Yves de Tréguier, le grand saint de Bretagne, avocat lui-même, étant le patron des gens de loi, très révéré surtout par les plaideurs, comme en témoignent les sacs aux paperasses de procédure, apportés en ex-voto pour les causes gagnées. Il y a toujours des procureurs et des procès, et plus qu’autrefois, mais la chapelle Saint-Yves a disparu, démolie en 1797.
Rue Saint-Jacques, au-dessous de la Sorbonne, il y a Saint-Benoît le Bientourné, appelé ainsi après un changement dans l’orientation de l’autel; c’est l’église des gens du noble art du Livre, écrivains, grands imprimeurs ou libraires, si nombreux dans son quartier et en nombre considérable enterrés sous ses voûtes; Saint-Benoît a un beau portail du XVᵉ siècle, de beaux pignons de chapelles sur le côté du cimetière. Saint-Benoît le Bientourné eut une fin mouvementée: vendu en 96, rendu au culte par l’acquéreur, puis revendu à un meunier, il fut transformé en salle de spectacle. Ce fut de 1832 à 1845 le théâtre du Panthéon. La vieille église stupéfaite écouta les flonflons du vaudeville et les rires d’un public bruyant entre tous. Mais le théâtre ne réussit pas et Saint-Benoît fut démoli en 1854.
Saint-Hilaire, Saint-Côme, Saint-Étienne des Grès, vendues et rasées aussi à la Révolution, étaient de toutes petites églises. Les églises Saint-Médard et Saint-Nicolas du Chardonnet eurent plus de chance et furent conservées quand tout se transformait autour d’elles.
Que de moines dans ces rues et que de clochettes de couvents répondant aux cloches des églises, Augustins grands et petits, Bernardins, Mathurins, Carmes, Cordeliers, Jacobins, etc. En face de la pointe de la Cité, s’élève en bordure de la Seine le couvent des Grands Augustins dont l’importance est considérable. C’est là que se fit, le 1ᵉʳ janvier 1579, la cérémonie d’institution de l’ordre du Saint-Esprit, par le roi Henri III qui établit aussi aux Grands Augustins la confrérie des Pénitents Blancs; l’ordre du Saint-Esprit garda chez les Augustins une salle des séances décorée des portraits, bustes ou écussons de tous les dignitaires depuis la fondation. L’église, très riche en monuments, possédait entre autres mausolées celui de Philippe de Commines; à la Révolution, on y installa, avant de la démolir, une imprimerie d’assignats.
Les moines Augustins n’étaient point gens commodes et le vieux couvent qui terminait sur la rive gauche la perspective du Pont-Neuf pouvait, comme une place de guerre, inscrire des sièges dans ses annales, aventures héroï-comiques où les Augustins montrèrent l’humeur batailleuse des moines de la Ligue.
En 1588, l’année des barricades, quand Paris est en pleine révolution et que Guisards et Royaux s’entre-tuent par les carrefours, la mutinerie et la forcenerie de la rue gagnent le couvent, les Augustins se battent entre eux à l’occasion d’une élection de dignitaire.
En 1657, peu après la Fronde, comme la vétusté des bâtiments du Châtelet forçait les tribunaux à chercher un asile ailleurs pendant le temps de leur restauration, on voulut louer pour cela des salles aux Augustins. Les moines refusèrent leurs salles et malgré les ordres du roi, les arrêts du parlement, s’obstinèrent si résolument que l’on dut forcer le couvent, manu militari. L’année suivante devait voir bien autre chose, un vrai siège, une brèche, un combat, avec blessures et morts d’hommes.
dit la Discorde dans le Lutrin de Boileau,
La discorde s’était mise dans le couvent, encore à propos d’élections; le parlement dut intervenir et comme ses arrêts restaient lettre morte, envoyer les archers de la ville pour mettre les moines à la raison. Mais ceux-ci, décidés cette fois à soutenir un vrai siège, s’étaient barricadés dans la place, bien garnie de munitions de bouche et de guerre.
Les préparatifs de cette petite guerre passionnaient Paris. «—Je vais voir tuer des Augustins!» disait La Fontaine, qui ne croyait pas si bien dire, en courant au Pont-Neuf assister à la bataille. On se battit réellement et sur la brèche, comme en un vrai siège, les archers ayant fait un trou à la muraille. Les Augustins, bien qu’ayant déjà deux tués et des blessés, s’efforçaient d’empêcher l’escalade; encouragés par le son du tocsin de leur église, quelques-uns se maintinrent sur la brèche, pendant que d’autres couraient chercher le Saint-Sacrement qu’ils mirent en travers de leur mur écroulé. Mais les archers portèrent leurs efforts à côté et cette dernière barricade allait être tournée; c’était la défaite, alors nos Augustins déconfits demandèrent à capituler. Ainsi se termina le siège, le parlement avait ville prise. En punition de leur résistance, il envoya pour quelque temps dans les cachots de la Conciergerie les plus acharnés des combattants, mais peu après Mazarin les délivra et les fit reconduire en triomphe à leur couvent dans les carrosses du roi.
