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Petite légende dorée de la Haute-Bretagne cover

Petite légende dorée de la Haute-Bretagne

Chapter 16: X
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About This Book

This collection gathers short, localized legends and devotional traditions from Upper Brittany that link popular saints to particular places, stones, fountains, chapels and the sea. Each entry records fragmentary episodes—miracles, footprints, petrified traces, offerings and rites—that show how folk belief, fairy lore and Christian cults intertwine in village memory. The accounts were assembled from oral testimony and older sources, often preserved only by elders, and the volume registers both the rich variety of local sanctuaries and the gradual fading of these small, place-bound traditions.

VII

Saint Clément et la tempête

Au temps jadis, saint Clément résolut de traverser la mer pour aller chez les infidèles prêcher la religion chrétienne. Il se fit construire un petit bateau, à bord duquel il s'embarqua.

Pendant qu'il était sur mer, il s'éleva une violente tempête. Saint Clément tint vaillamment tête à l'ouragan et continua son voyage sans s'émouvoir. Sur sa route il rencontra un navire, et les marins qui le montaient, voyant ce petit bateau avec un seul homme dedans, crurent que c'était un naufragé; ils mirent le cap dessus, et quand ils furent à portée, le capitaine proposa au marin de le prendre à son bord. Saint Clément accepta, à la condition qu'on embarquerait aussi son canot. Le petit bateau fut hissé à bord et saint Clément monta sur le navire qui, revenant des mers de Chine, se dirigeait vers les côtes de France.

Ce n'était pas la France que saint Clément désirait visiter; mais comme le capitaine et les matelots parmi lesquels il se trouvait n'étaient pas chrétiens, il résolut, avant de les quitter, de les convertir. Il se fit d'abord connaître à eux en leur racontant la mission qu'il avait reçu de Dieu. En l'entendant ainsi parler, le capitaine et les matelots pensèrent qu'ils avaient affaire à un vieux marin que la tempête qu'il avait essuyée à bord de son petit bateau avait rendu fou; et comme le vent continuait à souffler avec rage et qu'ils avaient fort à faire, ils le laissèrent et ne firent plus attention à lui.

Le lendemain l'homme de vigie aperçut la terre, et le capitaine reconnut qu'il longeait la côte de Bretagne. La mer à cet endroit était plus houleuse qu'au large, et le vent soufflait avec plus de force que jamais. Le capitaine commanda de virer de bord, et les matelots exécutèrent la manœuvre; mais le navire manqua à virer: ils essayèrent une seconde fois, puis une troisième; mais ce fut en vain. Le capitaine voyant qu'il était impossible de lutter contre la tempête, fit jeter les ancres dehors et amener et carguer partout; cela ne servit pas à grand'chose, car le navire une fois mouillé traînait ses ancres, et la mer et le vent le poussaient violemment vers la côte. Tout le monde à bord se considérait déjà comme perdu; seul saint Clément ne paraissait même pas y faire attention. Cependant il se dirigea vers son canot, qui était toujours sur le pont du navire, en tira une petite ancre de quinze a vingt livres qu'il étalingua (attacha) à un bout de corde et lança à la mer; les matelots le regardèrent avec pitié, car ils croyaient réellement avoir affaire à un fou; mais un moment après, à leur grande surprise, ils s'aperçurent que le navire ne bougeait plus; l'ancre de saint Clément avait mordu le fond, et de plus la tempête était calmée, et la mer, d'agitée qu'elle était, était devenue droite comme un papier. Surpris de ce miracle, le capitaine et les matelots tombèrent à genoux devant saint Clément et lui demandèrent pardon de s'être moqués de lui. Ils se convertirent tous à la foi chrétienne, et aussitôt débarqués, le capitaine emmena saint Clément à sa maison et le pria de rester avec lui, mais il refusa et quitta le pays.

Le capitaine reconnaissant envers ce saint fit bâtir une chapelle en son honneur.

(Conté en 1892 par François Marquer).

VIII

Pourquoi Saint-Jacut n'est plus une île

Au temps jadis, Saint-Jacut-de-la-Mer était une île, et le principal village, qui porte encore le nom de l'Isle, était de tous côtés entouré par l'eau. Quand il faisait mauvais temps, les Jaguens ne pouvaient communiquer avec la terre ferme et ils en étaient bien marris.

Un jour que la mer était grosse, un pêcheur de Saint-Jacut essaya d'aller en bateau à Trégon; mais il ne put y réussir, et il ramena son embarcation dans le havre. Après l'avoir solidement amarrée, il se disposait à s'en aller, quand il rencontra un bonhomme qui avait la mine d'un ancien pécheur, et qui lui demanda la charité.

—Je ne sé (suis) pas riche, répondit le Jaguen, et je n'ai brin de pain sez ma (pas de pain chez moi); mais si tu veux veni' o ma, (venir avec moi), tu mangeras des patates.

Le bonhomme accepta, et pendant trois jours le Jaguen le traita de son mieux: au bout de ce temps, l'homme se disposa à partir, et il demanda à son hôte combien il lui devait pour l'avoir nourri et couché.

—Je ne vous demande ren, répondit le pêcheur, car vous n'ez (n'avez) pas la mine pu' riche que ma, et entre pauvres gens i' faut s'entraider.

—Eh bien, mon ami, c'est Dieu qui vous récompensera, répondit le bonhomme.

Et comme le pêcheur partait pour la pêche, le saint toucha un de ses filets, et lui dit:

—Adieu, mon ami, je vous souhaite bonne chance; tâchez de prendre beaucoup de poissons; je reviendrai vous voir.

Le saint disparut, et le pêcheur alla à la mer, en maugréant un peu, car on sait qu'il ne faut pas souhaiter bonne chance à ceux qui vont à la pêche.

Pourtant à cette marée, il prit beaucoup de poissons; le lendemain il en prit encore davantage, et toutes les fois qu'il sortait, par bon ou mauvais temps, il avait autant de poissons qu'il en pouvait porter. Il était bien content, et il remarquait que les poissons se prenaient toujours dans les mêmes filets—ceux que le saint avait touchés,—et qu'ils n'avaient jamais besoin de réparation.

Bientôt il fut à l'aise, et il devint même l'homme le plus riche du pays. Il attendait toujours la visite du bonhomme, qui avait promis de venir le voir.

Un jour il le trouva à sa porte et il fut bien content; il lui offrit de demeurer pour toujours avec lui, et il lui demanda qui il était. Le saint lui raconta alors sa vie, et lui dit que Dieu l'envoyait prêcher la religion aux infidèles.

—Vous aurez besoin de courage, grand saint, lui répondit le Jaguen; car, à coup sûr, vous serez persécuté.

Le lendemain saint Jacut commença ses prédications; mais les Jaguens ne voulurent pas l'écouter, et ils le dénoncèrent au seigneur du pays, qui envoya des soldats pour se saisir de lui.

Le saint, en voyant cette troupe de gens armés, eut peur, et il s'enfuit; mais comme la mer était haute et qu'elle entourait l'île, il ne savait comment s'échapper. Arrivé sur le bord, il se mit en prière, et posant la main sur l'eau, il dit: «Je désire qu'une terre relie cette île au continent.»

Aussitôt une langue de terrain sembla sortir du fond de la mer, et forma une sorte de route, sur laquelle le saint marcha à pied sec.

