Transports d’amour,
Durez un jour!
Au diable celui qui pleure
Pour deux beaux yeux
A nous l’ivresse meilleure
Des chants joyeux!
Vivons une heure
Dans les cieux!
Le Choeur.
Au diable celui qui pleure,
Pour deux beaux yeux!
A nous l’ivresse meilleure
Des chants joyeaux
Vivons une heure
Dans les cieux!
Hoffman.
Le ciel te prête sa clarté,
Beauté.
Mais vous chachez ô coeurs de fer,
L’enfer!
Bonheur du paradis
Où l’amour convie,
Serments, espoirs mandits,
Rêves de la vie!
O chastetés,
O puretés,
Mentez!
Le Choeur.
Au diable celui qui pleure,
etc., etc.
Schlemil (entrant en scène).
Je vois qu’en est en fête. A merveille, madame.
Giulietta.
Comment! Mais je vous ai pleuré trois grands jours.
Pitichinaccio.
Dame.
Schlemil (a Pitichinaccio).
Avorton!
Pitichinaccio.
Hola!
Giulietta.
Calmez vous!
Nous avous un poèté étranger parmi
Nous.
(Présentant Hoffman.)
Hoffman!
Schlemil (de mauvaise grace.)
Monsieur!
Hoffman (ironique).
Monsieur!
Giulietta (a Schlemil).
Souriez nous, de grâce,
Et venez prendre place
Au pharaon!
Le Choeur.
Vivat! au pharaon!
(Giulietta après avoir invité tout le monde a la suivre se
dirige vers la porte. Hoffman offre sa main à Giulietta. Schlemil
intervient vivement.)
Schlemil (prenant la main de Giulietta).
Morbleu!
Giulietta.
Au jeu, messieurs, au jeu.
Le Choeur.
Au jeu, au jeu.
(Tout le monde sort moins Nicklausse et Hoffman.)
Nicklausse.
Un mot! J’ai deux chevaux sellés; au premier rêve
Dont se laisse affoler mon Hoffman, je l’enlève.
Hoffman.
Et quelles rêves, jamais, pourraient être enfantés
Par de telles realités?
Aime-t-on une courtisane?
Nicklausse.
Ce Schlemil, cependant...
Hoffman.
Je ne suis pas Schlemil.
Nicklausse.
Prends y garde, le diable est malin.
(Dapertutto parait au fond.)
Hoffman.
Le fut-il,
S’il me la fait aimer, je consens qu’il me damne
Allons!
Nicklausse.
Allons!
(Ils sortent.)
Dapertutto (seul).
Allez... pour te livrer combat
Les yeux de Giulietta sont une arme certaine.
Il a fallu que Schlemil succombat!
Foi de diable et de capitaine!
Tu feras comme lui.
Je veux que Giulietta t’ensorcelle au jourd’hui.
(Tirant de son doigt une bague ou brille un gros diamant.)
Tourne, tourne, miroir où se prend l’alouette,
Scintille, diamant, fascine, attire la...
L’alouette ou la femme
A cet appât vainqueur
Vont de l’aile ou du coeur;
L’une y laisse sa vie l’autre y perd son âme,
Tourne tourne miroir ou se prend l’alouette.
Scintille diamant, fascine, attire-la.
(Giulietta parait et s’avance, fascinée vers le diamant que
Dapertutto tend vers elle.)
Dapertutto (passant la bagne au doit Giulietta.)
Cher ange.
Giulietta.
Q’attendez-vous de votre servante?
Dapertutto.
Bien, tu m’as deviné,
A séduire les coeurs entre toutes savante,
Tu m’as déjà donné
L’ombre de Schlemil! Je varie
Mes plaisirs et te prie
De m’avoir aujourd hui
Le reflet d’Hoffman!
Giuletta.
Quoi! son reflet!
Dapertutto.
Oui!
Son reflet... tu doutes
De la puissance de tes yeux?
Giuletta.
Non.
Dapertutto.
Qui sait? Ton Hoffman rêve peut être mieux.
(avec dureté).
Oui, j’étais la, tout a l’heure, aux écoutes,
Il te défie...
Giuletta.
Hoffman?... c’est bien!... dés aujourd’hui
J’en ferai mon jouet.
