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Miette et Noré

Chapter 63: DE PROFUNDIS
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About This Book

A long lyrical narrative in verse celebrates rural life under a bright southern light, mixing vivid landscape description, folk-song rhythms, and episodic scenes that evoke everyday presence and communal feeling. The poet foregrounds a modern peasant figure seen in direct relation to nature rather than social struggle, favoring joy and freedom over lament. Interspersed commentary and prefatory notes reflect on poetic method, prosody, and the value of spontaneous, popular expression, while occasional unpublished stanzas and formal experiments broaden the work’s range between narrative song and reflective poetics.

DE PROFUNDIS

PRÉLUDE

Couverts de leurs maux, chargés de leur crime,
Baignés dans leurs pleurs,
Ils crîront vers Dieu du fond de l’abîme,
Du fond des douleurs.
Pâles, frissonnant des pieds à la tête,
Et le cœur amer,
Leur mal les tordra, — comme la tempête
Tord la vaste mer.
Les vierges diront : « L’amour fait le monde,
Et tu le défends ! »
Les mères diront, d’une voix profonde :
« Qu’ont fait les enfants ? »
L’un dira : « Seigneur, le mal qui m’accable,
Dont j’ai trop souffert,
— Quand tu m’en chargeas, étais-je coupable ?…
Tu m’en as couvert ! »
Un autre dira : « Que mon cri te touche !
Rien ne t’est caché :
Tu sais si l’on peut détourner sa bouche
Des fruits du péché ! »
L’autre a blasphémé : « Ta loi nous ordonne
De souffrir sans fiel ;
Le bien pour le mal ; il faut qu’on pardonne
Pour complaire au ciel !…
« … Si quand j’ai mal fait, tu rends en souffrance
Le mal à mon corps,
Quelle est entre nous, — dis, — la différence,
O Maître des forts !
« D’ailleurs, le pêché lui-même nous semble
Un vrai châtiment ! »
Et tous ont crié, pleurant tous ensemble :
« Réponds, Dieu clément ! »
… Tous ont attendu dans les tabernacles
Que Dieu répondît,
Par sa grande voix, la voix des miracles,
A l’homme maudit…
Mais tous vainement, l’oreille à la porte,
Ils ont écouté…
« Justice du ciel, serais-tu donc morte
Dans l’éternité ? »