Où quinze laids marmots, encrassant les piliers,
Écoutent, grasseyant les divins babillages,
Un noir grotesque dont fermentent les souliers.
Mais le soleil éveille, à travers les feuillages,
Les vieilles couleurs des vitraux ensoleillés,
Vous verrez des monceaux de ces cailloux terreux
Dans la campagne en rut qui frémit, solennelle,
Portant, près des blés lourds, dans les sentiers séreux,
Ces arbrisseaux brûlés où bleuit la prunelle,
Des nœuds de mûriers noirs ou de rosiers furieux.
Par un badigeon d'eau bleue et de lait caillé.
Si des mysticités grotesques sont notables
Près de la Notre-Dame ou du saint empaillé,
Des mouches sentant bon l'auberge et les étables
Se gorgent de cire au plancher ensoleillé.
Des soins naïfs, des bons travaux abrutissants,
Ils sortent, oubliant que la peau leur fourmille
Où le Prêtre du Christ a mis ses doigts puissants.
On paie au Prêtre un toit ombré d'une charmille
Pour qu'il laisse au soleil tous ces fronts bruissants.
Sous le Napoléon ou le Petit Tambour,
Quelque enluminure où les Josephs et les Marthes
Tirent la langue avec un excessif amour
Et qui joindront aux jours de science deux cartes,
Ces deux seuls souvenirs lui restent du grand jour.
De s'entendre appeler garces par les garçons
Qui font du genre, après messe et vêpres chantantes,
Eux, qui sont destinés au chic des garnisons,
Ils narguent au café les maisons importantes,
Blousés neuf et gueulant d'effroyables chansons.
Des dessins; dans son clos, les vêpres dites, quand
L'air s'emplit du lointain nasillement des danses,
Il se sent, en dépit des célestes défenses,
Les doigts de pied ravis et le mollet marquant...
—La nuit vient, noir pirate au ciel noir débarquant.
II
Congrégés des faubourgs ou des riches quartiers,
Cette petite fille inconnue, aux yeux tristes,
Front jaune. Ses parents semblent de doux portiers.
Au grand jour, la marquant parmi les catéchistes,
Dieu fera, sur son front, neiger ses bénitiers.
Mieux qu'à l'église haute aux funèbres rumeurs.
D'abord le frisson vient, le lit n'étant pas fade,
Un frisson surhumain qui retourne: Je meurs...
Elle compte, abattue et les mains sur son cœur,
Ses Anges, ses Jésus et ses Vierges nitides,
Et, calmement, son âme a bu tout son vainqueur.
Des cieux moirés de vert baignent les Fronts vermeils
Et tachés du sang pur des célestes poitrines,
De grands linges neigeux tombent sur les soleils.
Elle mord aux fraîcheurs de ta Rémission;
Mais plus que les lys d'eau, plus que les confitures
Tes pardons sont glacés, ô Reine de Sion.
III
Les mystiques élans se cassent quelquefois,
Et vient la pauvreté des images que cuivre
L'ennui, l'enluminure atroce et les vieux bois.
Épouvantent le rêve aux chastes bleuités
Qui sont surpris autour des célestes tuniques
Du linge dont Jésus voile ses nudités.
Le front dans l'oreiller creusé par les cris sourds,
Prolonger les éclairs suprêmes de tendresse
Et bave...—L'ombre emplit les maisons et les cours,
Les reins, et d'une main ouvre le rideau bleu
Pour amener un peu la fraîcheur de la chambre
Sous le drap, vers son ventre et sa poitrine en feu.
IV
Devant le soleil bleu des rideaux illunés;
La vision la prit des langueurs du Dimanche,
Elle avait rêvé rouge. Elle saigna du nez,
Pour savourer en Dieu son amour revenant,
Elle eut soif de la nuit où s'exalte et s'abaisse
Le cœur, sous l'œil des cieux doux, en les devinant;
Tous les jeunes émois de ses silences gris;
Elle eut soif de la nuit forte où le cœur qui saigne
Écoute sans témoin sa révolte sans cris.
Son étoile la vit, une chandelle aux doigts,
Descendre dans la cour où séchait une blouse,
Spectre blanc, et lever les spectres noirs des toits.
V
Vers la chandelle, aux trous du toit, coulait l'air blanc
Et quelque vigne folle aux noirceurs purpurines
En deçà d'une cour voisine s'écroulant.
Dans la cour où les cieux bas plaquaient d'ors vermeils
Les vitres; les pavés puant l'eau de lessive
Souffraient l'ombre des toits bordés de noirs sommeils.
