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Poèmes de Walt Whitman

Chapter 39: MIRACLES
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About This Book

A selection of poems translated into French gathers expansive free-verse pieces that celebrate the individual body, everyday labor, seasonal cycles, and the natural world. The speaker offers a candid, generous voice, pledging the self to readers while cataloguing workers, mothers, and common scenes with songlike cadence. Major threads include open treatment of desire and sexuality, democratic inclusiveness, and the fusion of private feeling with public life. The poems favor directness and rhythmic repetition, aiming to give an accessible introduction to a larger poetic corpus through vivid imagery and inclusive, energetic lines.

Aux portes de la morgue en la cité,
Comme je flânais oisif cherchant à m’isoler du tumulte,
Je m’arrête curieux—voyez donc! cette dépouille de paria, une pauvre prostituée morte qu’on apporte,
On dépose là son cadavre que nul n’a réclamé, et il gît sur le pavé de briques humide;
La femme divine, son corps—je vois le corps—je ne regarde que cela,
Cette demeure hier débordante de passion et de beauté, je ne remarque rien autre chose,
Ni le silence si glacial, ni l’eau qui coule du robinet, ni les odeurs cadavériques ne m’impressionnent,
Mais seule la demeure—cette prodigieuse demeure—cette délicate et splendide demeure—cette ruine!
Cette immortelle demeure plus somptueuse que toutes les rangées d’édifices qui furent jamais construits!
Ou que le Capitole au dôme blanc surmonté d’une majestueuse figure, ou que toutes les vieilles cathédrales aux flèches altières,
Cette petite demeure à elle seule est plus que tout cela—pauvre demeure, demeure désespérée!
Belle et terrible épave—logement d’une âme—âme elle-même,
Maison que nul ne réclame, maison abandonnée—accepte un souffle de mes lèvres tremblantes,
Accepte une larme qui tombe pendant que je m’éloigne en pensant à toi,
Demeure d’amour défunte—demeure de folie et de crime, tombée en poussière, broyée,
Demeure de vie, naguère pleine de paroles et de rires—mais, hélas! pauvre demeure, tu étais déjà morte en ce temps-là,
Depuis des mois, des années, tu étais une maison garnie, résonnante—mais morte, morte, morte.

CET ENGRAIS

1

A UN RÉVOLUTIONNAIRE D’EUROPE VAINCU

Courage malgré tout, mon frère ou ma sœur!
Va toujours—la Liberté exige qu’on la serve quoi qu’il arrive;
Cela ne compte pas qui se laisse réduire par un ou deux échecs ou par un nombre indéfini d’échecs,
Ou par l’indifférence ou l’ingratitude du peuple, ou par n’importe quelle déloyauté,
Ou par les crocs montrés du pouvoir, les soldats, les canons, les codes pénals.
Ce en quoi nous croyons reste en attente invisible et perpétuelle à travers tous les continents,
N’invite personne, ne promet rien, sied dans le calme et la lumière, positif et maître de soi, ne connaît pas le découragement,
Attendant patiemment, attendant son heure.

DE DERRIÈRE CE MASQUE

(Pour faire face à un portrait)

1

LA VOIX

1
Je chante la voix, la mesure, la concentration, la détermination et le pouvoir divin de prononcer les mots;
Etes-vous parvenu à vous faire des poumons solides et des lèvres souples, après de longs essais? Les avez-vous obtenus tels à la suite d’un exercice vigoureux?
Les tenez-vous de votre constitution?
Parcourez-vous ces larges régions avec autant de largeur en vous-même qu’elles en ont?
Etes-vous bien arrivé à posséder le pouvoir divin de prononcer les mots?
Car ce n’est qu’à la fin, après beaucoup d’années, après avoir connu la chasteté, l’amitié, la procréation, la prudence et la nudité,

Après avoir foulé la terre et affronté fleuves et lacs,
Après avoir débarrassé sa gorge de ses entraves, après avoir absorbé les âges, les tempéraments, les races, après avoir connu le savoir, la liberté, les crimes,
Après avoir acquis une foi complète, après s’être clarifié et exalté, après avoir écarté les obstacles,
Après toutes ces expériences et bien davantage, qu’il est tout au plus possible que vienne à un homme ou à une femme le pouvoir divin de prononcer les mots;
Mais alors vers cet homme ou cette femme tout se précipite à flots—rien ne résiste, tout est là,
Armées, vaisseaux, antiquité, bibliothèques, peintures, machines, villes, haine, désespoir, amitié, douleur, vol, meurtre, aspiration, tout cela se forme en rangs serrés,
Tout cela sort selon que cet homme ou cette femme en a besoin, pour défiler docilement par sa bouche.

