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Paris tel qu'il est

Chapter 8: UNE RÉVOLUTION POUR LES FEMMES
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About This Book

A collection of short, witty sketches and feuilletons that observe metropolitan life through anecdotes, social incident, and theatrical notice. The pieces mix light satire and irony to expose everyday absurdities—misdirected telegrams, domestic misunderstandings, fashionable society talk, and dramatic premieres—while shifting between comic narrative and pointed commentary. Each item functions as a self-contained vignette, offering brisk portraits of manners, institutions, and public life that together form a mosaic of urban behaviors and petty follies.

Un frémissement de colère vient de parcourir le monde féminin; une révolution terrible se prépare, et deux camps sont déjà formés et prêts à combattre.

Dans le premier, on veut le statu quo.

Dans le second, on veut quitter le sentier battu.

Question de chiffon, vous l'avez deviné.

Le clan révolutionnaire n'y va pas de main morte; il veut tout renverser. Ne lui parlez ni de transaction ni d'essai loyal, ce serait peine inutile.

Voici son programme:

Art. 1er

La robe à plis est et demeure abolie.

Art. 2

Les jupons plus ou moins bouffants sont à jamais supprimés et ne pourront être rétablis.

Art. 3

Les tuniques, tournure et autres ornements plus ou moins gracieux seront expédiés en province et ne pourront pénétrer dans Paris que dans les circonstances exceptionnelles.

Art. 4

M. Eugène Chapus, ministre de l'élégance, est chargé de présenter le nouveau projet de soie destiné à charmer l'avenir.

Le spirituel rédacteur du Sport ne s'est pas fait prier.

Après avoir pris l'avis des faiseurs les plus en renom, il a présenté le projet suivant, qui a été adopté à l'unanimité:

«La robe classique a cessé d'exister.

Elle est remplacée par un fourreau très étroit, garni en rond d'une façon uniforme, mais dont les ornements seront très variés.

Corsage corselet, très ajusté sur les hanches, formant pointe devant et boutonné du haut en bas, à moins qu'il ne soit garni du col gilet.

La cloche n'admet ni tunique, ni double jupe, ni tablier. C'est une robe courte. Elle a des volants au bas, et la partie supérieure de la jupe est tantôt lisse, tantôt coulissée, ce qui est d'un très joli effet. Son complément est dans le vêtement, c'est-à-dire une écharpe souple, soit en cachemire brodé, soit en crêpe de Chine, soit en dentelles, qui se croise sur la poitrine en couvrant les épaules, et se noue opulemment derrière; ce nœud vient orner la jupe et l'accompagne fort gracieusement.

A défaut de l'écharpe, qui demande, comme on sait, une taille et des allures d'une grâce particulière, on pourra porter sur la robe-cloche de petits mantelets en étoffe brodée. On peut réellement dire que cette nouveauté échappe à la description, par la raison qu'elle se compose de fins détails dont le charme est surtout dans leur agencement.

La toilette dont elle fait partie s'accompagne d'un chapeau très orné de fleurs; plus que jamais, au surplus, les fleurs sont bien portées.»

Faudrait voir ça tout fait, comme disent les braves gens de la campagne en choisissant des étoffes pour les toilettes du dimanche; mais c'est égal, au premier abord, ça paraît être monstrueusement ridicule pour avoir beaucoup de succès.

Si la mode en a décidé ainsi, il faudra bien en passer par là. Les entêtées crieront bien un peu, elles protesteront, et enfin, quand tout le monde portera des fourreaux, elles en commanderont à leurs couturières; il sera trop tard, elles n'auront pas le temps de les user.