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Miette et Noré

Chapter 54: LA PAROLE
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About This Book

A long lyrical narrative in verse celebrates rural life under a bright southern light, mixing vivid landscape description, folk-song rhythms, and episodic scenes that evoke everyday presence and communal feeling. The poet foregrounds a modern peasant figure seen in direct relation to nature rather than social struggle, favoring joy and freedom over lament. Interspersed commentary and prefatory notes reflect on poetic method, prosody, and the value of spontaneous, popular expression, while occasional unpublished stanzas and formal experiments broaden the work’s range between narrative song and reflective poetics.

LA PAROLE

PRÉLUDE

La bise est quelquefois maligne,
L’hiver est quelquefois méchant ;
Laisse au dehors dormir ta vigne
Et bois son vin d’où naît le chant !
Quand la plaine est molle de pluie,
Le vieux paysan prisonnier
Derrière la vitre s’ennuie
A voir le blé vert se noyer.
Mais ceux qui vivent au village
Par chambrée assemblés le soir
Passent le temps en verbiage
Oubliant le dehors tout noir !
Le bon calèn d’huile d’olive
Luit jusqu’au fond des yeux malins ;
Le feu de vigne, flamme vive,
Chante au bruit des verres trop pleins.
« Dis-nous, compère, un de tes contes… »
Ah les bons vieux contes salés !
On n’entend plus le vent qui monte
Ni l’eau qui peut noyer les blés !
Un mot, — et le souci s’envole !
Si le conteur y met du sien,
Pendant une heure il vous console ;
Il vous tient là, s’il parle bien.
Il vous tient pendus à ses lèvres ;
Sa langue vous mène avec lui ;
Le dernier des gardeurs de chèvres
Est par là maître de l’ennui !
Enfin si le conteur sait dire,
Vous auriez beau ne pas vouloir,
Quand il le veut, vous devez rire
Et vous sentir gai tout un soir !
Il faut rire à l’antique histoire
Qu’un de vous de son père apprit…
Et je sens là toute ta gloire,
Vieille puissance de l’esprit,
Parole ! ô pouvoir qu’ont les hommes
D’imiter tout avec un son !
Toi qui fais voir ce que tu nommes,
Père et mère des arts qui sont !
Sans toi, lumière créatrice,
Le Réel tient caché le Beau,
La Force ignore la Justice,
Et l’Espoir meurt sur un tombeau !
La Raison, sans toi, reste vaine ;
L’art du poète qui t’accroît
Du rythme qui bat dans sa veine,
Se dit le plus grand à bon droit !
Et, — toi dont les chants populaires
Et les vieux contes primitifs
Ont le mieux gardé, sources claires,
Les premiers bruits imitatifs, —
Je t’aime encore, moi qui t’aime
Fille des lèvres et de l’air,
D’égayer le paysan même
Quand le soleil est mort, — l’hiver.