SCÈNE II
Place publique, ou plate-forme conduisant aux lices. Sur un des côtés de la place est un pavillon pour la réception du roi, de la princesse, et des seigneurs.
Entrent SIMONIDE, THAISA, des seigneurs; suite.
SIMONIDE.--Les chevaliers sont-ils prêts à commencer le spectacle?
PREMIER SEIGNEUR.--Ils sont prêts, seigneur, et n'attendent que votre arrivée pour se présenter.
SIMONIDE.--Allez leur dire que nous sommes prêts, et que notre fille, en l'honneur de qui sont célébrées ces fêtes, est ici assise comme la fille de la beauté que la nature créa pour l'admiration des hommes.
(Un seigneur sort.)
THAISA.--Mon père, vous aimez à mettre ma louange au-dessus de mon mérite.
SIMONIDE.--Cela doit être; car les princes sont un modèle que les dieux font semblable à eux. Comme les bijoux perdent leur éclat si on les néglige, de même les princes perdent leur fleur si l'on cesse de leur rendre hommage. C'est maintenant un honneur qui vous regarde, ma fille, d'expliquer les vues de chaque chevalier dans sa devise.
THAISA.--C'est ce que je ferai pour conserver mon honneur.
(Entre un chevalier. Il passe sur le théâtre, et son écuyer offre son écu à la princesse.)
SIMONIDE.--Quel est ce premier qui se présente?
THAISA.--Un chevalier de Sparte, mon illustre père. Et l'emblème qu'il porte sur son bouclier est un noir Éthiopien qui regarde le soleil; la devise est: Lux tua vita mihi.
SIMONIDE.--Il vous aime bien celui qui tient la vie de vous. (Un second chevalier passe.) Quel est le second qui se présente?
THAISA.--Un prince de Macédoine, mon noble père! L'emblème de son bouclier est un chevalier armé, vaincu par une dame; la devise est en espagnol: Più per dulçura que per fuerça.
(Un troisième chevalier passe.)
SIMONIDE.--Et quel est le troisième?
THAISA.--Le troisième est d'Antioche; son emblème est une guirlande de chevalier, avec cette devise: Me pompæ provehit apex.
(Un quatrième chevalier passe.)
SIMONIDE.--Quel est le quatrième?
THAISA.--Il porte une torche brûlante renversée, avec ces mots: Quod me alit me extinguit.
SIMONIDE.--Ce qui veut dire que la beauté a le pouvoir d'enflammer et de faire périr.
(Un cinquième chevalier passe.)
THAISA.--Le cinquième a une main entourée de nuages, tenant de l'or éprouvé par une pierre de touche. La devise dit: Sic spectanda fides.
(Un sixième chevalier passe.)
SIMONIDE.--Et quel est le sixième et dernier, qui t'a présenté lui-même son bouclier avec tant de grâce?
THAISA.--Il paraît étranger; mais son emblème est une branche flétrie qui n'est verte qu'à l'extrémité, avec cette devise: In hac spe vivo.
SIMONIDE.--Charmante devise! Dans l'état de dénûment où il est, il espère que par vous sa fortune se relèvera.
PREMIER SEIGNEUR.--Il avait besoin de promettre plus qu'on ne doit attendre de son extérieur; car, à son armure rouillée, il semble avoir plus l'usage du fouet que de la lance.
SECOND SEIGNEUR.--Il peut bien être un étranger, car il vient à un noble tournoi avec un étrange appareil.
TROISIÈME SEIGNEUR.--C'est à dessein qu'il a laissé jusqu'à ce jour son armure se rouiller, pour la blanchir dans la poussière.
SIMONIDE.--C'est une folle opinion qui nous fait juger l'homme par son extérieur. Mais en voilà assez: les chevaliers s'avancent; plaçons-nous dans les galeries.
(Il sortent.--Acclamations; cris répétés de: Vive le pauvre chevalier!)
SCÈNE III
Salle d'apparat.--Banquet préparé.
SIMONIDE entre avec THAISA, les SEIGNEURS, les CHEVALIERS et suite.
SIMONIDE.--Chevaliers! vous dire que vous êtes les bienvenus, ce serait superflu; exposer tout votre mérite aux yeux comme le titre d'un livre, ce serait impossible, car vos exploits rempliraient un volume, et la valeur se loue elle-même dans ses hauts faits. Apportez ici de la gaieté, car la gaieté convient à un festin. Vous êtes mes hôtes.
THAISA.--Mais vous, mon chevalier et mon hôte, je vous remets ce laurier de victoire, et vous couronne roi de ce jour de bonheur.
PÉRICLÈS.--Princesse, je dois plus à la fortune qu'à mon mérite.
SIMONIDE.--Dites comme vous voudrez; la journée est à vous, et j'espère qu'il n'est personne ici qui en soit envieux. En formant des artistes, l'art veut qu'il y en ait de bons, mais que d'autres les surpassent tous; vous êtes son élève favori. Venez, reine de la fête (car, ma fille, vous l'êtes): prenez votre place; et que le reste des convives soient placés, selon leur mérite, par le maréchal.
