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Oeuvres poétiques Tome 2 cover

Oeuvres poétiques Tome 2

Chapter 31: NOTES
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About This Book

The volume gathers poetic pieces that blend lyric, epistolary, and allegorical modes to examine love, morals, and women's reputation. An extended epistle stages women's complaints and a mock reply from the god of love to expose courtly hypocrisy and male deceit, then advances a reasoned defense of women through logic and satire. Remaining works present loverly debates, allegorical judgments, pastoral tales, and occasional encomia, balancing moral critique with poetic invention. Together the poems use rhetorical wit, parody, and sustained argument to challenge hostile portrayals of women and propose a more equitable view of gender and conduct.

Rubrique: A2 supprime l. du dit et ajoute qui s'adrece a un estrange

1 A1 Mon c.

i5 A1 priée et requier

22 A2 Des b.

41 A1 si vous

43 A2 supprime et g.

55 B p. si me voldrent p.

62 B1 Chevauchoye

63 A1 B2 qu'avec

77 A2 q. c. s. m.—B chantoit

88 A2 B Ne en

93 A2 p. tous c.—B1 c. resbaudir

110 A2 Par d.

121 B S. ces a.

129 B1 en estoient l.

154 B N. s. souvent et.

163 B l'envoyoit

174 B marchié ou f.

179 B on ne v.

181 A1 aussi a. a.

183 A2 supprime le 1er n'

201 B omet que

206 A1 honnesteté

219 A2 B ait q.

224 B Y ot

229 A2 Des v.

231 A1 f. nous a.

233 A1 et trés c.

242 A1 asés p.

262 B vers la d.

264 B1 Et h.

291 A2 B l'encline

292 A1 Si finees

302 A1 e. homme ne

307 B omet n'

313 B1 b. y a p.

325 B et ou r.

344 B preïsmes

345 A1 conjé

358 A2 N. b. f.

378 A2 v. e l. n. vindrent p.

386 B1 c. moult j.

401 A2 p ou mi—B t. bel p.

403 A2 qu'un s.

410 A2 voirriere

415 A1 b. ce puet estre prouvé

418 A1 et B2 omettent nous—A2 ne pouoit s.

435 B en eschiet

437 B1 r. n'a g.

452 B1 omet nous

461 A2 e. n'orent or ne a.

468 B1 ne verroye

475 B1 omet si

495 A1 hault v.

500 A1 chantant

502 A1 racontant

510 et 511 intervertis dans A2

514 B N'il

52l B1 omet le deuxième est

525 A2 A. de v.

527 A2 S. leurs m.

532 A1 De c.

536 B1 Vont

537 A1 s. si b. o.

540 B1 Si l.

544 B En telle

551 A1 b. vergiers

558 B Et la e.

559 B C. croy que bien p.

562 A2 de beaulz m.

570 A1 Et un v.

582 A2 s. departement

593 B ajoute et s.

601 A1 n'en f.

621 A1 d. et de table l.

631 A1 B2 f. est n.

632 B N'y f.

645 A2 au grant c.

647 A1 estrangier

649 A tousjour

663 B1 et des c.

665 A1 denssames—A2 Ne p.

694 B a. mais ou

702 A1 ques

703 A2 ou j'ay m.

707 A2 B p. c. m.

718 B1 v. en u.

719 A2 A par d.

721 B omet a

722 A1 d'entre eulx n.—B1 omet ens

726 A1 g. f. et p.

741 B1 Un e. delez elle fut près—B2 e. q. dellez e. fu e.

749 B1 presque n.

761 B omet trestous

763 A2 s. d'a. e. s.

765 A1 au t.

803 B en tel e.

813 A1 B2 l. desir

819 A1 de ce l.

851 B1 D. d'amour p.

855 veu et p. écrits après grattage dans A2—A2 B f. une p.

862 A2 l. q. d.—B q. d. l.

879 A1 voioit

887 B n. ait nuit

891 A2 P. d. d. c. et p.

902 A2 Dont o.

903 B a. font p.

907 B omet fu

913 B omet trop

916 B1 omet ou

919 B ou a. a.

928 B Se va

932 B ou en m.

938 A2 En p. d'e. aconsuivismes

939 B1 que c.

942 A1 vissage

943 B1 Car t.

949 B me p.

950 B1 Me t.

967 A2 v. ayés

984 A B courroucié

985 A1 B sié

998 et 999 intervertis dans B1

1001 B ma grant p.

1002 B1 m. vous m'o.

1006 B en tel p.

1017 A2 Car n.

1039 A2 B R. a s. un p. et com r.

1042 B m. d. d. et maz

1075 B l. c. d.

1081 B c. pour s.

1082 A2 En t.

1086 A2 H. de lui p. p. soubz l.

1092 A1 se c.

1094 A2 c. ot. c. et de p.—B omet ot

1100 A1 beau

1118 A t. bien fait

1122 A2 t. non pas.

1123 B omet et

1125 B com r. de

1126 A2 b. n. p.

1135 A2 L. p. d.

1145 B M. en m. c. e. la b. c.

1147 A2 d. qu'ay m.

1149 A1 ay est c.

1153 A1 ot pet b.

1163 A2 Ains en

1171 B C. b. et si trés p. y.

1174 B se a. v.

1178 B ajoute M. je

1183 B d'armes

1189 A et B2 omettent et

1197 A L. barre, lances, b.

1198 A2 l. hanter—B legierement hanter

1206 B f. d'un r.

1211 A2 B h. sur tous

1219 B1 omet jur

1233 A2 n'a. p. e.

1236 B1 omet fu

1249 B et je l.

1251 B supprime d' devant amer

1262 A2 B ou tant ot

1269 A1 B1 Hongrie

1273 A2 a. le Conte de N.

1285 A1 raçonna

1297 B bon et b. de t.

1309 B Hé! p.

1311 A2 Par t.

1319 B p. en v.

1321 A1 com d.

1324 A2 Certes t.

1337 A2 m. cuer a m.

1339 B Du grief m.—A2 c. perir

1341 A2 B c. je s. si dueillans

1372 B Et grief martire

1374 A m. r. n'oÿ l.

1375 A Moy p.

1377 A2 en parlant s'a. si d.

1390 A1 v. taire—A2 d. tous bas: P.

1393 B t. chargiez et

1419 A m. leur s.

1426 B r. je pris trop du b.

1430 A2 B et p.

1450 B Et l'u.

1463 A1 don

1470 A2 c. la g. n'a.

1491 B y. ouny p.

1492 Les mss. donnent Est

1501 A2 B Et n.

1504 B1 omet ses

1505 A1 Et trés p.

1523 B1 Et b.

1525 B R. doulcet, g.

1529 A1 respondent

1537 A1 M. avenoit

1546 B a. comme p.

1547 A2 s.; onc m.

1566 A1 demouroit

1569 A1 j. grassete

1573 A B creé

1580 A1 a sa v.

1586 B q. se compare

1590 A2 b. me s.

1591 A2 R. j. p. c.

1593 B t. bel m.

1597 A2 p. si meüe

1616 B Le d.

1634 A1 promier

1645 A omet s'e.

1647 A2 Sa g.

1649 A2 En va. A

1655 B Et j.

1661 A2 Le t.—A1 que e.

1667 A2 Ne p. o. p. a. ne

1670 B p. estrangoit

1675 A1 Qu'el

1678 A2 f. et s.

1681 A1 promesse et

1686 A1 Qu'en v. a. a. chetel—A2 Que n'en v.

1687 B supprime le deuxième et

1698 omis dans A1

1698 et 1699 intervertis dans A2

1705 A1 guerdon

1707 A2 En un p.

1710 A1 chosir

1713 A l. m'atire

1721 A1 B2 d. destrece

1729 B a elle t. r.

1733 B Le hardement du m.—A1 omet me

1742 B d. je l'eusse

1743 B supprime et

1745 A2 l. me v. pour elle a.

1782 A1 que o.—B q. n'onc f.

1802 A2 g. doulour, si d. couvertement

1822 A1 raccopis

1829 A2 Elle me

1830 B en m.

1846 B b. cuida

1858 A2 c. je dure

1862 A2 s. de m. p. e. t.

1863 B e. ne soustraire

1881 A1 s. vostre—B sauf vostre

1910 A2 q. confort

1912 à 1915 omis dans B1

1915 B1 desespoir

1918 A1 mains o.

1958 A1 omet ja

1975 B trop r.

1978 A1 d'o. que le c. s'en t.

1981 A2 t. autrement

1979 B s. se je

1987 A1 Ce qui je

2006 A1 supprime et l.

2013 B et qu'il s.

2023 A2 p. ilz m'o.

2034 A1 supprime et l.

2038 B Sire, de v.

2042 A2 q. prient et

2069 B2 Au d.

2075 On trouve dans creintis l'anagramme de Cristine

Rubrique B1: Cy fine le d. de P.

