WeRead Powered by ReaderPub
Oeuvres de Marcel Schwob. Volume 2 of 2, La lampe de Psyché; Il libro della mia memoria cover

Oeuvres de Marcel Schwob. Volume 2 of 2, La lampe de Psyché; Il libro della mia memoria

Chapter 21: XVI. Les présents funéraires
Open in WeRead

About This Book

A varied assemblage of short prose pieces and theatrical mimes that blend mythic reminiscence, dreamlike imagery, and intimate sketches. The work alternates compact dramatic scenes, lyrical fragments, and reflective meditations, often evoking markets, domestic moments, and undercurrents of the uncanny. Recurring concerns include memory, desire, loss, and the border between life and the spectral, expressed in ornate, allusive language that favors atmosphere and suggestion over linear development. The result is a fragmentary, elegiac sequence of voices and tableaux that privileges mood and mythic resonance.

les présents funéraires

ποτήριον

MIME XVI. J'ai placé dans la tombe de Lysandre une claie verte, une lampe rouge et une coupe d'argent.

La claie verte lui rappellera un peu de temps (car une saison la détruira) notre amitié, l'herbe molle des pâturages, le dos arqué des brebis qui paissent, et l'ombre fraîche où nous nous sommes endormis. Et il se souviendra de la nourriture terrestre, et de l'hiver où on entasse les provisions dans les amphores.

La lampe rouge est ornée de femmes nues qui se tiennent les mains et dansent, les jambes entrelacées. Le parfum de l'huile s'évaporera, et la terre dont fut façonnée la lampe se brisera dans les années. Ainsi Lysandre n'oubliera pas aussitôt, dans sa vie souterraine, ses nuits heureuses et les corps blancs que la lampe éclaira; et elle servit aussi à tondre de sa langue vermeille le duvet des bras et des cuisses pour le plus grand plaisir du toucher et de la vue.

La coupe d'argent est couronnée de pampres et de grappes d'or; un dieu insensé y agite son thyrse, et les naseaux de l'âne de Silène semblent encore frémir. Elle fut pleine de vin acide, pur et mêlé; de vin de Chios parfumé par la peau des chèvres, et de vin d'Égine rafraîchi dans des vases d'argile pendus au vent. Lysandre y a bu dans les festins où il récitait des vers et l'âme du vin lui a donné le démon poétique et l'oubli des choses terrestres. Ainsi la forme du démon habitera encore près de lui; et, quand la claie sera pourrie et la lampe brisée, l'argent subsistera encore dans sa sépulture. Puisse-t-il vider souvent cette coupe pleine d'oubli en souvenir de ses meilleurs moments parmi nous!