(Hoffman entre.)
Dapertutto.
C’est lui!
(Dapertutto sort. Hoffman fait mine de s’eloigner.)
Giulietta (à Hoffman).
Vous me quittez?
Hoffman (railleur).
J’ai tout perdu.
Giulietta.
Quoi... vous aussi!...
Ah! vous me faites injure
Sans pitié, ni merci
Partez... partez!...
Hoffman.
Tes larmes t’ont trahie.
Ah je t’aime... fut-ce au prix de ma vie.
Giulietta.
Ah malheureux, mais tu ne sais donc pas
Qu’une heure, qu’un moment, peuvent t’être
funestes?
Que mon amour te perd a jamais si tu restes?
Ne repousse pas ma prière
Ma vie est à toi toute entière.
Partont je te promets d’accompagner tes pas.
Hoffman.
O Dieu de quelle ivresses embrases tu mon âme?
Comme un concert divin ta voix me pénêtre;
D’un feu doux et brulant mon être est dévoré;
Tes regards dans les miens ont épanché leur flamme
Comme des astres radieux
Et je seus, ô mon bien aimée,
Passer ton haleine embaumée
Sur mes lèvres et sur mes yeux.
Giulietta.
Aujourd’hui cependant affermis mon courage.
En me laissant quelque chose de toi!
Hoffman.
Que veux tu dire?
Giulietta.
Ecoute et ne ris pas de moi.
(Elle enlace Hoffman et prend un miroir.)
Ce que je veux c’est ta fidèle image
Qui reproduit tes traits ton regard ton visage,
Le reflet que tu vois sur le mien se pencher.
Hoffman.
Quoi! mon reflet? quelle folie!
Giulietta.
Non! car il peut se détacher,
Le la glace polie.
Pour venir tout entier dans mon coeur se cacher.
Hoffman.
Dans ton coeur?
Giulietta.
Dans mon coeur. C’est moi qui t’en supplies,
Hoffman, comble mes voeux!
Hoffman.
Mon reflet?
Giulietta.
Ton reflet. Oui sagesse on folie,
Je l’attends, je le veux!
Hoffman.
Extase, ivresse, inassouvie,
Mon reflet, mon âme et ma vie à toi, toujours à toi!
Giulietta.
Si ta présence m’est ravie,
Je veux garder de toi
Ton reflet, ton âme et ta vie
Ami, donne les moi!
Giulietta (vivement).
Schlemil!
(Schlemil entre suivi de Nicklausse. Dappertutto, Pittichinaccio et
autres.)
Schlemil.
J’en étais sûr! Ensemble!
Venez, messieurs, venez,
C’est pour Hoffman à ce qu’il semble,
Que nous sommes abandonnés.
(Rires ironiques.)
Hoffman (presque parlé).
Monsieur!
Giulietta (à Hoffman).
Silence!
(bas) Je t’aime, il a ma clef.
Pittichinaccio (a Schlemil).
Tuons le.
Schlemil.
Patience!
Dappertutto (à Hoffman).
Comme vous êtes pâle.
Hoffman.
Moi!
Dapertutto (lui présentant le miroir.)
Voyez plutôt!
Hoffman (stupéfait, se regardant).
Ciel!
Giulietta.
Ecoutez, messieurs,
Voici les gondoles,
L’heure des barcarolles
Et celle des adieux!
(Schlemil reconduit les invités. Giulietta sort, jetant un regard
à Hoffman. Dapertutto reste au fond de la scène. Nicklausse
revient à Hoffman.)
Nicklausse.
Viens tu?
Hoffman.
Pas encore.
Nicklausse.
Pourquoi? Bien, je comprends, adieu!
(a part.) Mais je veille sur toi.
(Il sort.)
Schlemil.
Qu’attendez vous, monsieur?
Hoffman.
Que vous me donniez certaine clef que j’ai juré d’avoir.
Schlemil.
Vous n’aurez cette clef monsieur qu’avec ma vie.
Hoffman.
J’aurai donc l’une ou l’autre.
Schlemil.
C’est ce qu’il faut voir! En garde!
Dapertutto.
Vous n’avez pas d’épée (lui
présentant le sien).
