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Petit manuel de la femme supérieure

Chapter 2: PROLÉGOMÈNES
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About This Book

Credits: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team at https: //www. pgdp. net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))

PETIT MANUEL
DE LA FEMME SUPÉRIEURE
(SECRETS INTIMES)

PROLÉGOMÈNES

Sans doute, madame, j’aurais pu dénommer ce chapitre préliminaire : introduction ou avant-propos. Mais ce mot, prolégomènes, que semblent revendiquer les érudits à la tête accidentée de loupes, possède un petit air pion, un menu parfum prétentieux qui, dès l’abord, donne le la et prédispose à pénétrer l’esprit des quelques instructions qui vont suivre.

Un cours, alors ? Non, madame, mon ambition ne se hasarde pas si haut.

Une conférence ? Hélas ! Que serait une conférence lue, privée du regard humide et du geste bénisseur ?

Vous m’avez fait l’honneur de me demander sur quel patron se taille, à l’heure actuelle, une renommée de femme supérieure. C’est ce que je vais me faire un plaisir de vous révéler simplement, sans fausse honte, sans discours inutiles.

Par exemple, gardez-vous de divulguer jamais le plus chétif article de mes ordonnances. Nous sommes, en quelque sorte, dans le cabinet de toilette de votre esprit ; j’y contemple toute nue votre intelligence. Or, si métaphorique que soit un tel tête-à-tête, les envieux ne vous pardonneraient pas de me l’avoir accordé, et moins encore à moi de l’avoir obtenu.

Car c’est bien de secrets intimes qu’il s’agit.

De même que des ablutions savamment élaborées conservent le satin de votre peau, que des poudres et des pommades incomparables font une guerre victorieuse à vos rides ou déciment sans pitié vos cheveux blancs, de même mes conseils serviront à mettre en lumière vos précieuses qualités, à vous prêter un peu d’éclat s’il est besoin, à corriger vos rares imperfections et à vous permettre de distancer votre entourage.

Il en va donc du moral comme du physique, et vous ne vous vanterez pas plus de mes avis que de ceux de votre parfumeur.

Mais une objection se dresse : qui êtes-vous, madame ? Dans quel monde, sur quel milieu aspirez-vous à régner ?…

Puisque votre excessive discrétion vous empêche de me renseigner entièrement, je serai réduit à me contenter de moyennes.

Napoléon, à Sainte-Hélène, établissait dans « le monde », c’est-à-dire dans la masse des gens bien élevés dont vous êtes évidemment, trois classes caractérisées par les fortunes. En bas, ceux qui disposent de quinze mille livres de revenus ; au milieu, les possesseurs de quarante mille ; au-dessus les riches, ayant cent mille francs et au-dessus à dépenser par an.

Bien que les conditions de la vie aient un peu varié depuis, et que les chiffres aient grossi, la classification est assez logique pour être maintenue.

C’est vous dire que je me tiendrai à la catégorie du milieu pour établir un type général de femme supérieure.

Donc, mon étalon, mon mètre, aura, si vous le voulez bien, quarante mille livres de rente et habitera Paris.

Mais, par une déduction naturelle, le mètre, mesure moyenne, ayant ses multiples et ses sous-multiples, qui sont aussi des mesures, il y aura, — puis-je me permettre de poursuivre la comparaison ? — des hectofemmes et des centifemmes supérieures. Affaire à vous, madame, de vous régler, par comparaison, sur l’unité que je vous propose. Je ne conçois pas d’ailleurs comme impossible d’atteindre aux altitudes suprêmes, dans la hiérarchie que je vous indique, par un avancement méthodique et régulier. Gardez-vous seulement d’oublier qu’il ne faut chercher à monter, dans la vie, qu’avec la certitude — s’il en est une ici-bas — de ne point redescendre. Le monde capable d’estime pour une condition modeste, n’a jamais de pitié pour une déchéance.

C’est le multiple le plus brillant que je souhaite pour vous et je m’estimerai trop payé de mon agréable peine si je parviens à faire de vous, sans conteste, une myriafemme supérieure…


Et d’abord, je me défends d’écrire un code du savoir-vivre, traité pratique de la civilité puérile et honnête.

