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Oeuvres de Marcel Schwob. Volume 2 of 2, La lampe de Psyché; Il libro della mia memoria cover

Oeuvres de Marcel Schwob. Volume 2 of 2, La lampe de Psyché; Il libro della mia memoria

Chapter 11: VII. L'esclave déguisé
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About This Book

A varied assemblage of short prose pieces and theatrical mimes that blend mythic reminiscence, dreamlike imagery, and intimate sketches. The work alternates compact dramatic scenes, lyrical fragments, and reflective meditations, often evoking markets, domestic moments, and undercurrents of the uncanny. Recurring concerns include memory, desire, loss, and the border between life and the spectral, expressed in ornate, allusive language that favors atmosphere and suggestion over linear development. The result is a fragmentary, elegiac sequence of voices and tableaux that privileges mood and mythic resonance.

l'esclave déguisé

μάστιξ

MIME VII. O Mannia, viens châtier cet insolent avec un bon fouet en cuir de Paphlagonie. Je l'ai acheté dix mines à des marchands phéniciens, et il n'a pas souffert de la faim chez moi. Qu'il dise si les cuisiniers lui ont donné des olives et du poisson salé. Il s'est rempli le ventre avec des estomacs farcis et rôtis, des anguilles du lac Copaïs, et des fromages gras qui portaient encore la marque de leur claie d'osier. Il a bu du vin non mêlé que je faisais conserver dans des outres odorantes en peau de chèvre. Il a vidé mes flacons de baume syrien, et sa tunique est violette de pourpre: jamais les laveuses ne l'ont trempée dans les cuves. Ses cheveux s'éparpillent comme les aigrettes d'une torche d'or; le tondeur n'en a pas approché ses ciseaux. Mes femmes l'épilent tous les jours, et la langue rouge de la lampe lèche sa peau. Ses reins sont plus blancs que ma gorge ou que la croupe des lionnes d'ivoire sculptées sur les manches à couteaux.

Par mon âme, il a bu autant de vin dans mes cratères en une soirée que les initiées des Thesmophories pendant les trois jours de mystères. Je croyais qu'il ronflait, étendu près des cuisines, et je voulais prier les broyeurs de lui frotter les lèvres, pour le punir, avec un pilon à mortier; il aurait expié son ivresse par l'âcre saveur de l'ail fraîchement écrasé. Mais je l'ai trouvé chancelant, les yeux troubles, tenant à la main mon miroir d'argent poli; et ce trois fois impur, ayant volé dans mon coffret à bijoux une de mes cigales d'or, l'avait placée parmi ses cheveux enroulés. Puis, debout sur une jambe, et le corps agité par les frémissements du vin, il entourait sa cuisse du voile de gaze dont j'ai coutume de me couvrir sous ma tunique de laine blanche, quand je vais avec mes amies voir les fêtes d'Adonis.