Oh faire le chant le plus gonflé d’allégresse!
Rempli de musique—rempli de tout ce qui est l’homme, la femme, l’enfant!
Rempli d’occupations communes—rempli de grains et d’arbres.
Rempli de musique—rempli de tout ce qui est l’homme, la femme, l’enfant!
Rempli d’occupations communes—rempli de grains et d’arbres.
Oh faire une place aux cris des animaux—Oh à la promptitude et l’équilibre des poissons, si je pouvais!
Oh faire entrer dans un chant les gouttes de pluie qui tombent!
Oh faire entrer le soleil et le mouvement des vagues dans un chant!
Oh faire entrer dans un chant les gouttes de pluie qui tombent!
Oh faire entrer le soleil et le mouvement des vagues dans un chant!
O la joie de mon esprit—il s’est envolé de sa cage—il fend l’espace comme l’éclair!
Il ne me suffit pas d’avoir à ma disposition ce globe ou une certaine portion du temps,
Je veux avoir des milliers de globes et le temps tout entier.
Il ne me suffit pas d’avoir à ma disposition ce globe ou une certaine portion du temps,
Je veux avoir des milliers de globes et le temps tout entier.
O les joies du mécanicien! Etre emporté sur une locomotive!
Entendre le chuintement de la vapeur, le cri perçant et joyeux, le sifflet, le rire de la locomotive!
Foncer avec un élan irrésistible et s’élancer à toute vitesse dans les lointains.
Entendre le chuintement de la vapeur, le cri perçant et joyeux, le sifflet, le rire de la locomotive!
Foncer avec un élan irrésistible et s’élancer à toute vitesse dans les lointains.
O la flânerie enchanteresse par les champs et les coteaux!
Les feuilles et les fleurs des herbes les plus communes, le frais silence moite des bois,
L’odeur délicieuse de la terre à l’aurore et durant toute la matinée.
Les feuilles et les fleurs des herbes les plus communes, le frais silence moite des bois,
L’odeur délicieuse de la terre à l’aurore et durant toute la matinée.
O les joies du cavalier et de l’écuyère!
Etre en selle, galoper ferme sur les arçons, sentir l’air frais en murmurant vous frapper les oreilles et les cheveux.
Etre en selle, galoper ferme sur les arçons, sentir l’air frais en murmurant vous frapper les oreilles et les cheveux.
O les joies du pompier!
J’entends sonner l’alarme au fort de la nuit,
J’entends des cloches, des cris! Je dépasse la foule, je me précipite!
La vue des flammes me rend fou de plaisir.
J’entends sonner l’alarme au fort de la nuit,
J’entends des cloches, des cris! Je dépasse la foule, je me précipite!
La vue des flammes me rend fou de plaisir.
O la joie du lutteur aux muscles solides qui s’érige dans l’arène, parfaitement en forme, conscient de sa puissance, avide de se mesurer avec son adversaire.
O la joie de cette vaste sympathie élémentaire que seule l’âme humaine est capable d’engendrer et d’émettre à flots ininterrompus et sans limites.
O les joies de la mère!
Les veilles, la patience, l’amour précieux, l’angoisse, l’existence calmement donnée.
Les veilles, la patience, l’amour précieux, l’angoisse, l’existence calmement donnée.
O la joie de s’accroître, de pousser, de se rétablir,
La joie de calmer et de verser la paix, la joie de la concorde et de l’harmonie.
La joie de calmer et de verser la paix, la joie de la concorde et de l’harmonie.
Oh retourner aux lieux où je suis né,
Pour entendre encore les oiseaux chanter,
Pour rôder encore autour de la maison et de l’étable, pour courir encore par les champs,
Pour faire encore le tour du verger, pour suivre encore les vieux chemins.
Pour entendre encore les oiseaux chanter,
Pour rôder encore autour de la maison et de l’étable, pour courir encore par les champs,
Pour faire encore le tour du verger, pour suivre encore les vieux chemins.
Oh avoir été élevé au bord des baies, des lagunes et des criques, ou le long de la côte,
Continuer d’y être employé toute ma vie,
Les relents humides et salins, la grève, les herbes marines découvertes à marée basse,
Les pêcheurs à l’œuvre, le pêcheur d’anguilles, et le pêcheur de clams à l’œuvre;
Je viens avec mon râteau et ma bêche pour les clams, je viens avec ma fouine pour les anguilles,
La mer est-elle retirée? Je me joins au groupe des chercheurs de coquillages sur les plaines de sable,
Je ris et besogne avec eux, je plaisante à l’ouvrage comme un jeune homme ardent;
En hiver je prends mon panier à anguilles et ma fouine et je me mets en route à pied sur la glace—j’emporte une hachette pour tailler des trous dans la glace,
Regardez-moi partir gaîment ou revenir dans l’après-midi, chaudement vêtu, accompagné de ma bande de gars endurcis,
Ma bande de grands gars et de gamins, qui n’aiment être avec nul autre autant qu’avec moi,
Le jour pour travailler avec moi, la nuit pour dormir avec moi.
Continuer d’y être employé toute ma vie,
Les relents humides et salins, la grève, les herbes marines découvertes à marée basse,
Les pêcheurs à l’œuvre, le pêcheur d’anguilles, et le pêcheur de clams à l’œuvre;
Je viens avec mon râteau et ma bêche pour les clams, je viens avec ma fouine pour les anguilles,
La mer est-elle retirée? Je me joins au groupe des chercheurs de coquillages sur les plaines de sable,
Je ris et besogne avec eux, je plaisante à l’ouvrage comme un jeune homme ardent;
En hiver je prends mon panier à anguilles et ma fouine et je me mets en route à pied sur la glace—j’emporte une hachette pour tailler des trous dans la glace,
Regardez-moi partir gaîment ou revenir dans l’après-midi, chaudement vêtu, accompagné de ma bande de gars endurcis,
Ma bande de grands gars et de gamins, qui n’aiment être avec nul autre autant qu’avec moi,
Le jour pour travailler avec moi, la nuit pour dormir avec moi.
Une autre fois, à la saison chaude, je pars en bateau pour lever les paniers à homards, immergés et retenus au fond par de larges pierres (je reconnais les flotteurs),
O les délices d’une matinée de mai sur l’eau où je rame juste avant l’aube dans la direction des flotteurs,
Je lève les paniers d’osier en les tirant de biais, les homards vert foncé se débattent désespérément avec leurs pattes pointues lorsque je les retire, j’introduis des chevilles de bois dans l’ouverture de leurs pinces,
Je vais à toutes les places l’une après l’autre, et je rame ensuite vers le rivage,
Là dans une vaste marmite pleine d’eau bouillante les homards seront cuits jusqu’à ce qu’ils deviennent de nuance écarlate.
O les délices d’une matinée de mai sur l’eau où je rame juste avant l’aube dans la direction des flotteurs,
Je lève les paniers d’osier en les tirant de biais, les homards vert foncé se débattent désespérément avec leurs pattes pointues lorsque je les retire, j’introduis des chevilles de bois dans l’ouverture de leurs pinces,
Je vais à toutes les places l’une après l’autre, et je rame ensuite vers le rivage,
Là dans une vaste marmite pleine d’eau bouillante les homards seront cuits jusqu’à ce qu’ils deviennent de nuance écarlate.
Une autre fois, j’attrape des maquereaux,
Voraces, ils se jettent comme des fous sur l’amorce, et se tenant près de la surface, ils semblent remplir l’eau sur des milles d’étendue;
Une autre fois je pêche des bars rayés dans la baie de Chesapeake et je suis un des hommes du bord au visage hâlé;
Une autre fois, pêchant à la traîne des temnodons sauteurs au large de Paumanok, je suis debout le corps tendu,
Mon pied gauche est posé sur le plat-bord, de mon bras droit je lance très loin la mince corde enroulée,
Autour de moi sont en vue cinquante embarcations, mes compagnes, qui virent et s’éloignent rapidement.
Voraces, ils se jettent comme des fous sur l’amorce, et se tenant près de la surface, ils semblent remplir l’eau sur des milles d’étendue;
Une autre fois je pêche des bars rayés dans la baie de Chesapeake et je suis un des hommes du bord au visage hâlé;
Une autre fois, pêchant à la traîne des temnodons sauteurs au large de Paumanok, je suis debout le corps tendu,
Mon pied gauche est posé sur le plat-bord, de mon bras droit je lance très loin la mince corde enroulée,
Autour de moi sont en vue cinquante embarcations, mes compagnes, qui virent et s’éloignent rapidement.
Oh aller en bateau sur les fleuves,
La descente du Saint-Laurent, le superbe paysage, les vapeurs,
Les navires qui passent, les Mille Iles, les trains de bois rencontrés de temps à autre et les flotteurs avec leurs immenses rames,
Les petites cabanes sur leurs radeaux et le panache de fumée qui s’élève quand ils font cuire leur dîner, le soir.
La descente du Saint-Laurent, le superbe paysage, les vapeurs,
Les navires qui passent, les Mille Iles, les trains de bois rencontrés de temps à autre et les flotteurs avec leurs immenses rames,
Les petites cabanes sur leurs radeaux et le panache de fumée qui s’élève quand ils font cuire leur dîner, le soir.
(Oh donnez-moi quelque chose de pernicieux et de terrible!
