L’INTÉRIEUR
CHAPITRE PREMIER
LE MARI
L’être qui, dans cette tragi-comédie de l’existence où vous ambitionnez un premier rôle, vous touche de plus près, celui à qui vos destinées sont indissolublement liées, que cela vous plaise ou non, c’est votre mari. Cet être sera donc aussi le premier sur qui votre domination devra s’établir ; il sera la meule toujours prête où s’aiguisera votre ambition, la tête de Turc où se mesurera votre vigueur ascensionnelle.
J’ignore quel il est, mais je vais, comme pour vous, établir pour lui un « type » idéal dont il vous appartiendra de le rapprocher, si votre mauvaise chance l’a fait trop différent. La chose est d’importance, prenez-y garde, par la bonne raison que la loi naturelle fait de votre mari votre supérieur et qu’il s’agit d’obtenir un état tout opposé.
Il ne doit être ni laid, ni sot, ni ridicule parce qu’une supériorité trop facile est indigne de vous et que votre mari m’apparaît plutôt comme un collaborateur soumis que comme un repoussoir. S’il exagérait l’insignifiance, il se trouverait des gens pour vous plaindre. Or une victime ne domine jamais et personne ne vous rendrait hommage, car il n’est pas dans l’humanité d’admirer tout à la fois et de compatir.
Et puis les niais sont vaniteux. Ils ont des accès d’arrogance souvent fort pénibles à subir et impossibles à éviter. Beaucoup poussent le despotisme jusqu’à exiger qu’on les encense et à traduire leurs volontés avec la plus désobligeante brusquerie.
Bien des gens s’imaginent que les hommes nés sont inaccessibles à ces sortes d’excès.
Voilà une belle erreur ! D’abord un homme est bien élevé beaucoup plutôt par le caractère que par la naissance ou l’éducation. La famille et le milieu peuvent enseigner certains préceptes du savoir-vivre, les détails minutieux du protocole mondain, mais n’ont pas la prétention d’étouffer la jalousie, la bassesse, la violence ou l’hypocrisie d’un caractère.
Il y a des hommes copieusement titrés qui sont des rustres et des goujats, quand des fils de chiffonniers ont les mœurs les plus douces et le commerce le plus agréable.
On devient gentilhomme mais on naît homme aimable.
C’est parmi ces derniers que se catalogue votre mari.
Pourtant, de ce que j’en esquisse l’éloge, il ne résulte pas que je le souhaite beau, brillant et instruit, car il détournerait alors les attentions qui ne doivent aller qu’à vous et la difficulté de la lutte se trouverait accrue d’autant.
Il vous faut un mari moyen, un de ces hommes sans âge à qui l’on pardonne quelques cheveux gris en faveur d’un visage bien conservé. Empêchez-le de bedonner : on n’est jamais « distingué » quand on est gros, mais on le devient aisément lorsqu’on est chauve. La calvitie bien portée est comme un brevet d’esprit, de pensée profonde et de travail acharné. Si Napoléon n’était pas chauve, M. de Morny l’était : vous voyez que chaque état peut se défendre.
Votre mari doit avoir une tenue parfaite, marcher avec noblesse, ne hasarder que des gestes onctueux, sourire avec réserve et sans éclat, s’intéresser à tout, marquer à chacun une bienveillance discrète et n’être pris au dépourvu par personne.
La lecture des revues sérieuses et la fréquentation de certains cercles l’amèneront à cet idéal.
J’ai nommé le cercle : qu’il y soit assidu, pour une foule de raisons dont les plus concluantes sont qu’il s’y fait des relations, qu’il en retire un vernis d’élégance impossible à trouver ailleurs et qu’enfin lorsqu’il y séjourne, vous êtes en repos.
En dépit de la dignité de ses goûts, il ne faut pas qu’il manifeste trop d’empressement pour les jouissances relevées de l’esprit. De telles conceptions demeurent votre domaine et s’il est bon de lui laisser prendre une teinture de tout, il importe de le maintenir dans le culte de l’opérette, du vaudeville et de la gaudriole qui le classe à plusieurs échelons au-dessous de vous.
