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Oeuvres de Marcel Schwob. Volume 2 of 2, La lampe de Psyché; Il libro della mia memoria cover

Oeuvres de Marcel Schwob. Volume 2 of 2, La lampe de Psyché; Il libro della mia memoria

Chapter 47: III LE LIVRE ET LE LIT
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About This Book

A varied assemblage of short prose pieces and theatrical mimes that blend mythic reminiscence, dreamlike imagery, and intimate sketches. The work alternates compact dramatic scenes, lyrical fragments, and reflective meditations, often evoking markets, domestic moments, and undercurrents of the uncanny. Recurring concerns include memory, desire, loss, and the border between life and the spectral, expressed in ornate, allusive language that favors atmosphere and suggestion over linear development. The result is a fragmentary, elegiac sequence of voices and tableaux that privileges mood and mythic resonance.

III
LE LIVRE ET LE LIT

Lire dans son lit est un plaisir de sécurité intellectuelle mêlée de bien-être. Mais il change de nature avec l'âge.

Souvenez-vous de la page la plus intéressante du gros roman que vous dévoriez après coucher, le soir, vers quinze ans, dans le moment où elle se brouille, s'assombrit, s'efface, tandis que la bougie brûlée à fond crépite, palpite bleue dans le bougeoir et s'éteint. Je m'éveillais le matin avant cinq heures pour tirer de leur cachette sous mon traversin les petits livres à cinq sous de la Bibliothèque Nationale. C'est là que j'ai lu les Paroles d'un croyant de Lamennais, et l'Enfer de Dante. Je n'ai jamais relu Lamennais; mais j'ai l'impression d'un terrible souper de sept personnages (si j'ai bonne mémoire) où résonnait comme un son de fer fatal, que je reconnus plus tard dans un conte de Poe. Je mettais le petit livre sur l'oreiller pour recevoir la première pauvre lumière du jour; et, couché sur le ventre, le menton soutenu par les coudes, j'aspirais les mots. Jamais je n'ai lu plus délicieusement. Il n'y a pas longtemps que j'ai essayé, un soir, de reprendre ma vieille position de cinq heures. Elle m'a paru insupportable.

Une charmante dame slave se plaignait un jour devant moi de n'avoir jamais trouvé la position «idéale» pour lire. Si on s'assied à une table, on ne se sent pas en «communion» avec le livre; si on s'en approche, la tête entre les mains, il semble qu'on s'y noie, dans une sorte d'afflux sanguin. Dans un fauteuil, le livre pèse vite. Au lit, sur le dos, on prend froid aux bras; souvent la lumière est mauvaise; il y a de la gêne pour tourner les pages et, sur le côté, la moitié du livre échappe: ce n'est plus la véritable possession.

Voilà pourtant où il faut se résoudre. «C'est détestable pour les yeux», disent les bonnes gens. Ce sont de bonnes gens qui n'aiment point lire.

Seulement l'âge diminue le plaisir de l'acte défendu où on ne sera pas surpris, et de la sécurité où toutes les audaces de la fantaisie peuvent danser à l'aise. Restent la solitude douillette et tiède, le silence de la nuit, la dorure voilée que donne sous la lampe aux idées et aux meubles luisants l'approche du sommeil, la joie sûre d'avoir à soi, près de son cœur, le livre qu'on aime. Quant à ceux qui lisent au lit, «contre l'insomnie», ils me font l'effet de pleutres, admis à la table des dieux et qui demanderaient à prendre le nectar en pilules.