VI
Et ce qui lui viendra de haine, ô sales fous,
Dont le travail divin déforme encor les mondes
Quand la lèpre, à la fin, rongera ce corps doux,
Elle verra, sous les tristesses du bonheur,
L'amant rêver au blanc million de Maries
Au matin de la nuit d'amour, avec douleur!
VII
Ton cœur, tout ce qu'on a, tout ce que vous avez,
Et moi je suis malade. Oh! je veux qu'on me couche
Parmi les Morts des eaux nocturnes abreuvés!
Il me bonda jusqu'à la gorge de dégoûts;
Tu baisais mes cheveux profonds comme des laines,
Et je me laissais faire!... Oh! va... c'est bon pour vous,
Est, dans sa conscience, aux ignobles terreurs
La plus prostituée et la plus douloureuse
Et que tous nos élans vers vous sont des erreurs.
Tes baisers, je ne puis jamais les avoir bus.
Et mon cœur et ma chair par ta chair embrassée
Fourmillent du baiser putride de Jésus...
VIII
Sentiront ruisseler tes malédictions.
—Ils avaient couché sur ta haine inviolée
Echappés, pour la mort, des justes passions.
Dieu qui, pour deux mille ans, vouas, à ta pâleur,
Cloués au sol, de honte et de céphalalgies,
Ou renversés, les fronts des Femmes de douleur.
Juillet 1871.
L'ORGIE PARISIENNE
OU
PARIS SE REPEUPLE
Le soleil expia de ses poumons ardents
Les boulevards qu'un soir comblèrent les Barbares
Voilà la Cité belle assise à l'occident!
Voilà les quais! voilà les boulevards! voilà,
Sur les maisons, l'azur léger qui s'irradie,
Et qu'un soir la rougeur des bombes étoila.
L'ancien jour effaré rafraîchit vos regards.
Voici le troupeau roux des tordeuses de hanches,
Soyez fous, vous serez drôles, étant hagards!
Le cri des maisons d'or vous réclame. Volez!
Mangez! voici la nuit de joie aux profonds spasmes
Qui descend dans la rue, ô buveurs désolés,
Fouillant à vos côtés les luxes ruisselants,
Vous n'allez pas baver, sans geste, sans parole,
Dans vos verres, les yeux perdus aux lointains blancs,
Écoutez l'action des stupides hoquets
Déchirants. Écoutez, sauter aux nuits ardentes
Les idiots râleux, vieillards, pantins, laquais!
Fonctionnez plus fort, bouches de puanteurs!
Un vin pour ces torpeurs ignobles, sur ces tables...
Vos ventres sont fondus de hontes, ô Vainqueurs!
Trempez de poisons forts les cordes de vos cous!
Sur vos nuques d'enfants baissant ses mains croisées
Le Poète vous dit: ô lâches, soyez fous!
Vous craignez d'elle encore une convulsion
Qui crie, asphyxiant votre nichée infâme
Sur sa poitrine, en une horrible pression.
Qu'est-ce que ça peut faire à la pudeur Paris,
Vos âmes et vos corps, vos poisons et vos loques?
Elle se secouera de vous, hargneux pourris!
Les flancs morts, réclamant votre argent, éperdus,
La rouge courtisane aux seins gros des batailles,
Loin de votre stupeur tordra ses poings ardus!
Paris! quand tu reçus tant de coups de couteau,
Quand tu gis, retenant dans tes prunelles claires,
Un peu de la bonté du fauve renouveau,
La tête et les deux seins jetés vers l'Avenir
Ouvrant sur ta pâleur ses milliards de portes,
Cité que le Passé sombre pourrait bénir:
Tu rebois donc la vie effroyable! tu sens
Sourdre le flux des vers livides en tes veines,
Et sur ton clair amour rôder les doigts glaçants!
Ne gêneront pas plus ton souffle de Progrès
Que les Stryx n'éteignaient l'œil des Cariatides
Où des pleurs d'or astral tombaient des bleus degrés.
Ainsi; quoiqu'on n'ait fait jamais d'une cité
Ulcère plus puant à la Nature verte,
Le Poète te dit «Splendide est ta Beauté!»
L'immense remuement des forces te secourt;
Ton œuvre bout, la mort gronde, Cité choisie!
Amasse les strideurs au cœur du clairon lourd.
La haine des Forçats, la clameur des maudits;
Et ses rayons d'amour flagelleront les Femmes.
Ses strophes bondiront, voilà! voilà! bandits!
Pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars:
Et les gaz en délire aux murailles rougies
Flambent sinistrement vers les azurs blafards!
Mai 1871.
