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Oeuvres de Marcel Schwob. Volume 2 of 2, La lampe de Psyché; Il libro della mia memoria cover

Oeuvres de Marcel Schwob. Volume 2 of 2, La lampe de Psyché; Il libro della mia memoria

Chapter 19: XV. Kinné
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About This Book

A varied assemblage of short prose pieces and theatrical mimes that blend mythic reminiscence, dreamlike imagery, and intimate sketches. The work alternates compact dramatic scenes, lyrical fragments, and reflective meditations, often evoking markets, domestic moments, and undercurrents of the uncanny. Recurring concerns include memory, desire, loss, and the border between life and the spectral, expressed in ornate, allusive language that favors atmosphere and suggestion over linear development. The result is a fragmentary, elegiac sequence of voices and tableaux that privileges mood and mythic resonance.

Kinné

στήλη

MIME XV. Je consacre cet autel à la mémoire de Kinné. Ici, près des rochers noirs où tremble l'écume, nous avons erré tous les deux. La grève trouée le sait, et le bois de sorbiers, et les joncs des sables, et les têtes jaunes des pavots de la mer. Elle avait les mains pleines de coquilles dentelées et j'emplissais les conques frémissantes de ses oreilles avec des baisers. Elle riait des oiseaux à huppe qui se perchent sur les algues et hochent de la queue. Je voyais dans ses yeux la longue ligne de lumière blanche qui marque la frontière de la terre brune et de la mer bleue. Ses pieds se mouillaient jusqu'aux chevilles et les petites bêtes marines sautaient sur sa tunique de laine.

Nous aimions l'étoile brillante du soir et le croissant humide de la lune. Le vent qui passe l'Océan nous apportait les parfums de pays épicés. Nos lèvres étaient blanches de sel, et nous regardions luire, à travers l'eau, des animaux transparents et mous, comme des lampes vivantes. L'haleine d'Aphrodite nous entourait.

Et je ne sais pourquoi la Bonne Déesse a endormi Kinné. Elle tomba entre les pavots jaunes des sables, à la lueur rose de l'étoile de l'Aurore. Sa bouche saignait et la lumière de ses yeux s'éteignit. Je vis entre ses paupières la longue ligne noire qui marque la séparation de ceux qui se réjouissent au soleil et de celles qui pleurent près des marécages. Maintenant, Kinné marche seule au bord de l'eau souterraine, et les conques de ses oreilles sont sonores du bruissement des ombres qui volent, et sur la grève infernale se balancent des pavots tristes à tête noire, et l'étoile du ciel obscur de Perséphone n'a pas de soir ni d'aurore; mais elle est semblable à une fleur d'asphodèle flétrie.