WeRead Powered by ReaderPub
Pêcheur d'Islande cover

Pêcheur d'Islande

Chapter 31: Chapitre VII
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

The narrative follows a small group of seamen and their circle as they live, sail to distant fishing grounds, and return ashore where romances, local rituals, and domestic waiting intersect with the dangers and monotony of maritime life. Episodes alternate between crowded, salt-stiff ship interiors and quiet village moments, portraying comradeship, coarse humor, religious superstition, and tender attachments strained by long absences. Recurrent images of sea, wind, and ritual underscore themes of fatalism, longing, and the human cost of an unforgiving environment.

Chapitre VII

Gaud, qui venait pour s’informer, la trouva le soir ainsi, toute décoiffée, laissant pendre les bras, la tête contre la pierre, avec une grimace et un hi hi hi! plaintif de petit enfant; elle ne pouvait presque pas pleurer: les trop vieilles grand’mères n’ont plus de larmes dans leurs yeux taris.

— Mon petit-fils qui est mort!

Et elle lui jeta sur les genoux les lettres, les papiers, la médaille.

Gaud parcourut d’un coup d’oeil, vit que c’était bien vrai, et se mit à genoux pour prier.

Elles restèrent là ensemble, presque muettes, les deux femmes, tant que dura ce crépuscule de juin — qui est très long en Bretagne et qui là-bas, en Islande, ne finit plus. Dans la cheminée, le grillon qui porte bonheur leur faisait tout de même sa grêle musique. Et la lueur jaune du soir entrait par la lucarne, dans cette chaumière Moan que la mer avait tous pris, qui étaient maintenant une famille éteinte...

A la fin Gaud disait:

— Je viendrai, moi, ma bonne grand’mère, demeurer avec vous; j’apporterai mon lit qu’on m’a laissé, je vous garderai, je vous soignerai, vous ne serez pas toute seule...

Elle pleurait son petit ami Sylvestre, mais dans son chagrin elle se sentait distraite involontairement par la pensée d’un autre: — celui qui était reparti pour la grande pêche.

Ce Yann, on allait lui faire savoir que Sylvestre était mort; justement les chasseurs devaient bientôt partir. Le pleurerait-il seulement?... Peut-être que oui, car il l’aimait bien... Et au milieu de ses propres larmes, elle se préoccupait de cela beaucoup, tantôt s’indignant contre ce garçon dur, tantôt s’attendrissant à son souvenir, à cause de cette douleur qu’il allait avoir lui aussi et qui était comme un rapprochement entre eux deux; — en somme, le coeur tout rempli de lui...