ACCROUPISSEMENTS
Le frère Milotus un œil à la lucarne
D'où le soleil, clair comme un chaudron récuré,
Lui darde une migraine et fait son regard darne,
Déplace dans les draps son ventre de curé.
Et descend ses genoux à son ventre tremblant,
Effaré comme un vieux qui mangerait sa prise,
Car il lui faut, le poing à l'anse d'un pot blanc,
À ses reins largement retrousser sa chemise!
Repliés grelottant au clair soleil qui plaque
Des jaunes de brioches aux vitres de papiers,
Et le nez du bonhomme où s'allume la laque
Renifle aux rayons, tel qu'un charnel polypier.
Au ventre: il sent glisser ses cuisses dans le feu
Et ses chausses roussir et s'éteindre sa pipe;
Quelque chose comme un oiseau remue un peu
À son ventre serein comme un morceau de tripe!
Dans des haillons de crasse et sur de sales ventres,
Des escabeaux, crapauds étranges, sont blottis
Aux coins noirs: des buffets ont des gueules de chantres
Qu'entr'ouvre un sommeil plein d'horribles appétits.
Le cerveau du bonhomme est bourré de chiffons,
Il écoute les poils pousser dans sa peau moite
Et parfois en hoquets fort gravement bouffons
S'échappe, secouant son escabeau qui boite...
Aux contours du cul des bavures de lumière,
Une ombre avec détails s'accroupit sur un fond
De neige rose ainsi qu'une rose trémière...
Fantasque, un nez poursuit Vénus au ciel profond.
LES PAUVRES À L'ÉGLISE
Qu'attiédit puamment leur souffle, tous leurs yeux
Vers le cœur ruisselant d'orrie et la maîtrise
Aux vingt gueules gueulant les cantiques pieux;
Heureux, humiliés comme des chiens battus,
Les Pauvres au bon Dieu, le patron et le sire,
Tendent leurs oremus risibles et têtus.
Après les six jours noirs où Dieu les fait souffrir!
Elles bercent, tordus dans d'étranges pelisses,
Des espèces d'enfants qui pleurent à mourir;
Une prière aux yeux et ne priant jamais,
Regardent parader mauvaisement un groupe
De gamines avec leurs chapeaux déformés.
C'est bon. Encore une heure; après, les maux sans nom
—Cependant, alentour, geint, nazille, chuchote
Une collection de vieilles à fanons;
Dont on se détournait hier aux carrefours;
Et, fringalant du nez dans des missels antiques
Ces aveugles qu'un chien introduit dans les cours.
Récitent la complainte infinie à Jésus
Qui rêve en haut, jauni par le vitrail livide,
Loin des maigres mauvais et des méchants pansus,
Farce prostrée et sombre aux gestes repoussants;
—Et l'oraison fleurit d'expressions choisies,
Et les mysticités prennent des tons pressants,
Banals, sourires verts, les Dames des quartiers
Distingués,—ô Jésus!—les malades du foie
Font baiser leurs longs doigts jaunes aux bénitiers.
1871
CE QUI RETIENT NINA
LUI
Hein? nous irions,
Ayant de l'air plein la narine,
Aux frais rayons
Du vin de jour?...
Quand tout le bois frissonnant saigne
Muet d'amour
Des bourgeons clairs,
On sent dans les choses ouvertes
Frémir des chairs;
Ton long peignoir,
Divine avec ce bleu qui cerne
Ton grand œil noir,
Semant partout,
Comme une mousse de champagne,
Ton rire fou!
Qui te prendrais
Comme cela,—la belle tresse,
Oh!—qui boirais
Ô chair de fleur!
Riant au vent vif qui te baise
Comme un voleur!
Aimablement...
Riant surtout, ô folle tête,
À ton amant!...
Oh! les grands prés,
La grande campagne amoureuse!
—Dis, viens plus près!...
Mêlant nos voix,
Lents, nous gagnerions la ravine,
Puis les grands bois!...
Le cœur pâmé,
Tu me dirais que je te porte,
L'œil mi-fermé...
Dans le sentier...
L'oiseau filerait son andante,
Joli portier...
J'irais, pressant
Ton corps, comme une enfant qu'on couche
Ivre du sang
Aux tons rosés,
Te parlant bas la langue franche...
Tiens!... que tu sais...
Et le soleil
Sablerait d'or fin leur grand rêve
Sombre et vermeil!
Blanche qui court,
Flânant, comme un troupeau qui broute,
Tout à l'entour...
Aux pommiers tors!
Comme on les sent tout une lieue,
Leurs parfums forts!