Quelque chose qui soit bien loin d’une vie mesquine et dévote!
Quelque chose d’inéprouvé! Quelque chose dans une extase!
Quelque chose qui se soit arraché du mouillage et qui flotte librement.)
Quelque chose qui soit bien loin d’une vie mesquine et dévote!
Quelque chose d’inéprouvé! Quelque chose dans une extase!
Quelque chose qui se soit arraché du mouillage et qui flotte librement.)
Oh travailler dans les mines ou forger le fer,
Le coulage de la fonte, la fonderie elle-même, sa haute toiture grossière, le large espace abrité,
La fournaise, le liquide bouillant que l’on verse et qui court.
Le coulage de la fonte, la fonderie elle-même, sa haute toiture grossière, le large espace abrité,
La fournaise, le liquide bouillant que l’on verse et qui court.
Oh revivre les joies du soldat!
Sentir la présence d’un officier brave qui commande—sentir sa sympathie!
Voir son calme—se réchauffer aux rayons de son sourire!
Marcher à la bataille—entendre les clairons jouer et les tambours battre!
Entendre le fracas de l’artillerie—voir les baïonnettes et les canons de fusils étinceler au soleil!
Voir les hommes tomber et mourir sans se plaindre!
Connaître le goût sauvage du sang—être tel qu’un démon!
Se repaître avidement des blessures et des morts de l’ennemi.
Sentir la présence d’un officier brave qui commande—sentir sa sympathie!
Voir son calme—se réchauffer aux rayons de son sourire!
Marcher à la bataille—entendre les clairons jouer et les tambours battre!
Entendre le fracas de l’artillerie—voir les baïonnettes et les canons de fusils étinceler au soleil!
Voir les hommes tomber et mourir sans se plaindre!
Connaître le goût sauvage du sang—être tel qu’un démon!
Se repaître avidement des blessures et des morts de l’ennemi.
O les joies du baleinier! Oh voici que je refais ma vieille croisière!
Je sens le mouvement du navire sous moi, je sens les brises de l’Atlantique qui m’éventent,
J’entends de nouveau le cri jeté du haut du mât: Elle souffle là!
De nouveau j’escalade les haubans pour regarder avec les autres, nous descendons comme des fous,
Je saute dans l’embarcation qu’on a mise à la mer, nous ramons vers le point où s’étale notre proie,
Nous approchons furtivement et en silence, je vois la masse grosse comme une montagne, assoupie dans une torpeur léthargique,
Je vois le harponneur debout, je vois l’arme partir comme un trait de son bras robuste;
Oh voici que rapide, très loin sur l’océan, la baleine blessée, qui s’enfonce et nage du côté du vent, me remorque de nouveau,
Je la vois de nouveau émerger pour respirer, nos rames de nouveau nous rapprochent d’elle,
Je vois la lance qu’on lui plante au côté, qu’on enfonce, qu’on retourne dans la plaie,
De nouveau nous nous éloignons en hâte, je la vois qui replonge, rapidement la vie l’abandonne,
Elle jette du sang lorsqu’elle reparaît, je la vois nager en cercles de plus en plus étroits et couper l’eau vivement—je la vois qui meurt,
Elle fait un bond convulsif au centre du cercle, puis retombe, allongée et immobile, dans l’écume rougie de sang.
Je sens le mouvement du navire sous moi, je sens les brises de l’Atlantique qui m’éventent,
J’entends de nouveau le cri jeté du haut du mât: Elle souffle là!
De nouveau j’escalade les haubans pour regarder avec les autres, nous descendons comme des fous,
Je saute dans l’embarcation qu’on a mise à la mer, nous ramons vers le point où s’étale notre proie,
Nous approchons furtivement et en silence, je vois la masse grosse comme une montagne, assoupie dans une torpeur léthargique,
Je vois le harponneur debout, je vois l’arme partir comme un trait de son bras robuste;
Oh voici que rapide, très loin sur l’océan, la baleine blessée, qui s’enfonce et nage du côté du vent, me remorque de nouveau,
Je la vois de nouveau émerger pour respirer, nos rames de nouveau nous rapprochent d’elle,
Je vois la lance qu’on lui plante au côté, qu’on enfonce, qu’on retourne dans la plaie,
De nouveau nous nous éloignons en hâte, je la vois qui replonge, rapidement la vie l’abandonne,
Elle jette du sang lorsqu’elle reparaît, je la vois nager en cercles de plus en plus étroits et couper l’eau vivement—je la vois qui meurt,
Elle fait un bond convulsif au centre du cercle, puis retombe, allongée et immobile, dans l’écume rougie de sang.
O ma vieillesse, de toutes ma plus noble joie!
Mes enfants et mes petits-enfants, ma barbe et mes cheveux blancs,
Mon ampleur, mon calme, ma majesté, aboutissement de ma longue vie.
Mes enfants et mes petits-enfants, ma barbe et mes cheveux blancs,
Mon ampleur, mon calme, ma majesté, aboutissement de ma longue vie.
O la joie de la maturité féminine! O ce bonheur enfin!
J’ai plus de quatre-vingts ans, je suis la plus vénérable des mères,
Comme mon cerveau est clair—comme tout le monde est attiré vers moi!
Quelle est cette force d’attraction supérieure à toutes celles auparavant éprouvées? Quelle est cette fleur de vieillesse qui est davantage que la fleur de jeunesse?
Quelle est donc cette beauté qui descend sur moi et s’élève de moi?
J’ai plus de quatre-vingts ans, je suis la plus vénérable des mères,
Comme mon cerveau est clair—comme tout le monde est attiré vers moi!
Quelle est cette force d’attraction supérieure à toutes celles auparavant éprouvées? Quelle est cette fleur de vieillesse qui est davantage que la fleur de jeunesse?
Quelle est donc cette beauté qui descend sur moi et s’élève de moi?
O les joies de l’orateur!
Enfler sa poitrine, faire jaillir d’entre ses côtes et sa gorge le tonnerre roulant de la voix,
Faire s’enflammer de fureur, pleurer, haïr, désirer, le peuple avec vous-même,
Conduire l’Amérique—dompter l’Amérique de sa langue puissante.
Enfler sa poitrine, faire jaillir d’entre ses côtes et sa gorge le tonnerre roulant de la voix,
Faire s’enflammer de fureur, pleurer, haïr, désirer, le peuple avec vous-même,
Conduire l’Amérique—dompter l’Amérique de sa langue puissante.
O la joie de mon âme en équilibre sur elle-même, recevant l’identité par le canal des choses matérielles et les chérissant, observant les types et les absorbant,
Mon âme, qui m’est retournée dans les vibrations qui vont d’eux à moi, par la vue, l’ouïe, le toucher, la raison, l’énonciation, la comparaison, la mémoire et le reste;
La vie réelle de mes sens et de ma chair dépasse mes sens et ma chair,
Mon corps ne veut plus entendre parler des matérialités, ni ma vue de mes yeux matériels,
En ce jour il m’est prouvé sans conteste que ce ne sont pas mes yeux matériels qui voient finalement,
Ni mon corps matériel qui, en fin de compte, aime, marche, rit, crie, embrasse, procrée.
Mon âme, qui m’est retournée dans les vibrations qui vont d’eux à moi, par la vue, l’ouïe, le toucher, la raison, l’énonciation, la comparaison, la mémoire et le reste;
La vie réelle de mes sens et de ma chair dépasse mes sens et ma chair,
Mon corps ne veut plus entendre parler des matérialités, ni ma vue de mes yeux matériels,
En ce jour il m’est prouvé sans conteste que ce ne sont pas mes yeux matériels qui voient finalement,
Ni mon corps matériel qui, en fin de compte, aime, marche, rit, crie, embrasse, procrée.
O les joies du paysan!
Les joies du paysan de l’Ohio, de l’Illinois, du Wisconsin, du Canada, de l’Iowa, du Kansas, du Missouri, de l’Oregon!
Se lever à la pointe du jour et se mettre lestement à l’ouvrage,
Labourer la terre à l’automne pour semer les blés d’hiver,
Labourer la terre au printemps pour le maïs,
Soigner les vergers, greffer les arbres, cueillir les pommes à l’automne.
Les joies du paysan de l’Ohio, de l’Illinois, du Wisconsin, du Canada, de l’Iowa, du Kansas, du Missouri, de l’Oregon!
Se lever à la pointe du jour et se mettre lestement à l’ouvrage,
Labourer la terre à l’automne pour semer les blés d’hiver,
Labourer la terre au printemps pour le maïs,
Soigner les vergers, greffer les arbres, cueillir les pommes à l’automne.
Oh se baigner dans le bassin de natation ou dans un bon endroit le long du rivage,
Eclabousser l’eau! Marcher, enfoncé jusqu’à la cheville, ou courir nu le long de la plage.
Eclabousser l’eau! Marcher, enfoncé jusqu’à la cheville, ou courir nu le long de la plage.
Oh concevoir l’espace!
La surabondance de tout, qu’il n’y a pas de limites,
S’élever pour se mêler au firmament, au soleil, à la lune et aux nuages fuyants, comme si l’on faisait partie d’eux.
La surabondance de tout, qu’il n’y a pas de limites,
S’élever pour se mêler au firmament, au soleil, à la lune et aux nuages fuyants, comme si l’on faisait partie d’eux.
