De raison et de sens pratique!
Peste soit des coeurs langoureux!
Nathanael.
Gageons qu’Hoffmann est amoureux!
Hoffmann.
Après?...
Nathanael.
Il ne faut pas en rougir, j’imagine.
Notre ami Wilhelm que voilà
Brûle pour Léonor et la trouve divine;
Hermann aime Gretchen; et moi je me ruine
Pour la Fausta!
Hoffmann (à Wilhelm).
Oui, Léonor, ta virtuose!...
(A Hermann.)
Oui, Gretchen, ta poupée inerte, au coeur glacé!
(A Nathanael.)
Et ta Fausta, pauvre insensé!...
La courtisane au front d’airain!
Nathanael.
Esprit morose,
Grand merci pour Fausta, Gretchen et Léonor!...
Baste! autant celles-là que d’autres!
Nathanael.
Ta maîtresse est donc un trésor
Que tuméprises tant les nôtres?
Hoffmann.
(Haut.)
Ma maîtresse?...Non pas! dites mieux, trois maîtresses,
Trio charmant d’enchanteresses
Que se partagèrent mes jours!
Voulez-vous le récit de ces folles amours?...
Le Choeur.
Oui, oui!
Nicklausse.
Que parles-tu de trois maîtresses?
Hoffmann.
Fume!...
Avant que cette pipe éteinte se rallume
Tu m’auras sans doute compris,
O toi qui dans ce drame où mon coeur se consume
Du bon sens emportas le prix!
(Tous les étudiants vont reprendre leurs places.)
Le Choeur.
Ecoutons! il est doux de boire
Au récit d’une folle histoire,
En suivant le nuage clair
Que la pipe jette dans l’air!
Hoffmann (s’asseyant sur le coin d’une
table).
Je commence.
Le Choeur.
Silence!
Hoffmann.
Le nom de la première était Olympia!
(Le rideau tombe, pendant qu’Hoffmann parle à tous les étudiants
attentifs.)
Acte II
(Un riche cabinet de physician.)
Hoffman (seul).
Allons courage et confiance
Je deviens un puit de science
Il faut tourner selon le vent
Pour meriter celle que j’aime.
Je saurai trouver en moi-même
L’étoffe d’un savant
Elle est là, si j’osais.
(Il soulève la portière.)
C’est elle!
Elle sommeille! Qu’elle est belle!
Ah! vivre deux! N’avoir qu’une même espérance
Un même souvenir!
Partager le bonheur, partager la souffrance,
Partager l’avenir!
Laisse, laisse ma flamme
Verser en toi le jour!
Laisse éclore ton âme
Aux rayons de l’amour!
Foyer divin! Soleil dont l’ardeur nous penêtre
Et nous vient embraser!
Ineffable désir ou l’on sent tout son être
Se fondre en un baiser.
Laisse, laisse ma flamme
Verser en toi le jour!
Laisse éclore ton âme
Aux rayons de l’amour!
Foyer divin! Soleil dont l’ardeur nous pénêtre,
Et nous vient embraser!
Ineffable désir où l’on sent tout son être
Se fondre en un baiser.
Laisse laisse ma flamme
Verser en toi le jour!
Laisse éclore ton âme
Aux rayons de l’amour!
(Nicklausse parait.)
Nicklausse.
Pardieu... j’étais bien sur de te trouver ici!
Hoffman (laissant retomber la portière).
Chut!
Nicklausse.
Pourquoi?... c’est là que respire
La colombe qui fait ton amoureux souci.
La belle Olympia... Va, mon enfant! admire!
Hoffman.
Oui, je l’adore!
Nicklausse.
Attends à la connaître mieux.
Hoffman.
L’âme qu’on aime est aisé a connaître!
Nicklausse.
Quoi d’un regard?... par la fenêtre?
Hoffman.
Il suffit d’un regard pour embrasser les cieux!
Nicklausse.
Qu’elle chaleur! Au moins sait—elle que tu l’aimes?
Hoffman.
Non!
Nicklausse.
Ecris lui!
Hoffman.
Je n’ose pas.
Nicklausse.