Les Bernardins d’humeur plus paisible ont leur couvent presque à la Tournelle, derrière l’église Saint-Nicolas du Chardonnet; c’est un très grand couvent et en même temps un collège où les moines de Cîteaux viennent «demeurer et étudier tant ès arts libéraux qu’en théologie et decret et y prendre les degrés de maîtres, bacheliers et docteurs». Leur église est grande et belle, quoiqu’une partie de la nef demeure inachevée en encadrant un jardin de ses ogives béantes. Perpendiculairement à l’église un immense édifice superposant réfectoire et dortoir limite avec d’autres bâtiments la grande cour du couvent.
Tout à côté des Bernardins, au-dessus de la place Maubert, les Carmes sont établis depuis Philippe le Bel. Cet ordre originaire des couvents du Mont-Carmel et venu de Palestine avec saint Louis, avait précédemment occupé un couvent sur la rive droite entre les Célestins et un monastère de béguines devenu plus tard l’Ave Maria.
Ils portaient un manteau à bandes alternativement blanches et noires, habillement qui leur fit donner par le peuple de Paris le nom de Barrés, nom resté jusqu’à nos jours à la rue conduisant à leur premier couvent, aujourd’hui rue de l’Ave-Maria.
Le populaire et les écrivains du moyen âge prennent souvent ces Carmes barrés pour cibles de leurs plaisanteries et de leurs fabliaux. Le voisinage des nonnes surtout donne carrière aux satiristes comme Rutebœuf, qui dit nettement:
A la place Maubert les Carmes n’ont pas de voisines. Dulaure, qui appuie si volontiers sur les démérites gros ou menus de tout ce qui porte froc ou soutane, ne voit plus à leur reprocher qu’un penchant à la bonne chère et rappelle certain festin en temps de carême, en 1658, festin troublé sur réquisition du supérieur, par des exempts qui saisirent force pâtés, jambons et bouteilles de vin et pour ce fait conduisirent douze religieux au For l’Évêque.
A l’église des grands Carmes s’appuie un très beau cloître du XIVᵉ siècle, lequel sur un des côtés possède une superbe chaire extérieure accrochée aux arceaux. Entre autres tombeaux de l’église des Carmes, il faut signaler celui du libraire Gilles Corrozet, le premier historiographe de Paris, auteur des Antiquités, Chroniques et Singularités de Paris, un ancêtre que tous les amis de Paris et des monuments parisiens doivent révérer.
Que reste-t-il de ce couvent et du magnifique cloître? Absolument rien! Un marché en tient la place. Les Bernardins, s’ils ont perdu leur église, pourraient, dans le quartier très serré où jadis ils avaient leurs aises, retrouver leur réfectoire et leur dortoir avec des pompiers installés dans leurs lits. La caserne de pompiers de la rue de Poissy est logée dans le magnifique bâtiment à vingt travées d’arcades gothiques soutenues par de puissants contreforts.
Les Mathurins, ordre s’occupant du rachat des captifs, ont leur couvent, très modeste de proportions, près de l’hôtel des abbés de Cluny. Le peuple les aime tant pour le but de leur œuvre d’une si haute charité, que pour leur humilité et les appelle les frères aux ânes, parce qu’on ne les voit jamais sur d’autres montures par les marchés et les routes. Sur l’emplacement de leur couvent s’élève aujourd’hui le théâtre Cluny.
Les Cordeliers sont voisins des Mathurins, ordre important, couvent considérable, grande église. Les frères de Saint-François, reconnaissables à la grosse corde ceignant leur taille, doivent beaucoup à saint Louis qui favorisa leur établissement à Paris sur un terrain appartenant à l’abbaye de Saint-Germain des Prés et leur donna, pour la construction de leur église, une partie de l’amende considérable payée par son vassal, le farouche sire Enguerrand de Coucy, pour le meurtre de trois jeunes gens surpris chassant sur ses terres.
Il faut avouer que les Cordeliers dépassaient encore les Augustins en humeur batailleuse; sans parler de leurs longues querelles avec l’Université qui, en raison de leur collège pour les religieux de leur ordre, les accusait d’empiéter sur ses attributions et prérogatives. Le désordre et l’agitation en permanence dans le couvent, les batailles que se livrèrent entre eux les frères de Saint-François pour divers motifs, leur insubordination perpétuelle, amenèrent même des conflits avec les représentants du Saint-Siège.
Au point de vue pittoresque, la façon dont ils en usèrent avec les Évêques envoyés en 1501 par le légat du pape, pour refréner les abus et réformer les mœurs du couvent, mérite d’être rapportée. Réunis dans leur église, les Cordeliers attendirent de pied ferme les deux Évêques chargés des foudres pontificales; dès qu’ils entrèrent, accueillis par un silence glacial, et parurent vouloir prendre la parole, une moitié des Cordeliers entonna soudain une hymne à plein gosier et, l’hymne achevée, l’autre moitié des frères commença un autre cantique, puis un troisième et successivement de nombreux autres, pendant des heures, sans laisser entre leurs chants le plus petit intervalle permettant aux Évêques de glisser leur admonestation.