NOTES

LE LIVRE DU DIT DE POISSY (p. 159 à 222).

Des extraits assez importants de ce poème ont été donnés par Pougin dans la Bibl. de l'Ecole des Chartes, (4e série, III, p. 535 et suiv.) vers 1 à 14, 35 à 52, 212 à 731, 773 à 794. Paulin Paris a, de son côté, cité (Mss.fr. V, p. 171) les vers 34 à 46.

1 à 28.—Le chevalier auquel Christine dédie son livre de Poissy doit être sans aucun doute le célèbre sénéchal de Hainaut. Jean de Werchin était fils de Jacques de Werchin également sénéchal de Hainaut; d'abord simple écuyer à la tête d'une petite compagnie, (Revue passée à Corbeil le 1er sept. 1380. Titres scellés. Clair. III) il devint bientôt lui-même sénéchal et mérita d'être appelé par Froissart «moult vaillant homme et très renommé en armes». A l'époque où Christine composa le dit de Poissy, il était allé faire un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle où il défia tous les chevaliers de France et d'Espagne. Christine fait allusion, dans deux passages différents, à ce lointain voyage et aux glorieuses actions qui en résultèrent (vers 7 à 10 et 821 à 829).

46 à 52.—L'Abbaye royale des dominicaines de Poissy fut fondée en 1304 par Philippe le Bel et placée sous l'invocation du roi Louis IX qui venait d'être canonisé. Ce monastère était d'une construction remarquable et jouissait des plus grands privilèges. On en trouve une description suffisamment complète dans Noël, Histoire de Poissy, 1869.

248 à 264.—Marie de Bourbon, fille de Pierre Ier de Bourbon, était la septième prieure de l'Abbaye de Poissy. Elle se trouvait être la tante du roi Charles VI, par suite du mariage de sa soeur Jeanne de Bourbon qui avait épousé Charles V. Elle prit l'habit religieux en 1351 dès l'âge de quatre ans, mais ne fit naturellement profession qu'à dix-sept ans. Élue prieure de l'abbaye le 14 août 1380, elle gouverna avec sagesse et distinction. Le duc de Bourbon, son frère, lui avait reconnu par acte du 1er mars 1380 une pension viagère de 500 liv., et fit en même temps don à la communauté de la seigneurie de Carrière, de l'hôtel de Bourbon sis à Paris et de la terre de Villevrard près de Lagny-sur-Marne. Marie de Bourbon mourut le 10 janvier 1401 et fut inhumée dans le choeur de l'église abbatiale de Saint-Louis où on lui érigea une belle statue en marbre blanc et noir. Ce monument, qui a échappé à la destruction du monastère, est aujourd'hui conservé dans l'église de Saint-Denis (Noël, op. cit.).

274 à 282—Marie de France, fille de Charles VI et d'Isabeau de Bavière, née le 22 août 1392. A cinq ans elle prit le voile au prieuré de Poissy le jour de la Nativité de la Vierge, en 1397. Elle mourut le 28 août 1438 et laissa au couvent la terre de Pissefontaine ainsi qu'un fief situé à Triel (Bibl. Nat. Fr. 20,176, fol. 1185).

286 à 289.—Catherine d'Harcourt, fille de Jean, comte d'Harcourt. Elle était effectivement la cousine germaine de la princesse Marie, son père ayant épousé Catherine de Bourbon, soeur de Jeanne de Bourbon, reine de France. Entrée au couvent de Poissy en 1380, on lui reconnut 200 liv. de rente le 8 août 1396. Sa soeur Blanche, d'abord religieuse à Sainte-Marie de Soissons, était, depuis 1391, abbesse du célèbre monastère de Fonteyrault (Bibl. Nat., Pièces orig. 1479 et P. Anselme, V, 133).

317.—La ville d'Arras possédait dès le XIVe siècle des ateliers dont la réputation fut universelle (Voy. Guiffrey, Hist. de la Tapisserie, p. 59).

334 à 340.—Philippe le Bel, par sa charte de fondation (juillet 1304), assigna au couvent de Poissy des revenus considérables. Cette riche dotation se composait de la plus grande partie du produit des domaines royaux de Poissy, Béthisy, Verberie, Pierrefont, Vernon et Andilly, plus de droits de pâturages dans les forêts royales, excepté celles de Laye et de Coucy, etc. La communauté possédait en outre de nombreux droits et privilèges, tels que le droit de passage sous les arches du pont de Poissy (Arch. Nat. L 1084, liasse 1), le droit de chasse dans la garenne royale de Draveil où elle avait un hôtel (Arch. Nat. K 191, liasse 5), des rentes établies sur les halles et moulins de Rouen (Arch. Nat. Xia 1473 fol. 206 v°), et bien d'autres avantages. A tous ces revenus il fallait encore ajouter les rentes souvent fort importantes servies par les familles aux filles de grandes maisons et les donations ou legs faits par les religieuses elles-mêmes à leur communauté. Le nombre des soeurs fut d'abord fixé à cent vingt, il s'éleva plus tard à deux cents; elles devaient être issues de familles nobles et avoir obtenu pour leur admission une autorisation expresse du roi (Noël, op. cit.).

1273 à 1280.—Jean sans Peur, duc de Bourgogne et comte de Nevers, partit à l'âge de vingt-cinq ans au secours de Sigismond, roi de Hongrie dont la patrie était menacée de l'invasion des Turcs commandés par Bajazet. On sait que l'armée française éprouva une sanglante défaite à Nicopolis, le 28 septembre 1396, le comte de Nevers et quelques chevaliers échappèrent seuls au massacre qui suivit ce désastre. Moyennant une rançon considérable, Bajazet consentit à rendre la liberté au comte de Nevers et à quelques-uns de ses compagnons d'armes qui firent leur rentrée à Dijon le 28 février 1398.

LE DIT

DE LA PASTOURE

(Mai 1403).

CY COMMENCE LE LIVRE DE LA PASTOURE

      Moy de sagece pou duitte
      Ja par mainte fois deduitte
      Me suis de faire dittiez
      De plusieurs cas apointiez,
5 Combien que pou entremettre
      M'en sache, mais pour desmettre
      Aucunement la pesance
      Dont je suis en mesaisance,
      Qui jamais ne me fauldra
10 Jusques vie me fauldra;
      Car oublier impossible
      M'est le doulz et le paisible
      Dont la mort me separa,
      Ce dueil tousjours m'apparra.
15 Ay fait ce dittié en rimes,
      A mon pouoir leonimes,
      A requeste de personne
      Dont par le mond le nom sonne,
      Qui bien me puet commander
20 Et son bon vouloir mander.
      Si le fis et le rimay
      En ce desrain moys de may
      L'An Mil Quatre Cens et troys;
      Et m'est avis, qui veult drois
25 Y visier, qu'on puet entendre
      Qu'a aultre chose veult tendre
      Que le texte ne desclot,
      Car aucune fois on clot
      En parabole couverte
30 Matiere a tous non ouverte,
      Qui semble estre truffe ou fable,
      Ou sentence gist notable.
      Si diray le sentement
      En rimant presentement:

La Pastoure

35 Antendez mon aventure,
      Vrais amans, par aventure
      Oncques n'oïstes pareille,
      Si y tendez tous l'oreille,
      Voiez comment Amours traire
40 Scet soubtilment pour attraire
      Les cuers et faire subgiez
      De ceulz qu'il lie en ses giez.
      Pastoure suis qui me plains
      En mes amoureux complains,
45 Conter vueil ma maladie,
      Puis qu'il fault que je la die.
      Comme d'amours trop contrainte,
      Par force d'amer estraintte,
      Diray comment je fus prise
50 Estrangement par l'emprise
      Du dieu qui les cuers maistroie
      Et qui bien et mal ottroie.
      Si soit exemplaire aux dames
      Mon fait, qui jurent leur ames
55 Que jamais jour n'aimeront.
      Voiez comment Amours rompt
      Par son trés poisant effort
      Tout propos, soit foible ou fort.

