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Miette et Noré

Chapter 10: L’ENSORCELÉE
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About This Book

A long lyrical narrative in verse celebrates rural life under a bright southern light, mixing vivid landscape description, folk-song rhythms, and episodic scenes that evoke everyday presence and communal feeling. The poet foregrounds a modern peasant figure seen in direct relation to nature rather than social struggle, favoring joy and freedom over lament. Interspersed commentary and prefatory notes reflect on poetic method, prosody, and the value of spontaneous, popular expression, while occasional unpublished stanzas and formal experiments broaden the work’s range between narrative song and reflective poetics.

L’ENSORCELÉE

PRÉLUDE

C’est une histoire vieille, vieille,
Vieille comme l’amour.
O les filles ! prêtez l’oreille
A l’histoire d’amour.
Il était une demoiselle
La taille faite au tour,
Beau visage, enfin toute belle
A sembler faite au tour !
Passe un garçon qui la regarde,
Aussi beau que le jour…
« Le gueux, dit-elle, — prenons garde ! —
Est plus beau que le jour ! »
Tous aimaient cette beauté fraîche ;
Lui, qui l’aime à son tour,
S’approche, parle et si bien prêche
Qu’elle l’aime à son tour.
Il lui dit : « Si j’avais un trône,
Si j’avais une cour,
Vous vêtirais de bel or jaune ;
Seriez reine à ma cour ! »
C’était un joli bavardage
Pour faire un vilain tour !
Ne la prit pas en mariage ;
Lui fit ce joli tour !
Neuf mois passés, pleurait la belle
En criant au secours.
Elle était mère et demoiselle,
La pauvre, et sans secours !
Le curé contre la maudite
Fit en chaire un discours.
La pauvre dut se mettre en fuite,
A cause des discours.
Et dans les bois se fit sorcière,
Se damna pour toujours ;
Au diable elle a fait sa prière :
Il la tient pour toujours !
… Songe, si tu te sens, ma fille,
Le désir de l’amour,
Que le diable, quand il s’habille,
Prend l’habit de l’amour !