Quand il fut passé sur la terre ferme, il se retourna et dit:

—Tant que le monde sera monde, ceci existera.

C'est depuis ce temps que la paroisse de Saint-Jacut est devenue une presqu'île.

À la vue de ce miracle, les Jaguens cessèrent de persécuter le saint, et quand il mourut, ils les avait presque tous convertis à la foi chrétienne.

(Recueilli à Saint-Cast par François Marquer.)

On m'a montré à Saint-Jacut, il y a environ vingt-cinq ans, un rocher isolé qui, vers son milieu, avait une dépression, et l'on disait que c'était la marque de la corde du bateau de saint Jacut.

Saint Jacut, prince de Domnonée, premier abbé du monastère qui porte son nom, Ve siècle (5 mars), est le patron de Saint-Jacut-du-Mené, de Saint-Jacut-de-la-Mer, de Saint-Jacut-sur-Ars; ancien patron de Gicquelleau, il a des chapelles à Dirinon et à Plestin.

Ce saint figure aussi dans une légende du Morbihan, intitulée les Sept Saints, qu'on trouvera plus loin.

IX

Saint Cieux

On trouva saint Cieux dans un rocher, où l'on montre encore son berceau et l'empreinte de son premier pas. Il était en effet tout petit, et personne ne savait d'où il venait.

Quand il fut en âge de gagner sa vie, il devint pêcheur, et tout en faisant son métier, il se mit à prêcher la religion chrétienne, mais il rencontra de mauvaises gens qui le tuèrent sur la falaise vis-à-vis la pointe Saint-Martin.

À l'endroit où tomba saint Cieux, il y avait une grande tache de sang, et l'on y voit encore une traînée rouge; on dit dans le pays que c'est le sang de saint Cieux.

Au temps jadis, on y planta une croix; mais comme la mer rongeait la falaise, on la transporta plus haut, à l'endroit où on la voit actuellement, et qui est un peu plus éloigné du rivage.

(Tradition orale de Lancieux).

D'après Jollivet (Les Côtes-du-Nord, t. II, p. 338), on montre près du rocher appelé Berceau de saint Cieux, le sentier qu'il gravit, sur le bord duquel est placée une croix qui porte son nom. Tout près sont un port et une fontaine, dits aussi de saint Cieux. La fontaine se nomme aussi «mine d'eau», et comme l'eau qui s'en échappe tombe en gouttes ressemblant à des pleurs, on a nommé celles-ci «les larmes de saint Cieux».

On raconte à Lancieux une autre légende assez différente:


Ancienne statue
de saint Briac.

Il y avait une fois huit frères qui vinrent d'Angleterre en Bretagne, pour y prêcher la religion chrétienne: c'étaient saint Cast, saint Jacut, saint Cieux, saint Briac, saint Lunaire, saint Enogat, saint Malo et saint Servan. Saint Cieux débarqua à l'endroit qu'on appelle le port Saint-Cieux.

Il bâtit l'église de Lancieux, qui était jadis sur une butte, auprès du moulin de la Touche, sur la route de Ploubalay. Quelque temps après la mort de saint Cieux, on transporta son corps dans l'église qu'il avait bâtie; mais le lendemain, on le trouva sur le bord de la falaise. On le rapporta plusieurs fois dans l'église, mais comme on le retrouvait toujours le lendemain au bord de la mer, on comprit qu'il voulait que l'église fût à l'endroit où on la voit aujourd'hui; dès que le corps du saint eut été mis dans l'église neuve, il resta tranquille dans sa tombe.

Pendant la Révolution, toutes les statues des saints qui ornaient l'église furent brûlées, mais on eut beau mettre dans le feu celle de saint Cieux qui est au-dessus de l'autel, on ne put parvenir à la brûler.

Les récits relatifs à saint Cieux et à saint Lunaire, ont été recueillis en 1884, à Lancieux, par Mlle Marthe Gesnys, ma nièce, alors âgée de treize ans.

L'épisode du saint qui ne veut rester que dans le lieu qu'il a choisi, est fréquent dans les légendes religieuses de tous les pays; ici cette préférence sert à expliquer pourquoi l'église actuelle est à l'une des extrémités de la paroisse. On remarquera que les huit frères prétendus sont exactement dans l'ordre qu'occupent—en partant de Saint-Cast—les paroisses qui portent leur nom. Le nom de saint Servan a peut-être été ajouté à une époque moderne; comme dans les légendes similaires les saints devaient être au nombre de sept.

Saint Cieux, ou Cieu, disciple de saint Brieuc, VIe siècle (26 mars), est invoqué dans les nécessités publiques. Il est le patron de Lancieux.

X

Le pied de saint Cast

Il était une fois un saint qui vint de l'Irlande en Bretagne pour y prêcher la religion chrétienne. Il débarqua au pays qui porte maintenant le nom de Saint-Cast, mais les habitants, le prenant pour un pirate, voulurent le chasser. Le saint les rassura et se fit connaître à eux.

Alors le seigneur du pays le fit appeler et lui dit:

—Puisque tu es saint et que tu te prétends envoyé par Dieu, opère un miracle et nous croirons en toi.

—Hé bien, répondit saint Cast, pour prouver la vérité de ce que j'ai dit, j'imprimerai mon pied sur le rocher, à l'endroit où je suis débarqué.

Suivi du seigneur et d'une foule de gens, il descendit la falaise et, étant arrivé au rocher sur lequel il était sauté en abordant, il frappa du pied, et la marque resta empreinte sur le rocher.

—Tant que le monde sera monde, dit saint Cast, mes pieds resteront marqués ici.

Le seigneur fut si étonné de ce prodige, qu'il emmena saint Cast à son château, et lui donna un terrain sur lequel il fit bâtir l'église.

(Conté en 1885, par François Marquer, de Saint-Cast).

En haut du sentier qui monte de la belle grève de Saint-Cast au village de l'Isle, on voit sur le rocher une empreinte longue de cinquante centimètres environ, dont la forme rappelle en effet celle d'un grand pied. Dans le Morbihan, saint Cado, évêque et martyr, VIe siècle (1er novembre), a laissé, près d'Étel, une empreinte ayant à peu près la forme d'un pied de grandeur plus qu'humaine; elle est entourée d'une grille et l'on a élevé à côté une croix; c'est la glissade que fit saint Cado lorsqu'il s'élança, pour empêcher le diable de détruire le pont que Satan avait bâti.

La légende suivante attribue à l'empreinte du pied de saint Cast une origine moins élevée.

Un jour saint Cast se promenait sur les rochers de l'Isle en compagnie d'un cordonnier, son ami. Comme il sautait d'une pierre sur l'autre, ses souliers, qui s'étaient usés à l'eau de mer, se déchirèrent et il resta les pieds nus. Il dit à son cordonnier:

—Il faudra me faire une paire de souliers, prends-moi mesure avant de me quitter.

Alors saint Cast posa le pied sur un rocher de la falaise, et il dit au cordonnier de marquer, car il n'avait pas de mesure avec lui; mais le cordonnier ne pouvait rien tracer sur le rocher. Saint Cast frappa du pied sur la pierre, qui s'enfonça comme de la vase mouillée, et il dit:

—Maintenant, tu peux mesurer à ton aise la longueur et la largeur de mon pied; car, tant que le monde sera monde, sa marque restera ici.

(Conté en 1888 par François Marquer).

