170 B Qui ne
171 B A. lui est s.
172 B A ses b.
174 B Et de q. t. les envies s. p.
178 A2 et amiables
185 B Et s. qu'on en trouvast de n.
200 A1 Ne t.
201 B de telles
207 B Si.
212 B Forment
213 B ne encuser n.
214 A2 Le t.
227 A2 n'y scet
230 B D'elles ne pot avoir b. ne d.
239 A1 l. nuise.
249 B H. suivent
251 et 252 omis dans B
256 B1 q. pleust t.
257 B a d.
260 A1 B l. seurmettent b.
273 B q. pou s.
276 A2 s. qu'en r.
283 A1 appelle
287 A2 B par b.
288 B. S'il est aucun qui contregecte g.
289 B les f.
293 B et a a.
294 B que femmes.
305 B ne s.
309 B l. hommes c.
318 B ne a.
319 le omis dans A1
320 A2 B courrouça.
324 A1 afolié
327 A1 faist
328 B Et
333 et 334 intervertis dans A2.
340 A2 traÿr p.
343 B a celles
346 A2 E. j. d. et l.—B E. loyal j. et l.
347 B t. communement
351 B prier ne requerir
352 B l. n'en son hostel querir
357 A2 ne f.
363 A2 ilz f.
366 B c. par
369 A1 Comme.
375 A1 aimera
392 A Mist il y la
399 A2 ne v.
402 A2 Ou il c. t.
403 A1 que a.
406 B aucuns dient
408 le omis dans B.
410 A1 mistrent
417 B ajoute les f.
420 B l. p. a d. c.
426 B nulle l.
427 A2 Et que t. amans q.—B Les a.
428 B Les treuvent
431 B car on.
459 B D. en la.
469 B je m'en.
472 B mais s.
478 B doncques ce b.
485 et omis dans B
486 B C. amans doivent f.
489 et 490 omis dans A
491 A2 B pour ce
492 A1 hentent
493 B et ce t.
494 B Que l'en l.
497 Ou omis dans B
498 B pas a.
500 A f. de tous poins r.
509 A2 Je hé.
516 B le s.
520 A b. tout m.
527 A1 m. celées—B m. trouvées
528 B f. seremens.
536 B a la
537 B part. g.
547 B p. c. d.
548 omis dans B1
549 B On ne p.
552 A1 vacellage
559 A1 m. ne m.
561 B p. ne de
562 B Ne
563 et 564 omis dans A
571 B Le D.
573 A du tout d.
593 ne omis dans B.
601 B Ains fu faicte de
602 A s'en—602 B e. en toute forme
613 A1 qui lui d.
620 B a. n'est ce d. v.
623 B Desquelz
628 A Fors l. tout s.
631 B par d.
633 B ne v.
634 B s. a la f.
642 A2 Si j.
644 A Q. leurs p. g. maulz pevent p.
646 B ne preingnent
648 A1 ajoute n' devant or
650 B ne ne p.
654 A Car q.
655 A1 Moy r.—B par in.
657 A e. rampronnées.
668 A2 c. n'abstenir
671 A1 a telz choses f.—A2 a. faiz de tel affaire
673 B P. m. p.
686 n' manque dans B
690 B v. entechiez
691 A1 s. p. d. e.
694 A1 que e.
698 B Q. g. m.
703 A s. desherite
705 B Se n. p. de
707 B c. p. l. s. n. v. le
709 B ne fu
711 B Non de p.—A1 mortelment
712 A1 venielment—A2 P. pouoient
720 Tous les mss. portent Va—B et degrevant c.
721 B P. c. raisons
722 B Je preuve.
729 est omis dans B
739 B Il
741 A1 especialment
744 le omis dans A
746 A1 puent
760 A p. louenge.
768 A2 B Et s'aucunes d. f. est de n.
773 A2 Si en a. p. j. h.
774 B en la f.
776 B Ou d.
780 B b. c. d.
785 B G. a tous n.
793 A2 s. enduré t.
800 et omis dans A1
810 A1 q. f. m. e.
813 et 814 viennent après 822 dans B
815 Tous les mss. portent Le d. d. p. P. S.
819 Corr. T. Anrore A.—les mss. portent Arecusa.
Creintis manque dans A2 et B.
On trouve dans «Creintis» l'anagramme de Cristine.
NOTES
ÉPITRE AU DIEU D'AMOURS (p. 1 à 27.)
Cette pièce a été publiée au xvie siècle, mais on ne connait qu'un seul exemplaire de cette édition (voy. Introduction p. IX). Quelques vers ont été en outre cités par:
1° Mlle de Kéralio dans la Collection des meilleurs ouvrages composés par des dames (III, p. 69 et suiv.), vers 1 à 46, 259 à 266, 279 à 304, 775 à 824.