Pauvre agneau! Parle-lui.
Hoffman.
Les dangers sont les mêmes.
Nicklausse.
Alors chante morbleu! pour sortir d’un tel pas!
Hoffman.
Monsieur Spalanzani n’aime pas la musique.
Nicklausse (riant).
Oui, je sais, tout pour le physique!
Une poupée aux yeux d’email
Jouait au mieux de l’eventail
Aupres d’un petit coq en cuire;
Tous deux chantaient a l’unison
D’une merveilleuse facon,
Dansaient, caquetaient, semblaient vivre.
Hoffman.
Plait-il? Pourquoi cette chanson?
Nicklausse.
Le petit coq luisant et vif,
Avec un air rèbarbatif,
Tournait par trois sur lui-même;
Par un rouage ingenieux,
La poupée, en roulant les yeux
Soupirait et disait: “Je t’aime”!
Le Choeur des Invites.
Non, aucun hôte, vraiment,
Ne recoit plus richement!
Par le gout, sa maison brille!
Tout s’y trouve réuni.
Spalanzani.
Vous serez satisfaits, messieurs.
(Il fait signe a Cochenille et sort.)
Nicklausse (a Hoffman).
Enfin nous allons voir de près cette merveille.
Sans pareille!
Hoffman.
Silence! la voici.
(Entrée de Spalanzani conduisant Olympia.)
Spalanzani.
Mesdames et messieurs je vous présente
Ma fille Olypmia.
Le Choeur.
Charmante!
Elle à de trés beauv yeaux!
Sa taille est fort bien prise!
Voyez comme elle est mise!
Il ne lui manque rien!
Elle est très bien!
Hoffman.
Ah qu’elle est adorable!
Nicklausse.
Charmante, incomparable!
Spalanzani (a Olympia).
Quel succès est le tien.
Nicklausse.
Vraiment elle est très bien.
Le Choeur.
Elle à de beaux yeux
Sa taille est fort bien prise
Voyez comme elle est mise
Il ne lui manque rien
Vraiment elle est très bien.
Spalanzani.
Mesdames et messieurs, fière de vos bravos.
Et surtont impatiente
D’en conquerir de nonveaux
Ma fille, obéissant à vos moindres caprices,
Va, s’il vous plait...
Nicklausse (à part).
Passer a d’autres exercices.
Spalanzani.
Vous chanter un grand air, en suivant de la voix,
Talent rare
Le clavecin, la guitare,
Qu la harpe, à votre choix!
Cochennille (au fond du théâtre).
La harpe!
Une Voix de Basse.
(Dans la coulisse.)
La harpe!
Spalanzani.
Fort bien. Cochenille!
Va vite nous chercher la harpe de ma fille!
(Cochenille sort.)
Hoffman (a part).
Je vais l’entendre... oh joie!
Nicklausse (a part).
O folle passion!
Spalanzani (a Olympia).
Maitrise ton émotion, mon enfant!
Olympia.
Oui.
Cochenille (avec la harpe).
Voila!
Spalanzani (s’asseyant ouprès d’Olympia).
Messieurs, attention!
Cochenille.
Attention!
Le Choeur.
Attention!
Olympia (accompagné par Spalanzani).
Les oiseaux dans la charmille,
Dans les cieux l’astre du jour,
Tout parle a la jeune fille
D’amour, d’amour,
Voilà!
La chanson gentille
Voilà!
La chason d’Olympia,
Ha!
Le Choeur.
C’est la chanson d’Olympia!
Olympia.
Tout ce qui chante et résonne
Et soupire tour à tour,
Emeut son coeur qui frissonne
D’amour!
Voilà!
La chanson mignonne
Violà voilà
La chanson d’Olympia.
Ha!
Le Choeur.
C’est la chanson d’Olympia.
Hoffman (a Nicklausse).
Ah! mon ami, quel accent.
Nicklausse.
Quelles gammes!...
(Tout le monde s’empresse autour d’Olympia. Un laquais s’addresse
a Spalanzani).
Spalanzani.
Allons, messieurs! la main aux dames...
Le souper nous attend.
Le Choeur.
Le souper! bon cela...
