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Miette et Noré

Chapter 38: L’HERBE D’AMOUR
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About This Book

A long lyrical narrative in verse celebrates rural life under a bright southern light, mixing vivid landscape description, folk-song rhythms, and episodic scenes that evoke everyday presence and communal feeling. The poet foregrounds a modern peasant figure seen in direct relation to nature rather than social struggle, favoring joy and freedom over lament. Interspersed commentary and prefatory notes reflect on poetic method, prosody, and the value of spontaneous, popular expression, while occasional unpublished stanzas and formal experiments broaden the work’s range between narrative song and reflective poetics.

L’HERBE D’AMOUR

PRÉLUDE

Par les bois, où s’en va la belle,
Le soir, le jour, de bon matin ?
Même la nuit, que cherche-t-elle ?
Le laurier, la sauge ou le thym ?
Si c’est le trèfle à quatre feuilles
Que tu vas cherchant tout le jour,
Dis-nous, la belle, où tu le cueilles ?
«  — Non, monsieur ; c’est l’herbe d’amour. »
Ah ! mauvaise herbe vite pousse !
Celle-ci vient comme un poison.
On dit qu’elle est amère et douce ;
On la cueille en toute saison.
Dans tous les pays de la terre,
L’herbe d’amour verdit, fleurit.
Elle aime le coin solitaire
Où le rossignol fait son nid.
Sur les toits, avec les colombes,
Les moineaux la becquent parfois ;
On la voit verdir sur les tombes
Dans le clos où poussent les croix.
Qui dit amour dit herbe folle,
Fleur de folie et d’abandon,
Qui dans le vent s’envole et vole
Comme l’aigrette du chardon.
Sur la mer, à bord du navire,
On la voit passer dans le vent…
Peut mourir qui trop la respire
Car elle germe au cœur vivant !
Elle viendra dans ton cœur même,
Sans que tu puisses l’arracher ;
Le vent, qui va partout, la sème
Dans le sable et sur le rocher.
Ne la cherche pas tant, ma belle ;
Tu pourrais ne la trouver pas !
Mais quand tu ne voudrais plus d’elle
Elle verdirait dans tes pas !
C’est la mauvaise herbe vivace
Qui console en donnant la mort…
Les glaciers en ont sous la glace ;
Elle est au Sud, elle est au Nord !
C’est le gui, peut-être le lierre,
Et, nous morts, tant qu’il fera jour,
Verdira sur notre poussière
L’herbe d’amour, l’herbe d’amour !