Les Évêques eurent beau élever la voix, rien n’y fit, leurs objurgations, leurs protestations étant étouffées sous les cantiques chantés à perdre haleine. Ils durent enfin se retirer, laissant la victoire aux Cordeliers. Grand scandale, notable émotion dans toute la ville cléricale. Après s’être concertés avec les autorités temporelles, les Évêques revinrent le lendemain, non plus seuls, mais avec le Prévôt de Paris, des procureurs et de nombreux sergents. Usant de la même tactique, les Cordeliers reprirent aussitôt les chants de la veille; mais cette fois les magistrats, voyant toutes les sommations inutiles, firent avancer les archers et force fut aux Cordeliers houspillés de se taire.
Les novices des Cordeliers, turbulents tout autant que des écoliers laïques
se mutinèrent plus d’une fois, ainsi que des lycéens de nos jours, et comme c’était le siècle des Barricades, ils soulevaient volontiers les pavés de leurs préaux. Quand le désordre se mettait dans le couvent, ils étaient, bien entendu, au premier rang, heureux des occasions de tumulte. De quoi ne les accusait-on pas d’ailleurs! Ils étaient fortement soupçonnés de cacher dans leurs rangs des novices du sexe qui ne doit point fournir de moines. Le fait est qu’on découvrit quelquefois des femmes parmi eux. L’Étoile dans son journal cite ainsi un certain frère Antoine dont le froc couvrait une femme jeune et jolie; quand on s’aperçut de la fraude, après quelque temps, au grand chagrin des novices, la demoiselle fut emprisonnée et punie avec grande rigueur.
La très vaste église des Cordeliers brûla en 1580; on ne connut pas au juste la cause de l’accident; on accusa des novices, soupçonnés au moins d’imprudence, tandis que les Cordeliers mettaient le malheur sur le compte des protestants. Henri III, qui tenait leur couvent en faveur particulière, fournit une grande partie des fonds nécessaires à la reconstruction. Aux Cordeliers s’assemblait le chapitre de l’ordre de Saint-Michel créé par Louis XI en 1469 en l’honneur du premier chevalier qui, pour la querelle de Dieu, «batailla contre l’ancien ennemi de l’humain lignage et le fit trébucher du ciel».
Il n’y avait plus, lorsque survint la Révolution, que soixante religieux dans les immenses bâtiments déclarés propriété nationale, et bientôt la grande salle de théologie, qui servait d’école aux jeunes religieux, devint le local du fameux club des Cordeliers fondé par Camille Desmoulins. Les âmes des fougueux Cordeliers de la Ligue, de ces novices belliqueux qui faisaient l’exercice sous les galeries du cloître avec la pique et l’arquebuse, durent violemment tressaillir quand les échos du vieux couvent retentirent des motions enflammées des orateurs ou des violentes querelles des patriotes du club.
Camille Desmoulins, Danton, Marat étaient des voisins, habitant tous trois la rue voisine. Marat, lorsque le couteau de Charlotte Corday eut interrompu violemment son insatiable fringale de sang, fut, en sortant de la baignoire rouge, apporté aux Cordeliers, exposé dans la grande cour à côté de la baignoire au milieu des lamentations de la populace, des furieuses déclamations et des cris de vengeance, sanglante apothéose de «l’Ami du Peuple». Un tombeau bientôt s’éleva en son honneur dans cette cour du couvent, un mausolée avec des arbres poétiquement penchés au-dessus d’une urne funéraire.
Autre souvenir révolutionnaire des Cordeliers: le bataillon des fédérés marseillais, venu à Paris pour collaborer au 10 août, fut logé dans ce vieux couvent, caserne de la Ligue transformée en caserne révolutionnaire. Quel tapage sous les galeries, avec les allées et venues des meneurs de la Commune, les visites et fraternisations des sectionnaires.
En témoignage de l’importance de ces Cordeliers, il reste encore le grand bâtiment du réfectoire, comble majestueux qu’on aperçoit au-dessus des toits, large pignon flanqué d’une très belle tourelle d’escalier. Cette grande salle est le musée médical Dupuytren. De tout le reste, néant. La clinique de l’école de Médecine en occupe en partie l’emplacement.
Le mur de Philippe-Auguste, dont la rue Monsieur-le-Prince représente le fossé, avait, pendant des siècles, borné ici la ville; il longeait le jardin des Cordeliers et touchait peu après à la porte Saint-Michel. Entre cette porte et la porte Saint-Jacques un autre grand couvent s’appuyait à la muraille. C’était le couvent des Jacobins.
Ce ne sont pas ces Jacobins qui ont donné leur nom au club rival du club des Cordeliers, ceux-là sont les Jacobins de la rue Saint-Honoré, établis seulement sous Louis XIII. Leur couvent n’avait rien de bien remarquable, mais l’église renfermait quelques beaux tombeaux du XVIIᵉ siècle.
