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Paroles d'un croyant, 1833 cover

Paroles d'un croyant, 1833

Chapter 17: XVI
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About This Book

A collection of hortatory, prophetic addresses that blend Christian theology, apocalyptic vision, and social critique. The speaker frames imminent spiritual upheaval with vivid imagery—storm, darkness, rising peoples—and interprets contemporary disorder as both divine chastisement and prelude to renewal. Passages contrast a corrupt, fear-driven rule with a future reign of God, denounce kings and privileges for opposing brotherly love, and urge popular unity, moral awakening, and the primacy of the Spirit. Recurrent motifs include the cross, the serpent, and the promise of a second creation, while calls for charity and liberation link spiritual regeneration to social transformation.

XVI

Deux hommes étoient voisins, et chacun d’eux avoit une femme et plusieurs petits enfants, et son seul travail pour les faire vivre.

Et l’un de ces deux hommes s’inquiétoit en lui-même, disant : Si je meurs, ou que je tombe malade, que deviendront ma femme et mes enfants ?

Et cette pensée ne le quittoit point, et elle rongeoit son cœur comme un ver ronge le fruit où il est caché.

Or, bien que la même pensée fût venue également à l’autre père, il ne s’y étoit point arrêté : car, disoit-il, Dieu, qui connoît toutes ses créatures et qui veille sur elles, veillera aussi sur moi, et sur ma femme, et sur mes enfants.

Et celui-ci vivoit tranquille, tandis que le premier ne goûtoit pas un instant de repos ni de joie intérieurement.

Un jour qu’il travailloit aux champs, triste et abattu à cause de sa crainte, il vit quelques oiseaux entrer dans un buisson, en sortir, et puis bientôt y revenir encore.

Et, s’étant approché, il vit deux nids posés côte à côte, et dans chacun plusieurs petits nouvellement éclos et encore sans plumes.

Et quand il fut retourné à son travail, de temps en temps il levoit les yeux, et regardoit ces oiseaux, qui alloient et venoient portant la nourriture à leurs petits.

Or, voilà qu’au moment où l’une des mères rentroit avec sa becquée, un vautour la saisit, l’enlève, et la pauvre mère, se débattant vainement sous sa serre, jetoit des cris perçants.

A cette vue, l’homme qui travailloit sentit son âme plus troublée qu’auparavant : car, pensoit-il, la mort de la mère, c’est la mort des enfants. Les miens n’ont que moi non plus. Que deviendront-ils si je leur manque ?

Et tout le jour il fut sombre et triste, et la nuit il ne dormit point.

Le lendemain, de retour aux champs, il se dit : Je veux voir les petits de cette pauvre mère : plusieurs sans doute ont déjà péri. Et il s’achemina vers le buisson.

Et regardant, il vit les petits bien portants ; pas un ne sembloit avoir pâti.

Et ceci l’ayant étonné, il se cacha pour observer ce qui se passeroit.

Et après un peu de temps, il entendit un léger cri, et il aperçut la seconde mère rapportant en hâte la nourriture qu’elle avoit recueillie, et elle la distribua à tous les petits indistinctement, et il y en eut pour tous, et les orphelins ne furent point délaissés dans leur misère.

Et le père qui s’étoit défié de la Providence, raconta le soir à l’autre père ce qu’il avoit vu.

Et celui-ci lui dit : Pourquoi s’inquiéter ? Jamais Dieu n’abandonne les siens. Son amour a des secrets que nous ne connoissons point. Croyons, espérons, aimons, et poursuivons notre route en paix.

Si je meurs avant vous, vous serez le père de mes enfants ; si vous mourez avant moi, je serai le père des vôtres.

Et si, l’un et l’autre, nous mourons avant qu’ils soient en âge de pourvoir eux-mêmes à leurs nécessités, ils auront pour père le Père qui est dans les cieux.