O la joie d’être soi virilement!
Ne ployer l’échine devant quiconque, n’avoir d’égard pour personne, pour nul tyran connu ou inconnu,
Marcher avec un maintien très droit, d’un pas souple et élastique,
Regarder avec un calme regard ou d’un coup d’œil en éclair,
Parler d’une voix pleine et sonore sortant d’un large coffre,
Confronter de votre personnalité toutes les autres personnalités de la terre.
Ne ployer l’échine devant quiconque, n’avoir d’égard pour personne, pour nul tyran connu ou inconnu,
Marcher avec un maintien très droit, d’un pas souple et élastique,
Regarder avec un calme regard ou d’un coup d’œil en éclair,
Parler d’une voix pleine et sonore sortant d’un large coffre,
Confronter de votre personnalité toutes les autres personnalités de la terre.
Connais-tu les joies admirables du jeune homme?
La joie des compagnons chers et des paroles joyeuses et des faces rieuses?
La joie du jour rayonnant de bonheur et de lumière, la joie des jeux où l’on respire largement?
La joie de la musique ravissante, la joie de la salle de bal illuminée et des danseurs?
La joie du dîner plantureux, du festoiement solide et des beuveries?
La joie des compagnons chers et des paroles joyeuses et des faces rieuses?
La joie du jour rayonnant de bonheur et de lumière, la joie des jeux où l’on respire largement?
La joie de la musique ravissante, la joie de la salle de bal illuminée et des danseurs?
La joie du dîner plantureux, du festoiement solide et des beuveries?
Cependant, ô mon âme suprême!
Connais-tu les joies de la pensée et sa tristesse ardente?
Les joies du cœur libre et esseulé, du cœur tendre et assombri?
Les joies de la promenade solitaire, l’esprit courbé et cependant fier, la souffrance et le combat?
Les agonies de la lutte athlétique, les extases, les joies des solennelles méditations pendant les jours et les nuits?
Les joies de la pensée de la Mort, des grandes sphères du Temps et de l’Espace?
Les joies prophétiques en songeant à de meilleurs, à de plus hauts idéals d’amour, à l’épouse divine, au camarade pur, éternel et parfait?
Joies qui t’appartiennent, ô toi l’impérissable, joies dignes de toi, ô âme!
Connais-tu les joies de la pensée et sa tristesse ardente?
Les joies du cœur libre et esseulé, du cœur tendre et assombri?
Les joies de la promenade solitaire, l’esprit courbé et cependant fier, la souffrance et le combat?
Les agonies de la lutte athlétique, les extases, les joies des solennelles méditations pendant les jours et les nuits?
Les joies de la pensée de la Mort, des grandes sphères du Temps et de l’Espace?
Les joies prophétiques en songeant à de meilleurs, à de plus hauts idéals d’amour, à l’épouse divine, au camarade pur, éternel et parfait?
Joies qui t’appartiennent, ô toi l’impérissable, joies dignes de toi, ô âme!
Oh tandis que j’existe, être celui qui commande à la vie, non un esclave,
Affronter la vie en puissant conquérant,
Pas d’irritations, pas de spleen, plus de plaintes ni de critiques dédaigneuses,
A ces hautaines lois de l’air, de l’eau et de la terre, prouvant que mon âme intérieure est imprenable,
Et que rien de l’en-dehors n’aura jamais pouvoir sur moi.
Affronter la vie en puissant conquérant,
Pas d’irritations, pas de spleen, plus de plaintes ni de critiques dédaigneuses,
A ces hautaines lois de l’air, de l’eau et de la terre, prouvant que mon âme intérieure est imprenable,
Et que rien de l’en-dehors n’aura jamais pouvoir sur moi.
Et ce ne sont pas seulement les joies de la vie que je chante en les dénombrant—mais la joie de la mort!
Le toucher admirable de la Mort qui calme et engourdit quelques instants pour des raisons,
Je me débarrasse de mon corps excrémentiel qui sera brûlé, réduit en poudre ou enterré,
Mon corps réel m’est indubitablement laissé pour d’autres sphères,
Mon corps laissé vide n’est plus rien pour moi, il retourne aux purifications, aux usages ultérieurs, aux emplois éternels de la terre.
Le toucher admirable de la Mort qui calme et engourdit quelques instants pour des raisons,
Je me débarrasse de mon corps excrémentiel qui sera brûlé, réduit en poudre ou enterré,
Mon corps réel m’est indubitablement laissé pour d’autres sphères,
Mon corps laissé vide n’est plus rien pour moi, il retourne aux purifications, aux usages ultérieurs, aux emplois éternels de la terre.
Oh attirer par quelque chose de plus que l’attractivité!
Comment cela se fait, je l’ignore,—mais voyez! Ce quelque chose qui n’obéit à rien d’autre,
Il est offensif, jamais défensif,—pourtant comme magnétiquement il attire.
Comment cela se fait, je l’ignore,—mais voyez! Ce quelque chose qui n’obéit à rien d’autre,
Il est offensif, jamais défensif,—pourtant comme magnétiquement il attire.
Oh lutter contre des supériorités écrasantes, affronter les ennemis en indompté!
Etre absolument seul contre eux, pour mesurer combien on peut supporter!
Regarder conflit, torture, prison, haine populaire face à face,
Monter à l’échafaud, s’avancer vers le canon des fusils avec une parfaite nonchalance!
Etre en vérité un Dieu!
Etre absolument seul contre eux, pour mesurer combien on peut supporter!
Regarder conflit, torture, prison, haine populaire face à face,
Monter à l’échafaud, s’avancer vers le canon des fusils avec une parfaite nonchalance!
Etre en vérité un Dieu!
Oh s’en aller en mer sur un navire!
Quitter cette terre ferme intolérable,
Quitter les rues, les trottoirs et les maisons et leur assommante monotonie,
Te quitter, ô toi, terre immobile, et monter sur un navire,
Pour voguer, voguer, voguer toujours!
Quitter cette terre ferme intolérable,
Quitter les rues, les trottoirs et les maisons et leur assommante monotonie,
Te quitter, ô toi, terre immobile, et monter sur un navire,
Pour voguer, voguer, voguer toujours!
O faire de sa vie désormais un poème de neuves joies!
Danser, battre des mains, exulter, crier, bondir, sauter, se laisser rouler et flotter toujours,
Etre un marin du monde en partance pour tous les ports,
Etre le navire lui-même (voyez donc ces voiles que je déploie dans le soleil et l’air),
Un navire rapide et gonflé, lourd de mots riches, chargé de joies.
Danser, battre des mains, exulter, crier, bondir, sauter, se laisser rouler et flotter toujours,
Etre un marin du monde en partance pour tous les ports,
Etre le navire lui-même (voyez donc ces voiles que je déploie dans le soleil et l’air),
Un navire rapide et gonflé, lourd de mots riches, chargé de joies.
A VOUS
Qui que vous soyez, j’ai peur que vous ne suiviez le chemin des rêves,
J’ai peur que ces prétendues réalités ne soient destinées à fondre sous vos pieds et vos mains,
En ce moment même vos traits, vos joies, vos paroles, votre logis, votre emploi, vos mœurs, vos ennuis, vos folies, votre costume, vos crimes, se séparent de vous et se dissipent,
Votre âme et votre corps réels apparaissent devant moi,
Ils surgissent dégagés des affaires, du négoce, des boutiques, du travail, des fermes, des vêtements, de la maison, des achats et des ventes, du manger et du boire, de la souffrance et de la mort.
J’ai peur que ces prétendues réalités ne soient destinées à fondre sous vos pieds et vos mains,
En ce moment même vos traits, vos joies, vos paroles, votre logis, votre emploi, vos mœurs, vos ennuis, vos folies, votre costume, vos crimes, se séparent de vous et se dissipent,
Votre âme et votre corps réels apparaissent devant moi,
Ils surgissent dégagés des affaires, du négoce, des boutiques, du travail, des fermes, des vêtements, de la maison, des achats et des ventes, du manger et du boire, de la souffrance et de la mort.
Qui que vous soyez, à présent je pose ma main sur vous afin que vous soyez mon poème,
Mes lèvres vous murmurent à l’oreille:
J’ai chéri bien des femmes et des hommes, mais je n’en chéris aucun plus que vous.
Mes lèvres vous murmurent à l’oreille:
J’ai chéri bien des femmes et des hommes, mais je n’en chéris aucun plus que vous.
Oh j’ai été négligent, j’ai été muet,
J’aurais dû me diriger droit vers vous il y a longtemps déjà,
C’est de vous seul que j’aurais dû jaser, c’est vous seul que j’aurais dû chanter.
J’aurais dû me diriger droit vers vous il y a longtemps déjà,
C’est de vous seul que j’aurais dû jaser, c’est vous seul que j’aurais dû chanter.
Je veux tout laisser pour venir faire les hymnes de vous,
Personne ne vous a compris, mais moi je vous comprends,
Personne ne vous a rendu justice, vous-même ne vous êtes pas rendu justice,
Personne qui ne vous ait trouvé imparfait, je suis le seul à ne trouver aucune imperfection en vous,
Personne qui n’ait voulu vous assujettir, je suis le seul qui ne consentira jamais à vous assujettir,
Moi seul je suis celui qui ne place au-dessus de vous ni maître, ni possesseur, ni supérieur, ni Dieu, au delà de ce qui est intrinsèquement en vous-même, dans l’attente.