Le calendrier breton place au 5 juillet saint Cast, évêque. Il y a une assemblée assez fréquentée au bourg de Saint-Cast, le second dimanche après la Saint-Pierre, elle porte le nom de la «Saint-Cast-Saint-Lunaire;» ce saint est le deuxième patron de la paroisse. Tout près de l'église est une fontaine dite de saint Cast; autrefois en y allait puiser de l'eau pour les personnes qui avaient mal aux yeux. Cette pratique, qui semble tombée en désuétude, se rattachait peut-être au culte de saint Lunaire, l'autre patron de la paroisse.

XI

Saint Lunaire

Lorsque saint Lunaire quitta l'Irlande pour venir prêcher l'Évangile en Bretagne, il s'embarqua seul sur un petit navire, et mit le cap sur la côte bretonne. Pendant trois jours il vécut heureux comme un roi; mais, le quatrième, il fut entouré d'une brume si épaisse, qu'il ne pouvait plus reconnaître son chemin. Il se mit fort en colère contre la brume qui lui barrait la route, et, prenant son sabre, il le lui lança comme à une ennemie. Aussitôt elle disparut, et saint Lunaire put arriver à l'endroit qui porte aujourd'hui son nom; et il aborda sur les rochers du Décollé, où l'on aperçoit l'empreinte de ses souliers.

Depuis ce temps les marins le nomment le patron de la brume, et ils l'invoquent quand elle les incommode.

(Conté en 1888 par Pierre Le Clerc, de Saint-Cast).

Voici l'incantation que les marins adressent à la brume:

Brume, disparais de la mer,
Ou tu seras coupée par la moitié,
Avec un couteau d'acier.

Au hameau de Pontual, en Saint-Lunaire, on montre une pierre qui servit à amarrer le bateau du saint quand il vint évangéliser ce pays; une autre pierre en forme de prie-Dieu, au-dessus du village des Landes, passe pour avoir servi au même usage. (P. Bézier. Inventaire des mégalithes de l'Ille-et-Vilaine, p, 70-71).


Partie supérieure
de la pierre tombale
de saint Lunaire

Sur le littoral on raconte encore l'épisode suivant de la vie du saint:

Au temps jadis, quand saint Lunaire vint prêcher la religion chrétienne sur les côtes de Bretagne, il apportait avec lui une pierre sacrée, pour la placer sur l'autel qu'il voulait ériger. Mais il la perdit, et comme il ne pouvait la retrouver, il était chagrin et se tourmentait beaucoup. Alors il se mit à prier Dieu, et une colombe la lui rapporta. C'est alors qu'il commença à construire une église.

Dans la vie de saint Lunaire, cet épisode figure aussi, avec quelques variantes: Pendant l'ouragan qui assaillit son navire, Lunaire dormait, et les matelots jetèrent à la mer son bagage, parmi lequel se trouvait son autel portatif. Le saint en fut vivement affligé; mais quand il prit terre, en Armorique, deux colombes plus blanches que neige arrivèrent de la mer, tenant entre leurs pattes son autel qu'elles déposèrent à ses pieds. Au dernier siècle, le trésor de la paroisse conservait encore cette pierre sacrée, et pendant tout le moyen âge, on crut qu'un faux serment fait sur cette relique entraînait dans l'année même la mort

M. A. de la Borderie a publié en 1881, sous le titre de: Saint-Lunaire, son histoire, son église, ses monuments, une monographie extrêmement intéressante, dans laquelle il fait ressortir le rôle civilisateur et défricheur du saint, rôle que la tradition populaire a oublié. C'est à cet ouvrage que nous avons emprunté ceux des détails ci-dessus qui ne figurent pas dans la tradition orale. Il est orné de gravures représentant, vu de face et de profil, le tombeau de saint Lunaire, dans l'ancienne église. Nous avons reproduit en entier la vue du profil, et seulement la partie supérieure de l'effigie vue de face, celle où la colombe rapporte l'autel; le bâton épiscopal s'enfonce dans la gueule d'un monstre.

D'après la légende locale, on a maintes fois essayé de soulever la pierre tombale du saint; elle paraissait si lourde que l'on était contraint toujours d'y renoncer.

Le culte de ce saint est très répandu en Haute-Bretagne; lorsque les marins de Saint-Cast passent devant le dangereux passage du Décollé, ils récitent un Pater et un Ave, et disent:

Saint Lunaire,
Préservez-nous du naufrage en mer.

Il est le patron des églises paroissiales de Saint-Lunaire, Le Loscouët, Miniac-sous-Bécherel, Saint-Lormel, second patron de Saint-Cast, et il a une chapelle à Plouër; à la Chapelle-Blanche (Côtes-du-Nord) est un ruisseau dit de saint Lunaire, et une croix qui porte son nom a été récemment érigée sur la pointe du Décollé. Sa fête est célébrée en général le premier jour de juillet ou le premier dimanche de juillet, et il est invoqué pour les maux d'yeux; au Quiou, près Dinan, à Saint-Lunaire et au Loscouët, les malades viennent se laver à des fontaines placées sous son invocation; à Saint-Lormel, l'eau dont ils se servent provient d'un puits placé sous la chaire de l'église.

Au Loscouët, la statuette du saint était dans une niche située sous le pont du Men; elle fut enlevée par une crue d'eau, et une bonne femme, qui la trouva dans un saule, l'emporta pieusement chez elle; mais le saint ne voulut pas y rester, et quelque temps après on le retrouva dans sa niche où il était retourné de lui-même. (Revue des Traditions populaires, t. VII, p. 91, 105).


Statue de saint Lunaire sur son tombeau dans
l'ancienne église paroissiale.

XII

Saint Goustan

Au temps jadis, saint Goustan arriva à la côte du Croisic au milieu d'une tempête; il se noya, et son cadavre fut trouvé sur le rocher qui supporte le pignon Nord-Ouest de la vieille chapelle.

On reconnut qu'il était saint, et l'on voulut lui élever une chapelle à cet endroit même; d'abord on la construisit de façon qu'elle entourait le rocher; mais les murs tombèrent. On en bâtit ensuite une autre qui n'était pas sur le rocher; elle ne résista pas d'avantage. C'est alors qu'on prit le parti de construire un des pignons sur le rocher même, de façon qu'une partie du rocher se trouve en dedans et une autre partie en dehors. Depuis ce temps la chapelle a résisté.

On voit à l'intérieur une cavité qui est l'endroit où le corps du saint a été trouvé, et on y remarque l'empreinte de ses pieds.

Les habitants des environs du Croisic (Bourg-de-Batz et villages voisins), viennent encore rouler leurs petits enfants sur la partie extérieure du rocher, puis les portant dans les bras, font trois fois le tour de la chapelle en récitant des prières, afin que par l'intervention du saint leurs enfants se mettent à marcher.

Le lundi de Pâques, les jeunes gens et les jeunes filles, placés à deux pas de l'ouverture, viennent jeter une épingle dans une fente du volet d'une des petites ouvertures de la chapelle. Si l'épingle passe du premier coup dans la fente, le mariage doit avoir lieu dans l'année, sinon il est reculé d'autant d'années que l'on a essayé en vain de faire passer l'épingle.

(Recueilli en 1892 par M. Maillard, conducteur des Ponts-et-Chaussées au Croisic, et communiqué par M. René Kerviler).