Trés que joenne touse estoie, 60 Parmi bouscages hantoye Et par ces landes sauvages Pour repaistre enmi herbages Les berbietes mon pere, Et quoy qu'adès en appere, 65 Ainsi par maintes anées Furent par moy pormenées, Tant que je fus ja percreue, Sans estre nul jour recreue Du mestier, qui me plaisoit, 70 De bergerie, et faisoit Matin lever par grant cure. D'autre riens n'avoye cure Fors de repairier en champs Et en bois, ou les doulz chans 75 Des oysiaulx souvent ouoye, N'autres gens je n'avouoye Fors pastoures et pastours. Si savoye tous les tours Du mestier de bergerie: 80 Aigniaulx en la bergerie Soignier, mettre fein en creche, Semer en toit paille fresche, Et les mottons d'une part Trier, oindre et mettre a part, 85 Berbis traire, et faire a heure Aigneulx teter, et desseure Le fourrage es rastiaulx mestre; Ne nulle mieulx entremettre Ne se sceust de tout l'affaire 90 Qu'il convient au mestier; faire Anble de son et d'aveine Pour faire remplir la veine Aux berbis, qui aignelé Avoyent qui n'est coulé, 95 Savoye, et mes berbis tondre En may assise en belle onbre Au matin et a vesprée, Et aporter de la prée Herbe aux aignelez petiz, 100 Pour leur donner appetiz Quant ilz viennent en saison Qu'on les tient en la maison; Et bien raporter des champs Aucunes berbis meschans, 105 Vieilles et a dos pelé; Et, s'aucune eust aignelé La hors, l'aignel entre bras Porter dedens mon rebras, Et eulz garir de la rongne. 110 N'y avoit si grant besoingne Dont je ne fusse maistresse Et des bergieres l'adrece. De tout ce soigneuse estoye. A droitte heure me hastoye 115 De mener a remontée Mes berbis sus la montée D'un tertre ou herbe ot menue; Et quant soleil ert soubz nue, Au matin a la rousée 120 D'ou terre estoit arrosée, Ou temps d'esté, par herbis Couvers mener mes berbis Bien savoye, et assembler Mon parc, que le loup embler 125 Ne m'en peüst chief ne queue Et que nulle ne fust seue. La en l'ombre me seoie Soubz un chaine et essayoye A ouvrer de filz de laine, 130 En chantant a haulte alaine; Ceinturetes je faisoie, Ouvrées com ce fust soye, Ou je laçoye coyfettes Gracieusetement faittes, 135 Bien tyssues et entieres, Ou raisiaux ou panetieres Ou l'en met pain et fromage. La soubz le chaine ramage S'assembloient pastourelles, 140 Et non mie tout par elles, Ainçois veissiez soir et main Son ami parmi la main Venir chascune tenant, Plus de vint en un tenant, 145 Dont l'un flajolant venoit Et l'autre un tabour tenoit, L'autre musete ou chievrete; N'il n'y avoit si povrete Qui ne fust riche d'ami. 150 Et la vous veissiez enmi La place mener la tresche Joliement sus l'erbe fresche Parrot, Soyer et Harnou Et Regnault, qui ot maint nou 155 D'amours fait sus son chappel Et boquet sus le jupel Que Rambourt ot atachié Et mis le chappel ou chié, Comme a son ami trés chier. 160 Ainsi les veissiez treschier Et karoler et baler, L'un en dançant reculer Tenant la main au cousté, Et le pan devant osté 165 Et a la ceinture mis, Puis en dançant s'est remis A la queue emprès Gilon Et devant met Sebilon. Joliement y vait Belote 170 Qui bien joue a la pelote, E Mangon et Jehanneton Et Belon, au joly ton Des instrumens acordés. La veissiez bergiers hordez 175 De gans blans et d'aumosnieres Et de diverses manieres D'outilz telz qu'il apartienent A bergiers qui gays se tiennent: Trenche pain, cysiaulx, forsetes, 180 Boiste a ointure, esguilletes, Aloine, cernoir, cordele, Une grande tace belle, Fil, aguille, et deel avec Y a, bergier n'est sanz hec; 185 Mainte autre chose a dedens Bonne, et lanieres pendans, Et la grant clef de la porte De la bergerie on porte Qui a une bille pent 190 Et derriere vait frappent, Et tout pent a la ceinture, Ou le mastin a esture On tient lié a toute heure Qu'après les conins ne cueure, 195 La houlete bien taillée, Par amoretes baillée, Que bergier tient en sa main, Et la panetiere a pain, Ou aulx et fromage on met. 200 Biaulx oysiaulz, je vous promet, Ont ceulz qui sont les plus cointes, Tout n'ayent ilz nulles pointes Qui leur voise au pas grevant, Et la poittrine devant 205 Desnoulée, ou le blanchet Pert blanc de nouvel achet Ou la croix de la chemise Quant toute neufve elle est mise. La a cotes de buriaulx 210 Vous veissiés ces pastoreaulx Mener feste a desmesure, Pour attaindre a la mesure Fraper du pié en dançant, Gautier emprès Helissant 215 A cloche pié faire un sault, Si comme amours les assault, Huer, crier, rigoler Et ensemble entr'acoler; Est ce vie vie vie? 220 Qui jamais a d'autre envie? Puis, quant de dancier sont las, Les veissiez par grant solas Eulx seoir sus l'erbe drue, Chascun amant lés sa drue, 225 Sus la clere fontenelle, En chantant de voix isnelle, Ataindre pain et fromage Et tout mettre sus l'erbage, Et ces pastoureaulx gentilz 230 Vous trenchier ce pain faitis Par lesches grandes et lées, Après doulces acollées Les gitter en la fontaine Et par bonne amour certaine 235 D'ycellui mengier eulx paistre. En celle lande champestre, De flours couverte a tous tours, Sont ilz aise ces pastours Berbis gardans par sillons, 240 Et ces jolis oysillons Qui les cuers leur resjoïst! En celle place on oÿst Chanter Parrot et Margot: «Larigot va larigot, 245 Mari, tu ne m'aimes mie, Pour ce a Robin suis amie.» Ainsi amont et aval Tout y retentist li val Des haultes voix deliées 250 De ces pastorelles liées, Chantans a joyeuse chiere. Et Robin, qui a moult chiere Marion qu'il aime moult, Si quiert aval et amont 255 Pour trouver couldre qui ploye, Large et longe, et la s'employe Atout un large coutel, Assis sus son bleu mantel, Si fent la couldre par mi 260 Et dit que, par Saint Remi! Esclisse fera de couldre, Ensemble veult les bous couldre, Si ara de flours chapiau Moult bien suroré d'orpeau 265 Que s'amie a en sa bourse. Adonc n'y a si rebourse Qui chapel a lie face A son doulz ami ne face De muguet et flours d'amer 270 Ou de roses d'oultremer. Tendis vont o leurs musetes Cueillir cormes ou noisetes, Ou chastaignes en ce boys Abatre ou cerner des noix, 275 Selon qu'il est la saisons, Ou roysins en moustoisons, Li pastours, puis les aportent Aux belles qui se deportent En l'ombre et leur font chapeaulz. 380 Chascun dit: «Li miens est beaulz.» Si broustent la tel viande Ne nul d'eulx plus ne demande. Telz y a qui jus leurs fleustes Mettent et trayent aux butes, 285 Aultres la lute commencent, Et les autres si s'avancent A faire aucuns jeux de forces, Ou arrachent les escorces Des arbres vieulx et mossus; 290 Leurs chaperons lient sus De bien estroitte maniere Et cousent une lasniere Grande et large a celle escorce, Leur main ou creux de la torse 295 Boutent et bouclier en font, Espées de boys reffont; Lors commence l'escremie, Chascun dru devant s'amie Joue du bouclier et fiert 300 Ses compains comme il affiert. La veissiez vous de beaulx coups Lancier sur teste et sur coulz, Et cellui qui mal se targe De l'escorce dont fait targe, 305 En emporte mainte boce Souvent quant lui fault l'escorce; L'aultre le mort, et se couche, Fait, et tient close la bouche; La chascun se vient ploier 310 Et au lever essaier, Et cellui qui mieulx le lieve Le pris et l'onneur enlieve. En yver jouent aux billes Et au parquet et aux quilles 315 Et aux meriaulx et aux noix Et a autres esbanois. D'aultres jeux font ilz assez Biaulx et plaisans, ce pensez, Devant leurs belles amies 320 Qui ne sont pas endormies A jugier des mieux apris Et bien asseoir le pris. Et orriez ces valetons, Quant ilz sont es sommetons 325 Des montaignes, jargonner Et l'un l'autre ramposner En jargon, tout en chantant, Que nul fors qu'entr'eulx n'entent. Ainsi se vont deportant 330 Li pastorel, mais pour tant Ne laissent a prendre garde Des berbis qu'ilz ont en garde; Puis au vespre s'en retournent Et tous et toutes s'atournent 335 De trier leurs berbietes; Congié de leurs amietes Prenant li joli pastour, Et se mettent au retour. Ainsi longuement hantay 340 Celle vie ou je chantay Mainte jolie chançon, Et en l'ombre du