XI
LE CERF-VOLANT
Après quelques minutes de marche, M. de Trénilly se retourna, et, voyant l'air malheureux de Blaise, il ne put s'empêcher de sourire et de lui demander s'il croyait aussi devoir être dévoré.
Blaise rougit et balbutia quelques paroles inintelligibles.
«Ecoute, Blaise, dit M. de Trénilly, tu sais sans doute que mon pauvre Jules est malade et que j'ai besoin de toi pour le distraire?»
Blaise ne répondit pas; le comte reprit:
«Je sais que tu as fait l'année dernière quelques sottises, mais je veux les oublier en raison des bons sentiments que tu as manifestés depuis, d'après ce que m'a dit Hélène. Je désire que tu viennes tous les jours chez Jules depuis midi jusqu'au soir pour être son compagnon de jeux et de travail, et que tu n'ailles plus à la ferme. Acceptes-tu?
—Monsieur le comte, répondit Blaise en balbutiant, je suis fâché... Je ne peux pas... Papa désire que je travaille, que je gagne...
—Oh! quant à ton gain, je te promets que tu n'y perdras pas; je te donnerai le double de ce que tu reçois à la ferme.
—Monsieur le comte, dit Blaise, reprenant un peu courage, je ne pourrais pas entrer au château avec l'opinion que vous avez de moi. Je n'ai pas mérité les reproches que vous m'adressiez l'année dernière, et je ne puis vous promettre de faire autrement cette année. M. Jules ne m'aime pas; je ne dis pas qu'il ait tort; mais je ne crois pas possible que je reste près de lui dans les sentiments que je lui connais.
LE COMTE
Jules t'aime, au contraire, puisque c'est lui qui te demande; quant au passé, le mieux est de n'en pas parler. Nous voici bientôt arrivés; viens avec moi chez Jules, il sera bien content de te voir.»
Le pauvre Blaise ne dit plus rien; il se résigna pour ce jour-là, se proposant bien de demander à son père de refuser toutes les propositions du comte.
Ils entrèrent chez Jules, qui attendait le retour de son père avec une vive impatience.
«Eh bien, papa, Blaise vient-il?
—Le voici, mon garçon; j'ai eu de la peine à le trouver. Tu vois, Blaise, que Jules t'attendait.
—Bonjour, Blaise, s'écria Jules; nous allons bien nous amuser. Fais-moi un cerf-volant, que j'enlèverai lorsque je pourrai sortir.
BLAISE
Bonjour, Monsieur Jules; je suis bien fâché de vous savoir malade.
JULES
Demande du papier pour un cerf-volant, de l'osier, de la colle, des couleurs.
BLAISE
Mais je ne sais à qui demander tout cela, Monsieur Jules.
JULES
Au cuisinier, au valet de chambre.
BLAISE
Jamais je n'oserai; ils ne m'écouteront pas.
JULES
Je voudrais bien voir cela! Tu n'as qu'à leur dire: «C'est M. Jules qui m'envoie», et tu verras s'ils t'enverront promener.»
Blaise alla à l'antichambre demander de quoi faire un cerf-volant; mais il oublia de dire qu'il venait de la part de Jules. Tous les domestiques qui se trouvaient dans l'antichambre éclatèrent de rire.
«Un cerf-volant! Je t'en souhaite des cerfs-volants! Il fait des cerfs-volants à Monsieur? Et tu me prends pour ton fournisseur? C'est bien de l'honneur, en vérité!—Servez donc Monsieur, camarades! dépêchez-vous! Monsieur attend, Monsieur est pressé!
—Tenez, Monsieur Blaise, voilà du papier, dit un des domestiques en lui tournant autour de la tête un papier sale et huileux.
—Monsieur Blaise, voilà de la colle, dit un autre en lui versant sur la tête une tasse d'eau sale.
—Monsieur Blaise voici des couleurs», dit un troisième en lui remplissant de cirage le visage et les mains.
Le pauvre Blaise parvint à s'arracher d'entre les mains de ces domestiques méchants et grossiers. Il ne crut pas convenable de rentrer ainsi fait chez Jules, et courut chez lui pour se débarbouiller et changer de vêtements. Son père et sa mère furent effrayés de le voir revenir mouillé, noirci; mais il les rassura en leur expliquant qu'il n'avait d'autre mal que l'humiliation des mauvais traitements dont il leur rendit compte.
«Et quant à cela, papa, dit-il, j'en dois être heureux, puisque Notre-Seigneur s'est laissé bien autrement humilier pour me sauver.
ANFRY
Cela n'empêche pas, mon pauvre garçon, que tu ne retourneras plus dans cette maison de malheur.
BLAISE
Je vous demande au contraire, papa, de vouloir bien me permettre d'y retourner, parce que, cette fois, ce n'est pas la faute de M. Jules; il m'attend toujours, et il doit trouver que je mets bien du temps à faire sa commission.
ANFRY
Il t'arrivera encore des désagréments près de M. Jules, mon garçon, crois-moi. Laisse-moi aller trouver M. le comte, que je lui dise pourquoi je t'empêche d'y retourner.
BLAISE
Oh non! papa, je vous en prie; on gronderait les domestiques, on les renverrait peut-être.
ANFRY
Les renvoyer! pour des méchancetés qu'ils t'ont faites à toi, pauvre Blaise?
BLAISE
Pas à cause de moi, papa, mais parce qu'ils ont fait attendre M. Jules, qui se sera sans doute impatienté.
ANFRY
Mais pourquoi n'as-tu pas dit que ce que tu demandais était pour M. Jules?
BLAISE
Ils ne m'en ont pas laissé le temps; aux premières paroles j'ai perdu la tête, et je n'ai plus pensé à m'appuyer de M. Jules. Il y a tout de même de ma faute là-dedans. C'eût été un peu sot si j'avais réellement demandé à ces messieurs de me servir comme si j'étais leur maître.
ANFRY
Tu es toujours prêt à t'accuser, mon Blaisot, à excuser les autres. C'est bien, mais tous ne font pas comme toi.
BLAISE
Tant pis pour eux, papa; ce n'est pas une raison pour que je n'avoue pas quand j'ai tort. Au revoir, papa et maman; je tâcherai de ne pas rester trop longtemps.»
Blaise, qui était nettoyé et rhabillé, courut au château et rentra chez Jules sans passer par l'antichambre. Il le trouva maussade et en colère d'avoir attendu si longtemps.
JULES
D'où viens-tu? Pourquoi n'as-tu pas fait ce que je t'avais commandé? Qu'est-ce que cette belle toilette? Est-ce que j'avais besoin que tu changeasses d'habits? C'était bien la peine de me faire attendre mon cerf-volant depuis une heure!
BLAISE
Je ne pouvais faire autrement, Monsieur Jules; je m'étais sali dans l'antichambre, et je ne pouvais me présenter plein de cirage devant vous.
JULES
Est-ce maladroit? se remplir de cirage quand j'attends de quoi faire un cerf-volant! Et où sont le papier, la colle, l'osier, les couleurs, la ficelle?
BLAISE
Je ne les ai pas, Monsieur Jules; on n'a pas voulu me les donner.
—On n'a pas voulu te les donner! s'écria Jules, rouge de colère. On n'a pas voulu! quand c'est moi qui les demande! Ils vont voir! Je les ferai tous chasser.