Prenez la mienne!
Hoffman.
Merci!
Choeur (dans la coulisse).
Belle nuit, o nuit d’amour!
Souris a nos ivresses
Nuit plus douce que le jour,
O belle nuit d’amour!
(Hoffman et Schlemil se battent. Schlemil est blessé à mort et
tombe. Hoffman se penche et lui prend la clef pendue à son cou et s’élance
dans l’appartment de Giulietta qui parait dans une gondole.)
Hoffman.
Personne!
Giulietta (riant).
Ha, ha, ha!
(Hoffman regarde Giulietta avec stupeur.)
Dapertutto (a Giulietta).
Qu’en fais tu maintenant?
Giulietta.
Je te l’abandonne.
Pitichinaccio (entre dans la gondole).
Cher ange.
(Giulietta le prend lans ses bras.)
Hoffman (comprenant l’infamie de Giulietta).
Misérable!
Nicklausse.
Hoffman! Hoffman! les sbires!
(Nicklausse entraine Hoffman. Giulietta et Dapertutto rient.)
Acte IV.
(A Munich chez Crespel. Une chambre bizarrement meublee.)
Antonia (seule. Elle est devant le clavecin et
chante).
Elle à fui, la tourterelle,
Elle à fui loin de toi!
(Elle s’arrête et se lève.)
Ah souvenir trop doux! image trop cruelle!
Hélas à mes genoux, je l’entends, je le vois,
Elle à fui, la tourterelle,
Elle à fui loin de toi!
Mais elle est toujours fidèle
Et te garde sa foi.
Bien aime, ma voix t’appelle,
Tout mon coeur est à toi.
(Elle se rapproche du clavecin.)
Chère fleur qui vient d’eclore
Par pitié reponds moi,
Toi qui sais s’il m’aime encore,
S’il me garde sa foi!...
Bien aime ma voix t’implore,
Que ton coeur vienne à moi!
(Elle se laisse tomber sur une chaise.)
Crespel (entrant brusquement).
Malheureuse enfant, fille bien aimèe
Tu m’avis promis de ne plus chanter.
Antonia.
Ma mère s’était en moi ranimée;
Mon coeur en chantant croyait l’écouter.
Crespel.
C’est la mon tourment. Ta mère chérie
T’a légué sa voix, regrets superflus!
Par toi je l’entends. Non...non...je t’en prie.
Antonia (tristement).
Votre Antonia ne chantera plus!
(Elle sort lentement.)
Crespel (seul).
Désespoir! Tout a l’heure encore
Je voyais ces taches de feu
Colorer son visage, Dieu!
Perdrai-je l’enfant que j’adore?
Ah, c’est Hoffman, c’est lui
Qui jeta dans son coeur ces ivresses...
J’ai fui.
Jusqu’à Munich...
(Entre Frantz.)
Crespel.
Toi Frantz n’ouvre a personne.
Frantz.
Vous croyez...
Crespel.
Où vas tu?
Frantz.
Je vais voir si l’on sonne
Comme vous avez dit...
Crespel.
J’ai dit n’ouvre a personne!
(criant.) A personne! entends tu, cette
fois?
Frantz.
Eh, mon Dieu, je ne suis pas sourd!
Crespel.
Bien! que le diable t’emporte!...
Frantz.
Oui monsieur, la clef est sur la porte.
Crespel.
Bêlitre! Ane bâté!
Frantz.
C’est convenu.
Crespel.
Morbleu!
(Il sort. Frantz descend.)
Frantz (seul).
Eh bien! Quoi, toujours en colère!
Bizarre, quinteux, exigeant!
Ah, l’on a du mal a lui plaire
Pour son argent...
Jour et nuit je me mets en quatre,
Au moindre signe je me tais
C’est tout comme si je chantais!...
Encore non, si je chantais,
De ses mépris il lui faudrait rabattre.
Je chante seul quelque fois;
Mais chanter n’est pas commode!
Tra la la! tra la la!
Ce n’est pourtant pas la voix,
Qui me fait défaut, je crois...
Tra la la! Tra la la!
Non c’est la méthode.
Dame! on a pas tout en partage.