Personne ne vous a compris, mais moi je vous comprends,
Personne ne vous a rendu justice, vous-même ne vous êtes pas rendu justice,
Personne qui ne vous ait trouvé imparfait, je suis le seul à ne trouver aucune imperfection en vous,
Personne qui n’ait voulu vous assujettir, je suis le seul qui ne consentira jamais à vous assujettir,
Moi seul je suis celui qui ne place au-dessus de vous ni maître, ni possesseur, ni supérieur, ni Dieu, au delà de ce qui est intrinsèquement en vous-même, dans l’attente.
Les peintres ont peint leurs groupes nombreux, et au milieu de tous le personnage central,
De la tête du personnage central ils ont fait rayonner un nimbe de lumière d’or,
Mais moi, qui peins des myriades de têtes, je n’en peins aucune qui n’ait son nimbe de lumière d’or,
De ma main, du cerveau de tout homme et de toute femme, elle se répand et ruisselle, éclatante, à jamais.
De la tête du personnage central ils ont fait rayonner un nimbe de lumière d’or,
Mais moi, qui peins des myriades de têtes, je n’en peins aucune qui n’ait son nimbe de lumière d’or,
De ma main, du cerveau de tout homme et de toute femme, elle se répand et ruisselle, éclatante, à jamais.
Oh je pourrais chanter de telles grandeurs et de telles gloires à votre sujet!
Vous n’avez pas su ce que vous étiez, vous avez sommeillé toute votre vie, replié sur vous-même,
C’est comme si vous aviez tenu fermées vos paupières la plupart du temps,
Ce que vous avez fait vous est déjà payé en dérisions,
(Votre épargne, votre savoir, vos prières, si ce n’est pas en moqueries qu’ils vous sont payés, qu’est-ce donc qu’ils vous rapportent?)
Vous n’avez pas su ce que vous étiez, vous avez sommeillé toute votre vie, replié sur vous-même,
C’est comme si vous aviez tenu fermées vos paupières la plupart du temps,
Ce que vous avez fait vous est déjà payé en dérisions,
(Votre épargne, votre savoir, vos prières, si ce n’est pas en moqueries qu’ils vous sont payés, qu’est-ce donc qu’ils vous rapportent?)
Mais les dérisions ne sont pas vous-même,
En dessous et au fond d’elles, je vous vois secrètement dissimulé,
Je vous poursuis là où nul autre ne vous a poursuivi,
Si le silence, le bureau, la faconde banale, la nuit, la routine coutumière vous cachent aux yeux des autres et de vous-même, ils ne vous cachent pas aux miens,
Si une face rasée, un regard fuyant, un teint malsain trompent les autres, ils ne me trompent pas,
La tenue fringante, l’attitude difforme, l’ivrognerie, la goinfrerie, la mort prématurée, tout cela je l’arrache de vous.
En dessous et au fond d’elles, je vous vois secrètement dissimulé,
Je vous poursuis là où nul autre ne vous a poursuivi,
Si le silence, le bureau, la faconde banale, la nuit, la routine coutumière vous cachent aux yeux des autres et de vous-même, ils ne vous cachent pas aux miens,
Si une face rasée, un regard fuyant, un teint malsain trompent les autres, ils ne me trompent pas,
La tenue fringante, l’attitude difforme, l’ivrognerie, la goinfrerie, la mort prématurée, tout cela je l’arrache de vous.
Il n’y a pas un don chez l’homme ou la femme qui ne trouve en vous sa concordance,
Il n’y a pas de vertu, pas de beauté chez l’homme ou la femme qui n’existent aussi bien en vous,
Pas de courage, pas d’endurance chez les autres qui n’existent aussi bien en vous,
Pas de plaisir qui attende d’autres humains sans qu’un plaisir égal ne vous attende.
Quant à moi, je ne donne rien à personne à moins de vous donner scrupuleusement la même chose à vous,
Je ne chante les chants de la gloire de personne, pas même de Dieu, de meilleur cœur que je ne chante les chants de la gloire qui est vôtre.
Il n’y a pas de vertu, pas de beauté chez l’homme ou la femme qui n’existent aussi bien en vous,
Pas de courage, pas d’endurance chez les autres qui n’existent aussi bien en vous,
Pas de plaisir qui attende d’autres humains sans qu’un plaisir égal ne vous attende.
Quant à moi, je ne donne rien à personne à moins de vous donner scrupuleusement la même chose à vous,
Je ne chante les chants de la gloire de personne, pas même de Dieu, de meilleur cœur que je ne chante les chants de la gloire qui est vôtre.
Qui que vous soyez! Réclamez votre part à tout hasard!
Ternes sont les spectacles qu’étalent l’Est et l’Ouest comparés à vous,
Ces prés immenses, ces fleuves interminables, vous êtes immense et interminable comme eux,
Ces fureurs, ces éléments, ces orages, ces mouvements de la Nature, ces agonies qui semblent présager la dissolution, vous êtes celui ou celle qui exerce sur eux sa souveraineté,
Qui règne en propre sur la Nature, les éléments, la souffrance, la passion, la dissolution.
Ternes sont les spectacles qu’étalent l’Est et l’Ouest comparés à vous,
Ces prés immenses, ces fleuves interminables, vous êtes immense et interminable comme eux,
Ces fureurs, ces éléments, ces orages, ces mouvements de la Nature, ces agonies qui semblent présager la dissolution, vous êtes celui ou celle qui exerce sur eux sa souveraineté,
Qui règne en propre sur la Nature, les éléments, la souffrance, la passion, la dissolution.
De vos chevilles tombent les entraves, vous trouvez en vous-même un pouvoir infaillible,
Vieux ou jeune, homme ou femme, grossier, vil, rejeté par les autres, ce que vous êtes, qui que vous soyez, se publie,
A travers la naissance, la vie, la mort, les funérailles, les moyens sont à votre portée, rien ne vous est mesuré chichement,
A travers les fureurs, les pertes, l’ambition, l’ignorance, le spleen, ce que vous êtes fait son chemin.
Vieux ou jeune, homme ou femme, grossier, vil, rejeté par les autres, ce que vous êtes, qui que vous soyez, se publie,
A travers la naissance, la vie, la mort, les funérailles, les moyens sont à votre portée, rien ne vous est mesuré chichement,
A travers les fureurs, les pertes, l’ambition, l’ignorance, le spleen, ce que vous êtes fait son chemin.
A LA FRÉGATE
Toi qui as sommeillé toute la nuit sur la tempête,
Qui t’éveilles rafraîchie, portée sur tes ailes prodigieuses,
(L’orage furieux a éclaté? Tu t’es élevée au-dessus de lui,
Et tu t’es reposée sur le firmament, ton esclave qui t’a bercée),
Toi qui es maintenant un point bleu planant loin, loin dans le ciel,
Tandis que sur le pont du navire où je suis monté à la lumière, je t’observe,
(Moi-même qui ne suis qu’une petite tache, un point sur l’énorme masse flottante du monde.)
Qui t’éveilles rafraîchie, portée sur tes ailes prodigieuses,
(L’orage furieux a éclaté? Tu t’es élevée au-dessus de lui,
Et tu t’es reposée sur le firmament, ton esclave qui t’a bercée),
Toi qui es maintenant un point bleu planant loin, loin dans le ciel,
Tandis que sur le pont du navire où je suis monté à la lumière, je t’observe,
(Moi-même qui ne suis qu’une petite tache, un point sur l’énorme masse flottante du monde.)
Loin, loin en mer,
Après que les furieuses vagues de la nuit ont parsemé le rivage d’épaves,
Avec le jour, à présent réapparu, si joyeux et serein,
L’aube rosée et moelleuse, le soleil dardant ses premiers rayons,
La limpide étendue de l’air azuré,
Toi aussi tu réapparais.
Après que les furieuses vagues de la nuit ont parsemé le rivage d’épaves,
Avec le jour, à présent réapparu, si joyeux et serein,
L’aube rosée et moelleuse, le soleil dardant ses premiers rayons,
La limpide étendue de l’air azuré,
Toi aussi tu réapparais.
Toi qui es née pour t’égaler à la bourrasque, (tu es toutes ailes),
Pour tenir tête au ciel et à la terre, à la mer et à l’ouragan,
Toi, barque des airs, qui jamais ne ferles tes voiles,
Qui passes des jours, des semaines même, à voguer sans fatigue, tournant en cercles à travers les espaces, tes royaumes,
Qui regardes au crépuscule le Sénégal, au matin l’Amérique,
Qui te joues parmi les éclairs et les nuées grosses de foudre,
Au milieu d’eux, en tes aventures, si tu avais mon âme,
Quelles joies! quelles joies seraient les tiennes!
Pour tenir tête au ciel et à la terre, à la mer et à l’ouragan,
Toi, barque des airs, qui jamais ne ferles tes voiles,
Qui passes des jours, des semaines même, à voguer sans fatigue, tournant en cercles à travers les espaces, tes royaumes,
Qui regardes au crépuscule le Sénégal, au matin l’Amérique,
Qui te joues parmi les éclairs et les nuées grosses de foudre,
Au milieu d’eux, en tes aventures, si tu avais mon âme,
Quelles joies! quelles joies seraient les tiennes!