buisson, O mes compaignetes belles Et leur ami avec elles, 345 M'ombroyay mainte journée. Joenne estoye et atournée Comme pastoure polie: Surcot vert, cote jolie J'avoye et graille ceinture, 350 Bourse, espinglier a esture Fait et cotelet faitis Et tous les gentilz outilz Qu'apertiennent a bergiere, Et sus pelice legiere, 355 Chainse crespé et delié, Blanc flairant et bien lié. Mignote estoie et grassete, Et riant a voix bassete, Et gente, ce disoit on. 360 Si fus de maint valeton Amée moult chierement, Mais si me tins fierement Que nul ne daignay amer; Maint bergier a cuer amer 365 Plourant vint m'amour requerre, Mais nul ne la pot acquerre. Non obstant que mes compagnes Veoye par ces champaignes O leurs doulz amis deduire, 370 Nul ne pouoit mon cuer duire Ad ce que l'amer empreisse Ne qu'aultre vie appreïsse Que celle qu'aprise avoie. Qu'estoit amer ne savoie 375 N'aprendre ne le vouloie, Ne de riens ne me doloie. Tout mon soing ert de berbis Garder parmi ces herbis Et ces flours par prez cueillir 380 En may, ne un seul jour faillir On ne veist, main ne ressie, Que chappellet de soussie Ne meisse ou de passeroses Ou de muguet ou de roses 385 Ou d'aultres flours plus nouvelles. Ces pastoureaulx leurs nouvelles Me venoient raconter Et pour mieulx mon cuer domter Nouvellès dons m'aportoyent: 390 Ceinturetes ou estoient Pendans bourses et couteaulx, Et aultres soubz leurs manteaulx, Chappellez vers, devisez Gentement, moult desguisez, 395 Me presentoient en don; Et vous y veissiez adon Varlez descendens d'un tertre, Qui maton, formage et tartre M'aportoient ou flamiche; 400 Pomes, poires, blanche miche Me venoient presenter, Et de leurs maulx guermenter Piteusement se penoient, Et près de moy se tenoient 405 Pour moy servir, s'eusse chier Leur servise, ou pour trenchier Devant moy pain et fromage. L'un me disoit: «C'est dommage, Marotele, se tu n'aimes 410 Je te pry qu'ami me claimes, Pastourele gente et belle, Ne soiez vers moy si felle.» L'autre disoit: «Doulce amie, Et ne m'aimeras tu mie 415 Quant je suis ton chier ami? Tu vois que, s'un seul demi Pain avoie, la moitié T'en donroye a cuer haitié. Aime moy, fillete doulce, 420 Je te donray une bourse Jolie d'or et de soye.» Ainsi alors ne pensoie Nulle riens qui me grevast, N'il ne fust riens qui levast 425 De moy parole d'acort D'amer, pour tout leur recort. A tous faisoie response Que pour neant tel semonse M'aloient amonnestant; 430 Si s'en souffrissent atant, Car amer par tel devise Ne vouldroie en nulle guise. En ce point longuement fus Faisant de m'amour reffus 435 Et dongier a toute gent; Tant fussent preux, bel ou gent, Pou m'estoit de leurs clamours. Orgueilleusete d'amours On m'appelloit pour le temps; 440 Mais je vous diray par temps Coment Amours s'en venga, Qui bien mon vouloir changa, Combien qu'il m'estoit avis Que tant eust homme cler vis, 445 Gent corps, beaulté ne valour, N'aimeroie, ains grant folour Me sembloit d'ainsi amer Pour en sentir doulz n'amer. Or diray je que m'avint, 450 Il n'a mie des ans vint, Ains croy que quatre ans passez N'a mie encore d'assez: Un jour en l'ombre seoie Soubz un chaine et asseoie 455 Un vert jolis chappellet Dessus mon chief crespellet, Sus une fontaine belle. Et comme d'amours rebelle Vouloye la seulete estre; 460 Ou lieu avoit moult bel estre, Bois fueillu tout environ Et l'erbe jusqu'au giron, Par placetes drue et basse; De flouretes a grant masse 465 Diverses ot et planté, Sus la fontaine planté Arbres beaulz de moult belle ombre Que soleil ne feist encombre. Mes berbietes gardant, 470 La seoie en regardant Les floretes que cueilloye, Qu'en la fontaine mouilloie, Et de haulte voix serie Chantoye si que l'orie 475 Du boys en retentissoit. Droit a celle heure passoit Par le grant chemin ferré, Qui ert lez le bois querré, Une grant tourbe de gens 480 Sus chevaulx mignoz et gens Qui entendirent le son Et le dit de ma chançon. Adonc se sont arrestez Et ou boys, y ot de telz, 485 Entrerent, suivant la voix Du chant queroient ou bois, Mais ne m'ont pas tost trouvée, Car le boys fueillu leur vée; Mais moy, qui fus seule en crainte, 490 Des chevaulx ouÿ la frainte Qui par le bois se hastoient Et ja près de moy estoient, Tout ne me veissent ilz mie. Adonc la char me fremie 495 De paour, si me tins coye Et du tout mon chant acoye. Au chief de piece tant firent Ceulz qui en riens ne meffirent Que dessus la fontenelle 500 Me trouverent; voix ysnele N'oz pas a les saluer, Ainçoys, sans moy remuer, Me tins assise et honteuse Et de baudour souffraiteuse. 505 Tremblant et rougie ou vis Je devins quant je les vis, Car je n'oz gens de tel pris A veoir souvent apris: Frains dorez, selles couvertes 510 Avoyent blanches et vertes Et de diverses couleurs Faittes aux devises leurs. Dessus gros chevaulx mignos Et sus genez espagnolx 515 Montez estoient li ber, Plus gentilz que nul ober, Riches robes et trainans, Vestues trés avenans, D'or et de soye brodées 520 Et a devises bandées, L'une d'or, l'autre d'argent, Escharpes qui bel et gent Leur estoient avenans, Dont les cliquetes sonnans 525 Tout le boys retentissoient Pour les sons qui en yssoient, Chappeaulx jolis de festus Sus leurs chaperons vestus Avoyent jusques a l'ueil 530 Pour l'arsure du soleil. Moult furent bien assesmez Les gentilz hommes amez, Beaulx et gens a droit souhaid, Gracieux et de bon hait. 535 Adonc assembla la route Ou mainte haye fu route Pour venir a l'assemblée Ou sans cause fus troublée. Lors, comme frans, sans orgueil, 540 Tous descendirent ou brueil. Or me tins je pour surprise, Bien cuiday morte estre ou prise. Vers moy adreçant leur pas Tous ensemble isnel le pas 545 Distrent a joyeuse chiere: «Dieux vous gard, doulce bergiere.» Et je honteuse et tremblant Me lieve a couart semblant; Si com je sceus leur rendi 550 Leur salu, plus n'atendi Mais loings fus plus d'une toyse. En celle route courtoise Ot un si fait chevalier Que, s'ilz fussent un millier, 555 Si passast il, com moy semble, Trestous les aultres ensemble De valeur, de sens, de pris Et de quanque bien apris Doit avoir en tous endrois. 560 Beauls et gens, jolis et drois Fu dessus les aultres tous, Et me semble que trestous L'appelloient Monseigneur, Dont vi qu'il ert le greigneur 565 Et le plus autorisié. La un chevalier prisié S'avance et me prist a dire: «Pastoure, paour n'ayez n'yre, Car vous n'arez se bien non 570 Par nous.» Lors nomma par nom Cil qui les autres passoit Et dist: «Par cy trespassoit Monseigneur que voiez cy Et sa compagnie aussi. 575 Si chantiez, ce m'est avis, Bel et bien a droit devis De haulte voix deliée, Pour ce vostre chiere liée Moult desira a veoir 580 Et decoustes vous seoir Pour vostre doulz chant ouïr. Si ne nous pouez fouïr: Chanter il vous convendra Dont ja mal ne vous vendra.» 585 Adonc vers cellui me meine Qui Dieu doint bonne sepmaine, Et je humblement m'encline Devant lui la chiere cline, Si le saluay tout bas, 590 Mais cellui fist un grant pas Et tost relever me vint, Un doulz ris qui lui avint Gitta moult joyeusement Et dist gracieusement: 595 «Et, par Saint Sauveur d'Esture Voycy joyeuse aventure!» Adonc sus l'erbe menue S'assist et par la main nue Me prist et decouste lui 600 M'assist, si n'y ot cellui Qui ne se soit tost assis. Adonc des foys plus de six Me pria que je chantasse Hault et cler, riens ne doubtasse, 605 Mais longuement m'excusay De chanter, car je n'osay. Cil dist: «Doulce, pastourele, N'escondissez la querelle Que vous fais, ainçois chantez 610 La chançon que plus hantez.» Quant vis la grant courtoisie De ceulz, aucques acoisie Fut la paour qu'eue avoye; Si m'asseuray toutevoye 615 Et dis a cil, qui rioit Doulcement et me prioit, Que par son commandement Chanteroye ysnelement, Mais en gré le voulsist prendre, 620 Car moult y ot a reprendre. Lors a chanter commençay La chançon que je pensay Qui la plus nouvelle estoit Et qui le mieulx me goustoit. 625 Si vous diray la chançon Dont ouÿrent du chant son:

Bergierette

        Il n'est si jolis mestier
        Com de mener en pasture
        Ces aigneaulx sus la verdure,
630 Jamais faire aultre ne quier.

        Qui verroit ces bergieretes
        Et ces jolis pastoureaulx
        Entr'amer par amouretes
        Et faire de flours chapeaulz,

635 Il diroit qu'il n'est sentier
        Ne voye qui soit si pure,
        Jamais d'aultre n'aroit cure,
        Si s'en vouldroit accointier.
        Il n'est si jolis mestier.

640 Ces pastours o leurs chevretes
        Au joli chant des oysiaulx
        Vous dient ces bergieretes
        Et ces beaulx motez nouveaulx,

        Et aiment de cuer entier,
645 Au son de leur turelure
        Dançant tant comme esté dure,
        D'autre joye n'ont mestier.
        Il n'est si joli mestier.

      Ainsi ma chançon finay
650 Et devant cil m'enclinay
      Qui de chanter m'ot requise.
      Mon chant loua de grant guise
      De son bien et de sa grace,
      Si m'en sceut et gré et grace
655 Et bien m'en remercia,
      Et dist: «Pastoure, cy a
      Maint gentil homme vaillant,
      Si ne soyez deffaillant
      D'encore une a leur requeste
660 Chanter, vous l'arez tost preste,
      S'il vous plaist, en petit d'oure,
      Or chantez, doulce pastoure.»
      Adonc pour leur vueil perfaire
      Plus prier ne me voulz faire,
665 Si chantay joliement
      Ceste chançon liement:

Bergierete

          Au joly bousquet
          Vont ces pastoureles
          Cueillir du muguet.

670 Chappellet de flours
          Font a leurs amis,
          Par fines amours
          Ou chief leur ont mis.

          La font maint hocquet
675 O leurs chalemeles
          Parrot et Huguet,
          Au joly bousquet.