2° Paulin Paris (Manuscrits françois de la Bibl. du roi, V, p. 168) vers 1 et 2, 168 à 196, 796 à 800.
Vers 225 à 232.—Hutin de Vermeilles, chevalier et chambellan du roi, figure dès 1370 dans un compte de Jean le Mercier[1], comme envoyé par le roi à Avignon avec Bureau de la Rivière à la tête d'une compagnie de trente hommes d'armes. L'année suivante, il reçoit 200 fr. d'or en payement de ses frais de voyage auprès du Sire de Parthenay (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 2969); puis nous le trouvons en 1377, capitaine et garde du château royal de Vivier en Brie, aux gages de 300 fr. d'or par an (Pièces orig., vol. cité). Il fut encore chargé de plusieurs missions importantes: en 1383 le roi lui fait don de 1,000 fr. d'or, très probablement pour couvrir de nouvelles dépenses de voyage. Plus tard il touche, en vertu de Lettres du 7 juillet 1388, une même somme de 1,000 fr. qui lui est accordée en récompense de son ambassade auprès du roi d'Aragon et du comte de Foix (Pièces orig., vol. cité). Enfin, d'après la chronique du bon duc Loys de Bourbon il est un des deux chevaliers français admis à Marienbourg à la table d'honneur dressée par le roi de Prusse après sa victoire contre les Suédois.—Hutin de Vermeilles épousa Marguerite de Bourbon, fille de Louis Ier de Bourbon, comte de la Marche; cette dernière mourut en 1362 et fut enterrée dans l'Église de Saint-Pierre-d'Aronville, près de Pontoise, où son mari devait reposer plus tard (P. Anselme, I, 298). Nous avons retrouvé que Charles VI fit faire à Paris en 1390, à l'Église des Blancs Manteaux, l'«obsèque» pour le repos des âmes d'Olivier de Mauny et de Hutin de Vermeilles, chambellans (Bibl. nat., Quittances, vol. 26024, n°. 1493). 233 à 244.—Sur Othe de Granson et ses compositions poétiques, voy. l'intéressant travail que M. A. Piaget a publié dans la Romania, XIX, p. 237 et 403. 267 à 269.—Allusion à certains personnages de l'antiquité qui auraient été trompés par les femmes (voy. Romania, XV, 316 et Bulletin de la Société des Anciens Textes, 1876, p. 129).
[1] H. Moranvillé, Etude sur la vie de Jean le Mercier, dans les Mémoires présentés par divers savants à l'Acad. des inscr., 2e série, t. VI, p. 250.
LE DIT
DE LA ROSE
(14 février 1401, anc. st.).
CI COMMENCE LE DIT DE LA ROSE
A tous les Princes amoureux
Et aux nobles chevalereux,
Que vaillantise fait armer,
Et a ceulz qui seulent amer
5 Toute bonté pour avoir pris,
Et a tous amans bien apris
De ce Royaume et autre part,
Partout ou vaillance s'espart:
A toutes dames renommées
10 Et aux damoiselles amées,
A toutes femmes honnorables,
Saiges, courtoises, agréables:
Humble recommandacion
De loyal vraye entencion.
15 Si fais savoir a tous vaillans,
Qui pour honneur sont travaillans,
Unes nouvelles merveilleuses,
Gracieuses, non perilleuses,
Qui avenues de nouvel
20 Sont en beau lieu plain de revel;
Aussi est droiz que ceulz le sachent
Qui mauvaistié devers eulz sachent,
A fin qu'ilz amendent leurs fais
Pour estre avec les bons parfais.
25 Si fu voir qu'a Paris advint,
Presens nobles gens plus de vint,
Joyeux et liez et senz esmois,
L'An quatre cens et un, ou mois
De janvier, plus de la moictié
30 Ains la date de ce dictié
Du mois passé, quant ceste chose
Advint en une maison close
Et assemblée de nobles gens,
Riches d'onnour et beaulx et gens.
35 Chevaliers y ot de renom
Et escuiers de vaillant nom.
Ne m'estuet ja leurs noms nommer,
Mais chascun les seult bons clamer;
Notables sont et renommés,
40 Des plus prisiez et mieulx amez:
Du trés noble duc d'Orliens,
Qui Dieu gart de tous maulx liens,
Si sont de son hostel tous ceulz.
Et n'y avoit pas un tout seulz
45 Qui n'aime, je croy, tous bons fais;
Leans a assez de si fais.
Assemblez les ot celle part
Courtoisie qui ne depart
De ceulz qui sont de gentil sorte.
50 La fu bien fermée la porte,
Car vouloient en ce lieu estre
Senz estranges gens privez estre
Pour deviser a leur plaisir.
La fu appresté a loisir
55 Le soupper; si furent assis
Joyeux et liez et non pensis.
Bien furent servis par les tables
De mez a leur gré delitables.