LES CHEVALIERS.--Le bon Simonide nous fait beaucoup d'honneur.
SIMONIDE.--Votre présence nous réjouit: nous aimons l'honneur, car celui qui hait l'honneur hait les dieux.
LE MARÉCHAL.--Seigneur, voici votre place.
PÉRICLÈS.--Une autre me conviendrait mieux.
PREMIER CHEVALIER.--Cédez, seigneur; car nous ne savons ni dans nos coeurs, ni par nos regards envier les grands ni mépriser les petits.
PÉRICLÈS.--Vous êtes de courtois chevaliers.
SIMONIDE.--Asseyez-vous, asseyez-vous, seigneur, asseyez-vous.
PÉRICLÈS.--Par Jupiter, dieu des pensées, je m'étonne que je ne puisse pas manger un morceau sans penser à elle!
THAISA.--Par Junon, reine du mariage, tout ce que je mange est sans goût; je ne désire que lui pour me nourrir. Certainement, c'est un brave chevalier!
SIMONIDE.--Ce n'est qu'un chevalier campagnard: il n'a pas plus fait que les autres; brisé une lance ou deux.--Oubliez cela.
THAISA.--Pour moi, c'est un diamant à côté d'un morceau de cristal.
PÉRICLÈS.--Ce roi est pour moi comme le portrait de mon père, et me rappelle sa gloire. Si des princes s'étaient assis autour de son trône comme des étoiles, il en eût été respecté comme le soleil: nul ne le voyait sans soumettre sa couronne à la suprématie de son astre; tandis qu'aujourd'hui son fils est un ver luisant dans la nuit, et qui n'aurait plus de lumière dans le jour. Je vois bien que le temps est le roi des hommes; il est leur père et leur tombeau, et ne leur donne que ce qu'il veut, non ce qu'ils demandent.
SIMONIDE.--Quoi donc! vous êtes contents, chevaliers?
PREMIER CHEVALIER.--Pourrait-on être autrement en votre présence royale?
SIMONIDE.--Allons, avec une coupe remplie jusqu'au bord (vous qui aimez, il faut boire à votre maîtresse), nous vous portons cette santé.
LES CHEVALIERS.--Nous remercions Votre Altesse.
SIMONIDE.--Arrêtez un instant; ce chevalier, il me semble, est là tout mélancolique, comme si la fête que nous donnons à notre cour était au-dessous de son mérite. Ne le remarquez-vous pas, Thaïsa?
THAISA.--Qu'est-ce que cela me fait, mon père?
SIMONIDE.--Écoutez, ma fille, les princes doivent imiter les dieux qui donnent généreusement à tous ceux qui viennent les honorer. Les princes qui s'y refusent ressemblent à des cousins qui bourdonnent avec bruit, et dont la petitesse étonne quand on les a tués. Ainsi donc, pour égayer sa rêverie, vidons cette coupe à sa santé.
THAISA.--Hélas! mon père, il ne convient pas d'être si hardie avec un chevalier étranger. Il pourrait s'offenser de mes avances, car les hommes prennent les dons des femmes pour des preuves d'impudence.
SIMONIDE.--Quoi donc! faites ce que je dis, ou vous me mettrez en courroux.
THAISA, à part.--J'atteste les dieux qu'il ne pouvait m'ordonner rien de plus agréable.
SIMONIDE.--Et ajoutez que nous désirons savoir d'où il est, son nom et son lignage.
THAISA.--Seigneur, le roi mon père a porté votre santé.
PÉRICLÈS.--Je le remercie.
THAISA.--En désirant que ce qu'il a bu fût autant de sang ajouté au vôtre.
PÉRICLÈS.--Je vous remercie, lui et vous, et vous réponds cordialement.
THAISA.--Mon père désire savoir de vous d'où vous êtes, votre nom et votre lignage.
PÉRICLÈS.--Je suis un chevalier de Tyr, mon nom est Périclès, mon éducation a été celle des arts et des armes: en courant le monde pour y chercher des aventures, j'ai perdu dans les flots mes vaisseaux et mes soldats, et c'est le naufrage qui m'a jeté sur cette côte.
THAISA.--Il vous rend grâces; il s'appelle Périclès, chevalier de Tyr, qui en courant les aventures a perdu ses vaisseaux et ses soldats, et a été jeté sur cette côte par le naufrage.
SIMONIDE.--Maintenant, au nom des dieux, je plains son infortune et veux le distraire de sa mélancolie. Venez, chevalier, nous donnons trop de temps à de vains plaisirs quand d'autres fêtes nous attendent. Armé comme vous êtes, vous pouvez figurer dans une danse guerrière. Je n'admets point d'excuse; ne dites pas que cette bruyante musique étourdit les dames, elles aiment les hommes en armes autant que leurs lits. (Les chevaliers dansent.) L'exécution a répondu à mon attente. Venez, chevalier, voici une dame qui veut avoir son tour; j'ai entendu dire que vous autres chevaliers de Tyr vous excellez à faire sauter les dames, et que vous dansez plus en mesure que personne.
PÉRICLÈS.--Oui, seigneur, pour ceux qui veulent bien s'en contenter.
