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Mes Prisons

Chapter 23: CHAPITRE XX
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About This Book

The author recounts his arrest and prolonged incarceration for political involvement, tracing successive detentions, a trial, and transfer to a remote fortress where he endures severe isolation and harsh conditions. The narrative interweaves concrete details of daily prison life—rigid routine, deprivation, and solidarity with fellow inmates—with reflective passages on memory, moral endurance, faith, and the sustaining influence of books and friendships. Attention centers on small human gestures and the slow passage of years, leading to a commuted sentence and eventual release, followed by a withdrawn return to literary pursuits and contemplation of freedom and suffering.

CHAPITRE XX

Il racontait cette histoire avec un air surprenant de vérité. Je ne pouvais pas le croire, pourtant je l’admirais. Tous les faits de la Révolution française lui étaient très connus. Il en parlait avec beaucoup d’éloquence spontanée, et rapportait à tout propos des anecdotes très curieuses. Il y avait quelque chose de soldatesque dans son langage, mais sans qu’il manquât de cette élégance que donne la fréquentation d’une société raffinée.

« Vous me permettrez, lui dis-je, de vous traiter sans façon, de ne pas vous donner de titre.

— C’est ce que je désire, répondit-il. De mon malheur j’ai au moins retiré ce gain que je sais sourire de toutes les vanités. Je vous assure que je fais plus de cas d’être homme que d’être roi. »

Matin et soir nous nous entretenions longuement ensemble ; et, malgré ce que je pensais être une comédie de sa part, son âme me semblait bonne, candide, désireuse de tout bien moral. Plus d’une fois je fus pour lui dire : « Pardonnez-moi, je voudrais croire que vous êtes Louis XVII, mais je vous confesse sincèrement que la persuasion contraire domine en moi ; ayez assez de franchise pour renoncer à cette fiction. » Et je ruminais à part moi un beau sermon à lui faire sur la vanité de tout mensonge, même des mensonges qui paraissent innocents.

De jour en jour je différais ; j’attendais toujours que notre intimité se fût accrue de quelque degré, et jamais je n’osai exécuter mon dessein.

Quand je réfléchis à ce manque de hardiesse, je l’excuse parfois comme une politesse nécessaire, une honnête crainte d’affliger, que sais-je, moi ! Mais ces excuses ne me contentent pas, et je ne puis dissimuler que je serais plus satisfait de moi, si je n’avais pas retenu dans le fond de ma gorge le sermon dont j’avais eu l’idée. Feindre de prêter foi à une imposture, est pusillanimité ; il me semble que je ne le ferais plus.

Oui, pusillanimité ! Certes, bien qu’on s’enveloppe dans les plus délicats préambules, c’est chose dure de dire à quelqu’un : « Je ne vous crois pas. » Il se fâchera ; nous perdrons le plaisir que nous faisait goûter son amitié, il nous comblera peut-être d’injures. Mais toute perte est plus honorable que de mentir. Et peut-être le malheureux qui nous accablerait d’injures, en voyant que son imposture n’est pas crue, admirerait ensuite en secret notre sincérité, et ce lui serait un motif de réflexions qui le ramèneraient dans une meilleure voie.

Les guichetiers inclinaient à croire qu’il était vraiment Louis XVII, et comme ils avaient déjà vu tant de changements de fortune, ils ne désespéraient pas que celui-ci ne fût destiné à monter un jour sur le trône de France, et qu’il se souviendrait alors de leurs services dévoués. Hormis favoriser sa fuite, ils avaient pour lui tous les égards qu’il désirait.

C’est à cela que je dus l’honneur de voir ce grand personnage. Il était de stature médiocre, entre quarante et quarante-cinq ans, un peu replet, et de physionomie vraiment bourbonienne. Il est vraisemblable qu’une ressemblance accidentelle avec les Bourbons l’avait poussé à jouer ce triste rôle.