Car ne fu, j'en ose jugier,
60 Pas tout leur plaisir ou mangier
Mais en la compaignie qui
De vraye et bonne amour nasqui.
Liez estoient et esbatans,
Gays et envoisiez et chantans
65 Tout au long de cellui souper,
Comme gent qui sont tout un per
Et amis vrais sens estrangier.
La n'ot parlé a ce mangier
Fors de courtoisie et d'onnour,
70 Senz diffamer grant ne menour,
Et de beaulx livres et de dis,
Et de balades plus de dix,
Qui mieulx mieulx chascun devisoit,
Ou d'amours qui s'en avisoit
75 Ou de demandes gracieuses.
Viandes plus délicieuses
N'y ot, com je croy, a leur goust,
Tout soyent d'assez petit coust,
Et de ris et de bonne chiere;
80 De ce n'orent ils pas enchiere.
Ainsi se sirent longuement
En ce gracieux parlement.
Mais Amours, ses loyaulx amis,
Qui a valeur se sont soubzmis,
85 Volt visiter droit en ce point.
Car alors seurvint tout a point,
Non obstant les portes barrées
Et les fenestres bien sarrées,
Une dame de grant noblesse
90 Qui s'appella dame et deesse
De Loyauté, et trop belle yere.
La descendi a grant lumiere
Si que toute en resplent la sale.
Toute autre beauté si fut pale
95 Vers la sienne de corps, de vis
Et de beau maintien, a devis
Bien parée et bien atournée.
Si fu entour avironnée
De nymphes et de pucelletes,
100 Atout chappellès de fleurettes,
Qui chantoient par grant revel
Hault et cler un motet nouvel
Si doulcement, pour voir vous dis.
Que bien sembloit que Paradis
105 Fut leur reduit et qu'elz venissent
De cellui dont fors tous biens n'issent,
Celle deesse a tel maisgnie.
Devant la table acompaignie
Vint o les siennes bien parées,
110 Si tenoient couppes dorées,
Si comme pour faire en present
A celle gent nouvel present.
Adonc fu la sale estourmie,
Il n'y ot personne endormie,
115 Tuit furent veoir la merveille,
Il n'y ot cellui qui l'oreille
Ne tendist pour bien escouter
Que celle leur vouloit noter;
Chascun se tut pour y entendre.
120 Quant les pucelles a cuer tendre
Orent leur chançon affinée
Adonc se prist la belle née,
Qui d'elles dame et maistresse yere,
A dire par belle maniere
125 Ces parolles qui cy escriptes
Sont en ces balades et dittes.
Ne plus ne moins les ennorta
Et les balades apporta:
Balade.
Cil qui forma toute chose mondaine
Vueille tousdiz en santé mantenir
Et en baudour de grant leesse plaine
Ceste belle compaignie et tenir.
Deesse suis, si me doit souvenir
De trestous bons et des bonnes et belles.
135 Pour ce qu'ainsi il doit appartenir
Venue suis vous apporter nouvelles.
De par le dieu d'amours, qui puet la peine
Des fins amans desmettre et defenir,
Present nouvel, gracieux, d'odeur saine,
140 Je vous apport et salus sens fenir,
Si m'escoutez et vueilliez retenir:
Car je vous di que de haultes querelles,
Dont il pourra assez de biens venir,
Venue suis vous apporter nouvelles.
145 De Loyauté deesse souveraine
On m'appelle, et a mon seurvenir
Je ne port pas de discorde la graine,
Com fist celle qui Troyes fist bannir;
Ains, pour tousjours loyauté soustenir
150 Et pour oster les mauvaises favelles
Et les mauvais desloyaulx escharnir,
Venue suis vous apporter nouvelles.
Balade.
Le dieu d'Amours par moy il vous presente
Ces roses ci de voulenté entiere,
155 Cueillies sont de trés loyal entente
Es beaulx vergiers dont je suis courtilliere.
Si vous mande qu'a trés joyeuse chiere
Preigniez le don, mais c'est par convenant.
Que desormais en trestoute maniere
160 Yrez l'onneur des dames soustenant.
Si veult qu'ainçoiz que nullui se consente
A recevoir la rose belle et chiere,
Qu'il face veu que jamaiz il n'assente
Blasme ou mesdit en nesune maniere
165 De femme qui son honneur tiengne chiere,
Et pour ce a vous m'envoye maintenant.
Si vouez tous qu'a parolle pleniere
Yrez l'onneur des dames soustenant.
Chevaliers bons et tous de noble sente,
170 Et tous amans, c'est bien droit qu'il affiere
Qu'a ce veu ci vo cuer se represente;
Amours le veult, si n'y mettés enchiere,
Mais ne soit pas de voulenté legiere,
Car a l'estat de vous appartenant;
175 Et si jurez que jusques a la biere
Yrez l'onneur des dames soustenant.