SIMONIDE.--Vous parlez comme si vous désiriez un refus. (Les chevaliers et les dames dansent.) Cessez, cessez, je vous remercie, chevaliers; tous ont bien dansé, mais vous (à Périclès) le mieux de tous. Pages, prenez des flambeaux pour conduire ces chevaliers à leurs appartements. Quant au vôtre, seigneur, nous avons voulu qu'il fût tout près du nôtre.
PÉRICLÈS.--Je suis aux ordres de Votre Majesté.
SIMONIDE.--Princes, il est trop tard pour parler d'amour, car je sais que c'est le but auquel vous visez. Que chacun aille goûter le repos; demain chacun fera de son mieux pour plaire.
(Ils sortent.)
SCÈNE IV
Tyr.--Appartement dans le palais du gouverneur.
HÉLICANUS entre avec ESCANÈS.
HÉLICANUS.--Non, non, mon cher Escanès, apprends cela de moi.--Antiochus fut coupable d'inceste; voilà pourquoi les dieux puissants se sont enfin lassés de tenir en réserve la vengeance due à son crime atroce. Au milieu même de sa gloire, lorsque dans l'orgueil de son pouvoir il était assis avec sa fille sur un char d'une inestimable valeur, un feu du ciel descendit et flétrit leurs corps jusqu'à les rendre des objets de dégoût. Ils répandaient une odeur si infecte qu'aucun de ceux qui les adoraient avant leur chute n'oseraient leur donner la sépulture.
ESCANÈS.--Voilà qui est étrange.
HÉLICANUS.--Et juste cependant: le roi était grand, mais sa grandeur ne pouvait être un bouclier contre le trait céleste, le crime devait avoir sa récompense.
ESCANÈS.--Cela est vrai.
(Entrent trois seigneurs.)
PREMIER SEIGNEUR.--Voyez, il n'y a pas un seul homme pour lequel, dans les conférences particulières ou dans le conseil, il ait les mêmes égards que pour lui.
SECOND SEIGNEUR.--Nous saurons enfin nous plaindre.
TROISIÈME SEIGNEUR.--Maudit soit celui qui ne nous secondera pas.
PREMIER SEIGNEUR.--Suivez-moi donc: seigneur Hélicanus, un mot.
HÉLICANUS.--Moi?--Soyez donc les bienvenus. Salut, seigneurs.
PREMIER SEIGNEUR.--Sachez que nos griefs sont au comble et vont enfin déborder.
HÉLICANUS.--Vos griefs! quels sont-ils? N'outragez pas le prince que vous aimez.
PREMIER SEIGNEUR.--Ne vous manquez donc pas à vous-même, noble Hélicanus: si le prince vit, faites-le-nous saluer, ou dites-nous quelle contrée jouit du bonheur de sa présence; s'il est dans ce monde, nous le chercherons, s'il est dans le tombeau, nous l'y trouverons. Nous voulons savoir s'il vit encore pour nous gouverner; ou, s'il est mort, nous voulons le pleurer et procéder à une élection libre.
SECOND SEIGNEUR.--C'est sa mort qui nous semble presque certaine. Comme ce royaume sans son chef, tel qu'un noble édifice sans toiture, tomberait bientôt en ruine, c'est à vous comme au plus habile et au plus digne que nous nous soumettons.--Soyez notre souverain.
TOUS.--Vive le noble Hélicanus!
HÉLICANUS.--Soyez fidèles à la cause de l'honneur; épargnez-moi vos suffrages, si vous aimez le prince Périclès. Si je me rends à vos désirs, je me jette dans la mer, où il y a des heures de tourmente pour une minute de calme. Laissez-moi donc vous supplier de différer votre choix pendant un an encore en l'absence du roi. Si, ce terme expiré, il ne revient pas, je supporterai avec patience le joug que vous m'offrez. Si je ne puis vous amener à cette complaisance, allez, en nobles chevaliers et en fidèles sujets, chercher votre prince et les aventures: si vous le trouvez et le faites revenir, vous serez comme des diamants autour de sa couronne.
PREMIER SEIGNEUR.--Il n'y a qu'un fou qui ne cède pas à la sagesse; et puisque le seigneur Hélicanus nous le conseille, nous allons commencer nos voyages.
HÉLICANUS.--Vous nous aimez alors, et nous vous serrons la main. Quand les grands agissent ainsi de concert, un royaume reste debout.
(Ils sortent.)
SCÈNE V
Pentapolis.--Appartement dans le palais.
Entre SIMONIDE lisant une lettre; les CHEVALIERS viennent à sa rencontre.
PREMIER CHEVALIER.--Salut au bon Simonide!
SIMONIDE.--Chevaliers, ma fille me charge de vous dire qu'elle ne veut pas avant un an d'ici entrer dans l'état du mariage: ses motifs ne sont connus que d'elle, et je n'ai pu les pénétrer.
PREMIER CHEVALIER.--Ne pouvons-nous avoir accès auprès d'elle, seigneur?
