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Mes Prisons

Chapter 56: CHAPITRE LIII
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About This Book

The author recounts his arrest and prolonged incarceration for political involvement, tracing successive detentions, a trial, and transfer to a remote fortress where he endures severe isolation and harsh conditions. The narrative interweaves concrete details of daily prison life—rigid routine, deprivation, and solidarity with fellow inmates—with reflective passages on memory, moral endurance, faith, and the sustaining influence of books and friendships. Attention centers on small human gestures and the slow passage of years, leading to a commuted sentence and eventual release, followed by a withdrawn return to literary pursuits and contemplation of freedom and suffering.

CHAPITRE LIII

A neuf heures du matin, on nous fit entrer, Maroncelli et moi, dans une gondole, et on nous conduisit à la ville. Nous abordâmes au palais du doge, et nous montâmes aux prisons. On nous mit dans la chambre où peu de jours auparavant était M. Caporali ; j’ignore où celui-ci avait été transféré. Neuf ou dix sbires étaient là pour nous garder, et nous attendions, en nous promenant, le moment d’être conduits sur la place. L’attente fut longue. Ce fut seulement à midi que parut l’inquisiteur, pour nous annoncer qu’il fallait partir. Le médecin se présenta, et nous engagea à boire un petit verre d’eau de menthe ; nous acceptâmes et nous en fûmes reconnaissants, non pour la chose en elle-même, mais pour la profonde compassion que le bon vieillard nous témoignait. C’était le docteur Dosmo. Le chef des sbires s’avança ensuite, et nous mit les menottes. Nous le suivîmes, accompagnés des autres sbires.

Nous descendîmes le magnifique escalier des Géants, nous nous rappelâmes le doge Marino Faliero, décapité en cet endroit ; nous entrâmes sous le grand portail qui, de la cour du palais, donne sur la Piazzetta, et là, nous tournâmes à gauche du côté de la lagune. Au milieu de la Piazzetta était l’échafaud où nous devions monter. De l’escalier des Géants jusqu’à cet échafaud, se tenaient deux haies de soldats allemands ; nous passâmes au milieu d’elles.

Montés sur l’échafaud, nous regardâmes autour de nous, et nous vîmes la terreur régner sur cette immense foule. Sur divers points, dans le lointain, d’autres soldats en armes étaient rangés en bataille. On nous dit qu’il y avait de tous côtés des canons avec les mèches allumées.

Et c’était cette Piazzetta, où, en septembre 1820, un mois avant mon arrestation, un mendiant m’avait dit : « C’est ici un endroit de malheur ! »

Je me souvins de ce mendiant, et je pensai :

« Qui sait si, parmi tous ces milliers de spectateurs, il n’y est pas, lui aussi, et s’il ne me reconnaît pas ? »

Le capitaine allemand nous cria de tourner vers le palais et de regarder en haut. Nous obéîmes, et nous vîmes sur la galerie un greffier avec un papier à la main. C’était la sentence. Il la lut d’une voix haute.

Un profond silence régna jusqu’à l’expression : condamnés à mort. Alors il s’éleva un murmure général de compassion. Puis succéda un nouveau silence pour entendre le reste de la lecture. Un nouveau murmure s’éleva aux expressions : condamnés au carcere duro, Maroncelli pour vingt ans, et Pellico pour quinze.

Le capitaine nous fit signe de descendre. Nous jetâmes encore une fois les regards autour de nous, et nous descendîmes. Nous rentrâmes dans la cour, nous remontâmes le grand escalier, nous revînmes dans la chambre d’où nous avions été amenés ; on nous enleva les menottes, et nous fûmes reconduits à Saint-Michel.