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Notes de route

Chapter 5: Aïn-Sefra
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About This Book

A series of travel sketches and personal essays recounts journeys across North African landscapes and towns, from coastal cities to desert plateaus. Vivid impressions of camps, caravans, and market life alternate with encounters among Bedouins, colonial soldiers, and Sufi communities, detailing customs, religious practice, and everyday hardships. The narrative mixes observational reporting, intimate reflection, and occasional poetic description to explore themes of freedom, exile, cultural crossing, and identity, including the author's adaptation of local dress and habits. Fragments vary in form and tone, combining practical notes, descriptive vignettes, and contemplative passages about belonging and solitude.

Aïn-Sefra

Aïn-Sefra, naguère garnison quelconque plongée dans le sommeil et la routine de la vie militaire en temps de paix[2].

[2] Des premières notes :

— Aïn-Sefra, double décor de village français aux pâles verdures telliennes, — peupliers d’argent, platanes débiles, jaunis, — et de ksour en toube grise, aux rues inégales et désertes. Au pied des montagnes très hautes et très bleues, les crêtes dentelées des dunes fauves, les ondulations molles du sable roux et l’envahissement de l’alfa houleuse.

Aujourd’hui, avec les troubles du Sud et la tourmente qui gronde de nouveau à travers le Maroc en fermentation, Aïn-Sefra semble se réveiller, reprendre ses aspects de jadis, aux temps héroïques de Bou-Amama. Les troupes plus nombreuses, plus bruyantes, les arrivées et les départs, les attentes, parfois des angoisses, tout un mouvement insolite emplit les ruelles de sable.

Se mêlant au soleil, goumiers montés sur de petits chevaux maigres, tout en muscles, mokhazni en longs burnous noirs brodés de rouge sur la poitrine, la ceinture hérissée de cartouches, tirailleurs bleus, spahi au manteau rouge, et les légionnaires, ces hommes blonds du Nord, bronzés, tannés par des soleils lointains, aux colonies.

Dans les cantines et les cafés maures pleins d’un joyeux tapage, les contrastes les plus inattendus se heurtent. Ici, les couplets grivois des chansons à deux sous, les scies récentes, se mêlent aux sentimentalités roucoulantes des romances allemandes ou italiennes. Et à côté la vieille rhaïta[3] africaine pleure et hurle ses triolets étranges, accompagnant des mélopées lentes, coupées, en guise de refrain, de longs cris désolés.

[3] Rhaïta, musette arabe.

En une même griserie de mouvement et de bruit, les deux mondes voisins, le monde européen et le monde arabe, se coudoient, se mêlent sans jamais se confondre.

A toutes ces dissonances la légion étrangère vient ajouter encore d’autres notes lointaines. Et avec tout ce tapage et tous ces hommes, dans le provisoire et l’incertain de l’heure, Aïn-Sefra est belle…