SIMONIDE.--Non, ma foi! Elle s'est si bien renfermée dans sa chambre qu'on ne peut y entrer; elle veut porter pendant un an encore la livrée de Diane: elle l'a juré par l'astre de Cynthie et sur son honneur virginal.
SECOND CHEVALIER.--C'est avec regret que nous prenons congé de vous.
(Ils sortent.)
SIMONIDE.--Les voilà bien congédiés: maintenant voyons la lettre de ma fille. Elle me dit qu'elle veut épouser le chevalier étranger, ou ne jamais revoir le jour ni la lumière. Madame, fort bien; votre choix est d'accord avec le mien: j'en suis charmé. Comme elle fait la décidée avant de savoir si j'approuve ou non! Allons, je l'approuve; et je n'admettrai pas plus de retard. Doucement, le voici; il me faut dissimuler.
(Entre Périclès.)
PÉRICLÈS.--Mille prospérités au bon Simonide!
SIMONIDE.--Recevez le même souhait; je vous remercie de votre musique d'hier soir: je vous proteste que jamais mes oreilles ne furent ravies par une mélodie aussi douce.
PÉRICLÈS.--Je dois ces éloges à l'amitié de Votre Altesse et non à mon mérite.
SIMONIDE.--Seigneur, vous êtes le maître de la musique.
PÉRICLÈS.--Le dernier de tous ses écoliers, mon bon seigneur.
SIMONIDE.--Permettez-moi une question.--Que pensez-vous, seigneur, de ma fille?
PÉRICLÈS.--Que c'est une princesse vertueuse.
SIMONIDE.--N'est-elle pas belle aussi?
PÉRICLÈS.--Comme un beau jour d'été, merveilleusement belle.
SIMONIDE.--Ma fille, seigneur, pense de vous avantageusement; au point qu'il faut que vous soyez son maître: elle veut être votre écolière, je vous en avertis.
PÉRICLÈS.--Je suis indigne d'être son maître.
SIMONIDE.--Elle ne pense pas de même: parcourez cet écrit.
PÉRICLÈS.--Qu'est-ce que ceci? Elle aime, dit cette lettre, le chevalier de Tyr. (A part.) C'est une ruse du roi pour me faire mourir. O généreux seigneur, ne cherchez point à tendre un piège à un malheureux étranger qui ne prétendit jamais à l'amour de votre fille, et se contente de l'honorer.
SIMONIDE.--Tu as ensorcelé ma fille, et tu es un lâche.
PÉRICLÈS.--Non, de par les dieux! Seigneur, jamais je n'eus une pensée capable de vous faire outrage; je n'ai rien fait pour mériter son amour ou votre déplaisir.
SIMONIDE.--Traître, tu mens.
PÉRICLÈS.--Traître!
SIMONIDE.--Oui, traître.
PÉRICLÈS.--A tout autre qu'au roi, je répondrais qu'il en a menti par la gorge.
SIMONIDE, à part.--J'atteste les dieux que j'applaudis à son courage.
PÉRICLÈS.--Mes actions sont aussi nobles que mes pensées qui n'eurent jamais rien de bas. Je suis venu dans votre cour pour la cause de l'honneur, et non pour y être un rebelle; et quiconque dira le contraire, je lui ferai voir par cette épée qu'il est l'ennemi de l'honneur.
SIMONIDE, à part.--Non!--Voici ma fille qui portera témoignage.
(Entre Thaïsa.)
PÉRICLÈS.--Vous qui êtes aussi vertueuse que belle, dites à votre père couronné si jamais ma langue a sollicité ou si ma main a rien écrit qui sentit l'amour.
THAISA.--Quand vous l'auriez fait, seigneur, qui s'offenserait de ce qui me rendrait heureuse?
SIMONIDE.--Ah! madame, vous êtes si décidée? J'en suis charmé (à part). Je vous dompterai.--Voulez-vous sans mon consentement aimer un étranger? (à part). Qui, ma foi, est peut-être mon égal par le sang.--Écoutez-moi bien, madame, préparez-vous à m'obéir; et vous, seigneur, écoutez aussi.... Ou soyez-moi soumis, ou je vous.... marie. Allons, venez, vos mains et vos actes doivent sceller ce pacte: c'est en les réunissant que je détruis vos espérances; et, pour votre plus grand malheur, Dieu vous comble de ses joies.--Quoi, vous êtes contente?
THAISA, à Périclès.--Oui, si vous m'aimez, seigneur.
PÉRICLÈS.--Autant que ma vie aime le sang qui l'entretient.
SIMONIDE.--Quoi, vous voilà d'accord?
TOUS DEUX.--Oui, s'il plaît à Votre Majesté.
SIMONIDE.--Cela me plaît si fort que je veux vous marier; allez donc le plus tôt possible vous mettre au lit.
FIN DU SECOND ACTE.
ACTE TROISIÈME
Entre GOWER.