A CELUI QUI FUT CRUCIFIÉ

Mon esprit s’unit au tien, cher frère,
Ne t’inquiète pas de ce que beaucoup qui chantent les louanges de ton nom ne te comprennent pas,
Car moi, qui ne chante pas les louanges de ton nom, je te comprends,
C’est avec joie, ô mon camarade, que je te mentionne spécialement pour te saluer et pour saluer ceux qui furent avec toi, avant et depuis, et aussi ceux qui viendront,
Afin que tous nous travaillions ensemble,—transmettant la même charge et le même héritage,
Nous, le petit nombre des égaux, à qui importent peu les pays et les temps,

Nous, qui embrassons tous les continents, toutes les castes, qui admettons toutes les théologies,
Nous, les compatissants, les discerneurs, nous la commune mesure des hommes,
Nous qui nous promenons en silence au milieu des disputes et des affirmations, mais qui ne rejetons pas les disputeurs ni rien de ce qu’on affirme,
Nous entendons leurs braillements et leur tumulte assourdissant, de toute part nous assaillent leurs divisions, leurs jalousies, leurs récriminations,
Ils forment autour de nous un cercle péremptoire pour nous enfermer, mon camarade,
Pourtant, rebelles aux emprises, nous parcourons librement la terre entière, nous voyageons dans tous les sens jusqu’à ce que nous imprimions notre marque ineffaçable sur le temps et sur les âges divers,
Jusqu’à ce que nous saturions le temps et les âges, afin que les hommes et les femmes des races, des âges à venir, s’attestent frères et amis comme nous le sommes.

A UNE FILLE PUBLIQUE

MIRACLES

QUE SUIS-JE, APRÈS TOUT

COSMOS

QUI VEUT APPRENDRE MA LEÇON ENTIÈRE?

Qui veut apprendre ma leçon entière?
Patron, ouvrier, apprenti, ecclésiastique et athée,
Idiot et penseur sage, parents et enfants, marchand, commis, garçon et client,
Directeur, écrivain, artiste, écolier—approchez et commencez;
Ce n’est pas une leçon—elle abaisse les barrières pour vous donner accès à une autre leçon,
Et de celle-ci à une autre, et de chacune à une autre encore.

TOUJOURS CETTE MUSIQUE AUTOUR DE MOI

OH TOUJOURS VIVRE ET TOUJOURS MOURIR

A QUELQU’UN QUI VA BIENTOT MOURIR

L’INVOCATION SUPRÊME

A la fin, tendrement,
Au travers des murs de la puissante maison fortifiée,
Eludant les verrous hermétiquement joints, la protection des portes solidement closes,
Que je sois emporté comme un souffle.
Que je sorte en glissant sans bruit;
Avec la clef de la douceur ouvre les serrures—avec un murmure,
Ouvre les portes toutes grandes, ô âme.
Tendrement—ne sois pas impatiente,
(Forte est ton emprise, ô chair mortelle,
Forte est ton emprise, ô amour.)

TOI, GLOBE LA-HAUT

Toi, globe là-haut dans ton éblouissement total! Toi, midi brûlant d’octobre!
Qui inondes de lumière éclatante le sable gris de la plage,
La mer proche au sifflement rauque avec ses perspectives lointaines et son écume,
Et ses traînées fauves et ses ombres et son immensité bleue;
O soleil resplendissant de midi! A toi j’adresse un mot spécial.
Ecoute-moi, souverain!
C’est ton amant qui te parle, car toujours je t’ai adoré,
Même poupon je me chauffais à tes rayons, plus tard, heureux gamin, seul à l’orée d’un bois, tes rayons qui de loin me touchaient suffisaient à mon bonheur,
Et jeune ou vieux ou homme mûri, tu as été pour moi tel qu’en ce jour où je darde vers toi mon invocation.

VISAGES

1

A UNE LOCOMOTIVE EN HIVER

MANNAHATTA