BLAISE
Pardon, Monsieur Jules, ce n'est pas la faute des domestiques, c'est la mienne, parce que je n'ai pas pensé à dire que c'était pour vous.
JULES
Imbécile! Tu as été demander pour toi? Comme si tu avais droit à quelque chose ici? Retourne vite à l'antichambre et rapporte tout ce qu'il faut.
BLAISE, avec embarras
Monsieur Jules, si cela vous était égal, j'irais chercher un des domestiques et vous lui expliqueriez vous-même ce que vous voulez.
JULES
Non, je ne veux pas; je veux que tu demandes tout. Va tout de suite. Dieu! que c'est ennuyeux d'avoir affaire à un garçon bête et entêté comme toi! Je suis fatigué de te répéter la même chose.»
Blaise ne répondit pas; l'excellent garçon n'avait pas voulu faire gronder les domestiques, dont il avait tant à se plaindre depuis un an, et, malgré sa répugnance, il retourna à l'antichambre répéter sa demande, mais en ayant soin d'ajouter que c'était pour M. Jules.
«Pour M. Jules? Tout de suite, tout de suite! Auguste, donne-moi le papier... Pas celui-ci! Le plus beau, le plus grand... Cours à la cuisine faire de la colle et rapporte une pelote de ficelle. Georges, va vite au jardin demander au jardinier de l'osier pour faire un cerf-volant pour M. Jules. Mais... ajouta-t-il en se retournant précipitamment vers Blaise, quand tu es venu tantôt demander de quoi faire un cerf-volant, est-ce que c'était pour M. Jules?
BLAISE
Oui, Monsieur, c'était pour M. Jules.
LE DOMESTIQUE
Et pourquoi ne l'as-tu pas dit, malheureux. Nous voilà dans de beaux draps. M. Jules va nous faire tous partir pour avoir coiffé, arrosé et peint son messager.
BLAISE
Je n'ai rien dit à M. Jules, Monsieur.
LE DOMESTIQUE
Rien dit? Tu ne t'es pas plaint de nous?
BLAISE
Non, Monsieur, pas du tout.
LE DOMESTIQUE
Comment as-tu expliqué ton absence et ton changement d'habits?
BLAISE
J'ai dit que je m'étais taché de cirage et que je ne rapportais pas de quoi faire un cerf-volant parce que j'avais oublié de dire que c'était pour M. Jules.
LE DOMESTIQUE
Eh bien, tu es un brave garçon tout de même; il faut avouer que tu n'as pas de méchanceté. J'ai eu une belle peur! La place est bonne; non pas que les maîtres soient bons; ils sont au contraire détestables, mais ils payent bien et ne regardent à rien; on se fait de beaux bénéfices sans avoir l'air d'y toucher; et toi, Blaise, puisque tu es si bon garçon, nous te régalerons quelquefois d'une bouteille de vin, de liqueur, de café, de gâteaux, d'une moitié de volaille, de toutes sortes de choses.»
Blaise ne comprit pas bien ce que lui offrait le domestique, mais il vit qu'il y avait une intention aimable, et il remercia, tout en emportant les objets qu'on s'était empressé d'apporter.
«Voici, Monsieur Jules, de quoi faire votre cerf-volant, dit-il en posant le tout sur une table.
JULES
Pourquoi restes-tu là à ne rien faire? Commence donc.
BLAISE
Je croyais, Monsieur Jules, que vous vouliez vous amuser à le faire vous-même.
JULES
Moi-même? Tu crois que je vais m'abîmer les mains à couper des bâtons d'osier, me salir les doigts à coller des papiers, me fatiguer et m'ennuyer à arranger tout cela? C'est pour que tu le fasses que je t'ai fait venir; je m'amuserai à te regarder faire.»
Blaise ne fut pas content du ton méprisant de Jules et il eut un instant la pensée de le laisser là et de s'en aller.
«Mais non, se dit-il, ce serait de l'orgueil; je suis le serviteur, c'est certain; je dois faire les volontés des maîtres et souffrir les humiliations. Tant pis pour M. Jules s'il est égoïste et dur; tant mieux pour moi si je le sers avec soumission et patience.»
Tout en faisant ces réflexions, il déployait les feuilles de papier, et préparait l'osier pour l'attacher en forme de coeur. Il passa une grande heure à faire ses préparatifs, à coller les feuilles et à les fixer sur les baguettes d'osier. Quand il eut fini de tout coller, qu'il n'y eut plus qu'à faire la queue et à peindre le cerf-volant, Blaise dit à Jules:
«Voudriez-vous, Monsieur Jules, vous amuser à peindre des figures sur le papier blanc du cerf-volant? je ferai la queue pendant ce temps; je ne saurais pas peindre.»
Jules ne répondit pas; Blaise, levant les yeux sur lui, vit qu'il s'était endormi.
«Je vais peindre comme je pourrai, dit-il. Ce ne sera pas bien, mais j'aurai fait de mon mieux.»
Et Blaise se mit à l'ouvrage, cherchant à figurer des hommes et des animaux sur le cerf-volant. Il n'avait aucune idée de peinture ni de dessin, c'était donc fort laid; ses hommes avaient l'air de poteaux de grande route, montrant le chemin aux passants; ses lapins avaient l'air de moutons; ses vaches ressemblaient à des chats, ses oiseaux pouvaient être pris pour des papillons, ses arbres pour des toits de maisons, ses montagnes pour des niches à chiens, etc. Mais Blaise, dans sa joie de manier des couleurs, trouvait ses peintures superbes et attendait avec impatience le réveil de Jules pour les lui faire admirer. Enfin Jules se réveilla, étendit les bras en bâillant et appela Blaise.
BLAISE
Me voici, Monsieur Jules; j'ai fini le cerf-volant; il est tout à fait beau et joli. Tenez, Monsieur Jules, voyez comme il est couvert de belles peintures.
JULES
Qu'est-ce que ces horreurs-là? Qui a peint ces affreuses figures?
—C'est moi, Monsieur Jules; j'ai fait de mon mieux, il me semblait que c'était bien et joli.
—Je te dis que c'est affreux; je n'en veux pas. Donne-moi ce cerf-volant.»
Blaise le lui remit avec quelque inquiétude. Quand Jules le tint entre ses mains, il donna un grand coup de poing dans le papier, qu'il creva, mit le tout en lambeaux, brisa les baguettes d'osier et mit la queue en pièces. Le pauvre Blaise poussa un cri de désolation.
«Hélas! Monsieur Jules, que faites-vous? Tout mon travail perdu! L'ouvrage de trois heures?
—Ne voilà-t-il pas un grand malheur! Recommence, et tâche de faire mieux.
—Je ne peux pas; vrai, je ne peux pas, Monsieur Jules, dit le pauvre Blaise en sanglotant... j'ai fait de mon mieux... Je n'ai plus de courage... Je ne peux pas recommencer; cela m'est tout à fait impossible.
—Paresseux! imbécile! Tu es ici pour m'amuser; je veux un autre cerf-volant.»
Blaise était tombé sur une chaise; il continuait à sangloter, la tête cachée dans ses mains; sa patience et sa résignation étaient vaincues par la dureté et l'égoïsme de Jules; la tristesse de son coeur, longtemps comprimée, se fit jour, et il ne put retenir ses larmes.