Le grand couvent de la rue Saint-Jacques formait encore à la fin du siècle dernier un ensemble de bâtiments des plus pittoresques, remplacés aujourd’hui par les cubes bien nets des blocs de maisons entre les rues Soufflot et Cujas. Dans la très vaste église les siècles avaient accumulé un nombre considérable de monuments; tout le long de la nef c’était une magnifique rangée de rois, princes du sang, princesses, chevaliers, dames, dormant les mains jointes, couchés sur leur dalle.
La porte du couvent sur la rue Saint-Jacques était fort belle, décorée d’une statuette de la Vierge entre celles de saint Dominique et d’un autre docteur de l’ordre, sous une gracieuse arcature. Elle survécut quelque temps à la destruction des édifices conventuels, ainsi que le bâtiment dit de l’École Saint-Thomas, construit au XVIᵉ siècle pour servir de salle d’exercice aux prédicateurs. Cette vaste salle où se voyaient les statues des grands orateurs religieux, entre autres saint Thomas d’Aquin de qui elle tirait son nom, ne disparut qu’en 1850, après avoir servi quelque temps d’École communale.
Au moyen âge, nos Jacobins, les frères prêcheurs de Saint-Dominique, ne se montrèrent pas moins indisciplinés et dissolus que les Cordeliers. Lorsqu’on voulut en 1501 apporter une réforme aux mœurs du couvent, ainsi qu’il avait été fait chez les voisins, il en résulta aussi quelques troubles graves. Chassés de leur demeure, les Jacobins, pour y rentrer, vinrent l’assiéger avec l’aide de douze cents écoliers armés, forcèrent les portes et battirent rudement ceux qu’ils trouvèrent dans la place.
Au temps de la Ligue, le couvent fournit les plus farouches de ces prédicateurs enragés qui surexcitaient les colères politico-religieuses. La foule aux grands jours remplissait les cours du couvent et les fanatiques Jacobins prêchaient en plein air avec la verve populacière des moines de ce temps, accablant le roi Henri III, cet Hérode, et avec lui tous les ennemis de la Ligue, des injures les plus violentes, appelant les bénédictions du Ciel sur messieurs de Guise, sauveurs de la religion, et sur les braves Seize, chefs de Paris insurgé.
C’est de là que sortit fanatisé le petit frère Jacques Clément, pour s’en aller poignarder Henri III en son camp à Saint-Cloud, meurtre que le lendemain la duchesse de Montpensier, triomphante, accourait annoncer elle-même au peuple en l’église des Cordeliers, du haut des marches du grand autel.
Le réfectoire des Jacobins, perpendiculaire au rempart, avait pour annexe un vieux bâtiment carré qui formait en dehors de l’enceinte aux tours rondes une encoche singulière, quelque chose comme une grosse tour carrée soutenue par des contreforts et crénelée comme la muraille. C’était un ancien parloir aux bourgeois donné au couvent par Louis XII. Ce bâtiment, saillant sur les dehors et assez fort pour avoir été conservé lors de la construction de l’enceinte, avait été auparavant, dit-on, le manoir des seigneurs de Hautefeuille, domaine seigneurial absorbé par la ville grandissante; il a dans tous les cas survécu longtemps à l’enceinte et même au couvent et n’a disparu que de nos jours, avec des débris de l’enceinte de Philippe-Auguste et une tour cylindrique voisine.
Paris a sa chartreuse aussi; succursale de la Grande Chartreuse de Grenoble. Des moines de Saint-Bruno, appelés par saint Louis, se sont créé une Thébaïde hors de la porte Saint-Michel, au pied de la montagne Sainte-Geneviève, sur les terrains qui formeront plus tard une partie du jardin du Luxembourg, toute la partie sud après le grand bassin jusqu’à l’Observatoire.
Dans ces parages mal fréquentés, presque déserts, s’était élevé un château de plaisance du roi Robert, le manoir de Vauvert. Abandonné ensuite et tombé à l’état de ruines, le manoir de Vauvert devint un refuge de malandrins et de coupeurs de bourses, lesquels, pour chasser tout visiteur indiscret, lui firent une réputation de lieu terrible, hanté par des gnomes et gobelins malfaisants. On racontait mille horreurs de ce vilain endroit, repaire d’un grand magicien cornu, à pieds fourchus, au corps enveloppé dans une immense barbe verte, vivant entouré de démons aussi hideux que lui.
Il fallait du courage pour aller au «grand diable Vauvert»; les Chartreux n’en manquaient pas sans doute, car ils occupèrent la ruine hantée et la purifièrent. Le diable vert, seigneur châtelain de Vauvert, se laissa expulser. Saint Louis fit construire une grande église, par son architecte, Eudes de Montreuil, les Chartreux édifièrent sur les quatre côtés d’un immense carré une série de petites maisonnettes où ils vécurent solitaires, chacun reclus dans sa cellule, cultivant son petit jardin et ne rencontrant ses frères qu’aux offices et le dimanche au grand réfectoire.