Je chante pitoyablement;
Mais je danse agréablement,
Je me le dis sans compliment,
Corbleu la danse est à mon avantage,
C’est là mon plus grand attrait,
Et danser n’est pas commode.
Tra la la! Tra la la!
(Il danse. Il s’arrête.)
Près des femmes le jarret
N’est pas ce qui me nuirait,
Tra la la! Tra la la!
(Hoffman entre suivi de Nicklausse.)
Hoffman.
Frantz! C’est lui...
(Touchant l’épaule de Frantz.)
Debout l’ami.
Frantz.
Hein qui va la (il se relève) Monsieur
Hoffman!
Hoffman.
Moi-même! Eh bien, Antonia?
Frantz.
Il est sorti, monsieur.
Hoffman (riant).
Ha, ha, plus sourd encore que l’au passe?
Frantz.
Monsieur m’honore. Je me porte bien, grâce au ciel.
Hoffman.
Antonia! Va, fais que je la voie!
Frantz.
Très bien... Quel joie
Pour Monsieur Crespel (Il sort.)
Hoffman (s’asseyant devant le clavecin).
C’est une chanson d’amour
Qui s’envole,
Triste ou folle
Tour à tour!...
Antonia (entrant précipitamment).
Hoffman!
Hoffman (recevant Antonia dans ses bras).
Antonia.
Nicklausse (à part).
Je suis de trop; bonsoir.
(Il sort.)
Antonia.
Ah! Je savais bien que tu m’aimais encore.
Hoffman.
Mon coeur m’avait bien dit que j’étais regretté
Mais pour quoi nous a-t-on séparés?
Antonia.
Je l’ignore.
Hoffman.
Ah j’ai le bonheur dans l’âme!
Demain tu seras ma femme.
Heureux epoux
L’avenir est à nous!
A l’amour soyons fidèles
Que ses chaines éternelles
Gardent nos coeurs,
Du temps même vanqueurs!
Antonia.
Ah j’ai le bonheur dans l’âme!
Demain je serai ta femme.
Heureux époux,
L’avenir est a nous!
Chaque jour, chansons nouvelles!
Ton génie ouvre ses ailes!
Mon chant vaniqueur
Est l’echo de ton coeur!
Hoffman (souriant).
Pourtant, ô ma fiancée,
Te dirai-je une pensée
Qui me trouble malgre moi?
La musique m’inspire un peu de jalousie,
Tu l’aimes trop!
Antonia (souriant).
Voyez l’étrange fantaisie!
T’aimé-je donc pour elle, ou elle pour toi?
Car toi, tu ne vas pas sans doute me défendre
De chanter, comme a fait mon père?
Hoffman.
Que dis tu?
Antonia.
Qui, mon père à présent, m’impose la vertu
Du silence (vivement) Veux tu m’entendre?
Hoffman (a part).
C’est étrange!... Est-ce que...
Antonia (l’entrainant).
Viens là comme autrefois.
Ecoute, et tu verras si j’ai perdu ma voix.
Hoffman.
Comme ton œil s’anime et comme ta main tremble.
Antonia (le faisant s’asseoir devant le
clavecin).
Tiens ce doux chant d’amour que nous chantions ensemble.
(Elle Chante.)
C’est une chanson d’amour
Qui s’envole
Triste ou folle
Tour a tour;
C’est une chanson d’amour.
La rose nouvelle,
Sourit au printemps.
Las! combien de temps
Vivra-t-elle?
Ensemble.
C’est une chanson d’amour,
Qui s’envole,
Triste ou folle,
Tour a tour,
C’est une chanson d’amour.
Hoffman.
Un rayon de flamme
Pare ta beauté,
Verras tu l’été,
Fleur de l’âme?
Ensemble.
C’est une chanson d’amour,
etc.
(Antonia, porte la main à son coeur et semble défaillir.)
Hoffman.
Qu’as tu donc?
Antonia.
Rien.
Hoffman (écoutant).
Chut!
Antonia.
Ciel mon père, Viens, viens!
(Elle sort.)
Hoffman.
Non, je saurai le mot de ce mystère.
(Il se cache. Crespel parait.)
Crespel (regardant autour de lui).
Non, rien. J’ai cru qu’Hoffman était ici.