«Va-t'en, pleurnicheur, lui dit le méchant Jules; va-t'en chez toi, et reviens demain de bonne heure.»
Blaise ne se le fit pas dire deux fois; il se leva sans pouvoir parler et sortit précipitamment. Il courut jusqu'à un petit bois contre lequel était adossé sa maison; là il s'assit au pied d'un arbre et pleura quelque temps encore.
«Que lui ai-je donc fait, se dit-il, pour qu'il soit si méchant pour moi? J'ai beau m'efforcer à lui faire plaisir, il tourne tout contre moi; jamais je n'entends sortir de sa bouche une parole de bonté, de remerciement! Toujours des reproches, des injures, de l'ingratitude!... Mon Dieu, mon Dieu, ajouta-t-il en redoublant ses sanglots, pardonnez-moi ces murmures; que votre volonté soit faite et non la mienne. Corrigez ce pauvre M. Jules, changez son coeur, rendez-le bon et charitable pour que je puisse l'aimer comme je le voudrais et le servir avec affection comme mon bon petit M. Jacques. Mon bon, mon cher petit Monsieur Jacques, pourquoi êtes-vous parti? j'étais si heureux avec vous, je vous aimais tant!... Mais... dit-il en séchant ses larmes, pourquoi ce chagrin? ne devrais-je pas me trouver heureux de souffrir pour expier les fautes que je commets et pour ressembler à Notre-Seigneur? Voyons, pas de faiblesse,... du courage! Je vais laver mes yeux dans l'eau du fossé et je vais reprendre ma gaieté. C'est que M. Jules a raison! Il est très vrai que je suis un imbécile. S'il a brisé ce cerf-volant, ne voilà-t-il pas un grand malheur! J'en referai un autre demain... L'autre n'était pas joli tout de même, se dit-il en souriant; les peintures étaient toutes drôles... C'est naturel, je ne sais pas peindre. Allons, j'y vois clair maintenant; j'ai été tout bonnement vexé de n'avoir pas été admiré; c'est de l'orgueil tout cela. Ce soir, en me couchant, j'en demanderai pardon au bon Dieu.»
Et le bon petit Blaise reprit toute sa bonne humeur, et rentra en chantant à la maison.
«A la bonne heure, dit Anfry; voilà notre Blaisot qui rentre gaiement. Il n'y a donc pas eu d'orage cette fois-ci, mon garçon?
MADAME ANFRY
Tiens, comme tes yeux sont rouges, mon ami? on dirait que tu as pleuré;... mais oui,... bien sûr, tu as pleuré!
BLAISE, riant
C'est vrai, maman, j'ai pleuré; mais cette fois, c'est ma faute; je suis un nigaud et un orgueilleux.
ANFRY
Un nigaud, c'est possible; un orgueilleux, non.
BLAISE
Vous allez voir, papa, que je vaux moins que vous ne pensez.»
Et Blaise raconta bien exactement ce qui s'était passé, supprimant seulement les épithètes injurieuses de Jules.
Anfry examinait attentivement la physionomie expressive de Blaise pendant son récit. Quand il eut fini, il l'attira à lui et l'embrassa à plusieurs reprises, pendant que de grosses larmes roulaient le long de ses joues.
«Tu es la joie et l'honneur de tes parents, mon bon Blaise; je comprends tout,... même ce que tu n'as pas dit. Quant aux douceurs que te promettent les domestiques, n'accepte rien; en faisant des générosités aux dépens de leurs maîtres, ils se rendent coupables de vol; ne nous faisons jamais leurs complices.
BLAISE
Si c'est ainsi, papa, je ne recevrai rien du tout, pas même un morceau de sucre ou de gâteau.
ANFRY
Tu feras bien, Blaisot; sois honnête dans les petites choses, tu le seras dans les grandes.»
XII
L'ACCENT DE VÉRITÉ
Le lendemain, sans attendre qu'on vînt le chercher, Blaise alla au château et demanda encore de quoi faire un cerf-volant. Les domestiques, au lieu de le maltraiter comme ils l'avaient fait la veille, le reçurent avec amitié, en reconnaissance de sa discrétion. Pendant qu'on rassemblait les objets nécessaires, le valet de chambre qui la veille avait promis tant de choses à Blaise lui demanda s'il avait déjeuné.
«Oui, Monsieur, je vous remercie, dit Blaise poliment; j'ai mangé avant de partir.
LE VALET DE CHAMBRE
Qu'as-tu mangé?
BLAISE
Du pain et des radis, Monsieur.
LE VALET DE CHAMBRE
Pauvre déjeuner, mon garçon; je vais t'en donner un meilleur: une bonne tasse de café au lait avec une tartine de pain et de beurre.
BLAISE
Je vous remercie bien, Monsieur, je n'ai plus faim; je n'en mangerai pas.
LE VALET DE CHAMBRE
Bah! Bah! les bonnes choses se mangent sans faim.
BLAISE
Non, Monsieur, en vérité, je n'y goûterai seulement pas.
LE VALET DE CHAMBRE
Eh bien, un verre de frontignan avec un biscuit?
BLAISE
Pas davantage, Monsieur, en vous remerciant de votre obligeance.
—Tu l'avaleras, mon ami; tiens, voici les biscuits, dit-il en plaçant devant Blaise une assiette de biscuits; et voici le vin», ajouta-t-il en mettant à côté un verre de frontignan.
Au moment où il posait la bouteille, il entendit le bruit d'une porte bien connu; c'était celle du comte; en une seconde le valet de chambre et ses camarades disparurent, laissant Blaise seul, devant la bouteille de frontignan et les biscuits.
Le comte entra pour envoyer chercher Blaise, que Jules demandait. Son étonnement fut grand en le voyant tout seul, les armoires ouvertes et le frontignan et les biscuits devant lui.
«Je te prends donc sur le fait, dit le comte revenu de sa surprise. Saint Blaise enrôlé dans les voleurs? Belle conduite, en vérité! Tu ne manques pas de front ni de hardiesse, mon garçon. Venir jusqu'ici pour voler mon vin et mes biscuits en l'absence de mes gens! c'est très bien! très bien!
—Monsieur le comte, vous vous trompez, dit Blaise les larmes aux yeux. Je n'ai touché à rien, et ce n'est certainement pas moi qui ai sorti ce vin et ces biscuits!
LE COMTE
Et qui donc? Serait-ce moi, par hasard?
BLAISE
Non, Monsieur le comte, je sais que ce n'est pas vous; mais, croyez-en ma parole, ce n'est pas moi non plus.
LE COMTE
Et qui donc alors? Que fais-tu ici? Pourquoi es-tu seul devant ces armoires ouvertes, cette bouteille posée devant toi, et ce verre plein placé pour être bu?
BLAISE
Vous dire qui, Monsieur le comte, je ne le puis, quoique je le sache. Je suis ici pour avoir de quoi faire un cerf-volant à M. Jules, qui m'attend. Quant aux armoires et au reste, je n'en suis pas coupable, et je vous supplie de me croire.
