse sur les miracles (1751), qui fit scandale, et dont Diderot rédigea la défense avec l'auteur et l'abbé Yvon.]
[50: L'un s'appelait l'abbé Debon et n'a pas laissé de traces dans l'histoire des lettres; le second, l'abbé Forest, a publié un Almanach historique et chronologique du Languedoc (1752, in-8), que l'on consulte encore, et des Mémoires contenant l'histoire des Jeux floraux (Toulouse, 1775, in-4°).]
[51: Ce n'est pas une simple note, mais tout un petit volume qu'il faudrait consacrer à la destinée bizarre, voluptueuse et tragique de cette Marie-Gabrielle Hévin de Navarre, tour à tour maîtresse de Maurice de Saxe, de Monet, de Marmontel,—sans parler des amants dont le nom lui échappait parfois au moment le moins opportun, comme on va le voir bientôt,—et, finalement, épouse légitime de Louis-Antoine de Mirabeau, frère de l'«Ami des hommes». À défaut d'une étude complète que Louis Paris avait annoncée et qu'il n'a pas publiée, on peut consulter, outre les présents Mémoires, ceux de Monet et de Grosley, quelques pages insuffisamment informées de L. de Loménie dans son livre sur les Mirabeau, enfin une notice de M. A. Joly, doyen de la faculté des lettres de Caen, sur Mademoiselle Navarre, comtesse de Mirabeau, d'après des documents inédits (Caen, 1880, in-8°, 56 p.), extraite des Mémoires de l'Académie de cette ville.]
[52: Jean Monet, dans ses amusants et trop courts Mémoires (Paris, 1772, 2 vol. in-8), a cité plusieurs lettres à lui adressées par Mlle Navarre, dont il prétend n'avoir été que l'ami. Ces lettres, charmantes de verve et de naturel, sont précisément datées de Reims et d'Avenay, où l'enchanteresse faisait chaque année un séjour plus ou moins prolongé.]
[53: Les deux éditions des Poésies de Lattaignant (1750 et 1757) renferment plusieurs épîtres adressées à Mlle Navarre, mais non pas celle à laquelle Marmontel fait allusion ici, non plus qu'une autre épître à lui adressée par le chanoine, et dont une copie figurait dans un recueil manuscrit provenant de Viollet-le-Duc.]
[54: Il y a eu deux personnages de ce nom: Louis de Brancas, marquis de Céreste (1672-1750), maréchal de France en 1741, et Buffile-Hyacinthe-Toussaint de Brancas, comte de Céreste, dit comte de Brancas (1697-1754), tous deux diplomates et militaires. Le titre donné par Mlle Clairon à son interlocuteur fait supposer qu'il s'agit du premier.]
[55: Le 30 avril 1749. Aristomène eut alors dix-sept représentations, momentanément interrompues après la sixième par l'indisposition de Roselly. Reprise le 1er décembre suivant, cette tragédie fut encore jouée onze fois. (Mouhy, Abrégé de l'histoire du Théâtre français.)]
[56: Voyez ci-dessus, note n° 40.]
[57: Alexandre-Jean-Joseph Le Riche de La Poupelinière (telle est la véritable orthographe de son nom), né à Paris en 1692, mort dans la même ville le 5 décembre 1762. Ses mésaventures conjugales l'ont rendu plus célèbre que ses goûts de Mécène et de «virtuose». Voyez le livre suivant.]
[58: J'avais cru tout d'abord que Marmontel faisait allusion à Madeleine-Céleste Fieuzal, fille de François Fieuzal, dit Durancy, et de Françoise-Maisne Dessuslefour, dite Darimath, baptisée le 23 mai 1746, à Saint-Laurent (De Manne, Galerie de la troupe de Voltaire); mais cette date ne saurait coïncider avec celle du séjour de Marmontel dans le quartier du Luxembourg, après sa rupture avec Mlle Navarre, c'est-à-dire vers 1749 ou 1750. Il sera question plus loin du début de la jeune Durancy à la Comédie-Française.]
[59: M. Ad. Jullien a cité, d'après Denizart (Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurisprudence), dans son étude sur le Théâtre des demoiselles Verrière (1875, gr. in-8), le texte de l'acte de baptême de Marie-Aurore, présentée le 19 octobre 1748 en l'église Saint-Gervais-et-Saint-Protais, comme fille de Jean-Baptiste de La Rivière, bourgeois de Paris, et de Marie Rinteau, sa femme; mais, lorsqu'à l'âge de quinze ans elle accepta la main du comte de Horn, bâtard de Louis XV, elle se fit reconnaître pour fille naturelle de Maurice de Saxe. Restée veuve à seize ans, sans que, dit-on, le mariage ait été consommé, elle épousa, au mois de mars 1777, à Londres, dans la chapelle de l'ambassade française, Claude-Louis Dupin de Francueil, l'ancien amant de Mme d'Épinay. De cette union fort disparate, quant à l'âge des conjoints, naquit, le 13 janvier 1778, un fils qui fut le père de George Sand.]