AUX RICHES QUI DONNENT
Ce que vous me donnez je l’accepte de bon cœur,
Une modeste pitance, une cabane et un jardin, un peu d’argent, lorsque je rassemble mes poèmes,
Une chambre de voyageur et un déjeuner lorsque je voyage à travers les Etats—pourquoi rougirais-je de reconnaître ces dons? pourquoi les quémander?
Car je ne suis pas un homme qui n’offre rien aux hommes et aux femmes,
Car à chacun et à chacune je confère l’accès à tous les dons de l’univers.
Une modeste pitance, une cabane et un jardin, un peu d’argent, lorsque je rassemble mes poèmes,
Une chambre de voyageur et un déjeuner lorsque je voyage à travers les Etats—pourquoi rougirais-je de reconnaître ces dons? pourquoi les quémander?
Car je ne suis pas un homme qui n’offre rien aux hommes et aux femmes,
Car à chacun et à chacune je confère l’accès à tous les dons de l’univers.
CITÉ DES VAISSEAUX
Cité des vaisseaux!
(O les vaisseaux noirs! O les vaisseaux farouches!
O les splendides vapeurs et voiliers à la proue effilée!)
Cité du monde! (car ici confluent toutes les races,
Ici tous les pays de la terre collaborent);
Cité de la mer! Cité des flux précipités et chatoyants!
Cité dont les flots joyeux accourent ou dévalent sans cesse, entrant et sortant en tourbillons semés de remous et d’écume!
Cité des quais de marchandises et des magasins—cité des façades géantes de marbre et de fer!
Cité fière et passionnée—cité fougueuse, folle, extravagante!
Debout, ô cité—tu n’es pas faite seulement pour la paix, mais sois vraiment toi-même, sois guerrière!
N’aie pas peur—ne te soumets à nul autre modèle que les tiens, ô cité!
Regarde-moi—incarne-moi comme je t’ai incarnée!
Je n’ai rien rejeté de ce que tu m’as offert,—ceux que tu as adoptés je les ai adoptés,
Bonne ou mauvaise je ne te discute jamais—je chéris tout—je ne condamne rien,
Je chante et célèbre tout ce qui est tien—cependant je ne chante plus la paix:
En paix, j’ai chanté la paix, mais à présent le tambour de guerre est mon instrument,
Et la guerre, la guerre rouge, est le chant que je vais chantant par tes rues, ô cité!
(O les vaisseaux noirs! O les vaisseaux farouches!
O les splendides vapeurs et voiliers à la proue effilée!)
Cité du monde! (car ici confluent toutes les races,
Ici tous les pays de la terre collaborent);
Cité de la mer! Cité des flux précipités et chatoyants!
Cité dont les flots joyeux accourent ou dévalent sans cesse, entrant et sortant en tourbillons semés de remous et d’écume!
Cité des quais de marchandises et des magasins—cité des façades géantes de marbre et de fer!
Cité fière et passionnée—cité fougueuse, folle, extravagante!
Debout, ô cité—tu n’es pas faite seulement pour la paix, mais sois vraiment toi-même, sois guerrière!
N’aie pas peur—ne te soumets à nul autre modèle que les tiens, ô cité!
Regarde-moi—incarne-moi comme je t’ai incarnée!
Je n’ai rien rejeté de ce que tu m’as offert,—ceux que tu as adoptés je les ai adoptés,
Bonne ou mauvaise je ne te discute jamais—je chéris tout—je ne condamne rien,
Je chante et célèbre tout ce qui est tien—cependant je ne chante plus la paix:
En paix, j’ai chanté la paix, mais à présent le tambour de guerre est mon instrument,
Et la guerre, la guerre rouge, est le chant que je vais chantant par tes rues, ô cité!
L’ÉTRANGE VEILLÉE QU’UNE NUIT J’AI PASSÉE
SUR LE CHAMP DE BATAILLE
L’étrange veillée qu’une nuit j’ai passée sur le champ de bataille...
Lorsque toi, mon fils et mon camarade, tu tombas à mon côté, ce jour-là,
Je ne te jetai qu’un seul regard, auquel tes chers yeux répondirent d’un regard que je n’oublierai jamais,
Et la main que tu soulevas de terre où tu gisais, ô enfant, ne fit que toucher la mienne;
Ensuite je m’élançai en avant dans la mêlée, où le combat se disputait avec des chances égales,
Jusqu’à ce que, relevé de mon poste tard dans la nuit, je pus enfin retourner vers l’endroit où tu étais tombé,
Et te trouvai si glacé dans la mort, camarade chéri, je trouvai ton corps, fils des baisers rendus, (jamais plus rendus sur cette terre),
J’exposai ton visage à la lueur des étoiles,—singulière était la scène, le vent nocturne passait frais et léger,
Et longtemps je demeurai là à te veiller, sur le champ de bataille qui s’étendait autour de moi confusément;
Veillée prodigieuse, veillée délicieuse, là, dans la nuit muette et parfumée,
Mais pas une larme ne tomba de mes yeux, pas même un soupir profond ne m’échappa,—longtemps, longtemps, je te contemplai,
Puis, m’étendant à demi sur la terre, je me tins à ton côté, le menton appuyé sur les mains,
Passant des heures suaves, des heures immortelles et mystiques, avec toi, camarade chéri,—sans une larme, sans un mot;
Veillée de silence, de tendresse et de mort, veillée pour toi, mon fils et mon soldat,
Pendant que là-haut les astres passaient en silence et que vers l’est d’autres montaient insensiblement,
Veillée suprême pour toi, brave enfant, (je n’ai pu te sauver, soudaine a été ta mort,
Vivant je t’ai aimé et entouré de ma sollicitude fidèlement, je crois que nous nous reverrons sûrement);
Et lorsque traînaient les dernières ombres de la nuit, au moment précis où pointa l’aube,
J’enroulai mon camarade dans sa couverture, j’enveloppai bien son corps,
Je repliai bien la couverture, la bordai soigneusement par-dessus la tête et soigneusement sous les pieds,
Et là, baigné dans le soleil levant, je déposai mon fils dans sa tombe, dans sa tombe sommairement creusée,
Terminant ainsi mon étrange veillée, ma veillée nocturne sur le champ de bataille enveloppé d’ombre,
Veillée pour mon enfant des baisers rendus, (jamais plus rendus sur cette terre),
Veillée pour mon camarade soudainement tué, veillée que je n’oublierai jamais, ni comment, lorsque le jour vint à luire,
Je me levai de la terre glacée et enroulai bien mon soldat dans sa couverture,
Et l’ensevelis là où il tomba.
Lorsque toi, mon fils et mon camarade, tu tombas à mon côté, ce jour-là,
Je ne te jetai qu’un seul regard, auquel tes chers yeux répondirent d’un regard que je n’oublierai jamais,
Et la main que tu soulevas de terre où tu gisais, ô enfant, ne fit que toucher la mienne;
Ensuite je m’élançai en avant dans la mêlée, où le combat se disputait avec des chances égales,
Jusqu’à ce que, relevé de mon poste tard dans la nuit, je pus enfin retourner vers l’endroit où tu étais tombé,
Et te trouvai si glacé dans la mort, camarade chéri, je trouvai ton corps, fils des baisers rendus, (jamais plus rendus sur cette terre),
J’exposai ton visage à la lueur des étoiles,—singulière était la scène, le vent nocturne passait frais et léger,
Et longtemps je demeurai là à te veiller, sur le champ de bataille qui s’étendait autour de moi confusément;
Veillée prodigieuse, veillée délicieuse, là, dans la nuit muette et parfumée,
Mais pas une larme ne tomba de mes yeux, pas même un soupir profond ne m’échappa,—longtemps, longtemps, je te contemplai,
Puis, m’étendant à demi sur la terre, je me tins à ton côté, le menton appuyé sur les mains,
Passant des heures suaves, des heures immortelles et mystiques, avec toi, camarade chéri,—sans une larme, sans un mot;
Veillée de silence, de tendresse et de mort, veillée pour toi, mon fils et mon soldat,
Pendant que là-haut les astres passaient en silence et que vers l’est d’autres montaient insensiblement,
Veillée suprême pour toi, brave enfant, (je n’ai pu te sauver, soudaine a été ta mort,
Vivant je t’ai aimé et entouré de ma sollicitude fidèlement, je crois que nous nous reverrons sûrement);
Et lorsque traînaient les dernières ombres de la nuit, au moment précis où pointa l’aube,
J’enroulai mon camarade dans sa couverture, j’enveloppai bien son corps,
Je repliai bien la couverture, la bordai soigneusement par-dessus la tête et soigneusement sous les pieds,
Et là, baigné dans le soleil levant, je déposai mon fils dans sa tombe, dans sa tombe sommairement creusée,
Terminant ainsi mon étrange veillée, ma veillée nocturne sur le champ de bataille enveloppé d’ombre,
Veillée pour mon enfant des baisers rendus, (jamais plus rendus sur cette terre),
Veillée pour mon camarade soudainement tué, veillée que je n’oublierai jamais, ni comment, lorsque le jour vint à luire,
Je me levai de la terre glacée et enroulai bien mon soldat dans sa couverture,
Et l’ensevelis là où il tomba.