Ogée rapporte, d'après Caillo jeune, que l'on avait voulu construire la chapelle ailleurs que sur le rocher, mais que chaque nuit l'ouvrage était détruit. On comprit qu'il fallait la bâtir sur le rocher où saint Goustan abordant au Croisic avait laissé l'empreinte de son corps.

Les femmes des marins y viennent en pèlerinage, bien qu'elle soit au milieu du corps-de-garde, quand elles veulent obtenir que les vents cessent de souffler du sud. Quand, au contraire, elles veulent que le vent cesse de souffler du nord, c'est au Crucifix que se font les neuvaines. Cette chapelle a été démolie l'an dernier.

Saint Goustan, solitaire, VIIe siècle (28 novembre), est le patron d'Auray, d'Hœdic, de Saint-Gildas de Ruys.

XIII

Les pas de la Vierge

Après avoir franchi la chaussée de l'étang Priou, à la sortie de Moncontour, on gravit, pour atteindre le haut de la colline sur laquelle est bâtie la chapelle de Notre-Dame-du-Haut, un sentier qui passe sur les rochers qui s'étagent tout le long du coteau. La sainte famille fuyant la colère d'Hérode, a suivi ce chemin pour se rendre en Egypte, et elle y a laissé des traces de son passage; sur le premier rocher on remarque une empreinte de pied d'enfant: la sainte Vierge, fatiguée de porter le petit Jésus, le déposa un instant à terre, et l'empreinte du petit pied y est restée gravée.

Un peu plus loin, la Vierge tomba de fatigue sur un rocher, et sa jambe y est restée empreinte; la marque toutefois affecte la forme d'une cuisse plutôt que celle d'une jambe. Autrefois les vieillards se mettaient à genoux dans ces deux endroits, et après avoir nettoyé les deux empreintes, ils les baisaient respectueusement. J'ai, dans mon enfance, été maintes fois témoin de cette scène de dévotion, qui est aujourd'hui tombée en désuétude. Du reste un exhaussement du chemin a enfoui cette empreinte.

À quelques pas de là on voit une pierre en forme de chaise; la sainte Vierge s'y reposa, et y donna à boire à l'enfant Jésus: une goutte de lait qui tomba sur le granit s'y est pétrifiée; c'est elle qui a produit la tache blanche que l'on remarque sur la paroi du rocher.

(Recueilli par M. J. Carlo).

À Cesson le pas de la Vierge est un étroit sentier pratiqué dans la montagne, que l'herbe ne recouvre jamais et par lequel la mère de notre Seigneur gravit un jour la côte. Elle était rendue de fatigue, et s'arrêtant au lieu où depuis on lui bâtit une chapelle, elle dit à saint Syphorien qui l'accompagnait: «Nous avons bien assez monté, cessons», d'où le nom de la commune de Cesson.

(Habasque. Notions historiques sur les Côtes-du-Nord, t. II, p. 313).

Habasque ajoute que de son temps cette tradition était connue de tous les habitants du bourg; mes amis de Saint-Brieuc m'ont assuré qu'elle était encore populaire.

À Ménéac on montre trois vestiges que les pieds de la sainte Vierge ont imprimés sur une roche, et, quand les petits enfants tardent trop à marcher, on leur met les pieds dans ce creux.

(Mahé, Antiquités du Morbihan, p. 445.)

XIV

Le saut de saint Valay

Un jour que le bienheureux saint Valay était venu reprocher aux femmes de la rue Saint-Malo leur mauvaise langue et leur conduite légère, celles-ci se mirent en colère et elles prirent des pierres pour les lui jeter.

Le saint s'enfuit le plus vite qu'il put; mais les femmes couraient aussi bien que lui, et elles étaient sur le point de l'atteindre, quand il arriva sur le bord de la vallée des Réhories; alors il invoqua le bon Dieu, prit son élan, et franchissant d'un bond la vallée, il alla retomber de l'autre côté sur un rocher où l'on montre encore l'empreinte de ses pieds.

Mais les femmes le poursuivaient toujours; alors il prit un autre élan, et, traversant la vallée où coule la Rance, il alla tomber de l'autre côté de la rivière, à Lanvallay. C'est en mémoire de ce saut que Lanvallay porte ce nom; car on l'appela d'abord l'Élan Vallay, en mémoire de l'élan prodigieux que le saint avait dû prendre pour franchir cette distance.

(Recueilli à Dinan en 1885.)

Suivant un autre récit, des voleurs poursuivaient saint Valay, et ils étaient sur le point de l'atteindre, quand il se recommanda à Dieu et s'élança pour franchir la vallée; des anges le soutinrent, et il se trouva, debout, sans avoir éprouvé aucun mal, à l'endroit où son pied est encore marqué.

(Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne,
t. I, p. 335).

Saint Valay, religieux de Landévennec, Ve siècle (12 juillet), est le patron primitif de Lanvallay, de Ploubalay, et d'un village à Hénon, canton de Moncontour, appelé la ville Balay. Une chapelle, aujourd'hui détruite, lui était dédiée, non loin de l'endroit où est bâtie la maison de campagne de Saint-Valay, près Dinan. Je n'ai pas besoin de dire que l'étymologie donnée par le premier conte est fantaisiste.

La légende attribue à saint Michel un saut encore plus miraculeux. Lorsqu'il se disputait avec le diable pour savoir qui nommerait le Mont, ils convinrent de faire l'essai de leur puissance. L'épreuve consistait à franchir d'un bond l'espace qui sépare le Mont-Dol du Mont Saint-Michel. Le diable tomba dans l'eau, mais l'archange, soutenu par ses ailes, alla se placer sans effort sur le sommet du mont. On montre au Mont-Dol l'empreinte du pied de l'archange sur un bloc de rocher, et à côté, la marque du pied fourchu de Satan.

XV

Les saints et les mégalithes

Plusieurs des nombreux mégalithes ou des pierres à légendes de la Haute-Bretagne portent des noms de saints, et des récits populaires attribuent à l'intervention des bienheureux les circonstances merveilleuses de leur érection, les particularités remarquables qu'ils présentent, ou les empreintes naturelles ou artificielles que l'on y remarque.

J'ai personnellement recueilli peu de ces légendes; la plupart de celles qui figurent ici ont été relevées au cours de leurs investigations par les auteurs des Inventaires des mégalithes des Côtes-du-Nord, de l'Ille-et-Vilaine et de la Loire-Inférieure, qui leur ont, avec beaucoup de raison, donné place dans leurs publications. Les deux principaux saints qui figurent dans les fragments que je réunis ici sont saint Michel et saint Martin.

La beauté et l'importance du Mont Saint-Michel ont assez frappé les esprits, pour que, sur les deux rives du Couesnon, on en ait attribué la construction, soit au diable, soit à la collaboration de l'Archange et de Satan, les deux rivaux qui représentent le dualisme du bien et du mal, du ciel et de l'enfer. Suivant une légende très connue en Haute-Bretagne et en Basse-Normandie, le Mont aurait été bâti par le diable à la suite d'une gageure avec saint Michel, où chacun d'eux devait montrer sa puissance; saint Michel bâtit en une nuit un merveilleux palais de glace, le diable construit le Mont; saint Michel trompe le diable, soit en lui proposant un échange, comme dans la légende normande, soit en dessinant avec le bras une croix qui chasse à jamais le démon de l'édifice qu'il avait bâti[1].

