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Chapter 51: LE MIROIR
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About This Book

A collection of sketches and short stories born from prolonged travel in Islamic North Africa, blending vivid observations of landscape, everyday life, religious practice, and colonial encounters. Through empathetic portraits of local customs, ruined casbahs, cemeteries, and the moral dignity of Muslim communities, the pieces probe cultural misunderstanding, critique colonial attitudes, and reflect on cultural exchange and assimilation. The prose shifts between lyrical description and candid social commentary, conveying both admiration for the region’s resilience and the hardships imposed by changing political and social forces.

LE MIROIR

Le mokhazni Mohammed, de la tribu des Derraga-Cheraga de Géryville, est un grand bédouin souple et fort, aux larges épaules, avec des muscles saillants se dessinant vigoureusement sous la peau bronzée du cou et de la poitrine. Son visage est parfait de beauté mâle, aux traits secs, fermes, virilisés encore par la barbe noire et les épais sourcils arqués ombrant les yeux roux bien fendus et allongés.

Il porte avec une grâce négligente une chemise et une gandoura blanches toujours ouvertes sur la gorge et la poitrine, le long burnous bleu du makhzen et le voile blanc retenu sur le front par des cordelettes fauves enroulées à la diable. D’instinct, sans les chercher, il trouve des attitudes nobles, et, sous sa tenue de pauvre mercenaire du Sud, il a aussi grand air qu’un caïd ou qu’un agha.

Rieur, avec une gaîté audacieuse, une insouciance superbe et des colères terribles qui passent très vite, Mohammed est le boute-en-train et le « goual », le chanteur de mélopées du détachement.

Il est surtout très fier de son adresse à cheval, et, dès qu’il voit devant lui l’espace large et libre d’une plaine, ses yeux s’allument et ses narines fines frémissent, tandis que sa main longue et sèche, qu’aucun travail grossier n’a déformée, tourmente la bride. Pourtant, au repos, Mohammed est très grave, silencieux et ne sourit pas.

Un jour calme d’hiver, dans l’ennui et l’inaction du Ramadhan, j’errais sur la dune basse dominant la vallée pierreuse. Je vis Mohammed assis, le dos contre le mur croulant du vieux bureau arabe. Je m’arrêtai pour ne pas être remarquée, car le mokhazni était occupé à quelque chose de très insolite.

Il avait tiré de sa poche un miroir d’un sou, une petite glace ronde à monture d’étain, et il se contemplait attentivement, sérieusement. Cela dura longtemps ainsi, comme si le bédouin était fasciné par sa propre image. Et cette coquetterie subite cadrait étrangement mal avec la beauté mâle et le grand air sérieux du soldat.

A quoi pensait-il, en se regardant dans son miroir d’écolier ? Que pouvait éprouver son âme fruste, née dans les solitudes vastes, dans la plus rude et la plus primitive des vies, celle des chameliers nomades ?

Mohammed finit par serrer son miroir, puis il croisa les bras, s’étira, et sourit.