GOWER.--Maintenant le sommeil a terminé la fête. On n'entend plus dans le palais que des ronflements, rendus plus bruyants par un estomac surchargé des mets de ce pompeux repas de noces. Le chat, avec ses yeux de charbon ardent, se tapit près du trou de la souris, et les grillons qu'égaye la sécheresse chantent sous le manteau de la cheminée. L'hymen a conduit la fiancée au lit, où, par la perte de sa virginité, un enfant est jeté dans le moule. Soyez attentifs; et le temps, si rapidement écoulé, s'agrandira, grâce à votre riche et capricieuse imagination; ce qui va vous être offert en spectacle muet sera expliqué par mes paroles.--(Pantomime.--Périclès entre par une porte avec Simonide, et sa suite. Un messager les aborde, s'agenouille, et donne une lettre à Périclès. Périclès la montre à Simonide. Les seigneurs fléchissent le genou devant le prince de Tyr. Entrent Thaïsa, enceinte, et Lychorida. Simonide communique la lettre à sa fille. Elle se réjouit. Thaïsa et Périclès prennent congé de Simonide et partent; Simonide et les autres se retirent.)
On a soigneusement cherché Périclès à travers les pays les plus terribles et les plus sombres, aux quatre coins opposés du monde; on l'a cherché avec soin et diligence, à cheval, sur des navires, et sans épargner aucuns frais. Enfin la renommée répond à ces puissantes recherches. De Tyr à la cour de Simonide on apporte des lettres dont voici la teneur:
«Antiochus et sa fille sont morts. Les seigneurs ont voulu placer la couronne sur la tête d'Hélicanus; mais il l'a refusée, se hâtant de leur dire, pour apaiser le tumulte, que, si le roi Périclès ne revient pas dans douze mois, il se rendra alors à leurs voeux.»
Cette nouvelle, apportée à Pentapolis, y a ravi toute la contrée; chacun applaudit et s'écrie: Notre jeune prince naîtra roi. Qui eût rêvé, qui eût deviné une semblable chose? Bref il faut qu'il parte pour Tyr. Son épouse, enceinte, désire partir. (Qui s'y opposerait?) Nous abrégeons le récit des pleurs et des regrets. Elle prend avec elle Lychorida, sa nourrice, et s'embarque. Le vaisseau se balance sur le sein de Neptune: la quille de leur vaisseau a fendu la moitié des ondes; mais nouveau caprice de la fortune: le nord envoie une telle tempête, que, semblable à un cygne qui plonge pour se sauver, le pauvre navire est la proie de sa furie. La dame pousse des cris, et se voit près d'accoucher d'effroi. Vous allez voir la suite de cet orage, dont je ne ferai pas le récit, ne pouvant pas espérer de m'en acquitter dignement. Représentez-vous par l'imagination le vaisseau sur lequel le prince, ballotté par les flots, est supposé parler.
(Gower sort.)
SCÈNE I
PÉRICLÈS sur un vaisseau en mer.
PÉRICLÈS.--O toi, dieu de ce vaste abîme, gourmande ces vagues qui lavent le ciel et la terre; et toi, qui gouvernes les vents, enferme-les dans leur prison d'airain, après les avoir fait sortir de l'abîme! Apaise ces tonnerres terribles et assourdissants! Éteins doucement les agiles éclairs de soufre! O Lychorida, comment se trouve ma reine? Tempête, vomiras-tu sur nous tout ton venin? Le sifflet du matelot est comme un faible murmure à l'oreille de la mort qui ne l'entend point. Lychorida, Lucina, ô divine patronne, et sage-femme, qui protège ceux qui gémissent dans la nuit, abaisse ta divinité sur ce navire battu par l'orage, abrège l'angoisse de la reine! Eh bien! Lychorida?
(Lychorida entre avec un enfant.)
LYCHORIDA.--Voici un être trop jeune pour un tel lieu, et qui, s'il était doué déjà de la pensée, mourrait comme je me sens près de le faire. Recevez dans vos bras ce reste de votre épouse inanimée.
PÉRICLÈS.--Que dis-tu, Lychorida?
LYCHORIDA.--Patience; seigneur, n'assistez pas l'orage: voici tout ce qui vit encore de notre reine.... une petite fille;--pour l'amour d'elle, soyez un homme et prenez courage.
PÉRICLÈS.--O vous, dieux! nous faites-vous aimer vos célestes dons pour nous les enlever? Nous du moins, ici-bas, nous ne redemandons pas ce que nous donnons, et en cela nous l'emportons sur vous.
LYCHORIDA.--Patience, bon prince, même dans ce malheur.
PÉRICLÈS.--Maintenant que ta vie soit calme! car jamais enfant n'eut une naissance plus troublée! Que ta destinée soit paisible et douce, car jamais fille de prince ne fut accueillie dans ce monde avec plus de sévérité. Puisse la suite être heureuse pour toi! tu as une naissance aussi bruyante que le feu, l'air, l'eau, la terre et le ciel pouvaient te la procurer pour annoncer ta sortie du sein qui te conçut; et déjà même tu as plus perdu que tu ne gagneras dans la vie.--Que les dieux bienveillants jettent sur elle un favorable regard.
(Deux matelots entrent.)
PREMIER MATELOT.--Eh bien! avez-vous bon courage? Dieu vous conserve!