Qu’il ait pour vous une passion notoire, forcenée, exclusive, pour cette raison que si vous n’arrivez point à le subjuguer, lui, le plus exposé à vos séductions, votre prestige en souffrira. De plus, cette particularité étant connue échauffera l’émulation de vos autres admirateurs. Des intrigues se noueront, des histoires seront chuchotées, des calomnies répandues jusqu’à ce qu’un bel éclat provoqué par vous, au moment opportun, envoie votre mari sur le terrain pour vous défendre.
Un homme qui se bat pour sa femme légitime en conscience, en toute ardeur ! Un duel dont vous êtes l’héroïne sans en être salie ! Quel titre éblouissant de gloire à faire pâmer d’envie les bonnes intimes dont les maris ne se battent qu’au bouchon de champagne, avec la moquette râpée d’un restaurant de nuit pour terrain, des filles pour adversaires et pour témoins des garçons de salle.
S’il est blessé, vous ne quittez point son chevet, vous préparez la charpie et les compresses, vous lui faites un oreiller de votre bras, vous composez à son adresse vos plus célestes sourires… S’il est tué ?… Alors ce serait trop. Il est des exagérations qui nuisent aux meilleures causes, et qu’il faut s’appliquer à éviter. Mais cette funèbre éventualité est si peu vraisemblable !
Je voudrais que votre mari fût décoré ou à la veille de l’être : il suffit que ses titres soient en circulation ; tout le monde en a ; il en possède donc comme les autres. A vous de les rendre assez visibles pour leur donner la sanction écarlate.
C’est vous dire que je parle ici de la Légion d’honneur. Pourtant les rosettes exotiques, bien qu’évidemment inférieures, peuvent avoir leur prix à la condition de représenter un mélange. Un seul ordre étranger ne signifie rien ; mais deux ordres, trois ordres, une brochette d’ordres ! Dix croix en miniature pendues à de petits rubans polychromes qu’une agrafe d’or fixe à l’habit, ce n’est point aussi sot que les jaloux se plaisent à le dire.
Tout d’ailleurs est affaire de dosage : la cravate de commandeur qui coupe la chemise de sa balafre éclatante a plus de portée que la menue pendeloque du chevalier. Quant au grand cordon !… Je m’arrête, de telles hauteurs donnent le vertige !
Retenez seulement de tout cela qu’il est flatteur d’entrer dans un salon, au bras d’un homme bariolé de bijoux honorifiques. Son passage fait tourner la tête dans un mouvement de curiosité dont vous bénéficiez et ce n’est qu’après, de loin, qu’on s’avise de blaguer son mérite.
En tout cas, chamarré ou non, il est essentiel que votre mari ait ce qu’on appelle de « l’influence ».
Préciser le sens de l’expression n’est pas des plus faciles et son élasticité vague en rend la définition délicate. On peut dire cependant qu’avoir de l’influence c’est recevoir personnellement, en tout bien tout honneur, des visites féminines, c’est obtenir des places dans les solennités très fermées, c’est ne faire nulle part antichambre, c’est être obligé de dire à un ami rencontré dans la rue : « Couvrez-vous donc, je vous en prie. » Que sais-je encore ?
Enfin quand un homme a de l’influence, on le devine, on le comprend, sans que personne soit en état de spécifier ni pourquoi ni comment.
Faire de l’élevage dans une campagne reculée, avoir une ferme modèle dans la Limagne, inventer des instruments agricoles et chercher des engrais intensifs, sont des faits de nature à procurer une « influence » solide et salutaire, d’autant moins propre à vous porter ombrage qu’elle est rurale et s’exerce à distance.
Elle fournit à votre mari l’occasion d’écrire des ouvrages techniques, avec figures dans le texte, qui attireront l’attention des sommités compétentes et lui vaudront tout au moins le Mérite agricole dont le ruban, dans une brochette, rappelle l’Osmanieh.
Cela provoque aussi l’admission dans une foule de comités bien pensants et de congrès cossus, où des vieillards nobles et désœuvrés s’occupent tout de bon de la prospérité de nos campagnes.
Enfin, à force de parlottes, de séances écoulées dans d’excellents fauteuils et de rapports lumineux sur la crise qui dure depuis Pharamond et n’est pas près de finir, la circonscription enthousiasmée proposera peut-être un mandat législatif… C’est à voir.