En disant ces balades cy
La deesse, sienne mercy,
Assist les couppes sur les tables.
180 Dedens ot roses odorables,
Blanches, vermeilles et trop belles,
Et cueillies furent nouvelles.
Et avecques ce presentoit
En beaulx rolez qu'elle gectoit
185 Ceste balade qui recorde
Qu'Amours veult, qu'ainçois qu'on accorde
A prendre la jolie rose,
Que l'en face veu de la chose
Qui est en l'escript contenu
190 Et qu'il soit juré et tenu.
Et qui tout ce vouldra vouer
Et celle promesse advouer,
Hardiement preingne la rose
Ou toute doulçour est enclose.
195 Si oyez lire la balade
Qu'apporta la deesse sade:
Balade.
A bonne amour je fais veu et promesse
Et a la fleur qui est rose clamée,
A la vaillant de Loyauté deesse,
200 Par qui nous est ceste chose informée,
Qu'a tousjours mais la bonne renommée
Je garderay de dame en toute chose
Ne par moy ja femme n'yert diffamée:
Et pour ce prens je l'Ordre de la Rose.
205 Et si promet a toute gentillesse
Qu'en trestous lieux et prisée et amée
Dame sera de moy comme maistresse.
Et celle qui j'ay ma dame nommée
Souveraine, loyauté confermée
210 Je lui tendray jusques a la parclose,
Et de ce ay voulenté affermée:
Et pour ce prens je l'Ordre de la Rose.
Et si merci Amours et son humblesse
Qui nous a cy tel semence semée
215 Dont j'ay espoir que serons en l'adresse
De mieulx valoir; c'est bien chose informée
Que de lui vint honneur trés renommée.
Si defendray, s'aucun est qui dire ose,
Chose par quoy dame estre puist blasmée:
220 Et pour ce prens je l'Ordre de la Rose.
Princes haultains, ou valeur est fermée,
Faites le veu, bonté y est enclose,
L'enseingne en vueil porter en mainte armée:
Et pour ce prens je l'Ordre de la Rose.
225 Adonc furent en audiance
Levez, et, senz contrariance,
Firent tous le beau veu louable
Qui est gentil et honnorable.
Quant nullui ne vit contradire
230 La deesse adonc prist a dire
Ce rondelet, prenant congié,
Si n'y a pensé ne songié:
Or m'en vois dire les nouvelles.
Au dieu d'Amours qui m'envoya.
235 De ses belles roses nouvelles
Or m'en vois dire les nouvelles.
A Dieu vous dy, tous ceulz et celles
Que bonne amour cy avoya,
Or m'en vois dire les nouvelles.
240 Quant ce fut dit, lors s'envola
Celle deesse qui vint la.
Mais les nymphes qui furent liez
De leurs doulces voix deliez
Commencierent tel mellodie,
245 Ne cuidez que mençonge die,
Que il sembloit a leur doulz chant
Qu'angelz feussent ou droit enchant.
Ainsi parti de celle place
La deesse, qui de sa grace
250 Ot la conpaignie esjoÿe,
Tel nouvelle leur ot gehie,
D'elle font feste et de ses choses
Et tous se parent de ses roses,
Par teste, par braz, par poitrine,
255 En promettant foy enterine,
Si comme ou veu est devisé
Qu'ilz orent moult bien avisé.
Quant assez selon leur loisir
Orent esté en ce plaisir,
260 Chantans, rians a chiere lie
Senz dueil et senz merencolie,
Partis s'en sont, congié ont pris,
Emportant la rose de pris.
Et je qui n'oz pas le cuer noir
265 Demouray en cellui manoir
Ou ot esté celle assemblée,
Ou je ne fus de riens troublée.
Tart fut ja et saison en l'eure
D'aler couchier et bien fu heure;
270 Mais la deesse qui m'ama,
Sienne merci, et me clama
Sa belle suer de cuer eslit
M'ot appresté un trop beau lit,
Blanc comme noif, encourtiné
Richement et bien ordonné,
En belle chambre toute blanche
Comme la noif qui chet sur branche;
Pour ce l'ot fait, je n'en doubt mie,
Que je suis a Dyane amie,
280 La deesse trés honnourée
Qui toudiz de blanc est parée.
La me couchay seulette et nue,
Et m'endormy. Lors une nue
Si m'apparu en mon dormant
285 Clere et luisant; de ce forment
Me merveillay que pouoit estre.
De la nue, qui fu a destre
Costé du lit, luisant et clere,
Comme en esté temps qui esclere,
290 Yssi une voix gracieuse,
Trop plaisant et trop amoureuse;
Adonc, ou que dormisse ou non,
La voix m'appella par mon nom,
Si me dist lors: «Amie chiere
295 Qui m'as amée et tenu chiere
Toute ta vie, bien le sçay,
Car souvent t'ay mise a l'essay,
Je suis la deesse loyale
De la haulte ligne royale
300 De Dieu qui me fist et fourma
Et de ses rigles m'enforma.