Pour construire sa merveilleuse bâtisse, Satan avait eu besoin de puiser dans beaucoup de carrières; c'est pour cela que l'on rencontre un assez grand nombre de pierres qui étaient destinées au Mont, et qui, pour des raisons diverses, n'ont point été transportées à pied d'œuvre.

À Bazouges-sous-Hédé et à Dingé, des menhirs passent pour être des matériaux que le diable y portait. Les empreintes sont celles de la sangle qui se rompit et le força à les laisser où on les voit aujourd'hui, de son dos et de ses doigts; à Plerguer, un rocher présente des creux qui sont les marques laissées par le diable lorsqu'il essaya de l'emporter; à Vieuxviel un menhir est tombé de son bissac; à Mellé, à Saint-Étienne-en-Coglès, à Parigné, des pierres ont été laissées par le diable lorsqu'il bâtissait le Mont Saint-Michel, et qu'on lui eut crié qu'il n'en fallait plus; une pierre du diable, à Louvigné-du-Désert, porte l'empreinte des efforts inutiles que le démon fit alors pour la détacher.

(P. Bézier, Inventaire des Mégalithes de l'Ille-et-Villaine, p. 9, 62, 110, 114, 115, 99).

En Haute-Bretagne saint Martin n'a pas la prodigieuse popularité dont il jouit encore dans une grande partie de la France, surtout vers le centre; on rencontre toutefois son nom, associé à certains mégalithes. Comme dans une partie de la Haute-Bretagne saint Martin de Vertou est très connu, il est possible qu'il s'agisse parfois de ce dernier saint et non du grand apôtre des Gaules.

La pierre du diable, à Orgères d'après une légende, très suspecte en ce qui concerne tout au moins le nom du discobole, fut lancée par la druidesse Irmanda contre saint Martin évangélisant le pays et les creux que l'on remarque sur la pierre sont l'empreinte des mains de la druidesse.

À Iffendic une pierre à bassin, située à la queue de l'étang de Tromelin, est connue sous le nom de Pas-de-Saint-Martin; les gens du pays prétendent que l'excavation que l'on voit dans sa partie médiane est l'empreinte de l'un des pieds du saint. On s'y rend en pèlerinage pour la guérison de la fièvre, et l'on dépose dans le pas des pièces de monnaie et de petites croix de bois.

(P. Bézier, l. c., p. 9, 222).

Entre le Clion et Pornic, se trouve une vallée très agréable, où l'on voit la fontaine dite de Saint-Martin, lieu de pèlerinage pour beaucoup de gens de la région. On lui attribue des propriétés merveilleuses et multiples. Une quantité considérable de petites croix de bois entoure la source qui sort du rocher.

D'après la légende, saint Martin vint visiter le pays, monté sur son cheval; celui-ci frappa la terre d'un coup de sabot et la source jaillit sous le choc.

(Revue des Traditions populaires, t. IX, p. 619).

À Mégrit, une pierre posée à la surface du sol porte le nom de Pierre de Saint-Patrice; elle est percée dans toute sa longueur. C'est dans ce trou que, d'après la légende, saint Patrice s'est caché pendant longtemps.

(E. de la Chenelière. Inventaire des Mégalithes des Côtes-du-Nord, p. 3).

À Noyal-sous-Bazouges, une pierre, située à six cents mètres du village de Saint-Léger, dans le champ de l'Autel, est connue dans le pays sous le nom d'Autel de saint Léger. La face supérieure présente, à quelques centimètres du bord extérieur, une rainure encadrant la partie centrale, sur laquelle sont ébauchées à coups de ciseaux, de petites croix.

Une tradition locale rapporte que c'est sur cette pierre que saint Léger, patron de la paroisse voisine, célébrait la messe.

(P. Bézier, Inventaire, p. 86).

La sainte Vierge se promenait sur les landes de Pléchâtel, filant sa quenouille, et portant sur sa tête Pierre-Longue et dans son tablier les Pierres Blanches, lorsque son fuseau tomba à terre. Elle se baissa pour le relever et, dans le mouvement qu'elle fit, la pierre qu'elle portait sur la tête glissa et se ficha en terre dans la place même où était tombé le fuseau, puis celles du tablier «s'envolèrent» et allèrent former dans le champ des Meules, un cordon pour le fuseau de Pierre-Longue. Telle est l'origine légendaire d'un alignement autrefois considérable, dont il ne reste plus que quelques fragments.

(P. Bézier, l. c., p. 179).

À quelque distance du bourg de Saint-Viaud est un rocher dans lequel on montre une grotte qu'on assure avoir été la demeure de saint Viau; cet endroit nommé Pierre Cantin et aussi la «Pierre qu'a nom» est en grande vénération dans le pays et l'on y vient en pèlerinage pour les maux de reins; les habitants s'imaginent y voir, tracée sur la pierre, l'empreinte des pieds du saint, de son bâton, de son livre, de son bonnet, etc. On y fait de pieux pèlerinages.

(Girault de Saint-Fargeau. Géographie de la Loire-Inférieure, 1829.—Ogée. Dictionnaire de Bretagne).

En la paroisse de Bains (Ille-et-Vilaine), sur le sommet de la colline de Guerchomin, appelée peut-être jadis: Guerc'h er men, la pierre de la Vierge, se voient quatre gros blocs de quartz, dont l'un mesure plus de deux mètres de haut et qui proviennent d'un cromlech ruiné.

Chaque année, pendant la nuit de Noël, quatre évêques venus des quatre points de l'horizon, s'y réunissent au coup de minuit et officient sur cette pierre toujours respectée. Puis, aussitôt leur office terminé, ils s'en vont ensemble vers l'occident, après avoir fait par trois fois le tour d'une autre grosse pierre celtique située non loin de là et nommée la Roche-Aboyante[2]. Ils sont désignés parfois sous le nom de: «Saints des quatre saisons» auxquelles chacun doit présider pour sa part au cours de l'année nouvelle.

(Dermars, Redon et ses environs, 1860, et traditions locales communiquées par le marquis de l'Estourbeillon).

XVI

Saint Guillaume

À Louvigné-du-Désert sont des pierres à bassins dites Roches Saint-Guillaume; les bassins et les entailles ont, d'après la légende, été à l'usage de saint Guillaume qui fit pendant quelque temps son séjour en ce lieu. L'un était son douet (lavoir), l'autre sa fontaine, une autre plus petite son écuelle; deux autres qui se touchent sont l'empreinte de ses genoux; une entaille à quatre branches est celle où il déposait sa croix. Les intervalles qui séparent ces blocs portent le nom de rues du Paradis, du Purgatoire et de l'Enfer. Le lit du saint qu'on montre est une sorte de grotte formée par l'éboulement d'un bloc qui, dans sa chute, a été retenu en avant, à une petite distance du sol, par d'autres blocs.

Saint Guillaume vécut fort pauvrement en cet endroit pendant sept années, nourri par la charité des gens du pays. Il envoyait à la quête son âne, qui par un instinct surnaturel, allait se présenter dans tous les villages des environs: on lui donnait du pain, qu'il portait ensuite au saint. Un jour les habitants, trouvant peut-être qu'il était trop onéreux de le nourrir, chargèrent l'animal quêteur d'une telle quantité de pierres qu'il ne pouvait plus marcher. Le solitaire n'ayant plus rien pour subsister, s'en alla, dit-on, à Mortain, où il trouva, à ce qu'on assure, «plus de roches que de pain».