Il existe, dans tous les mondes, un protocole reconnu, dont chacun s’accommode, et que nulle femme n’est censée ignorer. D’éminents désœuvrés ont composé, là-dessus, de gros livres que les parvenus, dit-on, feuillettent sous le manteau. Mais j’ose à peine ajouter, — tant la chose est évidente, — que vous n’avez rien à y apprendre, parce que les femmes de votre sorte savent tout cela sans l’avoir jamais étudié.

La tâche qu’il vous a plu de m’imposer est singulièrement plus haute, plus malaisée aussi, non que je veuille, d’avance, grandir le mérite de l’avoir menée à bien, mais le fait de réglementer une existence emporte de si grands périls qu’une précaution oratoire est permise à qui le tente.

Vous brûlez de passer pour une femme supérieure, au sens pédant du mot, autrement dit une femme dont on vante le savoir, dont les mots courent les salons, dont les fantaisies provoquent l’admiration du plus grand nombre.

Laissez-moi donc vous confier comment se comportent celles qui sont de ma connaissance et croyez que je ne vous en impose nullement si je vous engage à leur ressembler.

Allez, ce n’est pas fort difficile, à telles enseignes qu’avec mon petit manuel l’esprit ne vous servira de rien et qu’une moyenne courante d’intelligence vous sera tout au plus indispensable.

En effet, des facultés trop aiguisées vous entraîneraient vers la déplorable chimère qui porte la peine de mille extravagances féminines. Cette chimère, — ne le devinez-vous pas ? — consiste à vouloir penser par soi-même. Or c’est là, souvenez-vous-en, ce qu’il importe d’éviter avec le plus de scrupule.

Ne vous hâtez pas de crier à l’impertinence. Je sais, et l’univers avec moi, que la femme a des finesses et des intuitions qui la font « juger divinement bien de toutes choses ». La sûreté de votre goût ne m’échappe nullement, non plus que votre impartialité…

Mais pourquoi fatiguer votre cerveau délicat à s’appesantir sur tant d’objets, dont beaucoup sont de la dernière aridité ? A quoi sert, je vous prie, de tout connaître par le menu ? Le voudriez-vous, que votre vie surchargée d’occupations plus riantes ne vous en laisserait pas le temps.

Cependant, l’état de femme accomplie vous confère le titre de vivante encyclopédie, et rien n’est plus misérable, dans votre situation, que de risquer une énormité ou d’être réduite au silence.

Ce qu’il vous faut, c’est une mixture habilement préparée par votre tact d’opinions extrêmes et d’idées généralement admises. Mais vous ne devez utiliser les premières qu’avec circonspection et seulement lorsque vous les aurez entendu émettre par un personnage autorisé. Quant aux secondes, il suffit d’en rafraîchir assez l’expression pour leur donner un air de nouveauté, sans leur ôter leur allure bon enfant. En résumé, jamais de paradoxe inédit ; encore moins de lieux communs trop fripés.

Votre initiative, du reste, aura de quoi s’exercer dans le choix de ce qu’il convient de répéter, et des gens dont il faudra vous inspirer de préférence. Il est bon de rechercher ceux qui font profession de tout savoir et qui jouissent, à ce titre, d’une sérieuse considération. Ainsi, madame, pour l’usage que vous en voulez faire, Pic de la Mirandole et Larousse sont les plus grands génies de l’humanité.

En tout cas, j’y insiste avec complaisance, ne connaissant rien, ne jugez rien par vos propres lumières. Même, s’il se rencontre un objet inconnu et que vos habituels oracles n’aient point décidé encore, soyez héroïque : confessez votre ignorance. Le cas devant être fort rare, un tel aveu glissé de-ci de-là rendra plus vraisemblable votre omniscience.

Naturellement, ne citez jamais vos autorités. Ce que vous dites ou faites doit paraître de vous. J’y vois ce double avantage d’établir, sur vos auditeurs, le prestige d’un sens très judicieux ou très étendu et de ne point donner à ceux dont la pensée vous alimente, d’insupportables prérogatives.

Ne m’objectez pas que le monde ne saurait être dupe de semblables artifices, mais considérez plutôt l’enthousiasme déchaîné par un discours académique, généralement échafaudé sur les principes que je vous recommande.