Après ma chançon finée Joye et bonne destinée 680 Ilz m'ont trestuit aouré, Mais ja orent demouré Longuement, et la vesprée Fu ja bien près qu'avesprée Comme a soleil resconçant; 685 Mes berbis, qu' ou bois paissant Aloyent, fu temps de traire En leur toyt, et moy retraire. Si dis lors a voix rassise A cil lés qui fus assise: 690 «Monseigneur, trop tarde jé; S'il vous plaist, prendray congié Que je ne soye blasmée. Tart est, près de nuyt fermée, Temps est de mes berbis mettre 695 En toyt et de m'entremettre D'afforrer mes aignelez En noz petiz hostelez.» Lors en piez me suis levée, Et cil le congié ne vée, 700 Ains de bon cuer l'ottroya; Hors du boys me convoya, Ne point ne m'ot en despris Pour tant s'a trier me pris Mes bestes a mon appel, 705 Ainçois aida au tropel Assembler, dont pris a rire Et en souriant lui dire: «Monseigneur, par saint Legier! Bien vous siet estre bergier; 710 Oncques si jolis pastour Ne repaira cy entour.» A rire s'en commença, Congié pris, il me laissa, Mais ainçois a moy s'offry 715 Ne oncques il ne souffry Que genoil je meisse a terre N'au congié n'a don requerre. Tous me touchierent la main En disant: «Et soir et main 720 Vous doint Dieux, doulce bergiere, La riens que plus ariez chiere.» Ainsi adonc se partirent Ceulz de moy et congié prirent, Et ou terminoit li vaulz 725 On leur mena leurs chevaulz; Si s'en vont dessus ridant, Jouant, riant et chantant. Et je a l'ostel m'en tourne, Mais tart m'est que je retourne; 730 Si mis mes berbis en toit, Car la nuit ja me hastoit Et les pris a affourrer, Besoing n'oz de demourer. Ainsi celle nuit passay, 735 Mais sachiez que moult pensay A ceulz qui sus la fontaine Me trouverent a grant peine, Sur tous d'un me souvenoit Et au devant me venoit 740 Son beau corps, gent et faitis, Et son doulz maintien gentilz, Son parler, son regard doulz Qui plaire el me fist sur tous. Au matin, quant vachier corne, 745 Que toutes bestes a corne On meine aux champs pour repaistre, Mis mes berbis en champestre Et vers le bois me tournay, Mais ainçois bien m'atornay 760 D'estroitte cotte de vert; Mon peliçon fu couvert D'un beau ridé chainse blanc, Et ceinte parmi le flanc Fus de ceinture ferrée, 755 Reluisant com fust dorée, La ou pendoit la boursete De soye fine, doulcete. Et le faitis esguillier Lez le coutel a taillier. 760 La alay ou je souloye, Et ainsi comme j'aloye Mes compaignetes encontre; En alant en leur encontre De loings me pristrent a rire 765 Et commencerent a dire: «Dont me vient ce, Marotele, Qu'adès ta belle cotele Tu as vestue et es ceinte De ta jolie sursainte? 770 T'a ton pere fiancée, Ou se as nouvelle pensée? Oncques ne te veismes yer; Ou alas tu ombroier? Si fus tu bien demandée; 775 Or le demande a Houdée. En l'aunoy fusmes en l'ombre; De pastours y ot grant nombre Atout flajolz et bedons, Qui aporterent maints dons 780 Aux pastoureles qui tindrent La feste et bien s'i maintindrent: Parrot a la joue enflée Aporta de giroufflée Trestout fin plein son giron 785 A Belote du Firon; De soussie plein chappel Aporta Robin Happel A Marion la Gautiere; Une tartre toute entiere 790 Et un beau gros grant gastel Aporta soubz son mantel Colin Gautre de la Broce; Jehannot pendant a sa croce Aporta tout un jambon, 795 Oncques je ne vi si bon, Et la meilleure despense Qui oncques entrast en pense, Deux bouteilles toutes pleines. Si dançames en ces plaines 800 Ou ot moult belle assemblée De joye et baudour comblée. N'y a pastoure ou paÿs Jusqu'en ces larris laÿs Qui ne venist a la feste, 805 De dancer et chanter preste. Si n'y ot en ceste année Plus grant feste et mieulx menée. Girout te demanda moult, Ne oncques dancer ne voult 810 Pour ce que pas n'y estoies. Et ou fus tu toutesvoyes Quant avecques nous ne vins? Or nous di que tu devins?» Adonc Lorete appellay 815 Et tout bas a lui parlay, Car celle fu plus m'amie, Et dis: «Ne m'esgaray mie, Ains compagnie plaisant Plus que vous vi et faisant 820 Chiere bonne et doulcereuse, Dont je suis toute amoreuse. Si n'y avoit pas pastours, Mais ceulz qui scevent les tours De courtoisie et d'onneur, 825 Car n'y avoit nul menour De chevalier ou gentil Escuier, de baron fil. Sus la fontaine en ce bois, Ou souvent seulete vois, 830 Me trouverent ou chantoye Et mon entente mettoye A ces floretes cueillir. La me vindrent acueillir, Ainsi mon chant me traÿ. 835 Quant je les vi m'esbahy, Car cuiday estre honnie Et de toute honneur banie. Mais de ce garde n'avoye, Car oncques, se Dieux me voye, 840 Je ne vi gent si courtoise. Doulcement sans mener noise Gracieux salu me dirent, Puis des chevaulx descendirent Et s'assirent couste mi, 845 Mais sur tous, par saint Remi! Y ot un qu'ilz appelloient Monseigneur, quant l'appelloient, Qui estoit doulz et plaisant Et bonne chiere faisant, 850 Qui de chanter me requist Et moult doulcement m'enquist De mon estre et que faisoie En ce bois ou m'esbatoye; Et tant fist que je chantay, 855 Quant plus riens je ne doubtay, Une chançonnete ou deux, Et certes je fus bien d'eulx Merciée et chier tenue; Et ja estoit nuyt venue 860 Quant d'eulx je me departi. Or t'ay dit en quel parti Je fus yer la remontée, Mais en pensée boutée Nouvellete suis sans doubte, 865 Tant me plaist ycelle route De gens doulz et avenans, Et adès suis souvenans De cil qui le mieulz me plaist, Qui me dist sans trop long plaist 870 Qu'il me revendroit veoir Et decouste moy seoir. Si me tarde qu'il y viengne. Dieux doint qu'il lui en souviengne Et que, sans penser villain, 875 Me vueille amer com je l'aim, Sans villennie me faire! Car ne pense a me meffaire Pour homme qui soit en vie, Ne d'autre riens n'ay envie 880 Fors que nous chantions ensemble, Il n'y pense, ce me semble, Autre mal et non fais je.» «Hé Dieux! que c'est bien songé!» Lorete adonc respondi: 885 «Par le Dieu qu'en crois pendi! Or te voy en male cole Qui veulz laissier nostre escole Et renoncier au mestier Pour de tel gent t'acointier. 890 Laisse en paix tout, soterele. Est ce estat de pastorelle Qui bestes a a garder? Il te convient regarder A ton honneur, ou, sans doubte, 895 Tost la perderoies toute, Mieulx te vauldroit estre morte. Sont telle gent de ta sorte? Ilz t'aroient tost honnie De toy faire villennie. 900 Certes, pou tenroient conte. Te fault il un filz de conte Se d'amours te veulz tramettre? Certes, chascun son cuer mettre Doit, se joïr veult a droit 905 D'amours, selon son endroit. Il est tant de valetons Si beaulx qui gardent motons Et pour t'amour se deffrisent Et te servent et te prisent; 910 Choisis un, se veulz amer, Et ne te fay pas blasmer De ceulz qui d'amour legiere Aymeroient toy, bergiere.» Adonc respons: «Certes, suer, 915 Amer ne vueil a nul fuer Par amours, ce n'est pas fable, Qui qu'il soit, mais s'agreable M'est un seul plus qu'aultres mille Pour son corps gent et abille, 920 Pour tant n'ay je pas envie D'emprendre amoureuse vie; Ja Dieux ne m'y doint embatre! Mais je me vueil, bien esbatre Et jouer sans villennie, 925 Ne fault ja que je le nye. La veue riens ne me couste De cil qui me plaist et gouste; Si ne m'en fault ja blasmer, Car sans mal le vueil amer 930 Pour le bien qui en lui maint, Et ainsi sont amé maint Vaillans pour leur grant bonté Si com l'en m'a raconté.» Lorete adonc me respond: 935 «Voir est, si com lievre pont, Qu'a ton vueil a droit compas Aimeras, n'y fauldras pas. Cuides tu faire a ta guise D'Amours qui les cuers desguise 940 Estrangement et scet prendre? Et ja le pues tu aprendre Quant elle te fait tant plaire Homs de nature contraire Au mestier de bergerie. 