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Paroles d'un croyant, 1833 cover

Paroles d'un croyant, 1833

Chapter 12: XI
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About This Book

A collection of hortatory, prophetic addresses that blend Christian theology, apocalyptic vision, and social critique. The speaker frames imminent spiritual upheaval with vivid imagery—storm, darkness, rising peoples—and interprets contemporary disorder as both divine chastisement and prelude to renewal. Passages contrast a corrupt, fear-driven rule with a future reign of God, denounce kings and privileges for opposing brotherly love, and urge popular unity, moral awakening, and the primacy of the Spirit. Recurrent motifs include the cross, the serpent, and the promise of a second creation, while calls for charity and liberation link spiritual regeneration to social transformation.

XI

Lorsqu’un de vous souffre une injustice, lorsque, dans sa route à travers le monde, l’oppresseur le renverse, et met le pied sur lui ; s’il se plaint, nul ne l’entend.

Le cri du pauvre monte jusqu’à Dieu, mais il n’arrive pas à l’oreille de l’homme.

Et je me suis demandé : D’où vient ce mal ? Est-ce que celui qui a créé le pauvre comme le riche, le foible comme le puissant, auroit voulu ôter aux uns toute crainte dans leurs iniquités, aux autres toute espérance dans leur misère ?

Et j’ai vu que c’étoit là une pensée horrible, un blasphême contre Dieu.

Parce que chacun de vous n’aime que soi, parce qu’il se sépare de ses frères, parce qu’il est seul et veut être seul, sa plainte n’est point entendue.

Au printemps, lorsque tout se ranime, il sort de l’herbe un bruit qui s’élève comme un long murmure.

Ce bruit, formé de tant de bruits qu’on ne les pourroit compter, est la voix d’un nombre innombrable de pauvres petites créatures imperceptibles.

Seule, aucune d’elles ne seroit entendue : toutes ensemble, elles se font entendre.

Vous êtes aussi cachés sous l’herbe, pourquoi n’en sort-il aucune voix ?

Quand on veut passer une rivière rapide, on se forme en une longue file sur deux rangs, et, rapprochés de la sorte, ceux qui n’auroient pu, isolés des autres, résister à la force des eaux, la surmontent sans peine.

Faites ainsi, et vous romprez le cours de l’iniquité, qui vous emporte lorsque vous êtes seuls, et vous jette brisés sur la rive.

Que vos résolutions soient lentes, mais fermes. Ne vous laissez aller ni à un premier, ni à un second mouvement.

Mais si l’on a commis contre vous quelque injustice, commencez par bannir tout sentiment de haine de votre cœur, et puis, levant les mains et les yeux en haut, dites à votre Père, qui est dans les cieux :

O Père, vous êtes le protecteur de l’innocent et de l’opprimé ; car c’est votre amour qui a créé le monde, et c’est votre justice qui le gouverne.

Vous voulez qu’elle règne sur la terre, et le méchant y oppose sa volonté mauvaise.

C’est pourquoi nous avons résolu de combattre le méchant.

O Père ! donnez le conseil à notre esprit, et la force à nos bras !

Quand vous aurez ainsi prié du fond de votre âme, combattez et ne craignez rien.

Si d’abord la victoire paroît s’éloigner de vous, ce n’est qu’une épreuve, elle reviendra : car votre sang sera comme le sang d’Abel égorgé par Caïn, et votre mort comme celle des martyrs.