Je n’énonce à dessein, dans ces prolégomènes que des généralités ; c’est le « bloc » que j’envisage, me réservant de descendre ensuite aux détails du personnage.

Le personnage, oui, madame, c’est-à-dire votre façon d’être universelle, la tournure d’esprit que vous n’abandonnerez plus, une fois adoptée, l’opportuniste uniformité de caractère qui vous constituera un « type » spécial et reconnu, indispensable à l’état de femme supérieure.

L’obligation de vous singulariser vous apparaîtra sans doute, si vous daignez penser qu’on ne saurait dominer les autres en demeurant leur égal. C’est d’une logique enfantine.

Mais, en vérité, la chose est plus aisée à conseiller qu’à faire et le choix d’un personnage est rempli de sérieuses difficultés, tant les vertus de l’idéal sont diverses et parfois contradictoires.

Ainsi, vous devez être stable dans vos opinions, ne pas tourner à tous les vents, éviter de tomber dans le travers si féminin de la versatilité, mais pourtant, vous régler toujours sur les circonstances, ne point faire parade d’une obstination de mauvais goût et transiger sans cesse avec votre conscience, quand il vous sera loisible de procéder sans esclandre et seulement pour vous donner le mérite d’un large esprit de conciliation.

Un « type » trop caractérisé ne manquerait pas de vous susciter une foule de jaloux, et dans la nécessité où vous vous trouvez de partager vos bonnes grâces entre la chèvre et le chou, il est un moyen terme où vous vous arrêterez.

Allez-vous être exubérante, calme, rêveuse, enjouée, matérielle, éthérée, sévère ou languissante ? Ne vous hâtez pas. Décidez en connaissance de cause et d’abord examinez votre tempérament.

Si vous êtes indolente, ennemie de l’ardeur et de la parole, le cas est grave ; l’ascension sera difficile. Vous devrez, pour disputer aux bavards la première place, employer des moyens extra-intellectuels dont votre beauté sera le plus certain.

Mais ce n’est pas à craindre. Le pétillement de vos yeux, la prestesse de vos doigts, la sûreté de votre démarche me révèlent assez l’active souplesse de votre intelligence. Vous restez donc maîtresse de la situation et de choisir le personnage que vous jugerez convenable.

Il existe de vos pareilles, médiocrement raffinées, qui ne peuvent apercevoir une femme très riche ou très titrée sans copier aussitôt jusqu’à ses qualités.

Si le hasard des relations communes leur fait rencontrer Mme X***, dont le mari, financier, a recueilli des millions, en filtrant des eaux troubles, vous les voyez, durant une semaine, adopter de pareils gestes las et découragés, noyer leurs regards d’une identique langueur, traîner aussi, de phrase en phrase, leur accent fatigué sur commande ou étaler dans un fauteuil leur nonchalance pleine du dégoût de ce bas monde.

La petite marquise de Z*** vient à passer : changement à vue !… Les voilà babillardes, guillerettes, riant de tout et de rien, insouciantes au point de feindre des distractions pour paraître gamines et amuser l’entourage de leur délicieuse étourderie.

Prendrai-je la peine de vous faire ressortir la puérilité d’une semblable tactique ? Se croire égales aux gens parce qu’elles les plagient en bloc est d’une étroitesse de vue lamentable, qui décèle le plus épais provincialisme.

Certes, vous n’avez pas la prétention de vous faire tout de go une attitude définitive.

Du moins, s’il vous faut emprunter, procédez à la façon des bohèmes intelligents qui ne sollicitent jamais la forte somme du même prêteur. Ils répartissent leurs demandes car ils savent que l’on trouve plus facilement vingt-cinq amis bons pour un louis qu’un seul pour cinq cents francs.

Imitez-les, en exploitant les femmes de vos relations qui vous semblent dignes de monter au rang de modèles.

A l’une prenez sa manière d’être enjouée, à l’autre sa distinction de bon aloi, à une troisième ses habiles ondulations de torse, à une quatrième son art surprenant d’étouffer les s en parlant du bout des lèvres, afin de ne point agrandir la bouche… que sais-je encore ? Empruntez, empruntez, il en restera toujours quelque chose.

Ne ressembler entièrement à personne et saisir dans chacune ce qu’elle a d’avantageux, voilà tout le secret.