Or m'entens, m'amie certaine,
Et je te diray qui me maine:
Tu scez comment en ta presence
305 Je vins presenter par plaisance
Nagueres les roses jolies,
Qui en nul temps ne sont palies,
De par vraye Amour, qui conduit
Ceulx qui de bien faire sont duit,
310 «Qui encor devers toy m'envoye,
«Messagiere de ceste voye
«Lui plaist que soye par usage,
«Et voulentiers fais le message:
«Amours se plaint trop fort et duelt
315 «D'une coustume qui trop suelt
«Estre en mains lieux continuée,
«Bien vouldroit qu'elle fust muée.
«Car elle est male, laide et vilz,
«Et vilaine, je te plevis,
320 «Et par especial en ceulx
«Qui ne doivent estre preceux
«D'acquerir toutes bonnes meurs
«Pour plus acroistre leurs honneurs,
«C'est es nobles et es gentilz
325 «Hommes qui doivent ententis
«Estre a mieulx valoir qu'autre gent;
«Bonté leur siet mieulx que or n'argent;
«Mais des vilains ne fais je force,
«Car ceulx ne font bien fors a force
330 «N'on ne les pourroit amender
«Pour leur ennorter ne mander,
«Car la condicion vilaine,
«Qui pis flaire que male alaine,
«Si est trop fort a corrigier;
335 «Trop est fort cil vice a purgier.
«J'appelle villains ceulz qui font
«Villenies, qui les deffont,
«Je n'entens pas par bas lignaige
«Le vilain, mais par vil courage;
340 «Mais cellui qui noble se fait
«De lignie trop se deffait
«Se sa noblesse en villenie
«Tourne, dis je voir ne le nye,
«Si font plus qu'autres a reprendre
345 «S'on les puet en vilains faiz prendre.
«Et pour ce diz, ce n'est pas bourde,
«Qu'en lait fait n'en parolle lourde
«Tout nobles homs, s'il aime pris,
«Se doit garder d'estre repris.
350 «Car trop en vauldroit mains senz faille,
«Tout feust il bien preux en bataille;
«Car la prouesse seulement
«Ne gist pas ou grant hardement
«D'assaillir ne de soy defendre
355 «Contre aucun qui le vueille offendre,
«Car ce sont prouesses de corps,
«Mais certes mieulx valent encors
«Les bontez qui viennent de l'ame;
«Ce ne me puet nyer nulle ame.
360 «C'est vaillantise et grant prouesse
«Quant un noble cuer si s'adresse
«Qu'en vertus il soit bien propice
«Et eschever et fuïr vice
«Ne qu'on ne puist trouver en lui
365 «Riens dont puist mesdire nullui,
«Se n'est a tort ou par envie;
«Car n'est en ceste mortel vie
«Homme qui soit de touz amez
«Ne de toutes gens bons clamez.
370 «Ce fait Envie qui s'efforce
«D'abatre loz, n'y face force
«Bon homme ains face toudiz bien,
«Car loz vaintra, je te diz bien,
«Et s'un tel homme ainsi apris
375 «Peut aussi d'armes avoir pris
«Tant que renommée tesmoingne
«Qu'en tout bien faire s'embesoingne
Et qu'en rien ne soit recreant,
Un tel vassal, je te creant,
380 Est bien digne de loz acquerre
Se bon est en paix et en guerre,
Et juste et loyal en tous cas
Et o lui ait pour advocas
Courtoisie qui si l'enseingne
385 Que de gentil porte l'enseingne
En fait, en dit et en parolle.
Senz orgueil qui maint homme affolle
Si ait hault cuer et haulte emprise,
Ce n'est pas l'orgueil qu'on desprise
390 Que d'avoir si haultain courage
Qu'on ne daingnast faire viltage
Et que l'en aime les haultaines
Choses contraires aux vilaines.
Telz choses sont appartenans
395 Aux nobles, et que soustenans
Soient justice en tout endroit
Et toute bonté, c'est leur droit.
Mais pour revenir au propos
Pour quoy vins ça sur ton repos
400 Par le commandement mon maistre
Amours, qu'au monde Dieu fist naistre,
Et de quoy se deult et complaint
Et dont par moy a toy se plaint,
C'est de la coustume perverse,
405 Qui l'onneur de mainte gent verse,
De mesdire, que Dieux mauldie,
Par qui mainte femme est laidie
A tort et a grant desraison
Et maint bon homme senz raison,
410 Qui queurt ores plus qu'onques mais.
Ce fait Envie qui tel mais
Apporte d'enfer pour donner
Aux gens, et tout empoisonner
«Et occirre de double mort
415 Qui a si fait vice s'amort.
Mesdire, qui bien y regarde,
C'est tel glaive et si faite darde
Que meismes cil qui le balance
Occist et cil sur qui le lance,
420 Mais aucunes fois plus blecié
Demeure cil qui l'a lancié
Que ne fait cil sur qui le rue.