Tel est le rôle que je rêve de voir jouer à votre mari et non seulement, ainsi que je vous le disais, sa situation, si brillante qu’elle devienne, ne saurait vous éclipser mais encore, on vous en attribuera tout l’éclat si vous savez donner à propos, d’habiles coups d’épaule. Etre une Égérie n’est pas de la première venue, à la condition surtout de ne vous occuper qu’en vous jouant et par condescendance, des guanos, des batteuses perfectionnées et autres objets subalternes.
Et puis, dans le milieu supra intellectuel dont vous allez être le centre, ces sortes de préoccupations feront à votre mari un renom de bonhomie un peu terre à terre, d’activité sans prétention qui le maintiendront à sa place, sans pourtant l’affubler de ridicule, ce qui serait désastreux pour vous.
Mais ces considérations ne sont, en quelque sorte, qu’un programme pour la vie publique de votre époux.
Il y a la vie privée dont, certes, l’importance n’est pas moindre et qu’il est urgent de réglementer à son tour.
Je crois infiniment profitable de laisser à votre mari l’apparence de l’autorité.
Consultez-le sans cesse, pour les détails les plus minimes ; admirez les avis qu’il émet ; célébrez sa clairvoyance ; rendez justice à son goût ; donnez-lui l’assurance que vous n’avez d’opinion que d’après la sienne et que vous seriez on ne peut plus malheureuse d’être livrée à vous-même. Après cela, faites à votre guise : il trouvera tout charmant et se félicitera d’avoir une femme si judicieuse et si dévouée.
En public, témoignez-lui les plus grands égards. Affectez de lui demander parfois : « Qu’avez-vous décidé, mon ami ? » ou bien : « Je voudrais savoir ce que vous pensez de cela », ou encore glissez dans la conversation, de façon à être entendue de lui : « comme dit mon mari… c’est le sentiment de mon mari… il faudra que je demande conseil à mon mari… », etc. Vous le verrez pénétré de son importance, prêt à céder à tout, d’autant plus esclave qu’il se croira plus puissant.
Les étrangers vous sauront gré de cette manœuvre et compareront votre dépendance apparente avec la grande valeur intellectuelle dont vous ferez d’autre part étalage.
« Quel ménage uni ! dira-t-on ; et quel cœur, quels sentiments élevés, possède cette femme, sous son vernis éblouissant ! Elle a un mari qui lui est visiblement inférieur et cependant elle rapporte tout à lui, avec un naturel délicieux… »
Votre douceur doit être angélique, votre patience inlassable. Si dans le particulier, la fantaisie lui prend de vous entretenir de ses entreprises et de ses inventions, subissez jusqu’au plus futile détail, sans la moindre humeur et même avec l’apparence du plus grand intérêt. Un tiers se trouve-t-il présent, émettez des opinions, soutenez, au besoin, d’aimables controverses et si, en dépit de votre bon vouloir, la conversation tourne au fastidieux et à l’interminable, utilisez le grand secours : la chaise longue, avec les migraines, les spasmes et les vapeurs qu’elle comporte.
Mais quoi qu’il arrive, gardez-vous des scènes et de la violence comme du feu. Une femme en colère est vaincue d’avance et s’expose, par surcroît, à ces réconciliations pathétiques dont l’abandon et la bouffonnerie ont fait la fortune de cent vaudevilles. Et croyez bien que l’on en sort toujours diminuée : ce sont des victoires à la Pyrrhus plus meurtrières que des défaites.
Le meilleur, en toutes choses, serait d’arriver à ce que votre mari voulût avant vous ce que vous désirez vous-même, afin de vous donner, le plus souvent possible, l’occasion d’une obéissance flatteuse pour lui et la solidité de son pouvoir.
C’est le superlatif de la stratégie conjugale, mais il est bien malaisé d’indiquer, pour cette opération, une marche à suivre quelconque ; les circonstances et l’à-propos sont les plus sûrs conseillers.
Il serait bon que vous eussiez le mérite de l’administration intérieure. Ce point n’est pas à mépriser, car l’on considère, à bon droit, comme une femme idéale celle qui, aux grâces de la vie de salon, sait allier les solides vertus domestiques. Il n’est pas donné à toute femme du monde d’être une bonne ménagère ; réunissez les deux titres et vous serez complète.