Dans le vaste carré rien qu’un bâtiment au milieu abritant une pompe, et partout des croix disséminées. C’est le cimetière des pères chartreux; leur vie s’écoule entre leur cellule et leur fosse, car ils ne quittent jamais l’enceinte intérieure du couvent. Autour de cette enceinte, prison de ces moines qui vivent si pauvrement des légumes qu’ils ont fait pousser, est un enclos immense cultivé par les frères non profès. Le couvent est devenu très riche par des dons successifs, et s’est agrandi de nombreux bâtiments pour les hôtes, d’un cloître sous les arceaux duquel Eustache Le Sueur, au XVIIᵉ siècle, peindra la vie de saint Bruno, ces tableaux d’un sentiment religieux si intense qui sont maintenant au Louvre.
Un très beau bâtiment du XVᵉ siècle sert de portique à la deuxième enceinte, il est divisé en cinq arcades dont les piliers supportent des statues sous des dais très fouillés; au-dessus de l’arcade centrale, dans un champ semé de fleurs de lys, est une statue de la Vierge à laquelle saint Louis dans une niche voisine présente cinq Chartreux agenouillés.
Avec quelle rapidité tout se transforme! Cent ans à peine ont passé depuis qu’ont été dispersés les solitaires de cette Thébaïde enveloppée peu à peu par la ville; église et couvent furent démolis à la Révolution, leur immense enclos vint s’ajouter au jardin de Marie de Médicis, et maintenant les ombrages du Luxembourg agrandi couvrent la place où ils vécurent six siècles dans le silence et la prière, et la rue Auguste-Comte, philosophe positiviste, traverse le grand préau où ils creusaient leurs tombes.
II
FONDATION DE SAINTE-CATHERINE
PAR LES SERGENTS D’ARMES DE
BOUVINES
L’enclos féodal du prieuré de Saint-Martin des Champs.—Le réfectoire et la chaire du lecteur.—Abbés trop gras et moines trop mal nourris.—Les procès de l’Épée.—Duels judiciaires dans la lice du prieuré.—Carrouges et Le Gris.—Les Célestins.—L’église. Musée de grands tombeaux seigneuriaux.—Les serfs de la Vierge Marie.—Aux Carmes Billettes, le dernier cloître gothique de Paris.—Le cadavre d’Étienne Marcel à Sainte-Catherine du Val des Écoliers.—L’abbaye de Saint-Antoine.—Pécheresses repenties.—Fondations hospitalières.—Les Haudriettes.—Les confrères de la Trinité et les origines du théâtre.—Les Quinze-Vingts.—Frères cordonniers et frères tailleurs.
L’AUTRE côté de la Seine, la partie de Paris appelée la Ville, n’a point autant de couvents et d’abbayes que cet extraordinaire quartier de l’Université, Monacopolis autant que ville des études. L’établissement monacal le plus important est le prieuré de Saint-Martin des Champs, bâti en dehors de la ville de Philippe-Auguste et plus tard compris dans l’enceinte quand, au temps d’Étienne Marcel, on enferma dans une nouvelle muraille tous les faubourgs du nord.
Le prieuré de Saint-Martin des Champs, c’est comme Saint-Germain une petite ville forte enfermée dans sa ceinture crénelée, et son prieur est également très haut et très puissant seigneur, suzerain de bon nombre d’autres prieurés, de nombreuses cures, vicairies et chapellenies, et possédant haute et basse justice sur son territoire. Une abbaye de Saint-Martin avait existé dès le règne de Dagobert, à proximité d’un champ de foire, dit aussi de Saint-Martin, et qui devait se trouver sur l’emplacement du boulevard actuel. Les Normands avaient fait de cette abbaye un monceau de ruines. Ce fut le roi Henri Iᵉʳ en 1060 qui songea à faire renaître un nouveau monastère des décombres envahis par la végétation de deux siècles.
Malgré l’importance et la richesse de la fondation nouvelle, ce ne fut qu’un grand prieuré relevant de l’abbaye de Cluny. Une enceinte formant un immense carré, avec grosses tours aux quatre angles et une vingtaine de tourelles en encorbellement sur des contreforts de distance en distance, enveloppe un jardin considérable, des bâtiments nombreux et les édifices conventuels massés dans l’angle sud-ouest du carré.
L’église est une grande nef sans bas côtés ni transept, rebâtie au XIIIᵉ siècle, mais le chœur irrégulier avec sa petite chapelle absidale en forme de trèfle a un siècle de plus et date du moment où l’architecture semble hésiter encore entre le plein cintre et l’ogive[A].