Au ciel mi-noir;
Et ça sentirait le laitage
Dans l'air du soir:
De fumiers chauds,
Pleine d'un rythme lent d'haleine,
Et de grands dos
Et, tout là-bas,
Une vache fienterait fière,
À chaque pas!...
Et son nez long
Dans son missel, le pot de bière
Cerclé de plomb
Qui, crânement,
Fument: dix, quinze, immenses lippes
Qui, tout fumant,
Tant, tant et plus;
Le feu qui claire les couchettes,
Et les bahuts:
D'un gros enfant
Qui fourre, à genoux, dans des tasses,
Son museau blanc
D'un ton gentil,
Et pourlèche la face ronde
Du cher petit...
Affreux profil,
Une vieille devant la braise
Qui fait du fil;
Dans ces taudis,
Quand la flamme illumine, claire,
Les carreaux gris!...
Dans les lilas,
La maison, la vitre cachée
Qui rit là-bas...
Ce sera beau!
Tu viendras, n'est-ce pas? et même...
ELLE
15 août 1870.
VÉNUS ANADYOMÈNE
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D'une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Montrant des déficits assez mal ravaudés;
Qui saillent; le dos court qui rentre et qui ressort.
—La graisse sous la peau paraît en feuilles plates;
Et les rondeurs des reins semblent prendre l'essor...
Horrible étrangement,—on remarque surtout
Des singularités qu'il faut voir à la loupe...
—Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.
27 juillet 1870.
«Français de soixante-dix, bonapartistes, républicains, souvenez-vous de vos pères en 92, etc...»
Paul de Cassagnac (Le Pays)
Qui, pâles du baiser fort de la liberté,
Calmes, sous vos sabots, brisiez le joug qui pèse
Sur l'âme et sur le front de toute humanité;
Vous dont les cœurs sautaient d'amour sous les haillons,
Ô soldats que la Mort a semés, noble Amante,
Pour les régénérer, dans tous les vieux sillons;
Morts de Valmy, Morts de Fleurus, Morts d'Italie,
Ô Million de Christs aux yeux sombres et doux;
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique:
—Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous!
3 septembre 1870.
COMÉDIE EN TROIS BAISERS
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres penchaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.
Mi-nue elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d'aise
Ses petits pieds si fins, si fins.
Un petit rayon buissonnier
Papillonner, comme un sourire,
Sur son beau sein, mouche au rosier,
Elle eut un long rire tris-mal
Qui s'égrenait en claires trilles,
Une risure de cristal...
Se sauvèrent: «Veux-tu finir!»
—La première audace permise,
Le rire feignait de punir!
Je baisai doucement ses yeux:
—Elle jeta sa tête mièvre
En arrière: «Oh! c'est encor mieux!...»
—Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D'un bon rire qui voulait bien...
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres penchaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.
SENSATION
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue:
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue!
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien
Par la Nature,—heureux comme avec une femme.
Mars 1870.
BAL DES PENDUS
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël!
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour.
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs!
Hop! qu'on ne sache plus si c'est bataille ou danse!
Belzebuth enragé râcle ses violons!
Presque tous ont quitté la chemise de peau:
Le reste est peu gênant et se voit sans scandale.
Sur les crânes, la neige applique un blanc chapeau:
Un morceau de chair tremble à leur maigre menton:
On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées,
Des preux, raides, heurtant armures de carton.
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer!
Les loups vont répondant des forêts violettes:
À l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer...
Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés
Un chapelet d'amour sur leurs pâles vertèbres:
Ce n'est pas un monstier ici, les trépassés!
Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou
Emporté par l'élan, comme un cheval se cabre:
Et, se sentant encor la corde raide au cou,
Avec des cris pareils à des ricanements,
Et, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
ROMAN
I
—Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Ces cafés tapageurs aux lustres éclatants!
—On va sous les tilleuls verts de la promenade,
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière;
Le vent chargé de bruits,—la ville n'est pas loin,—
A des parfums de vigne et des parfums de bière...
II
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...
III
—Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux-col effrayant de son père...
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...
—Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...
IV
Vous êtes amoureux.—Vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
—Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire...!
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
—On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.
23 septembre 1870.
RAGES DE CÉSARS
Chemine, en habit noir, et le cigare aux dents:
L'Homme pâle repense aux fleurs des Tuileries
—Et parfois son œil terne a des regards ardents...!
Il s'était dit: «Je vais souffler la Liberté
Bien délicatement, ainsi qu'une bougie!»
La Liberté revit! Il se sent éreinté!
Tressaille? Quel regret incapable le mord?
On ne le saura pas. L'Empereur a l'œil mort.
—Et regarde filer de son cigare en feu,
Comme aux soirs de Saint-Cloud, un fin nuage bleu