LE PANSEUR DE PLAIES
1
Vieillard courbé, je viens, parmi de nouveaux visages,
Remonter le cours des ans et les faire revivre, en réponse aux enfants,
A ces jeunes gens et à ces fillettes qui m’aiment et que j’entends me dire: Raconte-nous, grand-père,
(Dans mon agitation et mon courroux, j’avais pensé battre l’alarme et pousser à une guerre sans merci,
Mais bientôt mes doigts ont défailli, mon visage s’est incliné et je me suis résigné
A m’asseoir au chevet des blessés pour leur verser du calme, ou à veiller en silence les morts);
Viens nous parler, à des années de distance, de ces scènes, de ces passions furieuses, de ces coups du sort,
De ces héros que nul n’a surpassés, (fut-on tellement brave d’un côté? de l’autre on le fut tout autant),
Apporte-nous aujourd’hui ton témoignage, dépeins les plus puissantes armées de la terre,
Qu’as-tu vu de ces armées si rapides et si prodigieuses pour nous le raconter?
Quelle est la suprême, la plus profonde impression qui demeure en toi? Des paniques étranges,
Des rencontres si acharnées, ou des sièges formidables, qu’est-ce qui reste en toi de plus profond?
Remonter le cours des ans et les faire revivre, en réponse aux enfants,
A ces jeunes gens et à ces fillettes qui m’aiment et que j’entends me dire: Raconte-nous, grand-père,
(Dans mon agitation et mon courroux, j’avais pensé battre l’alarme et pousser à une guerre sans merci,
Mais bientôt mes doigts ont défailli, mon visage s’est incliné et je me suis résigné
A m’asseoir au chevet des blessés pour leur verser du calme, ou à veiller en silence les morts);
Viens nous parler, à des années de distance, de ces scènes, de ces passions furieuses, de ces coups du sort,
De ces héros que nul n’a surpassés, (fut-on tellement brave d’un côté? de l’autre on le fut tout autant),
Apporte-nous aujourd’hui ton témoignage, dépeins les plus puissantes armées de la terre,
Qu’as-tu vu de ces armées si rapides et si prodigieuses pour nous le raconter?
Quelle est la suprême, la plus profonde impression qui demeure en toi? Des paniques étranges,
Des rencontres si acharnées, ou des sièges formidables, qu’est-ce qui reste en toi de plus profond?
2
O fillettes et jeunes hommes que j’aime et qui m’aimez,
Des jours d’autrefois sur lesquels vous m’interrogez, voici les plus étranges et soudains que vos paroles me rappellent:
Soldat alerte, j’arrive, après une longue marche, couvert de sueur et de poussière,
J’arrive à point nommé, je m’élance dans la mêlée, je hurle dans la ruée d’une charge victorieuse,
Je pénètre dans les ouvrages conquis.... Mais voyez donc! Telle une rivière au rapide cours, ces jours-là s’évanouissent,
Ils passent, disparaissent, s’effacent—et je n’insiste pas sur les périls ou les joies du soldat,
(Je me rappelle fort bien celles-ci comme ceux-là,—multiples étaient les épreuves, rares les joies, pourtant j’étais heureux.)
Mais dans le silence, dans mes rêves projetant leurs visions,
Tandis que va le monde de gain, d’apparence et de gaieté,
Où tout sitôt passé est oublié, où les vagues balayent les empreintes sur le sable,
Je retourne là-bas, et les genoux fléchis je franchis les portes, (Alors, vous là-haut,
Qui que vous soyez, suivez-moi sans bruit et ayez le cœur solide.)
Des jours d’autrefois sur lesquels vous m’interrogez, voici les plus étranges et soudains que vos paroles me rappellent:
Soldat alerte, j’arrive, après une longue marche, couvert de sueur et de poussière,
J’arrive à point nommé, je m’élance dans la mêlée, je hurle dans la ruée d’une charge victorieuse,
Je pénètre dans les ouvrages conquis.... Mais voyez donc! Telle une rivière au rapide cours, ces jours-là s’évanouissent,
Ils passent, disparaissent, s’effacent—et je n’insiste pas sur les périls ou les joies du soldat,
(Je me rappelle fort bien celles-ci comme ceux-là,—multiples étaient les épreuves, rares les joies, pourtant j’étais heureux.)
Mais dans le silence, dans mes rêves projetant leurs visions,
Tandis que va le monde de gain, d’apparence et de gaieté,
Où tout sitôt passé est oublié, où les vagues balayent les empreintes sur le sable,
Je retourne là-bas, et les genoux fléchis je franchis les portes, (Alors, vous là-haut,
Qui que vous soyez, suivez-moi sans bruit et ayez le cœur solide.)
Portant les bandages, l’eau et l’éponge,
Diligemment je vais tout droit vers mes blessés,
Là où, rapportés après la bataille, ils gisent sur le sol étendus,
Là où leur sang précieux inestimablement rougit l’herbe et la terre,
Ou bien vers les lits alignés de la tente-ambulance ou sous le toit de l’hôpital;
Je retourne vers les longues rangées de couchettes, allant et venant, d’un côté puis de l’autre,
Je m’approche de tous sans exception, l’un après l’autre, je n’en oublie aucun,
Un infirmier me suit tenant une cuvette,—il porte aussi un seau,
Qui sera bientôt rempli de loques poissées de caillots et de sang, puis vidé et rempli de nouveau.
Diligemment je vais tout droit vers mes blessés,
Là où, rapportés après la bataille, ils gisent sur le sol étendus,
Là où leur sang précieux inestimablement rougit l’herbe et la terre,
Ou bien vers les lits alignés de la tente-ambulance ou sous le toit de l’hôpital;
Je retourne vers les longues rangées de couchettes, allant et venant, d’un côté puis de l’autre,
Je m’approche de tous sans exception, l’un après l’autre, je n’en oublie aucun,
Un infirmier me suit tenant une cuvette,—il porte aussi un seau,
Qui sera bientôt rempli de loques poissées de caillots et de sang, puis vidé et rempli de nouveau.
Je vais toujours, je m’arrête,
Les genoux fléchis et la main sûre, à panser les plaies,
Je suis ferme avec chacun, aiguës sont les tortures, mais inévitables,
L’un d’eux tourne vers moi ses yeux suppliants—pauvre petit! je ne te connais pas,
Pourtant je crois que je ne pourrais refuser en ce moment de mourir pour toi, si cela devait te sauver.
Les genoux fléchis et la main sûre, à panser les plaies,
Je suis ferme avec chacun, aiguës sont les tortures, mais inévitables,
L’un d’eux tourne vers moi ses yeux suppliants—pauvre petit! je ne te connais pas,
Pourtant je crois que je ne pourrais refuser en ce moment de mourir pour toi, si cela devait te sauver.
3
Je vais, je vais toujours (ouvrez-vous, portes du temps! ouvrez-vous, portes de l’hôpital!)
Je panse une tête fracassée, (pauvre main affolée, n’arrache pas le bandage),
J’examine le cou d’un cavalier qu’une balle a traversé de part en part,
On entend le râle de sa respiration étranglée, ses yeux sont déjà tout à fait vitreux, pourtant la vie résiste âprement,
(Viens, douce mort! laisse-toi persuader, ô mort magnifique!
Par pitié, viens vite.)
Je panse une tête fracassée, (pauvre main affolée, n’arrache pas le bandage),
J’examine le cou d’un cavalier qu’une balle a traversé de part en part,
On entend le râle de sa respiration étranglée, ses yeux sont déjà tout à fait vitreux, pourtant la vie résiste âprement,
(Viens, douce mort! laisse-toi persuader, ô mort magnifique!
Par pitié, viens vite.)
D’un moignon de bras à la main amputée,
Je défais la charpie où le sang s’est coagulé, j’enlève une escarre, je lave le pus et le sang,
Le soldat est renversé sur son oreiller, la tête tournée et retombée sur le côté,
Ses yeux sont clos, son visage pâle, il n’ose pas regarder le moignon sanglant,
Et il ne l’a pas encore regardé.
Je défais la charpie où le sang s’est coagulé, j’enlève une escarre, je lave le pus et le sang,
Le soldat est renversé sur son oreiller, la tête tournée et retombée sur le côté,
Ses yeux sont clos, son visage pâle, il n’ose pas regarder le moignon sanglant,
Et il ne l’a pas encore regardé.
Je panse une blessure au côté, profonde, profonde,
Celui-ci n’en a plus que pour un jour ou deux, car voyez sa charpente affreusement décharnée qui se creuse,
Et voyez la nuance bleu-jaune de son teint.
Celui-ci n’en a plus que pour un jour ou deux, car voyez sa charpente affreusement décharnée qui se creuse,
Et voyez la nuance bleu-jaune de son teint.
Je panse une épaule perforée, un pied troué d’une balle,
Je nettoie celui-là que ronge et pourrit une gangrène qui soulève le cœur et répugne terriblement,
Cependant que l’infirmier se tient derrière moi, tenant la cuvette et le seau.
Je nettoie celui-là que ronge et pourrit une gangrène qui soulève le cœur et répugne terriblement,
Cependant que l’infirmier se tient derrière moi, tenant la cuvette et le seau.