Les habitants du village de la Loriais, qui avaient chargé l'âne de pierres, ne tardèrent pas à être punis. Ils furent pris par la soif, toutes les sources ayant tari; aujourd'hui encore, on n'en saurait trouver une, quoique le lieu soit bas et humide.

(P. Bézier. Inventaire, p. 90-91).

M. Jules Louail a publié dans le Vieux Corsaire, mars 1802, sous une forme non populaire, une version de cette légende qui ne diffère pas beaucoup de celle qu'a rapportée M. Bézier; le dénouement seul est changé: le saint ayant rencontré à Mortain «plus de beurre que de pain», revint à son ermitage; les gens de Louvigné lui demandèrent pardon et le saint implora la clémence divine: la pluie tomba et la campagne redevint fertile.

XVII

Pierre Morin

À l'époque où l'on construisait l'ancienne église de Guiguen, un moine allait chercher, assez loin du pays, la pierre nécessaire à la construction et l'amenait à l'aide d'un attelage composé de deux petits bœufs et d'un âne.

Un jour que son attelage, suant et soufflant, transportait la plus grosse pierre dont on l'eût encore chargé, il entendit, en passant devant le village de la Perchère, une voix céleste qui lui criait que l'église était achevée, et qu'on n'avait plus besoin de matériaux. Pierre Morin saisit la pierre d'une main, et la lança sur le pâtis où elle est encore. Sa main s'enfonça dans la roche comme dans un bloc d'argile, et y laissa une empreinte ineffaçable.

(P. Bézier. Supplément, p. 87).

XVIII

Le grès saint Méen

À la lisière de la forêt de Talensac, près du hameau de la Chapelle-ès-Oresve, se trouve un bloc de schiste ferrugineux ayant la forme d'un affiloir. Sa face supérieure porte un certain nombre de perforations cylindriques et de rayures transversales incontestablement dues à l'industrie humaine. Les rayures sont analogues à celles que l'on obtiendrait en frappant vigoureusement, du tranchant d'une forte hache, et perpendiculairement à la direction des feuillets, la surface d'une masse schisteuse. On dit dans le pays que les gravures dont cette pierre est ornée sont dues à saint Méen, qui était charpentier et aiguisait ses outils sur cette roche.


Statue de saint Méen,
église de Paimpont
xve siècle.

Un jour saint Méen, après avoir aiguisé sa hache sur son grès, et l'avoir balancée dans l'espace, dit:

Où ma hache tombera
Méen bâtira.

La hache tomba à Talensac, à deux kilomètres de cet endroit. L'église de cette paroisse est dédiée à saint Méen.

(P. Bézier, Inventaire, p. 223).

Cette légende avait été rapportée sous une forme très voisine par Theuvenot. Notes sur quelques monuments anciens de l'Ille-et-Vilaine, etc. Congrès de la Soc. française d'archéologie. Laval, 1878; qui ajoute ce détail: les bûcherons du voisinage ne se font pas faute encore aujourd'hui d'imiter saint Méen; la rouille et les traces du fer sont très apparentes, sans avoir rien de commun avec les traces primitives.

Saint Méen, abbé, VIe siècle (21 juin), est invoqué contre la fièvre, la gale dite aussi «Mal saint Méen» et les maladies des yeux; sa fontaine la plus renommée est près de Gaël; le saint la fit jaillir d'une terre jusque-là aride. Il est patron de la ville de ce nom, de Cancale, la Fresnaye, Lanvallay, Plélan, Talensac, etc. Il a de nombreuses chapelles, entre autres à Bains, Beignon et à Cancale. À Rennes un hôpital porte son nom; il y a à Bourseul et à Monteneuf, des villages de Saint-Méen, à la Chapelle-sous-Ploërmel, une lande est dite Lande de Saint-Méen.

La statue que nous reproduisons est dans l'église de Paimpont, abbaye qui dépendait de celle de saint Méen; elle porte sur sa base les armoiries de l'abbé Olivier Guiho qui est agenouillé aux pieds du saint. Dans la sacristie un reliquaire d'argent renferme des reliques du saint: il a la forme d'une main avec l'avant-bras, tenant un livre à fermoirs dont les sculptures sont dorées. L'autre statuette que l'on voit ci-dessous en compagnie de celles de saint Lubin et de saint Mamère est dans la chapelle de N.-D. du Haut prés Moncontour.

XIX

La chasse saint Hubert

À Guémené-Penfao un monument bizarre composé d'une longue série de pierres alignées du nord-ouest au sud-ouest, est connu sous le nom de Chasse de Saint Hubert. Cette chasse débouche d'un vallon sauvage, puis elle se lance à travers les landes du Lugançon, les bois du Luc et du Pont. Le cerf, très en avant de la meute, est arrivé jusqu'aux bords de l'Isac, c'est le menhir de Lau-sé. J'ai suivi cette chasse fantastique, toujours guidé par les gens du pays, qui l'avaient connue autrefois, toujours déçu dans mes recherches, grâce au défrichement des landes. Plus loin, de l'autre côté du bois du Luc, on m'indiqua, dans la forêt du Pont, un monument formé de plusieurs blocs maintenant brisés que les gens du pays appellent la Voiture de la chasse.

(Pitre de Lisle du Dreneuc, Saint-Nazaire, p. 67).

Suivant une tradition recueillie par M. J. Desmars, Redon et ses environs, citée par Bézier, Inv. p. 181, les menhirs qui composaient l'alignement, aujourd'hui très mutilé, de la Chasse Saint Hubert dans les landes de Lugançon (Loire-Inférieure) avaient eu vie, et rappelaient la punition infligée par saint Hubert à un chasseur du pays, qui avait juré de forcer un cerf avant la grand'messe le jour de Pâques. Emporté par l'ardeur de la chasse, il n'avait pas entendu sonner l'office, et au moment de l'élévation, il avait été pétrifié avec ses compagnons, sa meute et la bête qu'il poursuivait.

XX

La Pierre de saint Lyphard

Au temps où saint Lyphard habitait le bord de la Brière, un dragon monstrueux désolait la contrée; déjà onze jeunes filles avaient été dévorées, lorsque que le monstre réclama la fille du saint. Lyphard saisit alors son épée, et pour en essayer la trempe, il asséna un coup sur une pierre plantée près de là, et qui devint la pierre fendue, puis dégageant la lame prise dans cette fente, il court au monstre et lui tranche la tête.

On voyait encore, il y a peu d'années, cette roche fendue dont l'ouverture béante était assez large pour qu'un homme pût y passer; sur la paroi nord étaient marqués les quatre doigts et le pouce du saint qui s'étaient enfoncés, dans l'effort qu'il fit pour dégager sa lame.

(Pitre de Lisle du Dreneuc, Saint-Nazaire, p. 131).

La chapelle de saint Lyphard en Thourie était jadis le lieu de réunion d'une assemblée le Vendredi-Saint de chaque année. Elle a été détruite vers 1830. On venait de fort loin prier saint Lyphard, ou comme on le prononce saint Liphord, «pour la vie ou pour la mort,» c'est-à-dire que l'on invoquait le saint, pour qu'il obtint une guérison immédiate du malade ou une prompte mort, afin d'abréger les souffrances du moribond.

(P. Bézier, Supplément, p. 74).