Spalanzani.
A moins qu’on ne préfère.
Danser d’abord!...
Le Choeur (avec energie).
Non, non, le souper! bonne affaire ensuite on dansera.
Spalanzani.
Comme il vous plaira!
Hoffman (s’approchant d’Olympia).
Oserai-je?
Spalanzani (intervenant).
Elle est un peu lasse; attendez le bal.
(Il touche l’épaule d’Olympia.)
Olympia.
Oui.
Spalanzani.
Vous voyez, jusque là
Voulez vous me faire la grâce
De tenir compagnie à mon Olympia?
Hoffman.
O bonheur!
Spalanzani (à part, riant).
Nous verrons ce qu’il lui chantera.
Nicklausse (a Spalanzani).
Elle ne soupe pas.
Spalanzani.
Non!
Nicklausse (à part).
Ame poetique!
(Spalanzani passe derrière Olympia. On entend le bruit d’un
ressort.)
Plaît-il?
Spalanzani.
Rien! la physique! ah monsieur, la physique!
(Il conduit Olympia à un fauteuil et sort avec les invites.)
Cochenille.
Le souper vous attend.
Le Choeur (avec enthousiasm).
Le souper, le souper, le souper nous attend!
Non, ancun hôte vraiment,
Ne reçoit plus richement!
Hoffman.
Ils se sont éloignes enfin! Ah je respire!
Seuls, seuls, tous deux!
(S’approchant d’Olympia.)
Oue j’ai de choses à te dire,
O mon Olympia! Laisse moi t’admirer!
De ton regard charmant laisse moi m’enivrer.
(Il touche légèrement l’épaule d’Olympia.)
Olympia.
Oui.
Hoffman.
N’est—ce pas un rêve enfanté par la fièvre?
J’ai cru voir un soupir s’échapper de ta lèvre!
(Il touche de nouveau l’épaule d’Olympia.)
Olympia.
Oui.
Hoffman.
Doux aveu, gage de nos amours,
Tu m’appartieus, nos coeurs sont unis pour toujours!
Ah comprends-tu, dis moi, cette joie éternelle
Des coeurs silencieux?
Vivants, n’être qu’une âme, et du même coup d’aile
Nous élancer aux cieux!
Laisse, laissema flamme
Verser en toi le jour!
Laisse éclore ton âme
Aux rayons de l’amour!
(Il presse la main d’Olympia. Celle ci se léve, parcourt la scène
et sort.)
Tu me fuis? qu’ai je fait? Tu ne me réponds pas.
Parle! t’ai-je irritee? ah je suivrai tes pas!
(Hoffman s’élance, Nicklausse parait.)
Nicklausse.
Eh morbleu, modére ton zèle!
Veux-tu qu’on se grise sans toi?...
Hoffman (avec ivresse).
Nicklausse! Je suis aimé d’elle!
Aimié!... Dieu puissant.
Nicklausse.
Par ma foi
Si tu savais ce qu’on dit de ta belle!
Hoffman.
Qu’en peut on dire? Quoi?
Nicklausse.
Qu’elle est morte.
Hoffman.
Juste ciel!
Nicklausse.
Ou ne fut pas en vie.
Hoffman.
Nicklausse! je suis aimé d’elle
Aimé! Dieu puissant.
(Il sort. Nicklausse le suit.)
Coppelius (entrant, furieaux).
Voleur! brigand! quelle déroute!
Elias à fait banqueronte!
Va, je saurai trouver le moment opportun
Pour me venger... Volé! moi!... Je tuerai quelqu’un.
(Coppélius se glisse dans la chambre d’Olympia.)
(Entre tout-le-monde.)
Spalanzani.
Voici les valseurs.
Cochenille.
Voici la ritournelle.
Hoffman.
C’est la valse qui nous appelle.
Spalanzani (à Olympia).
Prends la main de monsieur, mon enfant.
(Lui touchant l’épaule.)
Allons!
Olympia.
Oui.
(Hoffman enlace la taille d’Olympia et ils disparaissent a gauche.)
Le Choeur.
Elle danse!
En cadence!
C’est merveilleux!
