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Chapter 9: LE GÉNÉRAL VICTORIEUX
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About This Book

Recueil de textes et de conférences réunissant essais, discours et extraits où l’auteur médite sur la nation, la société, la culture et la religion. Il défend l’idée d’une adhésion libre comme principe d’appartenance politique et récuse les critères ethniques ou linguistiques pour définir une collectivité, célèbre les traits de la vie intellectuelle française et s’interroge sur le rôle du pays en Europe. Plusieurs pièces traitent des conséquences de la guerre et de la mémoire collective, tandis que notes et choix éditoriaux organisent ces fragments pour faire ressortir leurs dimensions politiques, morales et historiques.

LE GÉNÉRAL VICTORIEUX

Le programme de notre compagnie[4] n’est pas une simple culture littéraire, poursuivie pour elle-même, et n’aboutissant qu’à de frivoles jeux à peine supérieurs à ces difficiles enfantillages où se sont perdues les littératures de l’Orient. Ce sont les choses qui sont belles ; les mots n’ont pas de beauté en dehors de la cause noble ou vraie qu’ils servent. Qu’importe que Tyrtée ait eu ou n’ait pas eu de talent ? Il a réussi ; il valut une armée. La Marseillaise, quoi qu’en disent les musiciens et les puristes, est le premier chant des temps modernes puisque à son jour elle entraîna les hommes et les fit vaincre. Le mérite personnel, à cette hauteur, est peu de chose ; tout dépend de la prédestination, ou, si l’on veut, du succès. Il ne sert de rien de dire qu’un général aurait dû gagner une bataille, s’il la perd. Le grand général (et on en peut dire presque autant du grand politique) est celui qui réussit, et non celui qui aurait dû réussir.

[4] L’Académie française.

Les personnes qui, un moment, ont été surprises de votre élection connaissent donc bien peu l’esprit de notre compagnie. Vous avez cultivé le plus difficile des genres, un genre depuis longtemps abandonné parmi nous, la grande action ; vous avez été du petit nombre de ceux qui ont gardé la vieille tradition française de la vie brillante, glorieuse, utile à tous. La politique et la guerre sont de trop hautes applications de l’esprit pour que nous les ayons jamais négligées. Le maréchal de Villars, le maréchal de Belle-Isle, le maréchal de Richelieu, le maréchal de Beauvau n’avaient pas plus de titres littéraires que vous. Ils avaient remporté des victoires. A défaut de ce titre, devenu rare, nous avons pris le maître par excellence en fait de difficulté vaincue, le joueur hardi qui a toujours gagné son pari dans la poursuite du probable, le virtuose qui a pratiqué avec un tel consommé le grand art perdu de la vie. Si Christophe Colomb existait chez nous de nos jours, nous le ferions membre de l’Académie. Quelqu’un qui est bien sûr d’en être, c’est le général qui nous ramènera un jour la victoire. En voilà un que nous ne chicanerons pas sur sa prose, et qui nous paraîtra tout d’abord un sujet fort académique. Comme nous le nommerons par acclamation, sans nous inquiéter de ses écrits ! Oh ! la belle séance que celle où on le recevra ! Comme les places y seront recherchées ! Heureux celui qui la présidera !…

Réponse au discours de M. de Lesseps à l’Académie française. (Discours et Conférences.)