XXVI
Qui est-ce qui se pressoit autour du Christ pour entendre sa parole ? Le peuple.
Qui est-ce qui le suivoit dans la montagne et les lieux déserts pour écouter ses enseignements ? Le peuple.
Qui vouloit le choisir pour roi ? Le peuple.
Qui étendoit ses vêtements et jetoit devant lui des palmes en criant Hôsannah, lors de son entrée à Jérusalem ? Le peuple.
Qui est-ce qui se scandalisoit à cause des malades qu’il guérissoit le jour du sabbat ? Les scribes et les pharisiens.
Qui l’interrogeoit insidieusement et lui tendoit des piéges pour le perdre ? Les scribes et les pharisiens.
Qui disoit de lui : Il est possédé ? Qui l’appeloit un homme de bonne chère et aimant le plaisir ? Les scribes et les pharisiens.
Qui le traitoit de séditieux et de blasphémateur ? qui se ligua pour le faire mourir ? qui le crucifia sur le Calvaire entre deux voleurs ?
Les scribes et les pharisiens, les docteurs de la loi, le roi Hérode et ses courtisans, le gouverneur romain et les princes des prêtres.
Leur astuce hypocrite trompa le peuple même. Ils le poussèrent à demander la mort de celui qui l’avoit nourri dans le désert avec sept pains, qui rendoit aux infirmes la santé, la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, et aux perclus l’usage de leurs membres.
Mais Jésus, voyant qu’on avoit séduit ce peuple comme le serpent séduisit la femme, pria son Père, disant : Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.
Et cependant, depuis dix-huit siècles, le Père ne leur a pas encore pardonné, et ils traînent leur supplice par toute la terre, et par toute la terre l’esclave est contraint de se baisser pour les voir.
La miséricorde du Christ est sans exclusion. Il est venu dans ce monde pour sauver, non pas quelques hommes, mais tous les hommes ; il a eu pour chacun d’eux une goutte de sang.
Mais les petits, les foibles, les humbles, les pauvres, tous ceux qui souffroient, il les aimaoit d’un amour de prédilection.
Son cœur battoit sur le cœur du peuple, et le cœur du peuple battoit sur son Cœur.
Et c’est là, sur le cœur du Christ, que les peuples malades se raniment, et que les peuples opprimés reçoivent la force de s’affranchir.
Malheur à ceux qui s’éloignent de lui, qui le renient ! leur misère est irrémédiable, et leur servitude éternelle.