Mais, je le proclame bien vite, mon intention n’est pas de vous imposer les tracas vulgaires et ravalants que suppose un tel ministère. A vous les apparences glorieuses ; à votre mari, mieux préparé, les récriminations et les ennuis.
Je m’explique. L’ensemble des ordres généraux émanera de vous. Les menus des repas, apportés chaque jour à votre appartement, ne deviendront exécutoires qu’avec votre approbation. Vous commanderez ostensiblement aux domestiques des besognes urgentes ou imaginaires ; vous reprendrez, du haut de votre chaise longue, leurs manquements et leurs étourderies ; vous profiterez de la présence du premier visiteur venu pour donner, en vous excusant, quelque instruction oubliée à dessein et vous vous plaindrez ensuite, au cours de la conversation, des fatigues inhérentes à la fonction d’une maîtresse de maison qui prend sa tâche au sérieux. Cette confidence formulée d’un air las, agrémentée de quelques doléances touchant l’insubordination et l’avidité de la valetaille produira le plus grand effet sur votre interlocuteur émerveillé.
Vous n’êtes pas tenue à autre chose.
Quant à ce qui est de contrôler l’exécution des ordres donnés, de clarifier les comptes de la cuisine et de surveiller les clés des armoires, votre mari à qui l’exploitation de ses fermes a donné des facultés administratives, s’en chargera très volontiers.
Il assumera de même toutes les obligations qu’on n’avoue pas dans le monde, celles par exemple, de discuter la note du tapissier et en général d’affronter les fournisseurs, de compter les bougies, les bouteilles et les livres de sucre ou de café.
Son intervention, sous peine d’être grotesque, restera mystérieuse, et la vôtre, toute représentative, vous vaudra les plus grands éloges, sans que, pour cela, vous ayez eu seulement la peine de quitter votre fauteuil…
J’ai gardé pour la fin, tant j’hésite à m’aventurer dans un tel sujet, l’examen de ce qui, conjugalement parlant, constitue par excellence l’intimité.
Faut-il mettre les points sur les i ? Non, sans doute, car votre esprit alerte s’est chargé déjà de la ponctuation.
Quoi qu’il en soit et si naturels que l’on trouve mes scrupules, la chose est de trop de conséquence pour que je m’en taise. A vous, madame, de pénétrer mes périphrases obligatoires et de considérer, pour la justification de mon obscurité possible, que je n’ai pas à ma disposition l’intrépide et toujours honnête latin.
Il a été dit, si j’ai bonne mémoire, que votre mari est follement amoureux de vous. A coup sûr, un tel sentiment si honorable pour tous deux, trouve à se traduire de bien des façons : par des attentions délicates, par des cadeaux, par des paroles tendres, par ces mille riens qui révèlent, sans équivoque, à l’intéressée, la flamme dont on brûle pour elle. Mais enfin, si multipliées que soient ces manifestations, si passionné que soit le tour qu’elles affectent, elles ne peuvent remplacer le témoignage définitif qui donne à l’amour force de loi et constitue une déclaration sans réplique.
Ah ! si vous éprouviez pour votre mari cette ardeur qu’il ressent à votre endroit, ma besogne serait bien simplifiée. Je vous dirais : « Madame, ce ne sont point là mes affaires. » Après quoi, ayant tiré discrètement les rideaux de l’alcove, je fuirais, à pas rapides, ce spectacle si amer au célibat.
Mais, pour mon malheur, il n’en va point ainsi. Votre âme, remplie d’objets plus éthérés, souffre des libertés prises sur votre corps. Vos regards se voilent d’horreur quand ce mari, les yeux humides, les lèvres sèches, le souffle pressé, le geste tremblant, laisse entrevoir des dispositions trop agressives.
Une nausée vous monte, à ces invites bestiales qui d’un autre, peut-être, changeraient vite de nom ; des envies de crier vous prennent ; vous êtes envahie par un irrésistible besoin de lutte et de délivrance ; l’impérieuse supplication de cet homme changé en bête vous comble de dégoût ! Vous allez risquer une révolte !… Vous allez éconduire l’insolent !… Vous allez faire une sottise !…
Une sottise énorme, madame ; une sottise incalculable !