Je suis fidèle à ma tâche, je ne cède point,
Les cuisses et les genoux fracturés, les blessures à l’abdomen,
Toutes ces plaies et bien d’autres, je les panse d’une main impassible, (cependant au tréfonds de ma poitrine je sens comme un feu, une flamme qui me consume).
Les cuisses et les genoux fracturés, les blessures à l’abdomen,
Toutes ces plaies et bien d’autres, je les panse d’une main impassible, (cependant au tréfonds de ma poitrine je sens comme un feu, une flamme qui me consume).
4
C’est ainsi que, dans le silence, dans mes rêves projetant leurs visions,
Je retourne là-bas, je revis l’autrefois, je parcours les hôpitaux,
Je verse d’une main balsamique la paix aux meurtris et aux blessés,
Je reste auprès des insomnieux toute la sombre nuit, il en est de si jeunes,
Il en est qui souffrent tellement, j’évoque l’épreuve délicieuse et cruelle,
(Les bras aimants de maints soldats se sont noués autour de ce cou pour s’y appuyer,
Le baiser de maints soldats demeure sur ces lèvres barbues).
Je retourne là-bas, je revis l’autrefois, je parcours les hôpitaux,
Je verse d’une main balsamique la paix aux meurtris et aux blessés,
Je reste auprès des insomnieux toute la sombre nuit, il en est de si jeunes,
Il en est qui souffrent tellement, j’évoque l’épreuve délicieuse et cruelle,
(Les bras aimants de maints soldats se sont noués autour de ce cou pour s’y appuyer,
Le baiser de maints soldats demeure sur ces lèvres barbues).
DONNEZ-MOI LE SPLENDIDE SOLEIL SILENCIEUX
1
Donnez-moi le splendide soleil silencieux dardant l’éblouissement total de ses rayons,
Donnez-moi le fruit juteux de l’automne cueilli mûr et rouge dans le verger,
Donnez-moi un champ où l’herbe croît luxuriante,
Donnez-moi un arbre, donnez-moi la vigne sur sa treille,
Donnez-moi le maïs et le blé nouveaux, donnez-moi les animaux qui se meuvent avec sérénité et enseignent le contentement,
Donnez-moi ces soirs de silence absolu qui s’épandent sur les hauts plateaux à l’ouest du Mississipi, où je puisse lever les yeux vers les étoiles,
Donnez-moi un jardin aux fleurs magnifiques, emplissant de parfums l’aurore, où je puisse me promener tranquille,
Donnez-moi comme épouse une femme à l’haleine pure dont je ne me fatiguerai jamais,
Donnez-moi un enfant accompli, donnez-moi, très loin à l’écart des bruits du monde, une vie domestique et champêtre,
Donnez-moi de ramager pour mes seules oreilles, en mon isolement reclus, des chants spontanés,
Donnez-moi la solitude, donnez-moi la Nature, redonne-moi, ô Nature, tes saines primitivités!
Donnez-moi le fruit juteux de l’automne cueilli mûr et rouge dans le verger,
Donnez-moi un champ où l’herbe croît luxuriante,
Donnez-moi un arbre, donnez-moi la vigne sur sa treille,
Donnez-moi le maïs et le blé nouveaux, donnez-moi les animaux qui se meuvent avec sérénité et enseignent le contentement,
Donnez-moi ces soirs de silence absolu qui s’épandent sur les hauts plateaux à l’ouest du Mississipi, où je puisse lever les yeux vers les étoiles,
Donnez-moi un jardin aux fleurs magnifiques, emplissant de parfums l’aurore, où je puisse me promener tranquille,
Donnez-moi comme épouse une femme à l’haleine pure dont je ne me fatiguerai jamais,
Donnez-moi un enfant accompli, donnez-moi, très loin à l’écart des bruits du monde, une vie domestique et champêtre,
Donnez-moi de ramager pour mes seules oreilles, en mon isolement reclus, des chants spontanés,
Donnez-moi la solitude, donnez-moi la Nature, redonne-moi, ô Nature, tes saines primitivités!
Oui, je réclame tout cela, (las de surexcitation incessante et torturé par la lutte guerrière),
Je demande sans cesse que cela me soit accordé, cela jaillit de mon cœur en cris,
Et cependant, tout en le réclamant sans relâche, je reste attaché à ma ville,
Les jours se suivent et les années se suivent, ô ville, et je foule toujours tes rues,
Où tu me tiens enchaîné pour un certain temps, refusant de me laisser partir,
M’accordant néanmoins de quoi faire de moi un homme rassasié, d’âme enrichie, avec les visages qu’à jamais tu me donnes;
(Oh je vois ce que je cherchais à fuir, je résiste à mes cris, je les refoule,
Je vois que mon âme foulait aux pieds ce qu’elle demandait.)
Je demande sans cesse que cela me soit accordé, cela jaillit de mon cœur en cris,
Et cependant, tout en le réclamant sans relâche, je reste attaché à ma ville,
Les jours se suivent et les années se suivent, ô ville, et je foule toujours tes rues,
Où tu me tiens enchaîné pour un certain temps, refusant de me laisser partir,
M’accordant néanmoins de quoi faire de moi un homme rassasié, d’âme enrichie, avec les visages qu’à jamais tu me donnes;
(Oh je vois ce que je cherchais à fuir, je résiste à mes cris, je les refoule,
Je vois que mon âme foulait aux pieds ce qu’elle demandait.)
2
Gardez votre splendide soleil silencieux,
Garde tes forêts, ô Nature, et les endroits paisibles à l’orée des bois,
Garde tes champs de trèfle et de phléole, tes champs de maïs et tes vergers,
Garde le champ de sarrasin en fleurs où bourdonnent les abeilles de septembre;
Donnez-moi les visages et les rues—donnez-moi ces fantômes qui défilent incessants et interminables le long des trottoirs!
Donnez-moi les yeux innombrables—donnez-moi les femmes—donnez-moi les camarades et les amis par milliers!
Que j’en voie de nouveaux chaque jour—que j’en tienne de nouveaux par la main chaque jour!
Donnez-moi des spectacles pareils—donnez-moi les rues de Manhattan!
Donnez-moi Broadway, avec les soldats qui défilent—donnez-moi la sonorité des trompettes et des tambours!
(Les soldats qui passent par compagnies ou par régiments—les uns qui partent, enflammés et insouciants,
D’autres, leur temps fini, qui reviennent en rangs éclaircis, jeunes et pourtant très vieux, usés, marchant sans faire attention à rien);
Donnez-moi les rivages et les quais, avec leur lourde frange de noirs navires!
O que tout cela soit pour moi! O la vie intense, pleine à déborder et diverse!
La vie des théâtres, des cabarets, des hôtels énormes, pour moi!
La buvette du bateau à vapeur! La cohue des excursionnistes pour moi! La procession à la lueur des torches!
La brigade aux rangs épais qui part pour la guerre, suivie de fourgons militaires où s’entassent les approvisionnements;
Du monde à l’infini, s’écoulant comme un flot, avec des voix fortes, des passions, des spectacles imposants,
Les rues de Manhattan avec leur palpitation puissante, avec des tambours qui battent comme à présent,
Le chœur perpétuel et bruyant, le glissement et le cliquetis des fusils, (la vue même des blessés),
Les houles de Manhattan, avec leur chœur turbulent et musical!
Les visages et les yeux de Manhattan à jamais pour moi.
Garde tes forêts, ô Nature, et les endroits paisibles à l’orée des bois,
Garde tes champs de trèfle et de phléole, tes champs de maïs et tes vergers,
Garde le champ de sarrasin en fleurs où bourdonnent les abeilles de septembre;
Donnez-moi les visages et les rues—donnez-moi ces fantômes qui défilent incessants et interminables le long des trottoirs!
Donnez-moi les yeux innombrables—donnez-moi les femmes—donnez-moi les camarades et les amis par milliers!
Que j’en voie de nouveaux chaque jour—que j’en tienne de nouveaux par la main chaque jour!
Donnez-moi des spectacles pareils—donnez-moi les rues de Manhattan!
Donnez-moi Broadway, avec les soldats qui défilent—donnez-moi la sonorité des trompettes et des tambours!
(Les soldats qui passent par compagnies ou par régiments—les uns qui partent, enflammés et insouciants,
D’autres, leur temps fini, qui reviennent en rangs éclaircis, jeunes et pourtant très vieux, usés, marchant sans faire attention à rien);
Donnez-moi les rivages et les quais, avec leur lourde frange de noirs navires!
O que tout cela soit pour moi! O la vie intense, pleine à déborder et diverse!
La vie des théâtres, des cabarets, des hôtels énormes, pour moi!
La buvette du bateau à vapeur! La cohue des excursionnistes pour moi! La procession à la lueur des torches!
La brigade aux rangs épais qui part pour la guerre, suivie de fourgons militaires où s’entassent les approvisionnements;
Du monde à l’infini, s’écoulant comme un flot, avec des voix fortes, des passions, des spectacles imposants,
Les rues de Manhattan avec leur palpitation puissante, avec des tambours qui battent comme à présent,
Le chœur perpétuel et bruyant, le glissement et le cliquetis des fusils, (la vue même des blessés),
Les houles de Manhattan, avec leur chœur turbulent et musical!
Les visages et les yeux de Manhattan à jamais pour moi.