XXI

Saint Convoyon et la roche aboyante

La roche aboyante est un menhir à demi-renversé que l'on voit dans la commune de Bains. On dit que c'est en cet endroit que saint Convoyon, abbé de Redon, et saint Fiacre, qui habitait Trobert, village de Renac, aimaient à se reposer et à converser lorsqu'ils se visitaient. Un jour qu'ils étaient importunés par les aboiements d'un chien de berger du voisinage et qu'ils ne pouvaient obtenir son silence, ils le maudirent, et aussitôt l'animal fut changé en la Roche Aboyante.

Près de là se trouve un sentier sur lequel Dieu, dit-on, n'a pas voulu qu'il poussât un brin d'herbe qui pût effacer la trace du passage des saints.

(P. Bézier, Inventaire, p. 159).

Voici sur ce dernier sentier d'autres récits:

Entre la Lande de Guerchomin et le village de Trobert, en Carentoir, se trouve un sentier toujours dénudé qui se dirige vers la limite de Renac en passant par le village de Boëd'hors en Bains. «Jamais de mémoire d'hommes un brin d'herbe n'y a poussé et cela, disent les gens du pays, par la permission toute spéciale de Dieu, qui n'a pas voulu que, même un brin d'herbe, pût effacer les traces du grand saint Convoyon qui passait toujours par là pour aller visiter saint Fiacre dans son ermitage de Trobert.»

Il n'y a plus aucune trace de l'ermitage de saint Fiacre, mais sur la limite de Renac, près d'une source réputée miraculeuse, se voit encore la chapelle de saint Fiacre d'où l'on vient de fort loin pour se guérir de la colique et de la dyssenterie.

(Desmars, Redon et ses environs, 1869, et traditions locales communiquées par le marquis de l'Estourbeillon).

Saint Victor de Campbon passe pour avoir eu des rapports fréquents avec un autre solitaire voisin, saint Laumer, en l'honneur duquel fut élevée une chapelle encore subsistante. Chaque jour ils se rencontraient pour converser et prier, à une fontaine toujours vénérée. On montre le sentier qu'ils suivaient, et tout ce qu'on sème des deux côtés de la voyette, pousse, prétend-on, plus vigoureusement que dans le reste du champ.

(R. Oheix, Bretagne et Bretons, p. 53).

XXII

Saint Roch

Un jour saint Roch se promenait dans la forêt de Bosquen; un homme de la Ville-Heu[3] le rencontra, qui avait son petit chien auprès de lui. Il avait l'air si malheureux que le bonhomme l'invita à venir chez lui.

Le saint accepta, et il se plut tant dans ce pays, qu'il voulut s'y faire bâtir une petite maison. Mais les maçons ne trouvaient point d'eau aux environs, ce qui les incommodait beaucoup, car pour faire du mortier ils étaient obligés d'aller en chercher à plus d'une demi-lieue. Saint Roch eut pitié d'eux, et il fit jaillir une source auprès de leur chantier; elle tarit quand les travaux furent terminés, et alors il dit aux maçons qui il était.

Depuis ce temps, saint Roch est fêté tous les ans dans la chapelle qui porte son nom. Il a la vertu de guérir la dyssenterie. Lorsque dernièrement une épidémie se déclara à Langourla, beaucoup de gens allèrent se recommander à sa chapelle.

(Conté en 1884 par J. M. Comault, du Gouray).

Saint Roch, ou saint Ro', est un saint très populaire en Haute-Bretagne; nombre de chapelles sont placées sous son invocation; voici deux autres récits où il figure:

Un jour un pauvre voyageur, les habits en lambeaux et couvert de poussière, s'arrêta dans le village de la Baillerie en Chelun et demanda un verre d'eau pour apaiser sa soif. Il n'y en avait pas une goutte à la ferme; mais une femme s'empressa d'en aller chercher à plusieurs kilomètres de là, à la Fontaine d'Anjou, dans la Mayenne. Après s'être désaltéré, le voyageur, voulant remercier la paysanne de son acte charitable, piqua la terre de l'extrémité de son bâton, et une source intarissable jaillit aussitôt. Ce voyageur était saint Roch.

(P. Bézier, Inventaire, p. 130-1).

Jadis on alla chercher la statue de saint Roch et on la plaça dans l'église du Gouray; mais peu de temps après les prêtres et la plupart des habitants furent atteints de dyssenterie: on comprit que le saint voulait être dans sa chapelle; dès qu'il y fut, la maladie cessa.

Un jour un habitant d'une paroisse voisine du Gouray rencontra un de ses amis qui allait au pardon de saint Roch, et il lui donna deux sous pour les remettre comme offrande en son nom, parce qu'il les lui avait promis étant malade. L'ami s'amusa bien au pardon, et but un bon coup; au moment de partir, il se ressouvint des deux sous de son camarade, et il alla à la chapelle, où il les jeta à saint Roch en disant: «Tiens, saint Roch, voilà pour le derrière de X.» En s'en retournant, il fut atteint de dyssenterie, et il ne fut guéri qu'après être retourné faire un pèlerinage à la chapelle du saint auquel il avait mal parlé.

(Conté en 1892 par Ange Rault, de Saint-Glen.)

Il y a une fontaine miraculeuse auprès de la chapelle de saint Roch; la statue de saint Fiacre est dans cette chapelle; quand on va quêter, on demande toujours pour saint Fiacre et pour saint Roch.

On affirme dans plusieurs pays que le choléra et les autres épidémies de même nature ne peuvent régner dans les paroisses qui ont une chapelle dédiée à saint Roch. Ogée dit que vers la fin du XVIIe siècle, Dinan ayant été affligée de la peste, le corps politique, se voua à saint Roch, jusqu'à la Révolution, il se fit tous les ans une procession suivie d'une messe à l'autel de ce patron en l'église Saint-Sauveur. Dans beaucoup d'églises on voit saint Roch en costume de pèlerin, montrant une plaie à sa jambe; à côté de lui est son chien fidèle.

XXIII

La fontaine du pas de saint

Saint Guingalois, disent nos paysans, a passé par Pierric, non pendant sa vie, mais après sa mort. Son corps, renfermé dans une châsse très lourde et portée par des hommes tout noirs, vint du côté du soleil couchant et traversa la paroisse en suivant à peu près une ancienne route qui côtoyait la rive gauche de la Chère.

Ceci se passait dans la saison d'été, car les arbres étaient entièrement feuillés et il faisait très chaud. Le corps arriva avec de grandes fatigues pour les porteurs à une suite de rochers élevés et de difficile accès, situés sur le territoire de Pierric, loin de toute habitation et de toute eau potable. Les bons moines qui le portaient éprouvèrent un besoin pressant de se désaltérer et ne le pouvant faire, le religieux qui dirigeait la marche, un saint, pria saint Guingalois d'obtenir du bon Dieu qu'il leur procurât de l'eau, et aussitôt après, animé de la foi la plus vive, il frappa le rocher de son pied qui, en s'enfonçant, forma un pas profond, un creux, d'où sortit une eau claire et fraîche qui permit aux porteurs et à ceux qui les accompagnaient d'étancher leur soif.

Il n'y avait alors qu'une chapelle à Pierric, dont une grande partie du territoire était en landes et en bois; mais plus tard, on y bâtit une église, à laquelle on donna saint Guingâ ou Guingalois pour patron, en mémoire du miracle qui avait eu lieu aux rochers de Pengré, dont le creux, devenu une petite fontaine, avait pris le nom de Fontaine du Pas du Saint, ou plutôt de Pas de Saint, qu'il porte encore aujourd'hui.

