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Paroles d'un croyant, 1833 cover

Paroles d'un croyant, 1833

Chapter 4: III
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About This Book

A collection of hortatory, prophetic addresses that blend Christian theology, apocalyptic vision, and social critique. The speaker frames imminent spiritual upheaval with vivid imagery—storm, darkness, rising peoples—and interprets contemporary disorder as both divine chastisement and prelude to renewal. Passages contrast a corrupt, fear-driven rule with a future reign of God, denounce kings and privileges for opposing brotherly love, and urge popular unity, moral awakening, and the primacy of the Spirit. Recurrent motifs include the cross, the serpent, and the promise of a second creation, while calls for charity and liberation link spiritual regeneration to social transformation.

III

Et je fus transporté en esprit dans les temps anciens, et la terre étoit belle, et riche, et féconde ; et ses habitants vivoient heureux, parce qu’ils vivoient en frères.

Et je vis le Serpent qui se glissoit au milieu d’eux : il fixa sur plusieurs son regard puissant, et leur âme se troubla, et ils s’approchèrent, et le Serpent leur parla à l’oreille.

Et après avoir écouté la parole du Serpent, ils se levèrent et dirent : Nous sommes rois.

Et le soleil pâlit, et la terre prit une teinte funèbre, comme celle du linceul qui enveloppe les morts.

Et l’on entendit un sourd murmure, une longue plainte, et chacun trembla dans son cœur.

En vérité, je vous le dis, ce fut comme un jour où l’abîme rompit ses digues, et où déborda le déluge des grandes eaux.

La Peur s’en alla de cabane en cabane, car il n’y avoit point encore de palais, et elle dit à chacun des choses secrètes qui le firent frissonner.

Et ceux qui avoient dit : Nous sommes rois, prirent un glaive, et suivirent la Peur de cabane en cabane.

Et il se passa là des mystères étranges ; il y eut des chaînes, des pleurs et du sang.

Les hommes effrayés s’écrièrent : Le meurtre a reparu dans le monde. Et ce fut tout, parce que la peur avoit transi leur âme, et ôté le mouvement à leurs bras.

Et ils se laissèrent charger de fers, eux et leurs femmes et leurs enfants. Et ceux qui avoient dit : Nous sommes rois, creusèrent comme une grande caverne, et ils y enfermèrent toute la race humaine, ainsi qu’on enferme des animaux dans une étable.

Et la tempête chassoit les nuages, et le tonnerre grondoit, et j’entendis une voix qui disoit : Le Serpent a vaincu une seconde fois, mais pas pour toujours.

Après cela, je n’entendis plus que des voix confuses, des rires, des sanglots, des blasphêmes.

Et je compris qu’il devoit y avoir un règne de Satan avant le règne de Dieu. Et je pleurai, et j’espérai.

Et la vision que je vis étoit vraie, car le règne de Satan s’est accompli, et le règne de Dieu s’accomplira aussi ; et ceux qui ont dit : Nous sommes rois, seront à leur tour renfermés dans la caverne avec le Serpent, et la race humaine en sortira ; et ce sera pour elle comme une autre naissance, comme le passage de la mort à la vie. Ainsi soit-il.