Ou soit en maison ou en rue,
Et son ame plus griefment blece
425 Et son honneur et sa noblece
Que ne fait souvent l'encusé.
Et tel s'est maintes foiz rusé
D'autre qui mieulx de soy valoit
Pour ce que son bien lui douloit;
430 Et tel diffame autrui souvent
Qui est plus seurpris, je m'en vent,
Du mesmes meffait et tachié
Qu'il dit que l'autre est entachié;
Si est faulte de congnoissance
435 Et d'envie vient la naissance;
Car nul ne vouldroit que tel verve
On deist de lui, quoy qu'il desserve,
Mais chascun puet estre certain
Qu'il est un juge si certain
440 Qui tout congnoist et hors et ens,
Tout scet et tout est clerveans,
Si rendra a chascun desserte
De bien ou de mal, chose est certe,
Trop font mesdisans a haïr
445 Et leur compaignie a fuïr
Plus que de gent bataillereuse.
Plus male et trop plus perilleuse
Est compaignie et plus nuysant
D'omme jangleur et mesdisant;
450 Qui maie compaignie hante
Ne puet que du mal ne se sente,
Et avec les loups fault huler
Et de leur peau soy affuler.
Et, quant je di homs, j'entens famme
455 Aussi, s'elle jangle et diffame;
Car chose plus envenimée
Ne qui doye estre moins amée
N'est que langue de femme male
Qui soit acertes ou par gale
460 Mesdit d'autrui, moque ou ramposne;
Et se mal en vient, c'est aumosne
A celle qui s'i acoustume,
Car c'est laide et orde coustume.
N'a femmes n'affiert a mesdire,
465 Ainçois, quant elles oyent dire
Chose qui face autrui dommage,
Abaissier doivent le langage
A leur pouoir ou elles taire,
S'autre chose n'en pevent faire;
470 Car avoir doit, en verité,
Doulçour en femme et charité;
S'autrement font c'est leur contraire,
Car bien siet a femme a point taire.
Mais, pour ce que ceste coustume
475 Court en mains lieux qu'envie alume,
Vouldroit bien Amours errachier
D'entre ceulz qu'il aime et tient chier,
C'est des nobles a qui tel tache
Trop messiet, s'elle s'i atache;
480 Car si preux n'est, je l'ose dire,
Que, s'il a renom de mesdire,
Qu'il n'en soit partout moins amé,
Moins prisié et jangleur clamé.
Mais sur toutes autres diffames
485 Het Amours qu'on parle des femmes
Laidement en les diffamant,
Ne veult que ceulz qui noblement
Se veulent mener pour acquerre
Pris et honneur en mainte terre
490 Soient de tel tache tachié,
Car c'est maufait et grant pechié.
Et pour estrapper tel verjus
M'envoya bonne Amour ça jus
Atout l'Ordre belle et nouvelle,
495 De quoy j'apportay la nouvelle,
Present toy, n'a gueres de temps,
Mais encor veult, si com j'entens,
Amours que ceste chose soit
Publiée comment qu'il soit
500 Et qu'on le sache en maint paÿs
A fin que mesdit soit haÿs
En toutes pars ou noble gent
Sont d'acquerre loz diligent.
Si veult qu'ayes legacion
505 De faire en toute nacion
Procureresses qui pouoir
Ayent, s'elles veulent avoir,
De donner l'Ordre delictable
De la belle rose agreable
510 Avec le veu qui appartient.
Mais Amours veult, bien m'en souvient,
Que nulle ne soit establie
A donner l'Ordre gente et lie
S'elle n'est dame ou damoiselle
515 D'onnour, courtoise, franche et belle,
Toutes sont belles quant bonté
A la beauté plus seurmonté.
Ainsi auras par ce convent
Ceste charge d'ore en avant,
520 Si l'envoye par toute terre
Ou noble gent poursuivent guerre
Aux dames, de qui renommée
Est de leur grant bonté semée:
A celles veulz et te commande
525 Bonne Amour par moy et te mande
Que tu commettes le bel Ordre
Ou nulz ne puet par droit remordre.
Et combien que j'aye apportées
Les roses qui seront portées
530 Des bons a qui je les donnay,
Et de telles assez en ay,
Car en mon vergier sont cueillies,
Ne veult pas Amours que faillies
Els soient es autres contrées
535 Ou telles ne sont encontrées;
Car quiconques d'orfaverie
D'or, d'argent ou de brouderie
De soye ou d'aucune autre chose,
Mais que soit en façon de rose,
540 Portera l'ordre qui donnée
Sera de la dame, ordonnée
De par toy pour l'Ordre establir,
Il souffist; et pour acomplir
Ceste chose voicy les bulles,
545 Ou monde n'a pareilles nulles,
Si tesmoing la commission.
