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Paroles d'un croyant, 1833 cover

Paroles d'un croyant, 1833

Chapter 25: XXIV
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About This Book

A collection of hortatory, prophetic addresses that blend Christian theology, apocalyptic vision, and social critique. The speaker frames imminent spiritual upheaval with vivid imagery—storm, darkness, rising peoples—and interprets contemporary disorder as both divine chastisement and prelude to renewal. Passages contrast a corrupt, fear-driven rule with a future reign of God, denounce kings and privileges for opposing brotherly love, and urge popular unity, moral awakening, and the primacy of the Spirit. Recurrent motifs include the cross, the serpent, and the promise of a second creation, while calls for charity and liberation link spiritual regeneration to social transformation.

XXIV

C’étoit une nuit d’hiver. Le vent souffloit au dehors, et la neige blanchissoit les toits.

Sous un de ces toits, dans une chambre étroite, étoient assises, travaillant de leurs mains, une femme à cheveux blancs et une jeune fille.

Et de temps en temps la vieille femme réchauffoit à un petit brasier ses mains pâles. Une lampe d’argile éclairoit cette pauvre demeure, et un rayon de la lampe venoit expirer sur une image de la Vierge, suspendue au mur.

Et la jeune fille levant les yeux regarda en silence, pendant quelques moments, la femme à cheveux blancs ; puis elle lui dit : Ma mère, vous n’avez pas été toujours dans ce dénuement.

Et il y avoit dans sa voix une douceur et une tendresse inexprimables.

Et la femme à cheveux blancs répondit : Ma fille, Dieu : est le maître : ce qu’il fait est bien fait.

Ayant dit ces mots, elle se tut un peu de temps ; ensuite elle reprit :

Quand je perdis votre père, ce fut une douleur que je crus sans consolation : cependant vous me restiez ; mais je ne sentois qu’une chose alors.

Depuis, j’ai pensé que s’il vivoit et qu’il nous vît en cette détresse, son âme se briseroit ; et j’ai reconnu que Dieu avoit été bon envers lui.

La jeune fille ne répondit rien, mais elle baissa la tête, et quelques larmes, qu’elle s’efforçoit de cacher, tombèrent sur la toile qu’elle tenoit entre ses mains.

La mère ajouta : Dieu, qui a été bon envers lui, a été bon aussi envers nous. De quoi avons-nous manqué, tandis que tant d’autres manquent de tout ?

Il est vrai qu’il a fallu nous habituer à peu, et, ce peu, le gagner par notre travail ; mais ce peu ne suffit-il pas ? et tous n’ont-ils pas été dès le commencement condamnés à vivre de leur travail ?

Dieu, dans sa bonté, nous a donné le pain de chaque jour ; et combien ne l’ont pas ? un abri, et combien ne savent où se retirer ?

Il vous a, ma fille, donnée à moi : de quoi me plaindrais-je ?

A ces dernières paroles, la jeune fille, tout émue, tomba aux genoux de sa mère, prit ses mains, les baisa, et se pencha sur son sein en pleurant.

Et la mère, faisant un effort pour élever la voix : Ma fille, dit-elle, le bonheur n’est pas de posséder beaucoup, mais d’espérer et d’aimer beaucoup.

Notre espérance n’est pas ici-bas ni notre amour non plus, ou s’il y est, ce n’est qu’en passant.

Après Dieu, vous m’êtes tout en ce monde ; mais ce monde s’évanouit comme un songe, et c’est pourquoi mon amour s’élève avec vous vers un autre monde…

Lorsque je vous portois dans mon sein, un jour je priai avec plus d’ardeur la Vierge-Marie, et elle m’apparut pendant mon sommeil, et il me sembloit qu’avec un sourire céleste elle me présentoit un petit enfant.

Et je pris l’enfant qu’elle me présentoit, et lorsque je le tins dans mes bras, la Vierge-Mère posa sur sa tête une couronne de roses blanches.

Peu de mois après vous naquîtes, et la douce vision étoit toujours devant mes yeux.

Ce disant, la femme aux cheveux blancs tressaillit, et serra sur son cœur la jeune fille.

A quelque temps de là une âme sainte vit deux formes lumineuses monter vers le ciel, et une troupe d’anges les accompagnoit, et l’air retentissoit de leurs chants d’allégresse.