PÉRICLÈS.--J'ai assez de courage. Je ne crains pas la tempête, elle m'a fait le plus grand mal qu'elle pût me faire; cependant, pour l'amour de ce pauvre enfant, je souhaite que le ciel s'éclaircisse.
PREMIER MATELOT.--Relâche les cordages; allons donc.... Souffle et fais tous tes efforts.
SECOND MATELOT.--Mais les vagues sombres vont caresser la lune: je ne puis.
PREMIER MATELOT.--Seigneur, la reine doit être jetée à la mer. La mer est si haute, le vent si violent qu'il ne se calmera que quand nous aurons débarrassé le vaisseau des morts.
PÉRICLÈS.--C'est une superstition.
PREMIER MATELOT.--Pardonnez-nous, seigneur; c'est une chose que nous avons toujours observée sur mer, et nous parlons sérieusement; rendez-vous donc, car il faut la jeter à la mer sans plus tarder.
PÉRICLÈS.--Faites ce que vous croirez nécessaire.--Malheureuse princesse!
LYCHORIDA.--C'est là qu'elle repose, seigneur.
PÉRICLÈS.--O mon amie, tu as eu un terrible accouchement, sans lumière, sans feu; les éléments ennemis t'ont complètement oubliée, et le temps me manque pour te rendre les honneurs de la sépulture; mais à peine déposée dans le cercueil, il faut que tu sois précipitée dans les flots! Au lieu d'un monument élevé à ta cendre et de lampe funéraire, l'énorme baleine et les vagues mugissantes recouvriront ton corps au milieu des coquillages. Lychorida, dis à Nestor de m'apporter des épices, de l'encre et du papier, ma cassette et mes bijoux. Dis à Méandre de m'apporter le coffre de satin. Couche l'enfant: va vite, pendant que je dis à Thaïsa un adieu religieux: hâte-toi, femme.
(Lychorida sort.)
SECOND MATELOT.--Seigneur, nous avons sous les écoutilles une caisse déjà enduite de bitume.
PÉRICLÈS.--Je te rends grâces, matelot.--Quelle est cette côte?
SECOND MATELOT.--Nous sommes près de Tharse.
PÉRICLÈS.--Dirigeons-y notre proue avant de continuer notre route vers Tyr. Quand pourrons-nous y aborder?
SECOND MATELOT.--Au point du jour, si le vent cesse.
PÉRICLÈS.--Oh! voguons vers Tharse. Je visiterai Cléon, car l'enfant ne vivrait pas jusqu'à Tyr: je le confierai à une bonne nourrice. Va naviguer, bon matelot; je vais apporter le corps. (Ils sortent.)
SCÈNE II
Éphèse.--Appartement dans la maison de Cérimon.
Entrent CÉRIMON avec UN VALET et quelques personnes qui ont fait naufrage.
CÉRIMON.--Holà! Philémon.
(Philémon entre.)
PHILÉMON.--Est-ce mon maître qui appelle?
CÉRIMON.--Allume du feu et prépare à manger pour ces pauvres gens. La tempête a été forte cette nuit?
LE VALET.--J'ai vu plus d'une tempête, et jamais une semblable à celle de cette nuit.
CÉRIMON.--Votre maître sera mort avant votre retour: il n'est rien qui puisse le sauver. (A Philémon.)--Portez ceci à l'apothicaire, et vous me direz l'effet que le remède produira.
(Sortent Philémon, le valet et les naufragés.)
(Entrent deux Éphésiens.)
PREMIER ÉPHÉSIEN.--Bonjour, seigneur Cérimon.
SECOND ÉPHÉSIEN.--Bonjour à Votre Seigneurie.
CÉRIMON.--Pourquoi, seigneurs, vous êtes-vous levés si matin?
PREMIER ÉPHÉSIEN.--Nos maisons, situées près de la mer, ont été ébranlées comme par un tremblement de terre: les plus fortes poutres semblaient près d'être brisées, et le toit de s'écrouler. C'est la surprise et la peur qui m'ont fait déserter le logis.
SECOND ÉPHÉSIEN.--Voilà ce qui cause de si bon matin notre visite importune; ce n'est point un motif d'économie domestique.
CÉRIMON.--Oh! vous parlez bien.
PREMIER ÉPHÉSIEN.--Je m'étonne que Votre Seigneurie, ayant autour d'elle un si riche attirail, s'arrache de si bonne heure aux douces faveurs du repos. Il est étrange que la nature se livre à une peine à laquelle elle n'est pas forcée.
CÉRIMON.--J'ai toujours pensé que la vertu et le savoir étaient des dons plus précieux que la noblesse et la richesse. Des héritiers insouciants peuvent flétrir et dissiper ces deux derniers; mais les autres sont suivis par l'immortalité qui fait un dieu de l'homme. Vous savez que j'ai toujours étudié la médecine, dont l'art secret, fruit de la lecture et de la pratique, m'a fait connaître les sucs salutaires que contiennent les végétaux, les métaux et les minéraux. Je puis expliquer les maux que la nature cause, et je sais les moyens de les guérir: ce qui me rend plus heureux que la poursuite des honneurs incertains, ou le souci d'enfermer mes trésors dans des sacs de soie pour le plaisir du fou et de la mort.