—Ce garçon-là est incompréhensible, dit le comte à mi-voix; il vous domine malgré vous: me voici disposé et obligé à le croire, malgré ma raison et l'évidence des faits.—C'est bon, va chez Jules qui t'attend, ajouta-t-il à haute voix.
BLAISE
Monsieur le comte, me croyez-vous? j'ai besoin de le savoir pour rester dans votre maison et surtout près de votre fils.
—Eh bien,... oui!... je te crois, dit M. de Trénilly avec vivacité, après un instant d'hésitation. Je te crois, puisque je ne puis faire autrement, et que malgré moi je t'estime.
—Merci, Monsieur le comte, merci, dit Blaise, les yeux brillants de bonheur. Que le bon Dieu vous récompense en votre fils de la bonne parole que vous avez dite! Merci.»
Et Blaise sortit pour entrer chez Jules, laissant M. de Trénilly ému et surpris de l'impression que ce garçon produisait sur lui et de l'autorité qu'exerçait sa parole.
«Comment, te voilà, Blaise! s'écria Jules en le voyant entrer. Je croyais que tu ne viendrais pas.»
BLAISE
Pourquoi donc, Monsieur Jules? N'avais-je pas à réparer ma sottise d'hier et à vous refaire un autre cerf-volant?
JULES
C'est que tu étais parti en pleurant; je croyais que tu serais fâché de ce que je t'avais dit.
BLAISE
Pas du tout, Monsieur Jules. Il est vrai que j'ai été..., pas fâché,... mais... contrarié, peiné, et que j'ai pleuré encore longtemps après vous avoir quitté; j'ai pourtant fini par comprendre que j'étais un orgueilleux et, de plus, un sot, et me voici prêt à vous faire un cerf-volant, que je soignerai de mon mieux...
—Et que tu peindras, interrompit vivement Jules.
—Et que je me garderai bien de peindre, reprit Blaise en souriant. Il faut convenir que c'était bien laid ce que j'avais fait, et que vous avez eu raison de le déchirer.
—Je ne crois pas,... je ne pense pas,... dit Jules en balbutiant, touché malgré lui de l'humilité et de la bonté de Blaise; on aurait pu l'arranger, le couvrir, le repeindre.
—Ah bien! ne pensons plus à ce qu'on aurait pu faire du défunt et commençons le nouveau. Voulez-vous m'aider un peu, Monsieur Jules? cela ira plus vite.
—Je veux bien», dit Jules avec plus de douceur que d'habitude.
Blaise commença à ajuster les brins d'osier, pendant que Jules préparait le papier; il le fit d'assez bonne grâce, et avant une heure le cerf-volant fut terminé; il ne restait plus à faire que la queue, et Jules essaya de barbouiller quelques figures sur le cerf-volant. Blaise les trouva admirables, malgré leur défaut de couleurs et de formes. Jules, très flatté de l'admiration de Blaise, devint de plus en plus aimable et lui proposa de lancer le cerf-volant sur la pelouse devant la maison. Blaise n'eut garde de refuser, et ils s'apprêtèrent à sortir. Blaise offrit de porter le cerf-volant.
JULES
Non, non laissez-moi le porter; j'en aurai bien soin.
BLAISE
Prenez garde de bien relever la queue, Monsieur Jules; si elle traînait et que vous missiez le pied dessus, vous la feriez casser.»
Jules avait posé le cerf-volant sur la cheminée, il le prit à deux mains et fit quelques pas pour faire traîner la queue et la rouler à son bras. En tirant la queue pour l'enrouler, il ne s'aperçut pas qu'elle était accrochée à un des candélabres de la cheminée; il sentit de la résistance, tira fort; la queue se rompit, et le candélabre roula à terre avec fracas: bougies, bobèches et bronze, tout était brisé.
«Là, mon Dieu! s'écria Blaise en courant au candélabre; tout est cassé! quel dommage! que c'est malheureux!
JULES
Qu'est-ce que ça fait? On m'en donnera un autre; crois-tu que je vais pleurer pour un méchant candélabre.
BLAISE
Mais, Monsieur Jules, M. le comte grondera sans doute?
JULES
Grondera? moi? Par exemple! D'ailleurs s'il veut gronder, ce sera toi qu'il grondera, et il aura bien raison.
—Moi! dit Blaise stupéfait.
JULES
Certainement, toi. N'est-ce pas bête d'avoir fait une queue si longue et si entortillée qu'on ne sait qu'en faire? Si tu n'avais pas voulu faire le savant et montrer ton habileté, il n'y aurait pas eu de queue, et le candélabre ne serait pas cassé.
BLAISE
Mais, Monsieur Jules, ce n'est pas par orgueil que j'ai fait cette queue, c'est pour vous faire plaisir, pour embellir votre cerf-volant. Et si vous y aviez regardé, vous auriez tiré plus doucement et vous n'auriez rien cassé.
—Là! c'est ma faute maintenant! s'écria Jules avec colère et tapant du pied. Je te dis que c'est la tienne; tu es un maladroit; tu disais toi-même tout à l'heure que tu étais sot et orgueilleux! c'est très vrai.
BLAISE
Hier j'ai été sot et orgueilleux, c'est la vérité, Monsieur Jules; mais je ne crois pas l'avoir été aujourd'hui.
JULES
Tu crois toujours être parfait, je le sais bien; moi je te dis que tu es désagréable et insupportable.
BLAISE
Pourquoi me faites-vous venir pour jouer avec vous, Monsieur Jules? Ce n'est pas moi qui le demande, bien sûr; je n'y ai pas déjà tant d'agrément?
JULES
Qu'est-ce que tu veux dire par là? Que je suis méchant, que je te rends malheureux?... Ce n'est pas vrai; c'est toi qui me mets en colère et qui m'ennuies avec tes airs bêtes.
BLAISE
Qu'à cela ne tienne, Monsieur Jules, il est facile de vous contenter; bien le bonsoir, Monsieur Jules; cette fois c'est pour ne plus revenir, puisque je ne vous suis point utile.
—Va-t'en, je ne veux plus de toi, ni rien qui vienne de toi», dit Jules en mettant en pièces le cerf-volant et le jetant à la tête de Blaise.
Puis, se laissant aller à sa colère, il se roula sur son canapé en criant et en injuriant Blaise. M. de Trénilly entra précipitamment dans la chambre de Jules et fut effrayé de le voir dans cet état, qu'il prenait pour du chagrin. Il vit le candélabre brisé et les débris du cerf-volant, que Blaise cherchait à rassembler, mais il ne fut occupé que de Jules et lui demanda avec inquiétude ce qu'il avait.
Jules fut quelques instants sans répondre; il balbutia enfin:
«C'est Blaise; c'est la faute de Blaise.
—Encore! dit M. de Trénilly avec sévérité. Qu'est-il arrivé? Parle, Blaise.»
Au moment où Blaise ouvrait la bouche pour répondre, Jules s'empressa de prendre la parole:
«C'est Blaise qui a voulu faire voir son habileté: il a fait une si longue queue au cerf-volant qu'elle a accroché le candélabre, qui s'est cassé. Et voilà à présent qu'il se fâche, qu'il ne veut pas arranger mon cerf-volant; il dit qu'il veut s'en aller et qu'il ne reviendra plus jamais, parce que je suis un méchant, un insupportable. Il m'a abîmé hier mes couleurs et un cerf-volant; aujourd'hui il casse tout, puis il se fâche encore!