Prodigieux!
Place, place!
Elle passe
Elle fend l’air
Comme un éclair.
La Voix d’Hoffman (dans la coulisse).
Olympia!
Spalanzani.
Qu’on les arrête!
Le Choeur.
Qui de nous les arrêtera?
Nicklausse.
Elle va lui casser la tête!...
(Hoffman et Olympia reparaissent et redescendent.)
(Nicklausse s’elance pour les arrétèr.)
Eh, mille diables!...
(Il est violemment bausculé et tombe sur un fauteuil.)
Le Choeur.
Patatra!
Spalanzani (s’élancant).
Halte là!
(Il touche Olympia à l’épaule. Elle s’arrête
subitement. Hoffman étourdi tombe sur un canapé.)
Spalanzani.
Voilà!
(à Olympia.)
Assez, assez, ma fille.
Olympia.
Oui.
Spalanzani.
Il ne faut plus valser.
Olympia.
Oui.
Spalanzani (a Cochenille).
Toi Cochenille,
Reconduis-la.
(Il touche Olympia.)
Cochenille (poussant Olympia).
Va donc. Va!
Olympia.
Oui.
(En sortant, poussé par Cochenille.)
Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha!
Le Choeur.
Que voulez vous qu’on dise?
C’est une fille exquise,
Il ne lui manque rien, Elle est très bien!
Nicklausse (d’une voix dolente, en montrant
Hoffman.)
Est-il mort?
Spalanzani (examinant Hoffman).
Non, en somme, Son lorgnon seul est en débris
Il reprend ses esprits.
Le Choeur.
Pauvre jeune homme!
Cochenille (dans la coulisse)
Ah!
(Il entre, la figure bouleversée.)
Spalanzani.
Quoi?
Cochenille.
L’homme aux lunettes ... là.
Spalanzani.
Miséricorde! Olympia!
Hoffman.
Olympia!
(On entend un bruit de réssorts qui se brisent avec fracas.)
Spalanzani.
Ah! terre et cieux! Elle est cassée!
Hoffman.
Cassée!
Coppelius (entrant).
Ha, ha, ha, ha, oui, Fracasseé.
(Hoffman s’élance et disparaît. Spalanzani et Coppélius
se jettent l’un sur l’autre.)
Spalanzani.
Gredin!
Coppélius.
Voleur!
Spalanzani.
Brigand!
Coppélius.
Païen.
Spalanzani.
Bandit.
Coppelius.
Pirate!
Hoffman (pale et épouvanté).
Un automate! Un automate!
(Il tombe sur un fauteuil. Eclat de rire général.)
Le Choeur.
Ha, ha, ha, la bombe éclate
Il aimait un automate!
Spalanzani (avec désespoir).
Mon automate!
Tous.
Un automate!
Ha, ha ha, ha!
Troisieme Acte.
(A Venise. Galerie en fête dans un palais donnant sur le grand canal.
Les hôtes de Giuletta sont groupés sur des coussins.)
Barcarole
Giuletta et Nicklausse (dans la coulisse.)
Belle nuit, o nuit d’amour,
Souris a nos ivresses,
Nuit plus donce que le jour,
O belle nuit d’amour!
Le temps fuit et sans retour
Emporte nos tendresses!
Loin de cet heureux sejour,
Le temps fuit sans retour
Zephyrs embrasés
Versez nous vos caresses;
Zephyrs embrasés
Donnez nous vos baisers.
Belle nuit, o nuit d’amour,
Souris à nos ivresses
Nuit plus douce que le jour,
O belle nuit d’amour.
(Giuletta et Nicklausse entrent en scène.)
Hoffman.
Et moi, ce n’est pas là, pardieu, ce qui m’enchante!
Aux pieds de la beauté qui nous vient enivrer
Le plaisir doit il soupirer?
Non! Le rire à la bouche écoutez comme il chante!
Chant Bacchique.
Amis! l’amour tendre et rêveur,
Erreur!
L’amour dans le bruit et le vin!
Divin!
Que d’un brûlant désir
Votre coeur s’enflamme
Aux fièvres du plaisir
Consumez votre âme