AVANT-PROPOS
Au nombre des feuillets laissés par René Boylesve, il s’en trouve un d’une écriture et d’un papier d’ancienne date, qui porte cette ligne : INDISPENSABLE DE RAMASSER MES IDÉES SUR LE ROMAN ET DE LES PUBLIER.
Est-ce à lui-même qu’il adressait cette recommandation ? Bien que dès sa jeunesse il ait donné à des revues et à des journaux une certaine quantité d’études ou d’impressions, il ne les a jamais recueillies, contrairement à tous les romanciers qui exercèrent une critique subsidiaire en marge de leur œuvre principale. Il s’est borné à publier en librairie des romans et des contes.
Mais si ce n’est point à lui-même que René Boylesve adressait la recommandation, était-ce à ceux qui recueilleraient ses papiers après lui ? Devant sa carence, peut-être due à sa fin prématurée, il devient légitime de le penser, et telle est la raison du volume que l’on procure aujourd’hui.
René Boylesve l’eût procuré sous une forme différente. Il en aurait rejoint et fondu les éléments. Il aurait élagué quelques répétitions, rendues inévitables par la constance de ses vues et par leur éparpillement à travers une durée de vingt-cinq années. Et sans doute aurait-il développé certains points, sur lesquels il n’avait pu s’étendre.
On ne peut, ici, que présenter dans leur état originel, et à peu près dans leur suite chronologique, les divers morceaux où René Boylesve s’est exprimé sur le roman : réponses, méditées et écrites avec quel soin, à des enquêtes, articles ou fragments publiés dans des périodiques, notes de son fichier, lettres personnelles. Et que toutes ses réflexions renferment un commentaire sous-entendu de ses œuvres, ou un tableau idéal de celles qu’il aurait voulu produire, on serait naïf de s’en étonner. N’est-ce pas le cas de tous ceux qui ont disserté de la sorte ?
Le présent recueil ne s’avoue pas complet. Outre d’involontaires omissions, il y en a de contraintes ou de voulues comme les préfaces du Médecin des Dames de Néans, de Madeleine, jeune femme, du Carrosse aux deux Lézards verts, du Pied fourchu, comme la nouvelle Les deux Romanciers, qui est une pièce maîtresse, et comme mainte étude ou mainte note du fichier, qui traitent bien du roman, mais à propos de certains romanciers. C’est un peu en songeant à ces notes-là que l’on fait cet avis liminaire : s’il justifie la publication d’aujourd’hui, il s’étend dès maintenant à des recueils futurs, qui grouperont des réflexions et des études sur des hommes de lettres et sur leurs œuvres.
G. G.
Une dizaine d’entre les pages qui suivent ont paru dans Feuilles tombées, volume à tirage limité, notice de Charles Du Bos ; Paris, Schiffrin, 1926. Elles avaient leur place tout indiquée dans le présent volume.