SECOND ÉPHÉSIEN.--Votre Seigneurie a répandu ses bienfaits dans Éphèse, où mille citoyens s'appellent vos créatures, rendues par vous à la santé;--non-seulement votre science, vos travaux, mais encore votre bourse toujours ouverte, ont procuré au seigneur Cérimon une renommée que jamais le temps....
(Entrent deux valets avec une caisse.)
LE VALET.--Déposez ici.
CÉRIMON.--Qu'est-ce que cela?
LE VALET.--La mer vient de jeter sur la côte ce coffre, qui provient de quelque naufrage.
CÉRIMON.--Déposez-le là, que nous l'examinions.
SECOND ÉPHÉSIEN.--Cela ressemble à un cercueil, seigneur.
CÉRIMON.--Quoi que ce soit, le poids est des plus lourds: ouvrez cette caisse. L'estomac de la mer est surchargé d'or: la fortune a eu raison de le faire vomir ici.
SECOND ÉPHÉSIEN.--Vous avez deviné, seigneur.
CÉRIMON.--Comme elle est goudronnée partout! Est-ce la mer qui l'a jetée sur le rivage?
LE VALET.--Je n'ai jamais vu de vague aussi forte que celle qui l'a apportée.
CÉRIMON.--Allons, ouvre-la.--Doucement, doucement; quel parfum délicieux!
SECOND ÉPHÉSIEN.--C'est un baume exquis.
CÉRIMON.--Jamais je n'ai senti un plus doux parfum.--Allons, dépêchons.--O Dieu tout-puissant!--Que vois-je? un cadavre!
PREMIER ÉPHÉSIEN.--Chose étrange!
CÉRIMON.--Il est enveloppé d'un riche linceul et de sacs pleins de parfums. Un écrit! Apollon, rends-moi habile à lire.
(Il déroule un écrit et lit.)
«Je donne à connaître, si jamais ce cercueil touche à terre, qu'il contient une reine plus précieuse que tout l'or du monde, et quelle a été perdue par moi, roi Périclès. Que celui qui la trouvera, lui donne la sépulture! Elle fut la fille d'un roi: les dieux récompenseront sa charité: ce trésor lui appartient.»
Si tu vis, Périclès, ton coeur est déchiré de douleur.--Ce cercueil a été fait cette nuit.
SECOND ÉPHÉSIEN.--Probablement, seigneur.
CÉRIMON.--C'est sûrement cette nuit; car, voyez cet air de fraîcheur.--Ils ont été des barbares, ceux qui ont jeté cette femme à la mer! Allumez du feu; apportez ici toutes les boîtes de mon cabinet. La mort peut usurper l'empire de la nature pendant quelques heures, et le feu de la vie rallumer encore les sens assoupis. J'ai entendu parler d'un Égyptien qui passa pour mort pendant neuf heures, et qui, à force de soins, revint à la vie. (Un valet entre avec des boîtes, du linge et du feu.) Très-bien: du feu et du linge.--Je vous prie, faites entendre un air de musique, quelque rudes que soient vos instruments.--Ah! tu remues, corps insensible!--Ici la musique.--Je vous prie, encore un air.--Seigneurs, cette reine est vivante.--La nature se réveille.--Une douce chaleur s'en exhale: il n'y a pas plus de cinq heures qu'elle est dans cet état. Voyez comme la fleur de la vie s'épanouit de nouveau en elle!
PREMIER ÉPHÉSIEN.--Le ciel, seigneur, vous a choisi pour nous étonner par ses prodiges: votre réputation est éternelle.
CÉRIMON.--Elle vit: voyez; ses paupières, qui couvraient ces célestes bijoux perdus par Périclès, commencent à écarter leurs franges d'or. Ces diamants si purs vont doubler la richesse du monde. O vis et arrache-nous des larmes par ton histoire, belle créature!
(Thaïsa fait un mouvement.)
THAISA.--O divine Diane, où suis-je, où est mon époux?--Quel est le lieu que je vois?
SECOND ÉPHÉSIEN.--N'est-ce pas étrange?
PREMIER ÉPHÉSIEN.--Merveilleux!
CÉRIMON.--Paix, mes chers amis: aidez-moi, portons-la dans la chambre voisine. Préparez du linge.--Donnons-lui tous nos soins, une rechute serait mortelle. Venez, venez, et qu'Esculape nous guide.
(Ils sortent emportant Thaïsa.)
SCÈNE III
Tharse.--Appartement dans le palais de Cléon.
PÉRICLÈS entre avec CLÉON, DIONYSA, LYCHORIDA ET MARINA.
PÉRICLÈS.--Respectable Cléon, je suis forcé de partir, l'année est expirée et Tyr ne jouit plus que d'une paix douteuse; recevez, vous et votre épouse, toute la reconnaissance dont est rempli mon coeur: que les dieux se chargent du reste.
CLÉON.--Les traits de la fortune qui vous frappent mortellement se font aussi sentir à nous.
DIONYSA.--O votre pauvre princesse! pourquoi les destins n'ont-ils pas permis que vous l'ameniez ici pour charmer ma vue?