LE COMTE
Blaise, ce que tu fais est très mal; si tu recommences, je te ferai fouetter par mes gens.
BLAISE
Je n'ai rien fait de ce que dit M. Jules, Monsieur le comte; je ne crois mériter aucune punition. Et quant à me faire fouetter par vos gens, ils n'ont pas le droit de me frapper et je ne me laisserai pas faire.
LE COMTE
C'est ce que nous verrons, petit drôle.
JULES
Non, papa, non, pardonnez-lui encore cette fois, je vous en supplie; une autre fois, s'il recommence, je le laisserai fouetter; mais, aujourd'hui je ne veux pas.
LE COMTE
Comme tu voudras, mon ami; c'est en ta faveur que je lui pardonne son insolence, et j'aime à croire qu'il ne recommencera pas.
—Monsieur Jules, dit Blaise en se retirant, je vous pardonne de tout mon coeur, et à vous aussi, Monsieur le comte, tout-puissant que vous êtes et tout petit que je suis. Si jamais vous venez à savoir la vérité, dites-vous bien tous les deux que je vous ai pardonnés, sincèrement pardonnés.»
Et Blaise ouvrit la porte, sortit et la referma avant que le comte fût revenu de sa stupéfaction.
Après le départ de Blaise, le comte resta longtemps pensif, regardant souvent Jules, dont l'attitude embarrassée et l'air craintif indiquaient une mauvaise conscience.
«Jules, dit enfin le comte en s'asseyant près de lui; Jules, je t'en conjure, dis-moi la vérité. Je te pardonne d'avance; dis-moi si Blaise est innocent et si tu l'as calomnié par un premier mouvement d'humeur et de dépit. Dis-moi la vérité; quelque chose me dit que Blaise a raison et que tu me trompes.»
Jules avait été fort embarrassé aux premières paroles de son père; car lui-même commençait à avoir parfois des remords de son injustice et de sa cruauté envers le pauvre Blaise; mais la crainte de perdre la confiance du comte, de ne plus être cru dans l'avenir, arrêta l'aveu prêt à lui échapper, et il dit d'une voix basse et hésitante:
«En vérité, papa, je ne sais pas pourquoi vous croyez que je mens, et pourquoi vous ajoutez foi aux impertinentes paroles de Blaise et pas aux miennes; je suis votre fils pourtant, et lui n'est qu'un fils de portier, un paysan.
—C'est vrai, Jules, mais il y a dans ses yeux, dans sa voix, dans tout son air quelque chose que je ne puis m'expliquer, mais qui me donne une estime, une confiance qui augmentent à chaque démêlé que j'ai avec lui. Et c'est pourquoi, mon Jules, je te demande encore avec instance un seul mot. Blaise a-t-il quelque chose à nous pardonner à toi et à moi? Je ne t'en demanderai pas davantage, je te le promets; est-ce oui ou non?
—... Oui», répondit enfin Jules en baissant la tête et les yeux.
Quand Jules releva la tête, son père était parti. Inquiet, effrayé, il alla le chercher dans sa chambre; il n'y trouva personne. Il sonna un domestique.
«Où est papa? dit-il; est-il sorti?
—Oui, Monsieur Jules; M. le comte vient de sortir; il a descendu l'avenue du côté d'Anfry.»
L'inquiétude de Jules augmenta. Qu'est-ce qu'il était allé faire chez Anfry? Il aura voulu sans doute questionner Blaise.
«Ce vilain Blaise lui aura raconté tout ce qui s'est passé, se dit Jules, et papa va être furieux contre moi. Il est impossible que Blaise ne lui raconte pas tout; j'ai été un peu méchant pour lui, et il sera enchanté de se venger... Et papa qui croit tout ce qu'il dit, je ne sais pas pourquoi,... c'est-à-dire je sais bien pourquoi... Il est vrai qu'on ne peut pas ne pas le croire quand il parle, il a un air si honnête,... et véritablement il est bon,... le pauvre garçon! Comme je l'ai traité hier!... Et c'est lui qui vient me dire qu'il a été orgueilleux et sot, et qui a l'air de me demander pardon... Pauvre Blaise!»
Pendant que Jules faisait ces réflexions, M. de Trénilly marchait à pas précipités vers la maison d'Anfry. Il y trouva Blaise, les yeux rouges, l'air triste, qui était en train de raconter à son père la cause de son nouveau chagrin. M. de Trénilly marcha droit vers Blaise, à la grande frayeur de ce dernier, qui recula de quelques pas pour éviter le contact du comte. Il fut très surpris quand il vit le comte lui saisir la main, la presser fortement, et lui dire d'une voix émue:
«Jules et moi, nous avons eu tort, Blaise; j'accepte ton pardon et je t'en remercie; tu es un brave et honnête garçon, je te l'ai dit ce matin; je t'estime et je te crois. Reviens au château sans crainte, quand tu voudras et partout où tu voudras. Adieu, Blaise, au revoir, et bientôt, j'espère. Bonsoir, Anfry; je vous félicite d'avoir un fils pareil.
—Merci, Monsieur le comte; c'est bien de l'honneur que vous nous faites.»
Le comte tenait encore la main de Blaise; le pauvre garçon, tremblant et ému, se permit de presser à son tour la main qui pressait la sienne. Quand il sentit que le comte lui rendait cette pression, il saisit la main du comte et la couvrit de baisers et de larmes. Le comte, ému lui-même, se dégagea après une dernière étreinte, et sortit sans ajouter une parole, mais en saluant d'un air amical. Quand il fut parti, Anfry s'écria:
«Eh bien, il a du bon, tout de même! C'est beau d'être venu lui-même et tout de suite reconnaître ses torts. C'est le bon Dieu qui récompense ta patience et ton humilité, mon Blaisot.
—Le bon Dieu est trop bon pour moi. C'est étonnant le plaisir que m'a fait la visite de M. le comte et tout ce qu'il m'a dit; et la main qu'il me serrait à la briser, et son air tout autre. Lui qui a l'air si sévère, il avait l'air doux et attendri!... Mais c'est donc M. Jules qui lui aura dit quelque chose? C'est bien de sa part!»
Le pauvre Blaise dormit bien cette nuit; son coeur était plein de reconnaissance pour le bon Dieu, pour le comte, pour Jules. Il ne se souvenait plus des sévérités du comte, des méchancetés et des calomnies de Jules; il ne pensait qu'aux bonnes paroles qu'il avait reçues, et qu'il attribuait à un aveu complet de Jules. Il se réveilla donc le lendemain gai et heureux; sa tristesse était remplacée par un sourire radieux: son père et sa mère, heureux de cette transformation, l'embrassèrent avec tendresse; le père lui demanda s'il irait au château.
«Oui, papa, dès que j'aurai déjeuné; il me tarde de revoir M. le comte et de remercier M. Jules de sa franchise.»