(Comte Régis de l'Estourbeillon. Itinéraire des moines de Landévennec, 1889, p. 7, d'après des notes de l'abbé Picou et la tradition orale).

Dans un de ces rochers, ajoute l'Itinéraire, on trouve un pas parfaitement moulé, de grande dimension, qui présente toutes les parties d'un pied, dont la direction est orientée du côté du bourg. Cette cavité, qui peut avoir de 20 à 25 centimètres de profondeur, contient toujours de l'eau, même à l'époque des plus grandes sécheresses.

Saint Guingalois est populaire dans les environs de Pierric, dont il est le patron; les membres de la frairie de Nillac, en la paroisse de Derval, limitrophe de Pierric, vont prier au pied de la croix de saint Guingalois, située à l'un des carrefours, et les petits pâtours de Luzanger et Derval, chantent encore en gardant leurs bestiaux:

Saint Guingalois
Du fond des bois,
Veille sur nous
Et sur nos toits.

Saint Guingalois, en latin Guingaloëns ou Winwaloëus, est le même que saint Gwenole, premier abbé de Landévennec, Ve siècle (3 mars), et il est invoqué par les femmes des marins pour les maris absents. Il est le patron du Bourg-de-Batz, du Croisic, de Pierric, en Haute-Bretagne; de Concarneau, de Landévennec, de l'île de Sein, de Loeguénolé. Il a de nombreuses chapelles en pays bretonnant, où beaucoup de fontaines portent son nom.

XXIV

Saint Maudez, saint André et saint Fiacre

Quand saint Maudez, saint André et saint Fiacre eurent fini de bâtir leur chapelle, ils résolurent de faire un grand dîner; ils envoyèrent une femme des environs leur chercher de la viande, puis il lui dirent de préparer le repas.

Pendant qu'il cuisait, les trois saints allèrent faire un tour de promenade, chacun de son côté, en attendant le moment de se mettre à table.

Les ouvriers qui venaient de finir leur ouvrage, aperçurent de beaux plats de viande dans la maison, et, profitant de ce que la cuisinière s'était un peu éloignée, ils convinrent entre eux de les prendre et de les manger. Ils les dévorèrent en peu de temps.

Quand les saints revinrent de leur promenade, ils furent bien surpris de ne rien trouver pour dîner; ils s'accusèrent les uns les autres d'avoir mangé la viande, et il s'éleva même une dispute entre eux à ce sujet.

Saint Maudez et saint André sortirent de la chapelle pour aller se promener encore; saint Fiacre y resta seul et s'endormit profondément dans un coin. Les ouvriers qui revenaient pour ramasser leurs outils, ayant aperçu le saint, qui ronflait comme un bienheureux qu'il était, lui embeurrèrent la bouche avec du jus de viande et des petits morceaux, puis ils s'en allèrent sans faire de bruit.

Quand les deux saints furent de retour, et qu'ils virent saint Fiacre, ils l'accusèrent de nouveau d'avoir mangé toute la viande pendant que la cuisinière avait le dos tourné, et ils l'accablèrent de reproches.

Saint Fiacre, qui n'aimait pas le bruit, s'avoua coupable pour avoir la paix, et les autres saints le laissèrent tranquille.

(Conté en 1883 par François Ramel, du Gouray, âgé de 50 ans).

Cette légende, assez irrespectueuse, a emprunté un des traits de la fin à un épisode, très populaire en Bretagne et ailleurs, des tours joués au loup par le renard. Celui-ci, ayant mangé les provisions qui appartenaient à tous deux, on convient que le coupable sera celui qui aura autour de la bouche des traces du larcin; le loup s'endort et le renard lui embeurre aussi la bouche pendant son sommeil.

XXV

Pourquoi on offre des clous à saint Maudez

Quand saint Maudez voulut attacher les ardoises sur la couverture de sa chapelle, il n'avait pas de clous, et il se désolait, parce qu'il ne savait comment s'en procurer.

Un homme du pays, ayant appris que le pauvre saint Maudez n'avait pas de clous, lui en porta tout ce qui lui en fallait. Or, cet homme avait des clous (furoncles) dans une fesse, qui le faisaient beaucoup souffrir et l'empêchaient de travailler; saint Maudez pour le récompenser du service qu'il lui avait rendu, lui guérit aussitôt ses clous.

C'est depuis ce temps qu'on s'adresse à saint Maudez quand on a des clous aux membres, et qu'on lui offre des clous de fer en mémoire du miracle qu'il fit en guérissant le bonhomme.

(Conté en 1883 par François Ramet, du Gouray, âgé de 50 ans).

Une commune de l'arrondissement de Dinan porte le nom de saint Maudez. D'après Kerdanet, ce saint est, avec saint Yves, celui auquel on a élevé le plus de chapelles en Bretagne, au moins trente, dit-il; la seule de la Haute-Bretagne qu'il cite est celle de Trébry, à laquelle précisément se rattache la petite légende ci-dessus. C'était un édifice du XVIe siècle, situé près d'un dolmen dit de saint Maudez. Elle a été démolie il y a une quinzaine d'années; mais on a mis de côté toutes les pierres qui portaient des sculptures. Le pardon avait lieu le jour de la Trinité. Auprès de la chapelle est une fontaine où l'on va en pèlerinage pour les clous (furoncles); l'offrande consiste en une poignée de clous à lattes qui ne doivent avoir été ni comptés ni pesés. La statue de saint Maudez est maintenant dans l'église de Trébry, ainsi que celles de saint André, et de sainte Mamère qui se trouvaient dans l'ancienne chapelle; cette dernière était implorée pour les maux de tête.

D'autres chapelles sont dédiées à saint Maudez, à Plérin, à Plourhau, à la limite des deux langues, où a lieu un pardon, et au Mottay en Evron. À la Croix-Helléan une foire a lieu au village de Saint-Maudez. Il avait une chapelle qui est maintenant convertie en ferme à Saint-Pôtan, près de la Ville-Even; tout près est une fontaine, dite aussi de saint Maudez; l'eau en est excellente, mais elle n'est actuellement l'objet d'aucun culte. Elle doit la bonté de son eau, non à un saint, mais à une fée qui y habite sous la forme d'une anguille.

Je ne connais en Haute-Bretagne aucune représentation iconographique de saint Maudez qui soit digne d'intérêt; à Plogonnec, sa vie est représentée sur des volets sculptés. (Soc. arch. du Finistère, t. XIII, p. 338).

XXVI

Pourquoi on offre du chanvre à saint André

Lorsque saint André eut terminé sa chapelle, il vit qu'il ne lui manquait rien, si ce n'est une corde pour mettre à la cloche. Il en demanda une à une bonne femme, mais celle-ci la lui refusa.

Alors il se mit à genoux et appela Dieu à son aide. Sa prière fut exaucée, car en arrivant à la porte de la chapelle, il y trouva assez de chanvre pour faire une belle corde.

C'est depuis ce temps qu'on offre du chanvre à saint André, afin que par ses prières le chanvre devienne beau.

(Conté en 1883 par François Ramet, du Gouray, âgé de 50 ans).

Cette coutume subsiste encore. Saint André avait autrefois en Trébry, canton de Moncontour, une chapelle; les cordes des cloches étaient tressées avec le chanvre des offrandes.

(Paul Sébillot, Coutumes, p. 210).