PÉRICLÈS.--Nous ne pouvons qu'obéir aux puissances du ciel. Quand je gémirais et que je rugirais comme la mer qui la recèle dans son sein, Thaïsa n'en serait pas moins privée de la vie. Ma petite Marina! (je lui ai donné ce nom parce qu'elle est née sur les flots): je la recommande à vos soins et je vous la laisse comme la fille de votre bienveillante amitié, pour qu'elle reçoive une éducation royale et digne de sa naissance.
CLÉON.--Ne craignez rien, seigneur, nous nous souviendrons pour votre fille du prince généreux qui nous a nourris de son blé, et les prières du peuple reconnaissant imploreront le ciel pour son libérateur. Si je me rendais coupable d'une ingrate négligence, tous mes sujets me forceraient à remplir mon devoir; mais, si mon zèle a besoin d'être excité, que les dieux vous vengent sur moi et les miens jusqu'à la dernière génération.
PÉRICLÈS.--Je vous crois, votre honneur et votre vertu sont pour moi un gage plus sûr que vos serments. Jusqu'à ce que ma fille soit mariée, madame, j'en jure par Diane, que nous honorons tous, ma chevelure sera respectée des ciseaux. Je prends congé de vous; rendez-moi heureux par les soins accordés à ma fille.
DIONYSA.--J'ai aussi une fille; elle ne me sera pas plus chère que la vôtre.
PÉRICLÈS.--Madame, je vous remercie et je prierai pour vous.
CLÉON.--Nous vous escorterons jusque sur le rivage, où nous vous abandonnerons au mystérieux Neptune et aux vents les plus favorables.
PÉRICLÈS.--J'accepte votre offre. Venez, chère reine.--Point de larmes, Lychorida, point de larmes: pensez à votre jeune maîtresse dont vous allez désormais dépendre.--Allons, seigneur.
(Ils sortent.)
SCÈNE IV
Éphèse.--Appartement dans la maison de Cérimon.
Entrent CÉRIMON ET THAISA.
CÉRIMON.--Madame, cette lettre et ces bijoux étaient avec vous dans le cercueil: les voici. Connaissez-vous l'écriture?
THAISA.--C'est celle de mon époux. Je me rappelle fort bien encore m'être embarquée au moment de devenir mère; mais ai-je été délivrée ou non? par les dieux immortels! je l'ignore. Hélas! puisque je ne reverrai plus mon époux, le roi Périclès, je veux prendre des vêtements de vestale et renoncer à toute félicité.
CÉRIMON.--Madame, si c'est là votre intention, le temple de Diane n'est pas loin; vous pourrez y passer le reste de vos jours; et, si vous voulez, une nièce à moi vous y accompagnera.
THAISA.--Je ne puis que vous rendre grâces, voilà tout. Ma reconnaissance est grande, quoiqu'elle puisse peu de chose.
(Ils sortent.)
FIN DU TROISIÈME ACTE.
ACTE QUATRIÈME
Entre GOWER.
GOWER.--Figurez-vous Périclès arrivé à Tyr et accueilli selon ses désirs; laissez à Éphèse sa malheureuse épouse qui s'y consacre au culte de Diane. Maintenant occupez-vous de Marina que notre scène rapide doit trouver à Tharse élevée par Cléon qui lui fait enseigner la musique et les lettres, et acquérant tant de grâces qu'elle attire sur elle l'admiration et la tendresse générale. Mais, hélas! le monstre de l'envie, qui est souvent la mort du mérite, cherche à abréger la vie de Marina par le poignard de la trahison. Telle est la fille de Cléon déjà mûre pour le mariage. Cette fille se nomme Philoten; et l'on assure dans notre histoire qu'elle voulait toujours être avec Marina, soit quand elle formait des tissus de soie avec ses doigts délicats, minces et blancs comme le lait, soit quand avec une aiguille elle piquait la mousseline que ces blessures rendaient plus solides, soit quand elle chantait en s'accompagnant de son luth et rendait muet l'oiseau qui fait résonner la nuit de ses accents plaintifs, ou quand elle offrait son hommage à Diane, sa divinité: toujours Philoten rivalisait d'adresse avec la parfaite Marina. C'est comme si le corbeau prétendait le disputer en blancheur à la colombe de Paphos. Marina reçoit tous les éloges, non comme un don, mais comme une dette. Les grâces de Philoten sont tellement éclipsées, que l'épouse de Cléon, inspirée par une insigne jalousie, suscite un meurtrier contre la vertueuse Marina, afin que sa fille reste sans égale après ce meurtre; la mort de Lychorida, notre nourrice, favorise ses pensées; et la maudite Dionysa a déjà l'instrument de colère prêt à frapper. Je recommande à votre attention cet événement qui se prépare. Je transporte seulement le temps et ses ailes sur le pied boiteux de mon poëme. Je ne pourrais y parvenir si vos pensées ne voyagent avec moi.--Dionysa va paraître avec Léonin, un meurtrier.
(Gower sort.)
SCÈNE I
Tharse.--Plaine près du rivage de la mer.
DIONYSA entre avec LÉONIN.