Le portail, sans ornements, est un grand pignon à contreforts accosté d’une tourelle. Sur le côté sud du chœur s’élève un gros clocher à ouvertures romanes, probablement de la fondation du prieuré au XIᵉ siècle. Parallèlement à l’église s’étend un deuxième bâtiment moins haut et moins long, c’est le réfectoire des moines dont on attribue la construction à Pierre de Montereau, l’architecte de la Sainte-Chapelle. Merveille d’élégance à l’intérieur, ce réfectoire est partagé en deux nefs aux belles voûtes portées par une épine de colonnes, d’une prodigieuse légèreté. En ce petit chef-d’œuvre de l’art du XIIIᵉ siècle, quand les moines viennent prendre leur repas, l’un d’eux monte faire une lecture pieuse, assis dans une tribune suspendue à la muraille. Cette chaire du lecteur, annexe gracieuse de l’édifice, s’accuse à l’extérieur par une saillie entre deux contreforts; à l’intérieur un escalier, ajouré sur la grande salle par de hautes lancettes trilobées, fait accéder au balcon de pierre de cette chaire, porté par un encorbellement revêtu de feuillages sculptés. Un cloître vaste et superbe orné de statues de rois, une belle chapelle de la Vierge dans le style de la Sainte-Chapelle, une salle pour le Chapitre, une tour des Archives et de grands bâtiments consacrés au logement du prieur, des dignitaires et des moines, complètent l’ensemble du monastère.
M. Hippolyte Cocheris, le continuateur de l’abbé Le Bœuf, a trouvé dans un manuscrit des Archives, registre écrit en 1340 par le prieur Bertrand de Pibrac, de très curieux détails sur l’organisation intérieure du prieuré, qui comportait en son temps cinquante moines et des dignitaires, assistés d’un nombre considérable d’officiers divers et de subalternes religieux ou laïques. Le registre Bertrand énumère les droits et attributions de chacun en commençant par le prieur:
«Nous avons dans tout notre territoire de Saint-Martin, tant à Paris que dans les faubourgs et les villages touchant à la ville de Paris où sont trente mille feux environ, toute justice haute, moyenne et basse, pour laquelle juridiction tant au civil qu’au criminel, nous instituons un camérier, un maire, un tabellion et des sergents. Et il est appelé de l’audience desdits camériers et maire à notre assise, pour corriger le jugement, et du jugement de ladite assise au prévôt de Paris et de celui-ci au Parlement. Il est délivré par nous ou par le maire en notre nom toutes mesures des grains et des vins sur tout le territoire désigné ci-dessus... Il nous est permis de confisquer tous les biens meubles et immeubles de nos sujets et serviteurs qui conspirent ou machinent contre notre personne... item, nous percevons droits sur les amendes, défauts, épaves et forfaitures... item, tous ceux qui vendent du vin doivent chaque année apporter leur mesure à Saint-Martin devant notre maire et faire vérifier ces mesures sur l’étalon,... etc.»
Le registre détaille aussi les droits et devoirs des différents dignitaires et fonctionnaires, depuis les plus importants jusqu’aux plus petits employés, et particulièrement ceux de l’hôtelier et du cellerier, chargés de tout ce qui concerne la nourriture des moines—laquelle varie selon les jours fériés ou non fériés, gras ou maigres, et selon la qualité des convives depuis les sacristains, infirmiers, grainetiers, avocats, tabellions, procureurs, médecins, etc...
Ce précieux registre contient les détails les plus circonstanciés et les plus minutieux sur la vie à l’abbaye, sur le régime de la maison et l’ordonnance des repas. Sage administrateur, le prieur fixe une moyenne de dépenses en supposant l’existence d’une cinquantaine de moines à Saint-Martin; il compte la quantité de muids de blé nécessaire, la provision de vin, le nombre de fromages, les consommations diverses, les œufs à 1,700 par semaine de Noël à Pâques, les harengs pendant le Carême à 1,250 par semaine.
On mangeait beaucoup de harengs à Saint-Martin. Cependant les officiers importants ne se privaient pas de se laisser aller quelquefois au péché de gourmandise. M. Cocheris a trouvé ailleurs le menu d’un dîner offert par le sacristain de Saint-Martin, le 4 octobre 1430, et qui se composait, pour cinq convives, de deux perdrix, un faisan, quatre pigeons, un lièvre, une poitrine de veau, carpe, brochet, anguille, raisins, poires, trois chopines d’hypocras, huit quartes de vin, plus différentes petites choses.
Si les fonctionnaires faisaient bonne chère au XVᵉ siècle, les simples moines n’étaient pas aussi heureux, car ils furent plusieurs fois réduits à intenter des procès à leurs prieurs pour obtenir une nourriture suffisante, ainsi que des réparations à leurs logements délabrés. Les réformes introduites par l’abbé de Cluny ou par le Parlement saisis de ces plaintes, amenaient pour quelque temps une amélioration, puis le mal revenait peu à peu, les fonctionnaires et les moines se remettaient, au mépris de la règle, à vivre à part, largement ou chichement.
Le mal, ici comme en bien d’autres monastères, c’était l’égoïsme des abbés, bergers s’inquiétant fort peu de leur troupeau, seigneurs hautains vivant en leur palais abbatial comme un seigneur temporel en son château et considérant leur abbaye comme une terre de rapport. Le régime de la commende ne pouvait qu’ajouter au mal, la richesse du bénéfice était un danger puisque cette richesse le faisait plus rechercher des hommes de cour. Et Saint-Martin des Champs était très riche, son prieur titulaire, souvent pourvu ailleurs encore, touchait de grosses sommes, tandis que les simples moines avaient mal à vivre, réduits à une misère relative et mal logés dans des bâtiments non entretenus. Certaines estampes du XVIIᵉ siècle en font foi, qui nous montrent Saint-Martin avec presque un aspect de ruine.