D’abord, cet égaré qui sollicite un assouvissement est votre mari, c’est-à-dire un être qui pourrait exiger vos faveurs, aidé par quatre gendarmes. Il a pour lui toute la kyrielle des lois divines, morales et humaines et, par-dessus tout, il est amoureux ce qui est bien autrement grave.
Un appel à la violence vous mettrait donc dans votre tort et vous créerait la situation la plus ridiculement fausse qu’il soit possible d’imaginer.
Mais rassurez-vous. Ce n’est pas le code à la main, que les maris ont coutume de perpétrer de semblables tentatives et l’on n’a pas d’exemple d’une intervention légale, au moins sur le moment.
Se livrer, je l’accorde, est parfois désagréable ; c’est malpropre, repoussant, immonde, j’en conviens ; pourtant il est des sacrifices nécessaires : votre état de femme vous oblige à quelques concessions. Et les enfants ? Où les prendrez-vous ? Oh ! Je sais bien, vous avez pour l’accroissement et la multiplication des recettes extra-conjugales d’une efficacité certaine. Encore faut-il que votre mari ait lieu de s’attribuer dans chaque entreprise féconde une part de fondateur.
Vous voyez qu’à tout prendre, le délai de rigueur est de plus de neuf mois et que l’indispensable périodicité de votre holocauste, même réduit à son minimum, rachète sa cruauté par la longueur de l’intervalle.
Seulement, il est à redouter qu’une expression quasi-annuelle ne suffise point à l’éloquence de votre mari ; car ils se sont lourdement trompés ceux qui ont prétendu que l’amour n’a jamais connu de loi.
Il en connaît au moins une, celle-là même dont la sanction vous menace sans cesse et vous effraye si fort.
En tout cas, vos alarmes me semblent un peu bien excessives et la conjoncture, pour horrible qu’elle soit, n’est point sans adoucissements.
Souvenez-vous de la tactique adoptée par les Espagnols durant la campagne de 1808. On les vit user la furie de l’armée française par de continuelles escarmouches et refuser avec persistance toute bataille rangée. Cela leur réussit à merveille et ils redevinrent maîtres chez eux.
Ne pourriez-vous, à leur exemple, esquiver les grands engagements et fatiguer l’adversaire par de savantes et perfides guerillas ?
Il existe une série d’inoffensives privautés que vous vous résignerez à permettre et qui, intelligemment prolongées, aboutissent parfois à la retraite de l’assaillant, bien qu’on leur suppose volontiers un effet tout opposé.
Par contre, dans le cas où vous seriez à l’échéance, payez de bonne grâce et sans balancer, vous serez plus tôt quitte.
En résumé, tout cela revient à dire que vous ne devez, sous aucun prétexte, opposer aux instances caractéristiques de votre époux un refus d’où résulterait pour lui la plus cuisante des humiliations et la plus difficile à pardonner.
Votre répugnance à lui céder au moins quelques bagatelles aurait encore l’inconvénient de l’écarter physiquement de vous. Or n’oubliez pas qu’un amour sans attrait physique est frère de l’indifférence et cousin germain de l’abandon.
Qu’adviendrait-il alors, je vous le demande, de votre supériorité, si l’on rencontrait votre mari, celui qui passe pour votre fidèle admirateur, avec des fêtards et des gourgandines !
Quoi qu’il en soit, j’ai eu déjà l’occasion de vous le dire, vous devez à tout prix faire chambre à part, afin d’éviter ces dominations réciproques, ces endosmoses de tendresse et d’autorité qu’amènent inévitablement des oreillers contigus, sans compter qu’une femme déshabillée est comme une ville sans remparts, infiniment aisée à prendre.
Là encore les vapeurs pourront intervenir. Alléguez que les ronflements de votre époux ne vous laissent point une seconde de tranquille sommeil, mettez en avant votre santé, déjà si chancelante, et mettez-le doucement à la porte.
Il n’est pas, du reste, absolument certain qu’il s’en plaindra, lui aussi pouvant en être réduit à l’obligation de choisir son moment ?…