Et tenez, voulez-vous une petite maquette du type que je rêve pour vous ? Aux angles près, que votre tact arrondira, je ne le crois point trop mauvais.

D’abord, sans hésiter, soyez gaie. Oh ! entendons-nous : pas de cette gaîté qui admet les grands accès de rire, s’alimente de vétilles, ou prend plaisir aux gauloiseries douteuses. Contentez-vous du sourire, suffisant pour souligner l’impression qu’il vous plaira d’avoir dans le moment.

Le sourire sera, chez vous, un instrument dont vous jouerez en virtuose. Tour à tour indulgent, poétique, approbateur ou dédaigneux, selon qu’il aura pour destinataire un fêtard, un ténor, un pion ou le premier venu, il ne devra jamais disparaître, même dans les plus tristes conjonctures, car il est aussi toute une gamme de sourires douloureux, dont le détail vous sera familier.

Un peu d’humeur, parfois, ne messied pas, pour tenir lieu des indignations dont votre éclectisme vous écarte, mais je la veux courte, afin de ne désobliger personne et de vous donner tout juste l’apparence d’une conviction sincère.

Raillez, à l’occasion, les préjugés de notre société moderne, comme on raille son maître… en obéissant. L’esprit est le même aux divers échelons sociaux, frondeur et hiérarchique. Aussi rendra-t-on hommage à votre largeur d’idées tant que vous vous tiendrez aux discours et aux menues révoltes, mais ne perdez pas de vue qu’une franche mise en pratique de vos théories ne serait pardonnée de personne.

J’ajoute bien vite, mais très bas, que le ciel de tous les âges a permis les accommodements et qu’à la condition d’éviter le grand jour, vous pourrez établir un accord entre vos actes et vos paroles.

Et — faut-il aller jusqu’au bout ? — le monde admirateur des enfants terribles qui le divertissent sans lui rien casser, opposera peut-être une étonnante inattention à celles de vos incartades qui, esquivant la trompette de la renommée, emprunteront, pour lui parvenir, le murmure de la confidence.

Mais n’anticipons pas…

Jetons plutôt un regard en arrière sur les femmes supérieures qui meublent l’histoire, non pas tant pour y trouver des exemples, toutes ayant beaucoup vieilli, que pour y découvrir la preuve que mes enseignements ont comme base des faits, non des théories arbitraires et conventionnelles.

Ève, cette grand’mère commune, grâce à laquelle je m’honore d’être un peu votre cousin, Ève, dis-je, ne doit guère sa notoriété qu’au serpent et à la pomme. Elle fut, c’est vrai, la première de toutes les femmes, mais vous jugez de son mérite puisqu’il n’y en avait pas d’autres.

Sémiramis ailleurs que sur le trône de Ninive, n’eût été qu’une grossière virago et une jouisseuse impudente, telle que sa collègue de Russie, plus rapprochée de nous, Catherine II.

La belle Hélène avait en trop ce dont manquait Pénélope.

Faut-il parler de Lucrèce ? Je le crois, ne fût-ce que pour préserver les femmes en général et vous en particulier, madame, d’une funeste contagion. En somme, à l’imiter, l’univers sombrerait dans une épidémie de suicide. Et pourquoi ? Je vous le demande. Pour une déclaration qu’un homme aimable aura voulu appuyer de quelque preuve ! Ce serait la fin de toute civilisation et de tout raffinement dans le commerce de la bonne compagnie.

Mme de Staël n’était point si bégueule lorsque, Napoléon lui faisant répondre qu’il était au bain et ne pouvait la recevoir, elle persistait à vouloir entrer en déclarant que « le génie n’a pas de sexe ».

Elle pouvait le croire, après tout, puisque le roi de Rome était encore à naître… Mais elle ne le croyait pas sans quelque regret.

Cornélie, de loin, montre un assez grand air, dans un genre tout différent. Malheureusement, son décorum cache mal l’austère et désolant ennui. C’est une femme qui, en dépit de ses charmes, a marqué beaucoup trop de penchant à l’affectation et qui s’est mise à la portée de la moindre nourrice en appelant ses enfants : « Mes bijoux ! » Ne l’imitez qu’avec prudence, car sa fermeté, si recommandable qu’elle soit, pourrait vous entraîner loin.