O GARS DES PRAIRIES AU VISAGE TANNÉ
O gars des prairies au visage tanné,
Avant que tu n’arrives au camp, bien des présents y furent reçus et bien accueillis,
Des compliments, des cadeaux et de la nourriture fortifiante,—et puis toi, enfin, parmi les recrues,
Tu es venu, taciturne, n’ayant rien à donner,—nous n’avons fait qu’échanger un regard,
Et dans ce regard, oh oui! tu m’as donné plus que tous les présents du monde.
Avant que tu n’arrives au camp, bien des présents y furent reçus et bien accueillis,
Des compliments, des cadeaux et de la nourriture fortifiante,—et puis toi, enfin, parmi les recrues,
Tu es venu, taciturne, n’ayant rien à donner,—nous n’avons fait qu’échanger un regard,
Et dans ce regard, oh oui! tu m’as donné plus que tous les présents du monde.
RÉCONCILIATION
Mot au-dessus de tous les mots, beau comme le firmament!
Il est beau que la guerre et tous ses actes de carnage doivent avec le temps être totalement abolis,
Que les mains des deux sœurs, la Mort et la Nuit, lavent et relavent toujours, incessantes et tendres, ce monde maculé;
Car mon ennemi est mort, un homme divin comme moi-même est mort,
Je regarde l’endroit où il est étendu, immobile et le visage blanc, dans son cercueil—je m’approche,
Je me penche et effleure de mes lèvres le visage blanc dans le cercueil.
Il est beau que la guerre et tous ses actes de carnage doivent avec le temps être totalement abolis,
Que les mains des deux sœurs, la Mort et la Nuit, lavent et relavent toujours, incessantes et tendres, ce monde maculé;
Car mon ennemi est mort, un homme divin comme moi-même est mort,
Je regarde l’endroit où il est étendu, immobile et le visage blanc, dans son cercueil—je m’approche,
Je me penche et effleure de mes lèvres le visage blanc dans le cercueil.
IL Y AVAIT UNE FOIS UN ENFANT QUI SORTAIT
CHAQUE JOUR
Il y avait une fois un enfant qui sortait chaque jour,
Et au premier objet sur lequel se posaient ses regards, il devenait cet objet,
Et cet objet devenait une part de lui-même pour tout le jour ou une partie du jour,
Ou pour nombre d’années ou d’immenses cycles d’années.
Et au premier objet sur lequel se posaient ses regards, il devenait cet objet,
Et cet objet devenait une part de lui-même pour tout le jour ou une partie du jour,
Ou pour nombre d’années ou d’immenses cycles d’années.
Les précoces lilas devinrent une part de cet enfant,
Et l’herbe et les volubilis blancs et rouges et le trèfle blanc et rouge, et le chant du moucherolle brun,
Et les agneaux de Mars et les petits rose pâle de la truie et le poulain de la jument et le veau de la vache,
Et la couvée caquetante de la basse-cour ou celle qui s’ébat dans la bourbe au bord de la mare,
Et les poissons qui se suspendent si curieusement sous l’eau et le superbe et curieux liquide,
Et les plantes aquatiques avec leurs gracieuses têtes aplaties, tout cela devint une part de lui-même.
Et l’herbe et les volubilis blancs et rouges et le trèfle blanc et rouge, et le chant du moucherolle brun,
Et les agneaux de Mars et les petits rose pâle de la truie et le poulain de la jument et le veau de la vache,
Et la couvée caquetante de la basse-cour ou celle qui s’ébat dans la bourbe au bord de la mare,
Et les poissons qui se suspendent si curieusement sous l’eau et le superbe et curieux liquide,
Et les plantes aquatiques avec leurs gracieuses têtes aplaties, tout cela devint une part de lui-même.
Les pousses qui pointent dans les champs en Avril et en Mai devinrent une part de lui-même,
Les pousses des grains d’hiver, et celles du maïs jaune clair, et les racines comestibles du jardin,
Et les pommiers couverts de fleurs et de fruits ensuite, et les baies sauvages et les herbes les plus communes le long des routes,
Et le vieil ivrogne qui rentrait chez lui en titubant, du hangar de la taverne où il venait de se relever,
Et la maîtresse d’école qui passait pour se rendre à sa classe,
Et les enfants qui passaient aussi, les uns amicaux, les autres querelleurs,
Et les jouvencelles aux joues fraîches et à la mise soignée, et le négrillon et la négrillonne aux pieds nus,
Et toutes les visions changeantes de la ville et de la campagne, partout où il allait.
Les pousses des grains d’hiver, et celles du maïs jaune clair, et les racines comestibles du jardin,
Et les pommiers couverts de fleurs et de fruits ensuite, et les baies sauvages et les herbes les plus communes le long des routes,
Et le vieil ivrogne qui rentrait chez lui en titubant, du hangar de la taverne où il venait de se relever,
Et la maîtresse d’école qui passait pour se rendre à sa classe,
Et les enfants qui passaient aussi, les uns amicaux, les autres querelleurs,
Et les jouvencelles aux joues fraîches et à la mise soignée, et le négrillon et la négrillonne aux pieds nus,
Et toutes les visions changeantes de la ville et de la campagne, partout où il allait.
Ses parents, celui qui l’avait engendré et celle qui l’avait conçu en son sein et mis au monde,
Donnèrent à cet enfant davantage d’eux-mêmes que cela,
Chaque jour par la suite ils lui donnèrent, et ils devinrent une part de lui-même.
Donnèrent à cet enfant davantage d’eux-mêmes que cela,
Chaque jour par la suite ils lui donnèrent, et ils devinrent une part de lui-même.
La mère au logis qui posait calmement les plats sur la table pour le souper,
La mère, avec sa voix douce, son bonnet et sa robe d’une propreté exquise, la saine odeur que répandaient sa personne et ses vêtements quand elle passait près de vous,
Le père vigoureux, étroit, mâle, positif, coléreux, injuste,
Le coup donné, les mots violents et soudains, les conditions rigides posées par le père, les promesses captieuses,
Les usages familiaux, la conversation, la compagnie, les meubles, les aspirations d’un cœur gonflé,
L’affection qui ne veut pas être contredite, le sentiment de ce qui est réel, la pensée que si cela après tout était irréel,
Les doutes des jours et les doutes des nuits, les curiosités touchant le si et le comment,
Si ce qui apparaît d’une certaine façon est bien ainsi, ou si tout cela n’est que lueurs fugitives et simples petites taches?
Les hommes et les femmes qui se pressent dans les rues, que sont-ils, sinon des lueurs fugitives et de simples petites taches?
Les rues elles-mêmes et les façades des maisons et les marchandises aux devantures,
Les voitures, les attelages, les quais aux solides planches, la foule énorme de passagers aux bacs,
Le village sur la hauteur vu de loin au coucher du soleil, la Rivière qui l’en sépare,
Les ombres, l’auréole et la brume, la lumière tombant sur les toits bruns et les pignons blancs à une lieue de là,
La goélette proche qui descend paresseuse en jusant, le petit bateau qu’elle remorque mollement à son arrière,
Les vagues qui se bousculent précipitées, leurs crêtes à l’écroulement subit, leur claquement,
Les strates de nuages colorés, la longue barre de teinte marron qui s’étend solitaire là-bas, la pureté de l’étendue où elle repose immobile,
Le bord de l’horizon, le vol des goélands, l’odeur des marais salants et du limon de la plage,
Tout cela devint une part de cet enfant qui sortait chaque jour, et qui sort à présent et qui sortira à jamais chaque jour.
La mère, avec sa voix douce, son bonnet et sa robe d’une propreté exquise, la saine odeur que répandaient sa personne et ses vêtements quand elle passait près de vous,
Le père vigoureux, étroit, mâle, positif, coléreux, injuste,
Le coup donné, les mots violents et soudains, les conditions rigides posées par le père, les promesses captieuses,
Les usages familiaux, la conversation, la compagnie, les meubles, les aspirations d’un cœur gonflé,
L’affection qui ne veut pas être contredite, le sentiment de ce qui est réel, la pensée que si cela après tout était irréel,
Les doutes des jours et les doutes des nuits, les curiosités touchant le si et le comment,
Si ce qui apparaît d’une certaine façon est bien ainsi, ou si tout cela n’est que lueurs fugitives et simples petites taches?
Les hommes et les femmes qui se pressent dans les rues, que sont-ils, sinon des lueurs fugitives et de simples petites taches?
Les rues elles-mêmes et les façades des maisons et les marchandises aux devantures,
Les voitures, les attelages, les quais aux solides planches, la foule énorme de passagers aux bacs,
Le village sur la hauteur vu de loin au coucher du soleil, la Rivière qui l’en sépare,
Les ombres, l’auréole et la brume, la lumière tombant sur les toits bruns et les pignons blancs à une lieue de là,
La goélette proche qui descend paresseuse en jusant, le petit bateau qu’elle remorque mollement à son arrière,
Les vagues qui se bousculent précipitées, leurs crêtes à l’écroulement subit, leur claquement,
Les strates de nuages colorés, la longue barre de teinte marron qui s’étend solitaire là-bas, la pureté de l’étendue où elle repose immobile,
Le bord de l’horizon, le vol des goélands, l’odeur des marais salants et du limon de la plage,
Tout cela devint une part de cet enfant qui sortait chaque jour, et qui sort à présent et qui sortira à jamais chaque jour.