[60: Il est à peine nécessaire, sans doute, de rappeler ici que ce surnom de Chantilly fut celui de Marie-Justine-Benoîte Cabaret-Duronceray, alias Mme Favart (1727-1772). Quant à Mlle Beauménard, dite Gogo (rôle qu'elle jouait dans le Coq du village), et qui devint, en 1761, l'épouse légitime de Jean-Gilles Colleson, dit Bellecour, on peut consulter sur elle le Colporteur, de Chevrier, la Galerie de la troupe de Voltaire, de De Manne, et les Comédiens du Roi de la troupe française, de M. E. Campardon.]
[61: Thérèse des Hayes, fille de Marie-Anne Carton Dancourt, dite Mimi Dancourt, et de Samuel Boulinon des Hayes, née vers 1713, morte à Paris en 1752.]
[62: Anne-Antoinette-Christine Somis, fille d'un musicien italien. Une note du duc de Luynes (27 avril 1745) nous la montre faisant sa partie, avec Jélyotte et Mlle Fel, dans un concert organisé par M. d'Ardore, ambassadeur de Naples, en l'honneur du mariage du Dauphin. Diderot a parlé de «cette folle de Mme Van Loo» et des distractions qu'elle lui causait pendant qu'il se faisait peindre par son neveu, Michel Van Loo. (Salon de 1767, Oeuvres complètes, éd. Assézat, tome XI.)]
[63: Le 28 novembre 1748.]
[64: Balot de Sauvot, reçu avocat en 1736, et plus tard bailli de Saint-Vrain (Seine-et-Oise), mort en 1761, avait retouché deux ballets, Pygmalion, de Lamotte (1748), et Platée, d'Autreau (1749), musique de Rameau, ce qui lui avait valu de la part de Voltaire le surnom de Balot l'imagination. Son seul titre à l'attention de la postérité est un Éloge de Lancret (1743, in-8), réimprimé de nos jours, d'abord dans la Revue universelle des Arts (tome XIII), puis par M. Jules Guiffrey (1874, in-8), avec notes et documents complémentaires.]
[65: On trouvera le texte de ce procès-verbal et celui d'une plainte de Mme de La Popelinière contre son mari pour coups et blessures (1746) dans un joli petit volume de M. Émile Campardon, la Cheminée de Mme de La Popelinière (Charavay frères, 1879, in-16). M. Campardon y a également cité quelques-uns des couplets grivois qui circulèrent alors et décrit, d'après le Journal de Barbier, les cheminées en carton et à ressorts que les «camelots» du temps vendaient aux curieux.]
[66: Préface de cette tragédie, jouée le 20 mai 1750.]
[67: Jouée pour la première fois le 24 mai 1752, et reprise le 27 novembre suivant, elle eut alors quatre représentations.]
[68: Dans la préface du Théâtre, éd. de 1787.]
[69: Rousseau (Confessions, livre X) prétend qu'il se fit de Marmontel un «irréconciliable ennemi», parce qu'en lui offrant un exemplaire de sa Lettre à d'Alembert, il écrivit sur le titre que ce n'était point pour l'auteur du Mercure, mais pour M. Marmontel. «Il n'a manqué depuis aucune occasion de me nuire dans la société et de me maltraiter indirectement dans ses ouvrages.» Jean-Jacques avait déjà noté le prétendu grief de Marmontel contre lui dans une lettre à Mme de Créquy (5 février 1761).]
[70: 1751, in-12.]
[71: Jouée le 5 février 1753, la tragédie d'Égyptus n'eut qu'une seule représentation et ne fut pas imprimée.]
[72: Sur les excentricités et les bizarreries d'humeur du prince (et non comte) de Kaunitz, voir les Souvenirs du baron de Gleichen, publiés par Paul Grimblot (L. Techener, 1868, in-12).]
[73: Florimond-Claude, comte de Mercy-Argenteau (1722-1794), ambassadeur d'Autriche à la cour de France de 1766 à 1790, dont les importantes correspondances officielles et secrètes ont été l'objet de publications dues à MM. d'Arneth, Geffroy et J. Flammermont.]
[74: Georges-Adam, comte de Starhemberg, né à Londres le 10 août 1724, mort en 1807, ambassadeur d'Autriche en France de 1756 à 1766.]