Le prieur de Saint-Martin eut jusqu’à la Révolution sous sa dépendance vingt prieurés dans les diocèses de Paris, Meaux, Senlis, Noyon, Beauvais, Chartres, etc...; il nommait à dix cures, vicairies ou chapellenies de Paris et à soixante-sept autres en différents diocèses. En 1790, il n’y avait plus que dix-neuf religieux au prieuré et le revenu s’élevait à 180,000 livres. Parmi les prieurs commendataires, cardinaux ou gens de cour, on compte le cardinal Richelieu qui l’ajouta en 1633 à ses autres nombreux bénéfices.
Saint-Martin sur la rive droite, avait, comme Saint-Germain des Prés de l’autre côté de la Seine, l’aspect d’un bourg féodal et garda longtemps cette apparence, même quand Paris, débordant toujours, eut enveloppé tout à fait ses murailles crénelées, les noyant dans les maisons. A l’époque où, par une aberration incroyable, l’architecture ogivale si purement nationale se trouvait tout à fait incomprise et méprisée, où les œuvres de notre glorieuse architecture du XIIIᵉ siècle étaient considérées comme des travaux de barbares sans goût, sous Louis XIV, les abbayes riches s’efforçaient de se mettre à la mode du jour, et de renverser leurs cloîtres gothiques pour les remplacer par de froids préaux gréco-romains. Ce fut un temps de transformations à jamais regrettables, Saint-Martin
y perdit son vieux cloître qui, paraît-il, était une merveille. Les autres bâtiments, sauf l’église et le réfectoire, furent reconstruits et sur l’emplacement de la muraille crénelée, le long des rues Saint-Martin et du Vert-Bois, les moines élevèrent des maisons à loyer aussitôt occupées.
Une des plus singulières coutumes du moyen âge, c’est le duel judiciaire, ce vieux reste de barbarie ancienne qui a persisté si longtemps.
Cette étrange manière de plaider et de décider de quel côté étaient le droit et la raison dans les causes difficiles, était établie et réglementée dans certaines seigneuries et pour certains cas. A Paris le chapitre de Notre-Dame eut, dit-on, le droit de faire régler certains différends entre ses sujets «à coups de bâton» devant la maison de l’archidiacre. L’abbé de Saint-Germain des Prés et le prieur de Saint-Martin avaient sur leur territoire un champ clos spécial pour les «Procès de l’Épée», c’est-à-dire pour les combats, à outrance ou autrement, soit entre les parties directement en cause, soit entre champions appointés représentant des plaideurs non disposés à risquer leur vie ou des plaideurs empêchés, c’est-à-dire des vieillards, femmes ou enfants.
Ces combats avaient lieu en présence des autorités laïques ou ecclésiastiques, sous les yeux d’un public entassé derrière des barrières. Parfois pour les grandes causes l’appareil était plus solennel, le roi, les princes prenaient place dans les tribunes bordant la lice. Les règles de cette étrange procédure étaient compliquées; il y avait, pour nécessiter des façons de procéder particulières, tant de cas divers, qu’il s’agît de contestations, de litiges ou bien d’accusations, de crimes à prouver ou d’innocence à défendre. Les combats, qui se terminaient souvent par une amende pour le vaincu quand l’affaire n’était pas capitale, pouvaient dans les cas graves se poursuivre à outrance jusqu’à la mort d’un des tenants ou se terminer par le supplice du vaincu accroché bientôt au gibet voisin.
Dans la lice de Saint-Martin des Champs, le 29 décembre 1386, se régla l’affaire Carrouges et Le Gris, qui passionnait l’époque. La dame de Carrouges accusait d’un attentat sur sa personne un écuyer nommé Jacques Le Gris qui niait avec opiniâtreté. La cour du Parlement, embarrassée par les accusations sans preuves de la dame de Carrouges et par les dénégations énergiques de Le Gris, ordonna le combat à outrance entre l’accusé et le mari de l’accusatrice dans les lices de Saint-Martin.
Une dernière fois avant le combat la dame de Carrouges fut interrogée.
—Dame, fit le chevalier, je vais exposer ma vie et combattre Jacques Le Gris, ma cause est-elle juste et loyale?
—Il en est ainsi, répondit la dame, combattez sûrement, la cause est bonne!
Carrouges embrassa sa femme et entra dans la lice.
L’écuyer avait également ferme contenance et regard assuré, lui aussi prétendait combattre pour juste cause. Le premier choc entre les deux adversaires eut lieu à cheval; puis, aucun des champions n’ayant obtenu un avantage marqué, ils s’abordèrent à pied. Le chevalier de Carrouges reçut une grave blessure à la cuisse, mais ne tomba pas et se rejeta avec rage sur son ennemi. Jacques Le Gris, pour son malheur, fit un faux pas et roula sur le sol; Carrouges fut aussitôt sur lui et, la pointe de l’épée à la gorge, s’efforça de lui faire avouer son crime. Le Gris vaincu n’avait plus qu’à mourir, par la potence s’il avouait, par le fer s’il persistait à nier. Il protesta énergiquement de son innocence et l’épée de Carrouges s’enfonça.