XIII
LE REMORDS
Blaise se dirigea vers le château quand il crut Jules levé, habillé et prêt à le recevoir. En entrant dans le vestibule et en montant l'escalier, il fut surpris de ne pas voir de domestiques; c'était pourtant l'heure où ils étaient tous occupés à faire les appartements. En approchant de la chambre de Jules, il entendit un mouvement extraordinaire et un bruit confus de voix qui s'entr'appelaient. Il poussa la porte, entra et vit M. de Trénilly assis près du lit de Jules, qui paraissait en proie à une fièvre violente, et qui parlait avec une vivacité tenant du délire.
«Je ne veux pas que Blaise vienne, criait-il; non,... il dirait tout. Chassez Hélène; Blaise lui a tout raconté. Ne dites rien à papa... Je vous ferai tous chasser... Ce pauvre Blaise, il est bon pourtant... Je suis sûr qu'il m'a pardonné,... il l'a dit... Je ne veux pas le voir, j'ai honte; il sait que j'ai menti, menti, menti.»
Et Jules retomba dans les bras de son père désolé; il ne dit plus rien; il tournait la tête de tous côtés.
«J'ai mal, dit-il; j'ai mal... C'est Blaise!... c'est sa faute,... c'est lui qui me déchire le cerveau... Aïe, aïe! qu'est-ce qu'il veut? il ne dit pas..., mais je vois bien... il veut que je devienne comme lui,... que je dise tout à papa, à tout le monde... Non, c'est impossible,... impossible... Blaise, laisse-moi!... je ne peux pas,... tu vois bien que je ne peux pas,... on saurait tout, tout... Quelle honte!... Je ne peux pas.»
Encore un silence, mais l'agitation ne cessait pas. Blaise restait à la porte, tremblant, effrayé, ne sachant pas s'il devait se montrer ou s'en aller. M. de Trénilly attendait avec impatience le médecin qu'il avait envoyé chercher.
La veille, quand il était rentré de chez Anfry, il n'avait rien dit à Jules, dont l'inquiétude augmentait d'heure en heure en voyant l'air sévère et préoccupé de son père.
«Blaise a-t-il parlé à papa? se demandait-il. Qu'a-t-il dit?»
Sa frayeur augmenta lorsque, le soir, en lui disant adieu, son père, pour la première fois de sa vie, refusa de l'embrasser et lui dit:
«Va te coucher, Jules, va; mais, avant de t'endormir, réfléchis à ta conduite et repens-toi.»
«Papa sait tout, se dit-il. Que va-t-il faire, lui qui est si sévère? Je vais être très malheureux; il sera pour moi, comme il est pour Hélène et pour tout le monde, sévère à faire trembler. Ce méchant Blaise! qu'avait-il besoin de se justifier! Ne voilà-t-il pas un grand malheur que papa ne l'aime pas et le croie menteur et voleur? Papa n'est pas son père! il aurait peut-être chassé les Anfry, voilà tout... Mon Dieu, que va-t-il m'arriver demain? J'ai peur! Oh! j'ai peur! Je m'ennuie tant, déjà! Ce sera bien pis!»
Après avoir passé une partie de la nuit dans cette cruelle inquiétude, Jules, à peine rétabli de sa maladie, fut pris de la fièvre et du délire. Quand la bonne d'Hélène vint le lendemain ouvrir ses volets et lui apporter ce qui lui était nécessaire pour sa toilette, elle le trouva si malade qu'elle courut avertir le comte. Il envoya immédiatement chercher le meilleur médecin de la ville voisine, et s'établit près de son fils sans savoir quels soins, quels remèdes lui donner. Les paroles incohérentes de Jules lui découvrirent la cause de sa maladie; quelque chose de grave troublait sa conscience; il ne savait quel moyen employer pour la décharger du poids qui l'oppressait. Personne dans la maison n'avait d'empire sur Jules et ne possédait son affection. Dans sa détresse, le malheureux comte se retourna comme pour chercher du secours; il aperçut Blaise, toujours immobile, debout à la porte; les domestiques étaient tous sortis.
«Blaise, mon ami, dit à mi-voix M. de Trénilly, c'est Dieu qui t'envoie. Viens m'aider à guérir le cerveau malade de mon pauvre Jules. Viens; c'est le remords qui le tue; le remords du mal qu'il t'a fait. Dis-lui que tu lui pardonnes; et dis-moi aussi que tu me pardonnes. Dieu te venge en m'éclairant.»
Le comte tendit la main à Blaise, qui voulut la baiser, mais le comte, l'attirant, le serra contre son coeur.
«Blaise, Blaise, prie Dieu qu'il nous pardonne, qu'il ne m'enlève pas mon fils, qu'il lui ouvre les yeux comme il me les a ouverts à moi, qu'il lui donne le temps du repentir; qu'il puisse réparer le mal qu'il t'a fait! Blaise, mon enfant, prie pour nous, toi qui sais prier.»
Et le comte tomba à genoux près du lit de Jules, dont les fréquents gémissements, les paroles entrecoupées lui brisaient le coeur.
Blaise, lui aussi, se mit à genoux, près du comte; il pria et pleura; sa prière fervente et généreuse obtint du bon Dieu un léger adoucissement aux souffrances de Jules; quand le comte se releva, Jules dormait d'un sommeil assez calme.
Le comte le regarda avec espérance et bonheur; il releva Blaise, toujours agenouillé près du lit de Jules, lui serra les mains dans les siennes et lui dit à voix basse:
«Reste près de lui, mon enfant, pendant que je vais m'habiller. S'il s'éveille, viens me chercher.»
Jules dormit près d'une heure; le comte était revenu s'établir près de son lit, gardant Blaise près de lui. Le médecin n'arrivait pas; le comte ne savait que faire pour dégager la tête si évidemment embarrassée. La bonne n'y entendait rien non plus; Mme de Trénilly était restée à Paris pour le renouvellement de la première communion d'Hélène.
Jules s'éveilla; il ouvrit de grands yeux, regarda son père et Blaise sans les reconnaître.
«Je veux Blaise, dit-il... Il faut que je lui parle... Ne laissez pas entrer papa,... qu'il n'entende pas ce que je dirai... Appelez Blaise;... quand je lui aurai parlé, ma tête brûlera moins;... c'est si lourd dans ma tête... Tout ce que je veux dire pèse tantôt dans ma tête, tantôt dans mon coeur.
—Monsieur Jules, je suis près de vous, dit Blaise en s'approchant timidement.
—Qui es-tu? Va-t'en!... Je veux Blaise.
—C'est moi qui suis Blaise. Monsieur Jules; je viens vous soigner.
—Alors tu n'es pas Blaise... Blaise me déteste... Tu sais bien tout ce que j'ai dit de lui?... Eh bien, ce n'était pas vrai... Tout, tout était faux... Tu sais bien les poulets?... c'est moi qui les avais noyés... Tu sais bien les habits mouillés? c'est lui qui m'a donné les siens; c'est lui qui m'a tiré de l'eau; c'est lui qui a toujours été bon et moi toujours méchant... Tu sais bien les fleurs? c'est moi qui ai tout brisé; c'est moi qui les ai fait demander par Blaise... Tu sais bien le cerf-volant? c'est moi qui ai été méchant, si méchant!... Blaise a été si bon que cela m'a remué le coeur,... mais pas assez,... non... pas assez... Pauvre Blaise!... Tu as entendu comme il m'a pardonné?... Et papa aussi,... Blaise lui a pardonné!... Papa a été méchant pour Blaise!... C'est ma faute,... c'est moi qui mentais. Oh! ma tête!... Blaise! je veux Blaise!»