Cil Dieu qui souffri passion
Te maintiengne toudiz en l'euvre
D'estude qui grant science euvre
550 Et t'otroit son saint paradis,
Je m'en vois et a Dieu te dis.»
Adonc est celle esvanoÿe.
Je m'esveillay toute esbahye;
Ne vy ouvert huys ne fenestre,
555 Merveillay moy que ce pot estre;
Si me pensay que c'estoit songe,
Mais ne le tins pas a mençonge
Quant coste moy trouvay la lettre
De la deesse au royal sceptre
560 Qu'elle mist dessus mon chevet
Coste moy, puis volant s'en vet.
Par grant entente prises ay
Les bulles et moult y musay,
Car j'avoye lumiere d'oile.
565 Je me levay et la chandoile
Alumay adonc senz tarder
Pour mieulx la bulle regarder.
Mais oncques ne vy en ma vie
Si de beauté lettre assouvie,
570 Merveilles os, je vous plevy,
De la grant beauté que g'i vy.
Estrange en est moult la maniere:
Le parchemin de fin or yere
Et les lettres furent escriptes
575 De fin azur, non trop petites
Ne trop grans, mais si bien formées
Que mieulx ne peust, non pas rimées
Ne furent, mais en belle prose
La contint l'Ordre de la rose.
580 Le laz en fu de soye azure,
Et le seel de belle mesure
Fut d'une pierre precieuse
Resplandissant et gracieuse:
Le dieu d'Amours fut d'une part.
585 Les piez ot sur un liepart,
De l'autre part fut la deesse,
De Loyauté dame et princesse.
Les empraintes moult merveilleuses
En furent et trop gracieuses;
590 Et bien sembla de si bel estre
Que n'estoit pas chose terrestre.
Si leuz la lettre senz y point
Faillir et notay chascun point.
Lye fuz de la vision
595 Et d'avoir tel commission;
Car combien que je ne le vaille
Ay je desir que nul ne faille,
Et pour ce moy, qui suis commise
A ce, ne doy estre remise
600 De faire si bien mon devoir
Que je n'en doye blasme avoir.
Et pour ce ay je fait ce dictié
Ou j'ay tout l'estat appointié
Et mis la fourme et la maniere
605 Comme il avint et ou ce yere,
A fin qu'on le sache en tous lieux.
Si soient tous jeunes et vieux
Desireux d'estre retenus
En l'Ordre, maiz n'y entre nulz
610 S'il n'en veult bien son devoir faire,
Car il se pourroit trop meffaire.
Aussi aux dames amoureuses
Qui de tout bien sont desireuses,
J'entens de l'amour ou n'a vice,
615 Mal, villenie, ne malice,
Car quiconques le die ou non
En bonne amour n'a se bien non,
Et a celles generaulment
Qui aiment honneur bonnement,
620 Soit en ce regne ou autre part,
Qui ont les cuers de noble part,
De par la deesse je donne
Le plain pouoir et habandonne
De donner l'Ordre gracieux
625 A tous nobles et en tous lieux
Ou bien employé le verront
A ceulz qui avoir le voulront;
Mais s'aucun le prent et le jure
Et puis après il s'en parjure
630 Cellui soit tenu pour infame,
Haÿ de tout homme et de famme,
Car ainsi le veult la deesse
Qui ceste chose nous adresse.
Si feray fin, il en est temps,
635 Priant Dieu que aux escoutans
Et a ceulz qui liront mes dis
Doint bonne vie et paradis.
Escript le jour Saint Valentin
Ou mains amans trés le matin
640 Choisissent amours pour l'année,
C'est le droit de celle journée.
De par celle qui ce dictié
A fait par loyale amitié,
S'aucun en veult le nom savoir,
645 Je lui en diray tout le voir:
Qui un tout seul cry crieroit
Et la fin d'Aoust y mettroit
Se il disoit avec une yne
Il savroit le nom bel et digne.
EXPLICIT LE DIT DE LA ROSE.
Ce poème ne se trouve que dans les mss. de la famille B.
26 B1 Present
46 B1 m'aime.
78 B1 p. goust.
105 B1 qu'el
115 B1 T. fuyent.
137 le omis dans B1
163 B1 Qui f.
216 B1 ceste c. i.
299 manque dans B1
338 B1 baz.
345 B1 le p.
351 bien omis dans B1
425 B1 noblesse
435 manque dans B2
457 B1 q. doy
469 B1 ne p.
503 B1 lez d.
519 B2 d'ores
534 B1 Eles s.
594 B1 L. fu
603 B2 t. le fait a.
646 à 649 renferment l'anagramme de Crystyne.