La femme de César eut au moins l’à-propos, ne devant pas être soupçonnée, de ne donner que des certitudes. Évitez le plagiat de ce côté.

L’amour de la déclamation a perdu Blanche de Castille et Clémence Isaure a marqué, pour les poètes, un goût infiniment trop exclusif.

Passons de même sur la Pucelle d’Orléans dont l’imitation servile vous priverait d’un de vos plus puissants moyens.

Catherine de Médicis mérite mieux qu’une mention. Les gants empoisonnés et les Saint-Barthélemy sont passés de mode, mais une mode éternelle est celle qui consiste à dénaturer à propos son sentiment, à masquer une antipathie compromettante, à refréner une affection oiseuse.

Cette femme fut grande parce qu’elle eut, poussée à l’extrême, la faculté de dissimuler avec assurance. Elle sut, tour à tour, caresser ou meurtrir selon les nécessités du moment. Cela, me direz-vous, toutes les femmes y excellent. J’en demeure d’accord, mais combien le font avec maladresse ! Combien frappent d’une main de fer, sans la ganter de velours ! Combien mentent en comptant sur leurs seuls privilèges de femmes, pour n’être point contredites avec éclat ! Combien enfin dépensent d’inutiles trésors de fourberie, pour le plaisir de ruser, sans urgence et sans profit !

Cela m’amène à dire que s’il n’est point de vice superflu qui soit justifiable, il n’est pas non plus de vice utile qui ne se puisse glorifier. La conduite de la reine Catherine est, en faveur de ma thèse, un bien fort argument et, n’en déplaise aux historiens partiaux, elle ne fit jamais rien qu’en vue d’un immuable but : être et rester reine. Or, la preuve qu’elle avait raison, c’est qu’elle fut et resta reine.

Agissez donc pareillement, en votre sphère plus étroite, et, pour peu que vous ayez la main légère, vous en récolterez des fruits incomparables.

Éloignez-vous de la route suivie par Mme de Maintenon. Son genre de rouerie est d’un ordre trop spécial et trop délicat pour aboutir ailleurs que dans l’alcove d’un roi. Et puis, tout le monde n’y serait pas pris aussi facilement que Louis XIV devenu ermite.

Il en va de même de Mme de Pompadour, beaucoup plus semblable qu’on ne croit à la dévote Scarron. Une chose d’elle, sans plus, est à retenir : elle griffonnait gentiment l’eau-forte et se piquait de musique. Vous en connaîtrez plus tard l’avantage.

Tout naturellement, j’en arrive à Mme Tallien, dont les déshabillés légendaires auraient aujourd’hui le plus pitoyable effet, quoi qu’en puissent dire d’égrillards godelureaux.

Vous tenez au monde sérieux ? Alors, habillez-vous, haussez votre collet, au moins en public, sauf pour les cas dont je vous entretiendrai, au chapitre de la toilette. Car, s’il n’est pas un de vos austères censeurs qui, pris en particulier, ne vous sache le plus grand gré de l’opération contraire, leur ensemble est intraitable sur le respect des bienséances.

C’est ce qui a tant nui à Mme Récamier, fort appréciée de M. de Chateaubriand dans le tête-à-tête, mais cruellement décriée par ceux qu’elle ne recevait pas seuls.

George Sand est un merveilleux modèle qui, malheureusement, n’est pas à votre portée parce qu’il reste d’elle de meilleurs témoignages que les racontars de ses pique-assiette.

Les autres sont trop près de nous ; si vous les contrefaisiez, cela se verrait.

En somme, il ne vous échappera pas que les femmes dites célèbres ont dû leur gloire beaucoup plutôt à leur situation qu’à leurs mérites. A Paris, en ce moment même, vous trouveriez mille Cléopâtres et cent fois plus de Dubarrys auxquelles il ne manque que des Antoines et des Louis XV.

Aussi, devant cette loi fatale qui oblige la plupart des femmes à n’avoir de personnalité que celle qu’on leur prête, inclinez-vous de bonne grâce et glanez, à droite et à gauche, de quoi composer la vôtre.

C’est à quoi, je le répète, il va m’être infiniment doux de vous aider.