Le cadavre du vaincu considéré comme coupable accroché au gibet de l’abbé, Carrouges indemnisé de sa blessure par les biens de son adversaire confisqués, on pouvait croire l’affaire terminée, lorsque tout à coup éclata l’innocence du malheureux Le Gris. Le véritable coupable avouait son crime. C’était un sosie de Le Gris, un écuyer aussi, pris pour d’autres méfaits. La dame de Carrouges avait pu se tromper à la ressemblance; désespérée de l’erreur commise, elle se jeta dans un cloître et son mari disparut, entré, pensa-t-on, dans l’un des ordres militaires qui combattaient l’infidèle en Terre Sainte.
L’échelle patibulaire du prieur de Saint-Martin se dressait à l’angle de la muraille au coin de la rue au Maire actuelle, elle y était encore sous Louis XV, en signe de juridiction simplement, la haute justice étant passée au roi. Une nuit des jeunes gens en joie, sortant de souper trop copieusement, s’amusèrent à y mettre le feu. La potence flamba, mais le prieur la releva encore pour affirmer ses droits.
Le prieuré de Saint-Martin eut meilleur destin que les abbayes de la rive gauche, le vaste ensemble de bâtiments avoisinant les deux grandes nefs aux sévères pignons nous a été conservé; des modifications considérables ont été ajoutées à celles entreprises à la fin du règne de Louis XIV et la demeure des moines est devenue, avec des transformations notables, le Conservatoire des Arts et Métiers.
Affecté à la bibliothèque du Conservatoire le réfectoire de Pierre de Montereau est intact, l’église a subi des avaries, mais demeure aussi; elle servait encore récemment de galerie des Machines au grand dommage de la construction ébranlée par les trépidations; elle a perdu son clocher roman dont il reste la souche dépassant à peine les toits des petites maisons de la rue de Réaumur. Son portail ruiné a été restauré de nos jours avec des modifications par M. Vaudoyer.
Une portion de l’enceinte n’a pas été démolie au siècle dernier, elle existe toujours, englobée dans les constructions au fond des cours des maisons de la rue du Vertbois, avec une des petites tourelles encorbellées sur contreforts. La grosse tour à l’angle de l’enceinte, la tour du Vertbois, a été restaurée en 1882 par les soins de l’État «suivant le vœu des antiquaires parisiens», dit une inscription encastrée dans la fontaine du Vertbois érigée en 1712 et restaurée en même temps. Cette tour faisait partie de la prison du prieuré; quand Saint-Martin perdit sa justice, la prison devint jusqu’en 1785 maison d’arrêt pour les femmes de mauvaise vie. Il y avait sous le flanc sud de l’église dans l’enclos et tout près de la grosse tour, une chapelle Saint-Michel, tout petit édifice construit par la famille Arrodes, des bourgeois de Paris du XIIᵉ siècle, seigneurs de Chaillot, pour recevoir leurs sépultures. Cette chapelle intéressante et remplie de tombes a été démolie depuis la Révolution. Un débris de la petite chapelle, rue de Réaumur, subsiste encore transformée en maison, au pied de la vieille tour, avec un atelier de réparations de machines à coudre sous sa voûte ogivale.
Touchant à l’angle sud-ouest de l’enclos Saint-Martin s’élève l’église Saint-Nicolas des Champs, paroisse ancienne née d’une simple chapelle dépendant de Saint-Martin; reconstruite aux XVᵉ et XVIᵉ siècles, la façade est pittoresque avec ses pignons et sa tour. Le mouvement de la Renaissance battait son plein quand on agrandit l’église, aussi piliers gothiques et colonnes grecques se mélangent dans la vaste nef à doubles collatéraux aboutissant à un frontispice d’autel corinthien. Sur le flanc méridional enveloppé de maisons, on a ouvert, sous Henri III, un petit portail fort élégamment décoré, avec pilastres et fronton à figures d’anges, et de beaux vantaux de bois sculpté.
Parmi les principaux couvents éparpillés dans ce Paris bruyant et animé de la rive droite, il faut mettre au premier rang les Célestins, établis sur l’emplacement précédemment occupé par les Carmes. Ces religieux, venant d’un monastère de la forêt de Compiègne, obtinrent la faveur de Charles V, leur voisin de l’hôtel Saint-Paul, et des grands personnages de la cour. Sur la berge de la Seine devant le port Saint-Paul, entre le grand Hôtel Royal et l’Arsenal, Charles V leur fit construire une église dont il posa la première pierre en 1335 et le couvent s’enrichit et s’embellit bien vite par les donations royales et princières.
M. de Guilhermy, parlant des couvents secondaires qui s’établissaient partout