[75: Fils du feld-maréchal Frédéric-Henri, comte de Seckendorf (1673-1763).]
[76: Guillaume-Anne Keppel, lord Albemarle, mort à Paris le 22 décembre 1754, d'une attaque d'apoplexie. De son mariage avec Anne de Lenox, fille de Charles II, duc de Richmond, il avait eu cinq garçons et deux filles. Selon le duc de Luynes (XIII, 415), Mlle Louise Gaucher, dite Lolotte, était «une fille considérée en Angleterre et dont on avait toujours dit du bien»; son amant lui laissa un mobilier d'environ 20,000 écus. Les Mémoires secrets (23 septembre 1782) l'accusent crûment d'avoir rempli le rôle d'espionne près de l'ambassadeur et prétendent que, de ce chef, elle toucha jusqu'à sa mort (1765) une pension de 12,000 francs que lui faisait le ministère.]
[77: Selon les Mémoires de Dufort de Cheverny (I, 204), cet accident aurait eu lieu en 1757, à Bordeaux, et Mlle Lolotte serait venue elle-même à Bagnères, et non à Barèges, se guérir des suites d'un empoisonnement qui coûta la vie à neuf personnes. Antoine de Ricouard, comte d'Hérouville, lieutenant général (1713-1782), auteur du Traité des légions, publié d'abord sous le nom de Maurice de Saxe (1757, in-4°), avait eu de Lolotte deux filles, «bien mariées depuis», toujours suivant Dufort.
Diderot a fait allusion à cette liaison dans le dialogue intitulé: Ceci n'est pas un conte. La date du mariage de d'Hérouville et de Lolotte n'est pas connue.]
[78: Pierre-Louis-Marie Maloët (1730-1810), médecin de Mesdames Victoire et Sophie, et plus tard médecin consultant de Bonaparte.]
[79: Dans Roland, opéra, musique de Lully, paroles de Quinault.]
[80: Acanthe et Céphise, ou la Sympathie, pastorale héroïque, en trois actes, représentée le 18 novembre 1751. M. de Lajarte (Bibliothèque musicale de l'Opéra) n'indique pas le nombre de représentations, mais ajoute que cet ouvrage n'a jamais été repris.]
[81: La Guirlande, ou les Fleurs enchantées, opéra-ballet en un acte, fut donnée le 21 septembre 1751, et par conséquent avant Acanthe et Céphise.]
[82: Le ballet des Sybarites, ou de Sibaris (titre que porte la partition manuscrite), forme la troisième partie des Surprises de l'Amour, dont Gentil-Bernard avait fourni à Rameau les deux premières (Adonis et Anacréon). Les Sybarites furent représentés le 12 juillet 1757.]
[83: Denis-François Tribou, né vers 1695, mort à Paris le 14 janvier 1761. Il avait, au moment de sa mort, la charge de théorbe de la musique du roi. Dans sa jeunesse, Tribou avait été l'amant de la duchesse de Bouillon et d'Adrienne Lecouvreur; la jalousie que la duchesse conçut de cette rivalité a fait peser sur la mémoire de celle-ci d'odieux soupçons touchant la mort mystérieuse de la grande tragédienne.]
[84: Pierre Jélyotte, né en 1713, mort en 1797. Un passage des Mémoires de Dufort de Cheverny (II, 366) a permis à M. R. de Crèvecoeur de rectifier ces deux dates, inexactement connues jusqu'alors.]
[85: Jacques-Bernard de Chauvelin (1701-1767), maître des requêtes, en 1728, intendant d'Amiens en 1731 et intendant des finances en 1753, frère aîné de l'abbé Henri-Philippe de Chauvelin, dont il a été question plus haut, et du marquis François-Claude de Chauvelin, ancien ambassadeur de France à Tunis, mort subitement le 24 juin 1773, à la table de jeu de Louis XV.]
[86: Collé (Journal, éd. Bonhomme, I, 184) dit que ce fut le 23 juin 1750 que Thiriot lui communiqua les vers de Frédéric et la réponse de d'Arnaud. Marmontel, en racontant à près de cinquante ans de distance la scène dont il prétend avoir été le témoin, cite incorrectement les deux vers du roi. L'autographe, qui a passé, en 1868, dans la vente du docteur Michelin (de Provins) porte:
Ainsi le couchant d'un beau jour Promet une plus belle aurore.
De plus, ce n'est pas Frédéric qui répondit à d'Arnaud, mais d'Arnaud qui, dans son remerciement, esquivait avec assez d'adresse la comparaison:
Grand roi, Voltaire à son couchant
Vaut mieux qu'un autre à son aurore.
]