Le pauvre comte était dans un état déplorable. Chaque parole était pour lui une affreuse révélation de sa propre faiblesse, de sa propre injustice et de la méchanceté de son fils. La tête cachée dans les mains, il sanglotait à faire pitié; ses larmes se faisaient jour à travers ses doigts crispés, et venaient retomber sur la tête de Blaise à genoux près de lui.
«Mon Dieu, disait Blaise en lui-même, consolez ce pauvre M. le comte; mon Dieu, vous êtes si bon! pardonnez à ce pauvre M. Jules, donnez-lui le repentir de ses fautes, non pas le repentir qui le désole, mais le repentir qui console et qui rend meilleur. Rendez-lui la connaissance afin qu'il puisse décharger son coeur en avouant les fautes qui l'oppressent. Mon Dieu, ne le laissez pas mourir sans pardon; votre pardon à vous, bon et miséricordieux Jésus, le pardon de son pauvre père qu'il a gravement trompé et offensé. Pour moi, mon bon Dieu, vous savez que je lui ai pardonné depuis bien longtemps, dès que l'offense était commise. Mais vous, mon Dieu, notre père à tous, pardonnez-lui, il se repent.»
Cette prière de ce pieux et noble coeur ne devait pas être repoussée. Dieu l'accueillit dans sa miséricorde, et Jules devait être sauvé; sa guérison devait être complète, comme on le verra, mais elle se fit attendre; le père devait expier par ses angoisses les torts de sa faiblesse. Dieu permit que la maladie de Jules fût longue et cruelle.
Quand le médecin arriva, il déclara, après un examen prolongé et intelligent, que Jules était atteint d'une fièvre cérébrale. Après avoir entendu quelques phrases qui décelaient une conscience troublée, il recommanda que le malade ne fût soigné que par les deux personnes qui préoccupaient constamment son imagination frappée, afin qu'au premier retour de raison il ne vît que ces deux personnes, et qu'il ne pût pas craindre d'avoir été entendu par d'autres. Il ordonna ensuite de fréquentes applications de sinapismes aux pieds, aux chevilles, aux mollets, aux cuisses; il ordonna des boissons rafraîchissantes, de l'air dans la chambre, diète absolue, une demi-obscurité et pas de bruit.
La journée fut terrible; d'un accablement semblable à la mort, Jules passait à une agitation et à un flot de paroles accusatrices; il apprit ainsi à son malheureux père toute la noirceur de son âme. Le repentir que Jules témoignait de plus en plus adoucissait un peu le coup terrible porté à son amour et à son amour-propre de père. Plus il découvrait l'iniquité de Jules, plus il aimait et admirait la charité, la bonté si chrétienne de Blaise. Dix fois par jour il le serrait contre son coeur, il l'arrosait de ses larmes, et lui redemandait pardon pour Jules et pour lui-même. Blaise baisait les mains du comte, l'encourageait, le consolait, lui parlait du bon Dieu, lui enseignait la prière du coeur, la vraie prière du chrétien. Quand il ne pouvait calmer le désespoir du comte, il se mettait à genoux près de lui et disait tout haut les prières les plus touchantes, qui finissaient toujours par diminuer l'agitation du comte et lui rendre l'espérance.
L'état de Jules était le même depuis six jours: tantôt de l'amélioration, tantôt une reprise de délire et de fièvre. Le septième jour, après un sommeil de trois heures, dont avaient profité le comte et Blaise pour s'assoupir dans leurs fauteuils, Jules s'éveilla et appela Blaise comme de coutume.
«Me voici, Monsieur Jules, dit Blaise en sautant sur ses pieds et prenant sa main.
JULES
Ah! Blaise, c'est toi! Je suis content! J'avais tant besoin de te voir et de te parler. Pauvre Blaise! j'ai été méchant pour toi! Comment peux-tu me pardonner?
BLAISE
Mon bon Monsieur Jules, de tout mon coeur, du fond de mon coeur, je vous ai pardonné depuis bien longtemps. Notre-Seigneur n'a-t-il pas pardonné à tous ceux qui l'ont offensé? Ne devons-nous pas tous faire de même? Soyez tranquille, Monsieur Jules, ne vous agitez pas; nous parlerons de cela plus tard.
JULES
Je suis si faible; j'ai été bien malade, il me semble?
BLAISE
Oui, mais vous êtes mieux. Buvez un peu et dormez encore.»
Jules but de l'orangeade.
«C'est bon, dit-il; et toi, Blaise, comme tu es bon de rester près de moi! J'ai été si méchant pour toi! Oh! si tu savais, comme tout cela me brûlait la tête et le coeur!
—Chut, Monsieur Jules: ne parlez pas; vous vous ferez mal.»
Le comte, heureux de ce retour de Jules à la raison, ne pouvant maîtriser sa joie, fut sur le point de se montrer et d'embrasser son enfant, qu'il avait cru perdu, quand Jules retourna la tête et dit à Blaise:
«Blaise, ne dis pas à papa que je t'ai parlé; ne le laisse pas venir; si je le vois, je mourrai de honte et de frayeur.
BLAISE
Non, non, Monsieur Jules; je ne dirai rien, soyez bien tranquille; mais votre papa est si bon pour vous, il vous aime tant, que vous ne devez pas en avoir peur.
JULES
Mais la honte, Blaise, la honte?
BLAISE
Eh bien, monsieur Jules, ce sera l'expiation de votre faute: ce sera beau de tout avouer. Mais vous avez le temps d'y penser, Dieu merci: ainsi tâchez de dormir encore; nous causerons de cela plus tard.»
Blaise fut satisfait d'avoir pu jeter dans l'âme de Jules la première pensée de l'aveu comme expiation; il mettait entre ses mains le moyen d'apaiser sa conscience, de retrouver le calme qu'il avait perdu.
Jules reçut les paroles de Blaise avec quelque surprise mêlée de satisfaction; il sentait vaguement qu'il pouvait tout réparer; mais, trop faible pour réfléchir sérieusement, il se laissa aller au sommeil et dormit encore deux bonnes heures.
M. de Trénilly osait à peine remuer, tant il avait peur de troubler le repos de Jules; il désirait dire quelques mots à Blaise, et il n'osait parler. Blaise, s'apercevant de son angoisse, se leva sans bruit, arriva jusqu'à lui sur la pointe des pieds; quand il fut à la portée du comte, celui-ci l'attira doucement à lui, le serra vivement dans ses bras et lui dit bas à l'oreille:
«Dis-lui que je sais tout, que je lui pardonne, que je l'aime, que c'est toi qui as changé mon coeur, que tu es son frère, mon second enfant.
—Je lui dirai combien vous êtes bon, Monsieur le comte, répondit Blaise tout bas.
LE COMTE
Rassure-le, encourage-le, mon ami, mon bon Blaise, afin qu'il n'ait plus peur de moi. Ah! cette pensée me tue.
BLAISE
J'arrangerai tout avec l'aide du bon Dieu, mon bon Monsieur le comte; ayez confiance, vous en serez récompensé.»
Le comte ne le retint plus, et, cachant sa tête dans ses mains, il réfléchit à la piété de Blaise et aux vertus véritablement admirables de cet enfant.