Rubrique B1 Cy fine le d. de la R.
NOTES
LE DIT DE LA ROSE
Petit poème inédit, quelques vers seulement ont été donnés par Paulin Paris (Mss. françois, V, p. 170), vers 638 à 649. 32.—Christine veut parler ici de l'hôtel du duc Louis d'Orléans. Cette demeure avait porté successivement les noms d'hôtel de Flandre, de Nesle, de Bohême et d'Artois, jusqu'à l'époque où le roi Charles VI l'acheta de Marie de Chatillon, veuve de Louis d'Anjou, pour la donner à son frère alors duc de Touraine (1388). Le duc d'Orléans augmenta considérablement l'importance primitive de l'hôtel, en y réunissant plusieurs maisons situées du côté de la rue Coquillière et de la rue des deux Écus et en y ajoutant encore l'hôtel du Grand Maître des Arbalétriers qui donnait sur la rue de Grenelle, de nombreuses cours et de vastes jardins étaient également compris dans cette propriété qui devint bientôt l'une des plus belles résidences de Paris[1]. Christine, qui devait souvent habiter chez le duc Louis, aimait à retracer les fêtes et réjouissances splendides auxquelles elle pouvait assister de temps à autre. La description qu'elle nous donne au commencement de son Débat de deux Amants, ne peut évidemment s'appliquer qu'à l'une des magnifiques réceptions de son puissant protecteur; son poème du dit de la Rose a aussi pour sujet une réunion toute intime des officiers de la maison du duc Louis, réunion que l'on pourrait peut-être supposer imaginaire, mais qui à notre avis a dû certainement avoir lieu. Nous croyons donc intéressant de donner ici les noms des officiers qui faisaient à cette époque partie de la maison du duc, et qui ont pu pour la plupart assister à la joyeuse assemblée à laquelle Christine fait allusion. L'intéressant travail de M. Jarry sur la vie politique de Louis de France[2] et la collection de Bastard nous ont permis de reconstituer la liste suivante:
Guillaume de Bracquemont «mareschal de guerre».
Robert de Bracquemont.
Jean de Trie, maréchal.
Arnaud Guilhem de Barbazan.
Guillaume du Chastel,
Archambaud de Villars.
Clignet de Brebant.
Guillaume Bataille.
Yves de Karouis.
Guillaume de la Champagne[3].
Pierre l'Orfèvre, chancelier du duc.
Jean de Craon, chambellan.
Henri, comte de Saumes, id.
Le Sire de Beaussant, id.
Le Sire de Ferrières, id.
Jean de Dreux, id.
Jean de Béthune, id.
Pierre de Wisque, sire de Rasse, id.
Philippe de Florigny, id.
Guillaume et Raoul de Laire, id.
Jean de Miraumont, id.
Alain de Beaumont, id.
Guy de Nesle, seigneur d'Offémont, id.
Olivier de Mauny, id.
Guillaume de Coucy, seigneur de Montmirail, id.
Gadifer de la Sale, id.
Jean de Saquainville, dit Sacquet, seigneur de Blarru, id.
Amaury de Lignières, id.
Jean des Mousures, seigneur de Morvilliers.
Guillaume de Meulhon.
Jean de Garencières.
Jean de Roussay.
Jean de Bueil.
Yves, seigneur de Vieuxpont.
Aubert de Cany.
Raoul de Saint-Remy.
G. de Fayel, dit le Bègue.
Robert de Cadillac.
Jean de Tillières.
Robert Ryout, maître d'hôtel.
Jean Bracque, id.
Le poète Eustache Deschamps, id.
Enguerrand de Marcoignet, id.
Jean Prunelé, chambellan, depuis le 24 août 1400 gouverneur de
Charles d'Orléans.
Ogier de Nantouillet, premier écuyer de corps.
Hector de Pontbriant, écuyer d'écurie.
Olivier Ferron, id.
Bertrand du Mesnil, écuyer.
Guy et Jacques de Renty, id.
Jean de Coutes, dit Minguet, id.
Pierre Paviot, écuyer, échanson.
Robert de Villequier, écuyer tranchant.
Richard de Mainemaires, dit Bellegarde, pannetier.
Denis Mariete, argentier.
Raoul de Baubigny, huissier d'armes.
[1] Lebeuf, Hist. du dioc. de Paris, édit. Cocheris, t. I, p. 131 et 265, et Bonamy dans les Mém. de l'Acad. des inscr. XXIII, p. 262.
[2] Jarry, Hist. politique de Louis de France, duc d'Orléans, Paris, 1889.
[3] Ce chevalier et les six qui précèdent furent les champions français au combat du 19 mai 1402. Christine a chanté leur victoire (voy. tome I, p. 240 et 305).