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Mes Prisons

Chapter 15: CHAPITRE XII
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About This Book

The author recounts his arrest and prolonged incarceration for political involvement, tracing successive detentions, a trial, and transfer to a remote fortress where he endures severe isolation and harsh conditions. The narrative interweaves concrete details of daily prison life—rigid routine, deprivation, and solidarity with fellow inmates—with reflective passages on memory, moral endurance, faith, and the sustaining influence of books and friendships. Attention centers on small human gestures and the slow passage of years, leading to a commuted sentence and eventual release, followed by a withdrawn return to literary pursuits and contemplation of freedom and suffering.

CHAPITRE XII

Ainsi finit mon roman avec cette pauvre créature, si ce n’est que je lui fus redevable des plus doux sentiments pendant quelques semaines. Souvent j’étais mélancolique, et sa voix me remettait en gaieté ; souvent, en pensant à la lâcheté et à l’ingratitude des hommes, je m’irritais contre eux ; je haïssais l’univers, et la voix de Madeleine revenait me disposer à la compassion et à l’indulgence.

« Puisses-tu, ô pécheresse inconnue, n’avoir pas été condamnée à une peine grave ! ou, à quelque peine que tu aies été condamnée, puisses-tu en profiter et te réhabiliter, et vivre et mourir chère au Seigneur ! Puisses-tu être plainte et respectée de tous ceux qui te connaissent, comme tu le fus de moi qui ne t’ai pas connue ! Puisses-tu inspirer à tous ceux qui te verront la patience, la douceur, le désir de la vertu, la confiance en Dieu, comme tu les as inspirés à celui qui t’aima sans te voir ! Mon imagination a pu errer en te figurant à moi comme belle de corps, mais ton âme, j’en suis sûr, était belle. Tes compagnes parlaient grossièrement, et toi avec pudeur et noblesse. Elles blasphémaient, et toi tu bénissais Dieu ; elles se disputaient, et tu apaisais leurs différends. Si quelqu’un t’a tendu la main pour te tirer de la carrière du déshonneur, s’il t’a rendu service avec délicatesse, s’il a séché tes larmes, que toutes les consolations pleuvent sur lui, sur ses fils et sur les fils de ses fils ! »

Contiguë à la mienne, était une prison habitée par plusieurs hommes. Je les entendais aussi parler. Un d’eux surpassait les autres en autorité, non peut-être qu’il fût d’une condition plus raffinée, mais par plus de faconde et d’audace. Il faisait, comme on dit, le docteur. Il discutait et imposait silence à ses contradicteurs par sa voix impérieuse et par la fougue de ses paroles ; il leur dictait ce qu’ils devaient penser et sentir, et ceux-ci, après quelque résistance, finissaient par lui donner raison en tout.

Les malheureux ! Pas un d’eux qui tempérât les ennuis de la prison en exprimant quelque doux sentiment, quelque peu de religion et d’amour !

Le chef de ces voisins me salua, et je lui répondis. Il me demanda comment je passais cette maudite vie. Je lui dis que, bien que triste, il n’y avait pas de vie maudite pour moi, et que, jusqu’à la mort, il fallait chercher à jouir du plaisir de penser et d’aimer.

« Expliquez-vous, monsieur, expliquez-vous. »

Je m’expliquai, et je ne fus pas compris. Et quand, après d’ingénieux ambages préparatoires, j’eus le courage d’indiquer comme exemple la tendresse si chère qu’avait éveillée en moi la voix de Madeleine, le chef partit d’un grand éclat de rire.

« Qu’est-ce ? qu’est-ce ? » crièrent ses compagnons. — Le profane répéta, en les travestissant, mes paroles, et les rires redoublèrent en chœur ; et je fis là complètement la figure d’un sot.

Il en est en prison comme dans le monde. Ceux qui mettent leur science à frémir de colère, à se plaindre, à vilipender les autres, croient que c’est folie de compatir, d’aimer, de se consoler par de belles illusions qui honorent l’humanité et son Auteur.