«Comment a-t-il appris tout cela? se demandait-il avec surprise. Ce pauvre enfant de portier a les sentiments élevés d'un prince, la science d'un savant, la générosité, la charité d'un saint. Quand il me parle, il m'émeut; quand il me console, ses paroles pénètrent mon coeur de si doux sentiments que je ne sens plus mes inquiétudes ni mon malheur. Quand il me reprend, il me fait rougir comme s'il avait autorité sur moi. Pourquoi tout cela?... Pourquoi? ajouta-t-il; parce qu'il est pieux, parce qu'il a suivi avec fruit les instructions du catéchisme, parce qu'il va faire sa première communion, parce qu'il est un saint enfant de Dieu... Et mon Jules, mon pauvre Jules, qu'est-il auprès de cet enfant? Un malheureux pécheur, un misérable comme moi. Ah! que le bon Dieu me rende mon enfant, et je me confesserai avec lui et je recevrai le bon Dieu près de lui, et je m'améliorerai avec lui, et notre maître à tous deux sera ce pauvre enfant calomnié, outragé, maltraité par nous... J'aime cet enfant; je l'aime à l'égal du mien, je le respecte, je l'admire; il sera mon modèle et mon guide.»
Le comte regarda avec attendrissement le pauvre Blaise, qui s'était rendormi dans un fauteuil, et dont la physionomie exprimait si bien le calme d'une bonne conscience. Il se leva, se plaça près du lit de Jules, et contempla avec une pénible émotion son visage contracté et agité.
«Mon Dieu, dit-il, rendez-le semblable au pieux et sage Blaise, et pardonnez-moi de l'avoir si mal élevé. Que je sois seul puni, et que mon fils soit épargné!»
Le comte resta longtemps près de Jules, suivant avec anxiété ses moindres mouvements, prêt à se cacher à son premier réveil. Jules dormit longtemps encore; évidemment il était mieux. Il s'éveilla enfin, ouvrit les yeux et poussa un faible cri qui fit sauter Blaise de dessus son fauteuil. Le comte s'était retiré et caché derrière le rideau du lit.
«Blaise, Blaise, je crois que j'ai vu papa... J'ai rêvé sans doute, ajouta-t-il en se soulevant et regardant de tous côtés... Je croyais qu'il était là... J'ai eu peur, bien peur.
BLAISE
Et pourquoi avoir peur de votre papa, mon bon monsieur Jules? Croyez-vous qu'il aurait le coeur de vous gronder après vous avoir vu si malade?
JULES
Blaise, est-ce que j'ai dit quelque chose pendant ma maladie? Dis-moi la vérité! Qu'ai-je dit? Je me souviens que je parlais beaucoup.
BLAISE
Ecoutez, mon cher Monsieur Jules, ne vous effrayez de rien, ne regrettez rien. Tout est pour le mieux. Pendant que vous étiez si mal, que nous craignions de vous voir mourir, vous avez dit tout ce que vous avez fait; vous avez tout raconté; votre papa pleurait, vous embrassait, vous serrait dans ses bras et priait le bon Dieu de vous sauver. Vous voyez bien qu'il ne vous en voulait pas.
—Tout le monde sait donc ce que je suis? dit Jules avec accablement.
BLAISE
Personne, Monsieur Jules, personne que votre papa et moi. Il n'y a que nous deux qui approchions de vous.
JULES
Et papa sait tout! Comme il doit me mépriser!
—Jules, mon enfant chéri, s'écria le comte, incapable de résister plus longtemps au désir de le rassurer; Jules! je t'aime toujours; plus qu'avant ta maladie, parce que je vois tes remords et que je t'en estime davantage. Oh! Jules! mon cher fils! le vrai coupable, c'est moi, qui ne t'ai jamais parlé du bon Dieu et qui t'ai donné un si triste exemple. Jules! pardonne-moi, mon enfant; c'est ton père qui a besoin de pardon, parce qu'il est le vrai, le grand coupable!»
Jules, étonné, attendri, ne pouvait parler, mais il répondait à l'étreinte passionnée de son père en le couvrant de larmes. Le comte eut peur en le voyant ainsi pleurer; mais ces pleurs étaient un baume pour l'âme malade de Jules; ces larmes le soulageaient.
«Papa! papa! laissez-moi pleurer, dit Jules retenant son père, qui cherchait à s'éloigner, pleurer dans vos bras!... Quel bien me font ces larmes! Comme je me sens mieux! Quel soulagement, quel bonheur de n'avoir plus rien à vous cacher, de savoir que vous connaissez la vérité, toute la vérité! Pauvre Blaise!
—Oui, pauvre Blaise en effet! Mais à l'avenir nous l'aimerons tant, nous tâcherons de le rendre si heureux, qu'il ne sera plus pauvre Blaise! Je lui ai de grandes obligations, car c'est à lui que je dois le changement de mon coeur, que je dois de savoir aimer Dieu et prier. Et toi aussi, mon fils, mon cher fils, c'est lui qui le premier t'a donné des sentiments de repentir; il t'a touché par sa patience, sa charité, sa générosité, son admirable humilité.
—C'est vrai, papa! Mais vous savez donc tout? ajouta Jules en souriant.
—Tout, mon ami, tout, dit le comte, enchanté de ce sourire, le premier qu'il eût vu sur les lèvres de Jules depuis plusieurs semaines. Et à présent que tu es tranquille sur mes sentiments à ton égard, tâche de te reposer, tu es faible, bien faible encore.
—Papa, j'ai faim. Quand j'aurai pris quelque chose, je reposerai mieux.
—Tu as faim? tant mieux, mon enfant. Blaise, mon ami, va lui chercher une petite tasse de bouillon de poule.»
Blaise ne fit qu'un saut du lit de Jules à la porte; il courut annoncer la bonne nouvelle de la convalescence de Jules, et demanda un bouillon, qu'on fit chauffer avec empressement.
Pendant son absence, Jules prit la main de son père, la baisa à plusieurs reprises, le regarda fixement et dit avec hésitation:
«Papa,... papa, Blaise est mon frère.
—Et mon second fils, mon cher Jules; je suis heureux de te voir devancer ma pensée.»
Blaise rentra avec la tasse de bouillon, que Jules but avec avidité. A partir de ce moment la convalescence s'établit et marcha rapidement. M. de Trénilly continua à veiller près de Jules, mais il ne voulut pas souffrir que Blaise continuât de nuit le rôle de garde-malade. Il le renvoya coucher ce même soir chez son père. Blaise avait réellement besoin de repos; il avait à peine sommeillé pendant les sept jours du danger de Jules; la nuit comme le jour, il était avec le comte, toujours au chevet du lit. Le comte avait voulu plusieurs fois l'envoyer passer au moins une nuit chez ses parents, mais Blaise avait toujours refusé; il se bornait à y courir matin et soir pour donner des nouvelles de Jules. pour se débarbouiller et changer de vêtements.—Blaise raconta à ses parents tout ce qui s'était passé ce jour-là; il s'étendit avec bonheur dans son lit, après avoir remercié le bon Dieu de ses bienfaits; il ne tarda pas à s'endormir et ne se réveilla que le lendemain au grand jour.