945 Par Dieu! c'est grant resverie Coment ton cuer y puet tendre, Et si te pues bien attendre, Tant t'en vueil bien ores dire, Puis que le tien cuer y tire, 950 Se souvent as sa hantise, Qu'Amours, qui les cuers atise, Ne te laira pas durer Sans de lui t'enamorer, Se il est tel qu'il te face 955 Semblant ne d'ueil ne de face. Mais je te pri, toutevoye S'il te plaist, que je le voye Et que le secret tout sache, Car en soy maint mal ensache 960 Cuer qui aime ou veult haïr Sans a nul le regehir.» Lors dis qu'il me plaisoit bien, Car je la savoye bien Secrete, et o moy venroit 965 Ou boys ou j'aloye droit, Si seroye mieulx que seule, Mais ja n'yssist de sa gueule Chose qui a celer feist, Gardast que tant ne meffeist; 970 Et celle le me jura Par serment et asseura. Ainsi, noz berbis chaçant Qui devant nous vont paissant, Entre noz deux seulement, 975 De ce parlant belement, Vers le bois nous sommes traittes Et loings des autres retraittes Tant qu'a la fontaine veismes Et sus l'erbe nous seïsmes. 980 La fusmes la matinée, Reveismes a la disnée, A ressie retournames Ou boys, ou d'amours parlames. Ainsi trois ou quatre jours 985 En ce boys allons tousjours Qu'onques nul vers nous ne vint, Mais tost après cil revint Dont m'anuyoit la demeure; Les chevaulx senti en l'eure 990 Car l'oreille ailleurs n'avoye, Si saillis tost en la voye Pour savoir se cil estoit Que le cuer m'amonnestoit. Quant de loings le vi venir 995 Amours me fist devenir Vermeille ou vis, et couleur Muay, sans sentir douleur. De loings je le regardoye; A l'entrée l'attendoye 1000 Du boys dont il approchoit. Lui troisiesme chevauchoit Sans plus, li biaux et li gens. N'ot pas mené tant de gens Comme a l'aultre fois avoit. 1005 Ma compaingne qui le voit De paour prist a trembler Et ou vis morte sembler; Si me dist par grant freour: «Je mourray cy de paour, 1010 Nous serons ja tost honnies, De folie t'ensonnies De tel seigneur t'acointier. Yssons hors de ce sentier, Il nous en vault mieulx fouïr 1015 Et nous aler enfouïr Soubz ces fueilles en ce boys. Vien se tu veulz, je m'en vois; Mieulz voulsisse estre grevée D'un bras que t'avoir trouvée 1020 Anuyt n'ycy convoyée. —Dieux! que tu es effroyée!» Dis je, «Lorete, regarde Comme il rit; tu n'aras garde: Il n'est pas tel qu'il nous face 1025 Villennie ne mefface.» Cellui ainsi chevaucha Tant que de nous approcha, Et je contre lui m'aval. Il descent de son cheval, 1030 Je m'encline et le salue Comme affiert a sa value, Mais tost me vint relever Et dist: «Dieu vueille sauver Ceste bergierete gente, 1035 D'aigniaulx garder diligente.» Lors me prent parmi la main, Et je ou vert boys le main Seoir sus la fontenele. Doulcement dist: «Marotele, 1040 Vous veoir moult desiroye N'a aultre riens ne tiroye Qu'a cy retourner arriere, Car oncques ne vi bergiere, Dont je soye souvenant, 1045 A mon gré si avenant Ne dont le chant tant me pleust, Tant autre bien chanter sceust. Or vous pri je, doulce amie, Que ne m'escondissiez mie 1050 De chanter sans plus long plait, Car vostre chant moult me plait. Mais dites, doulce maignete, Est ce vostre compaignete Que je voy la toute seule 1055 Assise sus celle esteule?» Lors a respondre me pris Au chevalier que tant pris, Bassement sans arrestance, Et de mesprendre en doubtance 1060 Dis: «Monseigneur, grant mercy Dont tout mon fait vous plait si. C'est de vostre bien sans faille, Non mie que je le vaille. Si suis de bonne heure née 1065 Quant Dieu m'a ad ce menée Qu'a tel chevalier je plais Dont tout li mondes tient plais Du grant renom et vaillance; Si vueil du tout sans faillance 1070 Estre vostre en tout honneur, Car bien sçay que deshonneur Jamais ne pourchaceriez Vers moy, vous ne daigneriés. Si commandez a vo guise, 1075 Soit chant ou autre devise, Ja ne vous contrediray Mais du tout obeïray Sans que nulle riens remaigne, Monseigneur; mès ma compaigne, 1080 Que veez la, seure n'est mie.» Lors dist: «Venez ça, m'amie, N'aiez ja de moy doubtance, Car a vous faire ne pense Chose qui vous desagrée. 1085 —C'est ma conpagne secrée, Monseigneur, faittes lui chiere,» Ce dis je, «et l'aim et tiens chiere.» Lors celle c'est approchée Qui tint la chiere embrunchée, 1090 Et de contenance simple, Le chapperon, que ot sans guimple Affulé, de son chief oste Et s'agenoilla decoste Cellui, qui lui tend la main 1095 Et dit: «Dieux vous doint bon main, Bergierete savoureuse, Ne soiez pas paoureuse De moy qui suis vostre ami, Mais vous seez coste mi. 1100 Et dittes de voz nouvelles Entre vous deux, pastourelles, Car pastouriaux aussi sommes, Voz chiers amis et voz homes.» En sa compagnie avoit 1105 Deux chevaliers qu'il savoit Secrez, sages, sans murmure, Car d'autres gens n'ot il cure, Qui furent jolis et cointes, N'orent pas gonnele a pointes 1110 Mais haincellins a grans manches, Estrois, serrez sus les hanches. De velous vert decouppez, Brodez, d'or entour frappez, Et coliers d'orfavrefie, 1115 Moult riches a pierrerie; Si n'a de cy en Artois Nul chevalier plus courtois En fait, en dit, en langage Et en maintien doulz et sage. 1120 Cellui ou le plus pensoye Lors n'estoit vestu de soye, Mais d'une grant hoppellande Longue et ot une guerlande En son chief o un fermail 1125 De pierrerie et d'esmail, Un riche colier luisant Qui moult lui fu aduisant, De dyamans tout semé Et de perles asesmé, 1130 Mais de ce ne fais je conte Combien qu'adès vous en conte, Car ses condicions, faittes A souhait, toutes perfaittes Furent a mon gré, par m'ame, 1135 Telles qu'en ce monde dame N'a que on la deust blasmer D'un tel chevalier amer, Et ce plus l'embelissoit Que le fin or qui luisoit 1140 Ne la pierrerie aussi. Longuement fusmes yssi, Ou mainte raison ot ditte Que je n'ay pas cy escripte Pour le conte qui seroit 1145 Si long qu'anuyer porroit; Pluseurs chançons y chantay, Et cil chanter escoutay De qui le chant me plaisoit Et trestout quanque il faisoit. 1150 La devisames sans conte D'amours maint gracieux conte, Et a mainte belle enqueste Respondis a sa requeste; Maint doulz ris, maint doulz regart 1155 Fu gitté, se Dieux me gard, Celle part ou fist bel estre; Et, tout soit il bien grant maistre, En son fait n'en son accueil N'ot ne mauvaistié n'orgueil, 1160 Dont forment m'esbaÿssoie Quant a sa valour pensoye Et le veoie sur tous Humble, gracieux et doulz, Et ce yert ce que plaissoit 1165 Mon cuer a qui il plaisoit. Longuement ou lieu nous seismes, Ou maint plaisant conte deismes Qui a conter bien seoit Mais pas ne nous desseoit, 1170 Tant y fussions grant espace, Car legierement temps passe Cuer qui en ayse demeure, Un jour ne lui est une heure. Ja d'avesprir s'aprestoit; 1175 Un chevalier qui estoit En la place avoit ja dit Maintes fois, dont fu maudit De moy, a basse murmure: « Sire, le temps pou vous dure, 1180 Ja est tart, le jour nous fault; Souviengne vous qu'il vous fault Devers noz seigneurs aler A qui avez a parler. » Lors disoit cil: « Je m'en vois », 1185 Puis se rasseoit ou bois Et ne s'en pouoit partir, Et moy aussi sans mentir Voulsisse bien qu'a tousjours Près de lui fust mes sejours, 1190 Mais partir nous convenoit Pour la nuit qui ja venoit. De moy se parti atant Le bel et bon que j'aim tant; Au departir m'acola, 1195 Je m'encline, il s'en ala Esperonnant son cheval; Et je m'en viens contreval La prée, atout vert chappel Ou chief, menant mon tropel, 1200 Devisant a ma compagne. Et ainsi par la champagne Venismes en noz maisons, De hebergier fu saisons; Si failly no parlement 1205 Atant, mais tout bellement Avons l'une a l'autre ou bois Mis journée; a basse voix Deismes: « Lieve toy par main, A Dieu jusques a demain. » 1210 Celle nuit ainsi passa C'oncques mon cuer ne pensa Fors a cil sanz qui n'avoie Nul bien se ne le veoie. Si n'y ay gaires dormi, 1215 Mais en pensant a par mi Disoie ces mos yci Comme ouïr les pouez ci:

Bergierete

        Dont me vient telle aventure
        Qu'amer me fault maugré mien?
1220 Je ne cuidasse pour rien
        Qu'amours fust de tel nature.

        Simple sans amer estoye
        Ne pensée sossieuse,
        Je me jouoye et chantoye,
1225 De plus n'estoye envieuse.

        Or n'ay fors de penser cure
        Ne je n'ay nul aultre bien
        Fors veoir cil qui le mien
        Guer a tout, je le lui jure,
1230 Dont me vient telle aventure?

        Son gent corps ou que je soye
        Et sa chiere gracieuse
        Adès m'est vis que je voye,
        De plus ne suis curieuse.

1235 Hé las! je sens la pointure
        D'amours qui me tient si bien
        Que je n'ay sens ne maintien,
        Tant mez en amer ma cure,
        Dont me vient telle aventure?

1240 Au matin quant le jour crieve
      Pensant a amours me lieve,
      A soleil levant m'en vois
      O mes berbis vers le bois.
      Ma compaingne d'assez près
1245 Me suivoit, si vint après,
      Dont je fus moult resjouÿe
      Si tost que je l'oz ouÿe;
      De loings le chief me hocha,
      Puis, quant elle s'approcha,
1250 Sus la fontaine en alons
      Seoir, ne fu mie longs
      Ly chemins, lors commençay
      Com celle qui plus pensay:
      « Dis, Lorete, doulce amie,
1255 Et ne te mentoys je mie?
      Est il bel le chevalier,
      Par ta foy, que tu vis hyer?
      N'est il gracieux et gent
      Et plaisant a toute gent?
1260 Sont pastoureaulz de tel sorte?
      Bien aroit pensée torte
      Ou aveugle les deux yeulx
      A qui il ne plairoit mieulx
      Qu'un bergier, tant fust apris.
1265 De quoy ay je donc mespris
      S'il me plaist, sans mal penser
      Et sans nullui offenser? »
      Lorete respond atant:
      « Bel et gracieux est tant
1270 Voirement que riens n'y fault,
      Ne je n'y voy nul deffault,
      Et bien voy que l'aimeras,
      Dont encor te blasmeras.
      Mais, s'il les autres surmonte,
1275 A toy ce que vault et monte
      Qui pastourelle remains?
      De tant t'aimera il mains
      Comme en lui a plus valour.
      Bien tendroit a grant foulour
1280 D'en toy mettre s'amour toute.
      Quelque dame aime sans doubte
      Belle et de grant renommée.
      Cuideroies tu amée
      Estre de lui, fole, nyce!
1285 Garde qu'il ne te honnisse,
      Car s'amour n'aras tu pas;
      Et ne te fie en ce pas
      N'en son regard doulz et simple;
      Chascun te tendroit a simple
1290 De toy attendre a s'amour.
      Mais me croy et sans demour
      Esloingne ce bois ramage
      Ains que plus ayes domage,
      Et gard que plus ne t'y treuve
1295 Ains que fole amour t'esmeuve
      A faire plus grant folie,
      Car a grant sens cil s'alie
      Qui esloingne le meschief
      Ains qu'il en viengne a mal chief;
1300 Mais pour bien je le t'anonce,
      Car tu n'aras ja une once
      De s'amour, ne pou ne grain:
      Tel espi n'est pas sans grain.
      Cuides tu qu'a pourveoir
1305 Soit adès bon? a veoir
      Est au regard savoureux
      Qu'il a le cuer amoreux,
      Mais pour passer temps puet estre.
      Tout soit il noble et grant maistre,
1310 Bien vouldroit trouver aucune,
      Car pou sont qui n'aiment qu'une,
      A qui se peüst esbatre,
      S'a ce se pouoit embatre.
      Mais c'est trop grevable peine
1315 A cuer, qui d'amour certaine
      Aime entierement, partie
      Qui en deux lieux est partie
      Ou en pluseurs, et scet bien
      Qu'il n'en a pas tout le bien;
1320 Et mieulx vauldroit, n'est pas gas,
      Amer en un lieu plus bas
      Qu'en si hault n'en si grant pris
      Qu'on soit tenu en despris.
      Ne te souvient il, Marote,
1325 Que ton pere, Jehan Burote,
      Qui est sage homme entre mille,
      N'a pareil en nostre ville,
      A de beaulx rommans assez
      Qui parlent des temps passez.
1330 L'aultrier en un, dessoubz l'orme,
      Lisoit seant sus sa forme;
      Au propos de telz amans
      Raconte cellui rommans,
      Ainsi com je me recorde
1335 Il me semble qu'il recorde
      D'un filz de roy, et m'est vis
      Comme il compte en son devis,
      Qu'on appelloit roy de Troye
      Le pere; avint toutevoye
1340 Que la roÿne un fier songe
      Songa, nel tint a mençonge,
      Quant de cel filz grosse estoit,
      Avis lui fu qu'elle avoit
      Enfanté un grant tyson
1345 Ardent qui la bastison
      De la ville toute ardoit,
      La cité toute perdoit
      Le païs et le regné.
      Le roy, quant l'enfant fut né,
1350 Occire le commanda,
      Mais la roÿne manda
      Qu'a son pastour fust baillié
      Et non de coteaulx taillié,
      Car trop ert bel enfançon.
1355 Si fu nourry en façon
      De filz de bergier ou bois,
      Et quant grant fu, atout oys,
      Cuidoit au pastour filz estre,
      Nés en village champestre.
1360 Si fu bel, gentil et gent
      Et plaisant a toute gent,
      Sur toute autre creature.
      Bien retrait a sa nature,
      Car, tout gardast il berbis
1365 Et mengast lait et pain bis,
      Courtoys fu et avenant,
      Abille et bien souvenant;
      En lui ot gentil bergier;
      En maint boys, en maint vergier
1370 Repairoit berbis paissant.
      Une pucelle en passant
      Vid li gentilz homs naïs,
      La plus belle du paÿs,
      Menant berbis en pasture;
1375 Cent corps et belle faitture
      Ot la pucelle au cler vis,
      Et nommée a mon avis
      Fu par droit nom Senonné,
      Si lui a son cuer donné,
1380 Car trop lui plot son doulz ris.
      Le bergier nommé Paris
      Fu puis, comme on fait entendre,
      Mais lors nommé Alixandre
      Estoit cil gentil pastour,
1385 Si n'y avoit la entour
      Pastourel a lui semblable,
      Tant fust doulz et amiable
      Que Senoné moult l'ama
      Et doulz ami le clama.
1390 Si orent, si com j'entens,
      Les deux amans moult bon temps;
      Un tendis et lit faisoient
      De fueilles vers, ou gisoient
      Braz a braz sans couverture
1395 Fors de branches et verdure,
      N'aultre ne voulsissent mie,
      Paris promist a s'amie
      Qu'a toujours mais l'aimeroit
      Ne jamais ne la lairoit,
1400 Ainçois une grant riviere
      Tourneroit son cours ariere
      Que son cuer fust deposé
      D'elle amer ne reposé.
      Si fist ceste convenance:
1405 En un arbre en souvenance
      L'escript atout le coutel,
      Dont il tailloit maint fretel,
      Et dist que cel arbre et fust
      Tesmoing du convenent fust.
1410 Mais puis autrement avint,
      Car dit lui fu dont il vint
      Et de quel gent estoit né,
      Dont desplut a Senonné,
      Car aussi tost s'en ala,
1415 Plus berbis ne garda la,
      Ains s'en retourna a Troye
      Dont ses parens orent joye,
      Sa pouvre amie oublia
      Qui moult s'en contralia,
1420 Puis ama roÿne Heleyne
      Dont il eut doleur et peine.
      Doncques puez tu bien veoir
      Que chascun veult asseoir
      Son cuer selon son degré,
1425 Car Senonné plus a gré
      Ne vint a cil par nul tour
      Quant sceut qu'il n'estoit pastour,
      Ains yert de royal orine;
      Pour ce amer une roÿne
1430 Voult, dont mal lui ensuivi.
      Et ainsi, je te pleuvi,
      Puez tu veoir et aprendre
      Qu'on se doit a son per prendre
      Qui veult joïr a son vueil
1435 D'amours et avoir moins dueil.
      Or t'ay conseillié, moy semble,
      Loyaument, car, puis qu'ensenble
      Loyalles compaignes sommes,
      Ne devons pour nulles sommes
1440 Souffrir l'une l'autre traire
      A riens qui lui soit contraire,
      S'estre y puet remede mis
      Par nous ou par noz amis.»
      Adonc a celle respons
1445 Qui m'ot tel sermon expons:
      «Lorete, tu dis merveilles
      Qui l'amer me desconseilles
      Pour ce que pastoure simple
      Suis sans atour et sans guimple,
1450 Et dis qu'en moy a nul fuer
      Cellui ne mettroit son cuer
      Pour ce que d'estat pareil
      Ne sommes ne d'appareil,
      Et a Senonné, te semble,
1455 Bien devroye prendre exemple,
      Que Paris tost oublia.
      Tu dis voir, mais il y a
      Aultre livre, il m'en recorde,
      Qui d'Ercules nous recorde,
1460 Qui fu si chevalereux
      Et en armes tant eureux
      Qu'oncques nul ne le passa,
      Tant en armes s'avança,
      Et si ert roy couronné
1465 De grant terre et de regné;
      Mais Amours si le lia
      Et si fort humilia
      Qu'il ne lui desplaisoit mie
      Charpir laine avec s'amie;
1470 Et lui, qui ert de tel pris
      Que les lyons rendoit pris,
      Fut subgiet a une femme
      Qu'il servoit comme sa dame.
      Si n'y a nulle grandeur
1475 En amours quant grant ardeur
      Fait par plaisance soubzmettre
      Le cuer ou il se veult mettre.»
      Ainsi respondis atant
      A Lorete, mais pour tant
1480 Lui dis que ja ne doubtast
      Et son penser en ostast,
      Que ja mon cuer si volage
      Ne seroit qu'il eust folage
      En l'amour ou m'embatoye,
1485 Mais amer, bien le sentoye,
      Le me convendroit sans faille,
      Quel mal que souffrir m'en faille,
      Car mon cuer s'y adonnoit
      Et du tout a lui donnoit,
1490 Voulsisse ou non, et ne peusse
      Pour poyssance que g'y eusse
      M'en oster ja, tant l'amoye;
      Et que trop mieulx l'amour moye
      Me plaisoit a lui donner
1495 Et mon cuer abandonner
      Qu'a nul aultre; posé ore
      Que tant ne m'amast encore
      Comme un autre m'aimeroit
      Qui dame me claimeroit
1500 Souveraine et redoubtée.
      Tant y eux m'amour boutée,
      Si ne m'en blasmast jamais,
      Car trop tart ert dès or mais.
      Et celle me dist qu'atant
1505 S'en deporteroit et tant
      Comme elle pourroit au fort
      Me donroit bon reconfort,
      Car puis qu'une riens fault estre
      N'y a lieu sermon ne maistre.
1510 En tel devis tout le jour
      Nous fusmes et sans sejour
      Ne parlions d'autre matiere
      Ensemble, et se toute entiere
      Une sepmaine en parlasse
1515 Ne me sembloit pas l'espace
      D'une heure, tant me plaisoit
      En parler, si me faisoit
      Resjoïr la souvenance
      De sa doulce contenance.
1520 La tous les jours assemblions
      Et des aultres nous amblions
      Entre nous deux bergieretes
      Parlant de noz amoretes;
      Si repairions la souvent,
1525 Ou fust par pluie ou par vent,
      Nul mal ne nous estoit grief.
      Mais, pour conter plus en brief
      Sans tous les jours raconter
      Qu'Amours nous y feist hanter,
1530 Nous y fusmes celle année
      Mainte heure et mainte journée,
      Et cil souvent y venoit
      A qui bien en souvenoit.
      Si me plut tant sa hantise
1535 Que je l'amay de tel guise
      Que tout mon age y parra.
      Ainsi ou bois repaira
      Celui qui si s'y maintint
      Qu'entre ses laz bien me tint,
1540 Combien que peine mettoie
      A moins l'amer, et doubtoye
      Que mal m'en peüst venir,
      Et se m'en peusse tenir
      Volentiers trop moins l'amasse
1545 Pour n'en souffrir si grant masse
      De doulour pour sienne amour
      Dont j'estoye en grant cremour.
      Pour ce contre Amours disoie
      Ainsi, quant je m'avisoie,
1550 Et m'yert vis qu'en mes clamours
      Ainsi respondoit Amours: