LE JARDIN DES PLANTES
L'homme propose et Dieu dispose.
J'étais parti, voyant le ciel limpide et clair
Et les chemins séchés, afin de prendre l'air,
D'ouïr le vent qui pleure aux branches du mélèze,
Et de mieux travailler: car on est plus à l'aise
Pour méditer le plan d'un drame projeté,
Refondre un vers pesant et sans grâce jeté,
Ou d'une rime faible à sa sœur mal unie
Par un son plus exact réparer l'harmonie,
Sous les arbres touffus inclinés en arceaux
Du labyrinthe vert, quand des milliers d'oiseaux
Chantent auprès de vous, et que la brise joue
Dans vos cheveux épars et baise votre joue,
Qu'on ne l'est dans sa chambre, un bureau devant soi,
S'étant fait d'y rester une pénible loi,
Et, comme un ouvrier que son devoir attache,
De ne pas s'arrêter qu'on n'ait fini sa tâche,
Remis le tout au net, et bien dûment serré
L'œuvre dans un tiroir aux profanes sacré,
Et je m'étais promis de rapporter la feuille
Où, du crayon aidé, mon doigt fixe et recueille
Mes pensers vagabonds, pleine jusques aux bords
De vers harmonieux, poétiques trésors,
Destinés à grossir un trop mince volume.
Vains projets! notre esprit est pareil à la plume,
Un souffle d'air l'emporte hors de son droit chemin,
Et nul ne peut prévoir ce qu'il fera demain.
Aussi moi, pauvre fou, séduit par l'étincelle
Qui, furtive, jaillit d'une noire prunelle,
Par un rire qui livre aux yeux de blanches dents
Oubliant prose et vers, de mes regards ardents
Je suis la jeune fille, et bientôt, moins timide,
J'égale à son pas leste et prompt mon pas rapide,
Je risque quelques mots et place sous mon bras,
Quoiqu'on dise: Méchant! et qu'on ne veuille pas,
Une main potelée; et nous allons à l'ombre,
Dans un lieu du jardin bien tranquille et bien sombre,
Faire mieux connaissance, et jouer et causer
Et sur le banc de pierre après nous reposer,
Et nous nous promettons de nous revoir dimanche,
Et je reviens avec ma feuille toute blanche.
LE CHAMP DE BATAILLE
En icelle valée oyait on grans sons de tabours
trompes et naquerres.
Mandeville.
Or ilz sont mortz, Diex ayt leurs ames
Quant est des cors, ils sont pourryz.
Le grand Testament de Villon.
De dars i ot grant lanceis
Et de pierres grant jeteis
Et de lances grand bouteis
Et d'espées grant capleis.
Li romans du Brut.
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles,
Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.
Le fracas des canons qui vomissent l'éclair,
Le rappel des tambours, le sifflement des balles,
Le son aigu du fifre et des rauques cymbales
Enfin ne troublent plus ni les échos ni l'air;
La brise secouant son aile parfumée
A dissipé les flots de l'épaisse fumée,
Crêpe noir étendu sur le front pur des cieux;
Comme aux jours de la paix tout est silencieux.
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles,
Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.
La lourde artillerie et les fourgons pesants
Ne creusent plus la route en profondes ornières;
On ne voit plus flotter les poudreuses bannières
Par-dessus les fusils au soleil reluisants;
Sous les pieds des soldats courant à la maraude,
Sainfoins à rouges fleurs, prés couleur d'émeraude,
Blés jaunes à flots d'or au gré des vents roulés,
Comme sous un fléau ne meurent plus foulés.
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles,
Sans crainte revenez vous poser, tourterelles
Cavaliers, fantassins, l'un sur l'autre entassés,
De leurs membres pétris dans le sang et la boue
Par le fer d'un cheval ou l'orbe d'une roue,
Jonchent le sol parmi les affûts fracassés,
Et vers le champ de mort en immenses volées
Du creux des rocs, du haut des flèches dentelées,
De l'est et de l'ouest, du nord et du midi
L'essaim des noirs corbeaux se dirige agrandi.
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles,
Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.
Dans les bois, les vieux loups par trois fois ont hurlé,
Levant leur tête grise à l'odeur de la proie.
L'œil fauve des vautours a flamboyé de joie
A l'ombre étincelant comme un phare étoilé,
Et, poussant vers le ciel des clameurs funéraires,
A leurs petits béants sur le bord de leurs aires
Longtemps ils ont porté quelque sanglant lambeau
De ces corps lacérés et restés sans tombeau.
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles,
Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.
Les os gisent rongés, blancs sous le gazon vert,
Et, spectacle hideux, souvent près d'un squelette
S'égrène le muguet, fleurit la violette,
La mousse parasite entoure un crâne ouvert.
Eh bien! qu'il vienne ici celui pour qui le glaive
Est un hochet brillant et qui par lui s'élève,
Si d'horreur et d'effroi tout son cœur ne bondit,
Malheur à lui! malheur! car il n'est qu'un maudit!
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles,
Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.
IMITATION DE BYRON
Il est doux de raser en gondole la vague
Des lagunes, le soir, au bord de l'horizon,
Quand la lune élargit son disque pâle et vague,
Et que du marinier l'écho dit la chanson,
Il est doux d'observer l'étoile qui rayonne
Paillette d'or cousue au dais du firmament,
L'étoile qu'une blanche auréole environne,
Et qui dans le ciel clair s'avance lentement;
Il est doux sur la brume un instant colorée
De voir, parmi la pluie, aux lueurs du soleil,
L'iris arrondissant son arche diaprée,
Présage heureux d'un jour plus pur et plus vermeil;
Il est doux, par les prés où l'abeille butine,
D'errer seul et pensif, et, sous les saules verts
Nonchalamment couché près d'une onde argentine,
De lire tour à tour des romans et des vers;
Il est doux, quand on suit une route inégale
Dans l'été, vers midi, chargé d'un lourd fardeau,
Et qu'on entend chanter près de soi la cigale,
De trouver un peu d'ombre avec un filet d'eau;
Il est doux, en hiver, lorsque la froide pluie
Bat la vitre, d'avoir auprès d'un feu flambant,
Un immense fauteuil gothique, où l'on appuie
Sa tête paresseuse en arrière tombant;
Il est doux de revoir avec ses tours minées
Par le temps, ses clochers et ses blanches maisons,
Ses toits rouges et bleus, ses hautes cheminées,
La ville où l'on passa ses premières saisons;
Il est doux pour le cœur de l'exilé malade,
Par le regret cuisant et la douleur usé,
D'entendre le refrain de la vieille ballade
Dont sa mère au berceau l'a jadis amusé;
Mais il est bien plus doux, éperdu, plein d'ivresse,
Sous un berceau de fleurs, d'entourer de ses bras
Pour la première fois sa première maîtresse,
Jeune fille aux yeux bruns qui tremble et ne veut pas.
BALLADE
Femme souvent varie;
Est bien fol qui s'y fie.
François Ier.
Cher ange, vous êtes belle
A faire rêver d'amour,
Pour une seule étincelle
De votre vive prunelle,
Le poëte tout un jour.
Air naïf de jeune fille,
Front uni, veines d'azur,
Douce haleine de vanille,
Bouche rosée où scintille
Sur l'ivoire un rire pur,
Pied svelte et cambré, main blanche,
Soyeuses boucles de jais,
Col de cygne qui se penche,
Flexible comme la branche
Qu'au soir caresse un vent frais,
Vous avez, sur ma parole,
Tout ce qu'il faut pour charmer;
Mais votre âme est si frivole,
Mais votre tête est si folle,
Que l'on n'ose vous aimer.
SOLEIL COUCHANT
Notre-Dame,
Que c'est beau!
Victor Hugo.
En passant sur le pont de la Tournelle, un soir,
Je me suis arrêté quelques instants pour voir
Le soleil se coucher derrière Notre-Dame.
Un nuage splendide à l'horizon de flamme,
Tel qu'un oiseau géant qui va prendre l'essor,
D'un bout du ciel à l'autre ouvrait ses ailes d'or,
—Et c'étaient des clartés à baisser la paupière.
Les tours au front orné de dentelles de pierre,
Le drapeau que le vent fouette, les minarets
Qui s'élèvent pareils aux sapins des forêts,
Les pignons tailladés que surmontent des anges
Aux corps roides et longs, aux figures étranges,
D'un fond clair ressortaient en noir; l'Archevêché,
Comme au pied de sa mère un jeune enfant couché,
Se dessinait au pied de l'église, dont l'ombre
S'allongeait à l'entour mystérieuse et sombre.
—Plus loin, un rayon rouge allumait les carreaux
D'une maison du quai;—l'air était doux; les eaux
Se plaignaient contre l'arche à doux bruit, et la vague
De la vieille cité berçait l'image vague;
Et moi, je regardais toujours, ne songeant pas
Que la nuit étoilée arrivait à grands pas.
SONNET IV
Oh! la paresseuse fille!
Sara la Baigneuse.
Lorsque je vous dépeins cet amour sans mélange,
Cet amour à la fois ardent, grave et jaloux,
Que maintenant je porte au fond du cœur pour vous,
Et dont je me raillais jadis, ô mon jeune ange,
Rien de ce que je dis ne vous paraît étrange,
Rien n'allume en vos yeux un éclair de courroux;
Vous dirigez vers moi vos regards longs et doux,
Votre pâleur nacrée en incarnat se change.
Il est vrai,—dans la mienne, en la forçant un peu,
Je puis emprisonner votre main blanche et frêle,
Et baiser votre front si pur sous la dentelle:
Mais—ce n'est pas assez pour un amour de feu;
Non, ce n'est pas assez de souffrir qu'on vous aime,
Ma belle paresseuse, il faut aimer vous-même.
1831.
ENFANTILLAGE
Hanneton, vole, vole, vole.
Ballade des petites filles.
Lorsque la froide pluie enfin s'en est allée,
Et que le ciel gaîment rouvre son bel œil bleu,
Ennuyé d'être au gîte et de couver le feu,
Comme les moineaux francs, je reprends ma volée.
A Romainville,—ou bien dans les prés Saint-Gervais,
Curieux de savoir si l'aubépine blanche
A déjà fait neiger son givre sur la branche,
Par l'herbe et la rosée, en pépiant, je vais,
Me faisant du bonheur avec la moindre chose:
—D'une goutte d'eau claire, où sous un rayon pur,
Se baigne un scarabée au corselet d'azur;
D'une abeille en maraude au cœur d'une fleur rose,
D'un brin d'herbe où la Vierge a filé son coton.
—Mais plus que tout cela j'aime sous les charmilles,
Dans le parc Saint-Fargeau, voir les petites filles
Emplir leurs tabliers de pain de hanneton.
NONCHALOIR
Il vaut mieux être assis que levé, il vaut
mieux être couché qu'assis.—Il vaut
mieux être mort que couché.
Ferideddin Atar.
J'aime sur les coussins la vie horizontale.
Barthélemy.
Pour oublier le reste, et m'oublier moi-même
(Ici-bas être heureux c'est oublier), que j'aime,
Loin du monde et du bruit, au fond de son boudoir,
Sur l'ottomane souple auprès d'elle m'asseoir!
—Cela me fait du bien et me repose l'âme.
Quel plaisir!—Respirer cet arome de femme,
Rester là sans penser et paresseusement
Accepter comme il vient le bonheur du moment!
—Laisser aller sa vie à la regarder vivre,
Dans tous ses mouvements, l'œil demi-clos, la suivre,
Sentir à ses genoux, en nuages soyeux,
Onder et folâtrer sa robe aux plis joyeux,
Effleurer son bras rond plus blanc qu'un col de cygne,
Sa main d'ivoire, aux doigts sveltes et rosés, digne
D'un portrait de Van Dyck; puis sur le fin tapis
Agacer en jouant ses petits pieds tapis
A l'ombre du jupon, comme sous la feuillée
Deux passereaux mutins à la mine éveillée!
Oh! je l'aime d'amour!—De blonds cheveux follets
Se dorent sur son col de magiques reflets,
A travers ses longs cils, au bord de sa prunelle,
Dans la nacre, chatoie une moite étincelle,
Et sa bouche mignarde, au parler enfantin,
S'ouvre comme une rose aux baisers du matin.
DÉCLARATION
Mais toujours fust mon opinion telle
Que toute amour doict estre mutuelle;
Qui son cœur donne, il en merite.
Les loyalles et pudicques amours de Scalion
de Virbluneau, à madame de Boufflers.
Je vous aime, ô jeune fille!
Aussi lorsque je vous vois,
Mon regard de bonheur brille,
Aussi tout mon sang petille
Lorsque j'entends votre voix.
Douce à mon amour timide,
Vous en accueillez l'aveu,
Mais sans qu'un rayon humide
Argente votre œil limpide,
Lac pur où dort le ciel bleu.
Pourquoi cette retenue?
Entre nous rien de caché.
—Enfant! votre âme ingénue
Peut se montrer toute nue
Comme Ève avant le péché.
C'est un amour sans mélange
Que l'amour que j'ai pour vous,
Frais comme au cœur la louange,
Ardent à toucher un ange,
Pur à rendre Dieu jaloux.
PLUIE
Glasglatcha: son de la pluie dans la pluie,
en anglais, splash.
Dictionnaire arabe.
Ce nuage est bien noir:—sur le ciel il se roule,
Comme sur les galets de la côte une houle.
L'ouragan l'éperonne, il s'avance à grands pas.
—A le voir ainsi fait, on dirait, n'est-ce pas?
Un beau cheval arabe, à la crinière brune,
Qui court et fait voler les sables de la dune.
Je crois qu'il va pleuvoir:—la bise ouvre ses flancs,
Et par la déchirure il sort des éclairs blancs.
Rentrons.—Au bord des toits la frêle girouette
D'une minute à l'autre en grinçant pirouette;
Le martinet, sentant l'orage, près du sol
Afin de l'éviter rabat son léger vol;
—Des arbres du jardin les cimes tremblent toutes.
La pluie!—Oh! voyez donc comme les larges gouttes
Glissent de feuille en feuille et passent à travers
La tonnelle fleurie et les frais arceaux verts!
Des marches du perron en longues cascatelles,
Voyez comme l'eau tombe, et de blanches dentelles
Borde les frontons gris!—Dans les chemins sablés,
Les ruisseaux en torrents subitement gonflés
Avec leurs flots boueux mêlés de coquillages
Entraînent sans pitié les fleurs et les feuillages;
Tout est perdu:—Jasmins aux pétales nacrés,
Belles-de-nuit fuyant l'astre aux rayons dorés,
Volubilis chargés de cloches et de vrilles,
Roses de tous pays et de toutes familles,
Douces filles de Juin, frais et riant trésor!
La mouche que l'orage arrête en son essor,
Le faucheux aux longs pieds et la fourmi se noient
Dans cet autre océan dont les vagues tournoient.
—Que faire de soi-même et du temps, quand il pleut
Comme pour un nouveau déluge, et qu'on ne peut
Aller voir ses amis, et qu'il faut qu'on demeure?
Les uns prennent un livre en main, afin que l'heure
Hâte son pas boiteux, et dans l'éternité
Plonge sans peser trop sur leur oisiveté;
Les autres gravement font de la politique,
Sur l'ouvrage du jour exercent leur critique;
Ceux-ci causent entre eux de chiens et de chevaux,
De femmes à la mode et d'opéras nouveaux;
Ceux-là du coin de l'œil se mirent dans la glace,
Débitent des fadeurs, des bons mots à la glace,
Ou, du binocle armés, regardent un tableau:
—Moi, j'écoute le son de l'eau tombant dans l'eau.
1831.
POINT DE VUE
Des petits horizons...
Sainte-Beuve.
Voici que je vis.—
Labrunie (G. de Nerval).
Au premier plan,—un orme au tronc couvert de mousse,
Dans la brume hochant sa tête chauve et rousse;
—Une mare d'eau sale où plongent les canards,
Assourdissant l'écho de leurs cris nasillards;
—Quelques rares buissons où pendent des fruits aigres,
Comme un pauvre la main, tendant leurs branches maigres;
—Une vieille maison, dont les murs mal fardés
Bâillent de toutes parts largement lézardés.
Au second,—des moulins dressant leurs longues ailes,
Et découpant en noir leurs linéaments frêles
Comme un fil d'araignée à l'horizon brumeux,
Puis,—tout au fond Paris, Paris sombre et fumeux,
Où déjà, points brillants au front des maisons ternes,
Luisent comme des yeux des milliers de lanternes;
Paris avec ses toits déchiquetés, ses tours
Qui ressemblent de loin à des cous de vautours.
Et ses clochers aigus à flèche dentelée,
Comme un peigne mordant la nue échevelée.
LE RETOUR
Je m'en vais promener tantôt parmy la plaine,
Tantôt en un village et tantôt en un bois,
Et tantôt par les lieux solitaires et cois.
Pierre Ronsard.
J'ai quitté pour un an la campagne;—le chaume
Était jaune; les champs n'avaient plus cet arome
Que leur donnent en juin les fleurs et le foin vert,
Et l'on sentait déjà comme un frisson d'hiver.
—La campagne, c'est bon l'été.—L'on se promène,
On marche à travers champs comme le pied vous mène,
Se fiant au hasard des sentiers onduleux.
A la terre le ciel fait des sourires bleus;
La nature est en joie, et la fleur virginale
Vous donne le bonjour de sa tête amicale;
L'herbe courbe sa pointe où tremble un diamant.
Devant vos pieds verdis et mouillés, par moment,
Du milieu d'un buisson, d'un arbre ou d'une haie
Part un oiseau caché que votre pas effraie.
Un papillon peureux, dans son fantasque vol,
Comme un écrin ailé rase, en fuyant, le sol.
Une abeille surprise, humide de rosée,
Déserte en bourdonnant la fleur demi-brisée.
—Plus loin, c'est une source entre les coudriers
Qui roule babillarde, et sur les blonds graviers
Éparpille au hasard, comme une chevelure,
Les résilles d'argent de son eau fraîche et pure.
Des joncs croissent auprès que plie un léger vent;
Le blême nénuphar, tel qu'un rideau mouvant,
Ondule sur ses flots, où plonge la grenouille
Parmi les fruits noyés et les feuilles de rouille,
Et dans un tourbillon d'or, de gaze et d'azur,
De lumière inondée aux feux d'un soleil pur,
Danse la demoiselle avec sa longue queue,
De ses ailes de crêpe égratignant l'eau bleue.
—A chaque pas qu'on fait la scène change, ainsi
Que dans un mélodrame à grand spectacle:—ici,
Au fond d'un parc, au bout d'une longue avenue,
Un château découpant son profil sur la nue;
Là de rouges sainfoins et de jaunes moissons,
Et l'étang qui s'écaille au saut de ses poissons.
—A gauche une colline à la robe zébrée,
De tons riches et chauds par le couchant marbrée;
A droite, au fond des bois, entre de noirs rochers,
Des hameaux inconnus trahis par leurs clochers;
Plus loin, transition de la terre au nuage,
Un anneau de lapis fermant le paysage.
—Un vrai panorama vivant et bigarré,
Par un pinceau divin ardemment coloré,
Comme n'en fit jamais jaillir de sa palette,
Miroir où l'arc-en-ciel rayonne et se reflète,
Le grand Claude Lorrain, ni Breughel de Velours.
—Mais, comme l'on ne peut se promener toujours,
On s'asseoit sur un tertre; on dessine une vue,
On fait des vers, on lit, ou l'on passe en revue
Ses jeunes souvenirs et ses rêves d'amour,
Si longtemps caressés et perdus sans retour;
On rebâtit sa vie au néant écroulée,
On voit ce qu'elle était, ou joyeuse ou troublée,
On examine à fond ses plaisirs, ses douleurs,
Et souvent la balance est du côté des pleurs.
—Comme en un palimpseste, à travers d'autres signes,
D'un ancien manuscrit ressuscitent les lignes;
Le roman de l'enfance à travers le présent
Reparaît tout entier,—calme, pur, innocent,
—Idylle de Gessner, conte de Berquin,—rose
Et suave peinture où soi-même l'on pose:
L'on compare son moi du jour au moi passé,
Et pour quelques instants le monde est effacé.
—Rien de mieux;—mais l'hiver, en janvier, quand la neige
S'entasse aux toits blanchis, quand la rafale assiége
Votre vitre qui tremble et qui frissonne,—à quoi,
Mon Dieu, passer le temps?—Il faut se tenir coi,
Se bien claquemurer, et, les talons dans l'âtre,
Parler chasse et gibier à quelque gentillâtre,
Faire un cent de piquet avec monsieur l'abbé,
Lire un ancien Mercure, ou,—galant Sigisbé,
Pour passer au salon prendre par sa main sèche
Une mistress Gryselde ennuyeuse et revêche,
Vrai portrait de famille à son cadre échappé,
Écu dans d'autres temps d'un autre coin frappé;
Courtiser à l'écart une petite niaise
Sortant de pension,—toute rouge et tout aise,
Qui prend feu dès l'abord au moindre aveu banal,
Et s'imagine avoir trouvé son idéal;
Écouter un dandy, Brummel de la province,
Beau papillon manqué qui, pour être plus mince,
Barde ses flancs épais d'un corset et d'un busc,
Et comme un vieux blaireau pue à vingt pas le musc;
Et le maire du lieu, docte et rare cervelle,
D'un air mystérieux colportant sa nouvelle.
—Autant et mieux, ma foi, vaudrait être pendu
Que rester enfoui dans ce pays perdu.
1831.
PAN DE MUR
La mousse des vieux jours qui brunit sa surface,
Et d'hiver en hiver incrustée à ses flancs,
Donne en lettre vivante une date à ses ans.
Harmonies.
... Qu'il vienne à ma croisée.
Petrus Borel.
De la maison momie enterrée au Marais
Où, du monde cloîtré, jadis je demeurais,
L'on a pour perspective une muraille sombre
Où des pignons voisins tombe, à grands angles, l'ombre.
—A ses flancs dégradés par la pluie et les ans,
Pousse dans les gravois l'ortie aux feux cuisants,
Et sur ses pieds moisis, comme un tapis verdâtre,
La mousse se déploie et fait gercer le plâtre.
—Une treille stérile avec ses bras grimpants
Jusqu'au premier étage en festonne les pans;
Le bleu volubilis dans les fentes s'accroche,
La capucine rouge épanouit sa cloche,
Et, mariant en l'air leurs tranchantes couleurs,
A sa fenêtre font comme un cadre de fleurs:
Car elle n'en a qu'une, et sans cesse vous lorgne
De son regard unique ainsi que fait un borgne,
Allumant aux brasiers du soir, comme autant d'yeux,
Dans leurs mailles de plomb ses carreaux chassieux.
—Une caisse d'œillets, un pot de giroflée
Qui laisse choir au vent sa feuille étiolée,
Et du soleil oblique implore le regard,
Une cage d'osier où saute un geai criard,
C'est un tableau tout fait qui vaut qu'on l'étudie;
Mais il faut pour le rendre une touche hardie,
Une palette riche où luise plus d'un ton,
Celle de Boulanger ou bien de Bonnington.
COLÈRE
Amende-toi, vieille au regard hideux,
Ou pour ung mot villain en auras deux.
Epistre à la première vieille.
A Montfaucon tout sec puisse-tu pendre,
Les yeux mangéz de corbeaux charongneux,
Les pieds tiréz de ces mastins hargneux
Qui vont grondant, hérissés de furie,
Quand on approche auprès de leur voirie.
Pierre Ronsard.
Hypocrisie et vice,—oui, c'est bien là le monde:
Belles maximes et grands airs
Jetés comme un manteau sur le cloaque immonde
D'un cœur tout gangrené de vers.
Oui,—la religion dont le péché se couvre
Pour japper après la vertu;
Oui,—le simple dont l'âme à tous les regards s'ouvre,
Aux pieds du méchant abattu;
La vierge pure en proie aux noires calomnies
De courtisanes de bas lieu
Qui, vieilles et sans dents et les lèvres jaunies,
Osent mentir si près de Dieu.
—Sorcières de Macbeth, dignes d'être huées,
Serpents armés d'un triple dard,
Ulcères ambulants, viles prostituées,
Tombeaux badigeonnés de fard,
Oh! comme il leur va bien, elles dont trente places,
Elles dont trente carrefours
Avec des charretiers, crapuleux Lovelaces,
Ont vu les publiques amours;
Elles dont la jeunesse en débauches passée
Couperose et jaspe le teint,
Et qui sous une peau détendue et plissée
Couvent un brasier mal éteint,
D'user tartufement leurs genoux sur les dalles,
Leurs pouces sur un chapelet,
Et prenant pour voiler leurs antiques scandales
La soutane d'un prestolet,
De venir sans pudeur noircir une que j'aime
Comme l'on n'a jamais aimé,
D'un amour pur et saint, et qui de Dieu lui-même
Certes ne peut être blâmé.
SONNET V
C'est mon plaisir; chacun querre le sien.
P. L. Jacob, bibliophile.
Heureusement que, pour nous consoler de tout
cela, il nous reste l'adultère, le tabac de Maryland,
et le papel español por cigaritos.
Petrus Borel, le lycanthrope.
Où trouver le bonheur?
Méry et Barthélemy.
Qu'est-ce que ce bonheur dont on parle?—L'avare
Au fond d'un coffre-fort empile des ducats,
Des piastres, des doublons, et plus d'or qu'aux Incas
Jadis avec leur sang n'en fit suer Pizarre.
Il ne voit rien de plus.—Le far-niente, un cigare,
Voilà pour l'indolent.—Le songeur ne fait cas
Que d'un coin retiré du monde et du fracas,
Où l'on puisse à loisir suivre un rêve bizarre.
L'ambitieux le met dans un titre à la cour,
Le vieux dans le comfort, le jeune dans l'amour,
—Les uns à pérorer, les autres à se taire.
Mais, étant exclusifs, ces gens-là jugent mal;
Car le bonheur est fait de trois choses sur terre,
Qui sont:—Un beau soleil, une femme, un cheval!
1831.
JUSTIFICATION
Vous êtes mal pour moi, vous avez quelque chose.
Marion Delorme.
Celui que chaque soir votre parole élève,
Qui pense avec vous de moitié;
Celui dont vous savez le plus intime rêve
Et qui vit de votre amitié;
Celui que vous avez laissé voir dans votre âme,
Et s'approcher de votre cœur,
Afin de lui montrer ce que Dieu dans la femme
A mis d'amour et de bonheur,
Quand il n'y croyait plus et n'avait d'autre envie,
Las de traîner depuis vingt ans
Son boulet de forçat au bagne de la vie,
Que de n'y pas finir son temps;
—Celui-là ne sera jamais, il vous le jure
Sur ce cœur que vous avez fait,
Un de ces hommes vils, dont la pensée impure
Aux choses basses se complaît.—
L'âme que vous avez mariée à la vôtre
Pourrait jusque-là s'oublier!...
—Dans le cloaque infect où le canard se vautre
Voit-on s'abattre l'aigle altier?
Non,—l'aigle vit tout seul sur la plus haute cime,
—Le tonnerre rugit en bas,
L'avalanche s'écrase et roule dans l'abîme;
Le torrent hurle:—il n'entend pas;
Immobile, de l'ongle étreignant quelque pierre,
Quelque bras de pin foudroyé,
Il attache au soleil son grand œil sans paupière,
D'ineffables lueurs noyé.
FRISSON
Chauffons-nous, chauffons-nous bien.
Béranger.
Je déteste le monde et je vis dans mon cœur.
Ulric Guttinguer.
Un brouillard épais noie
L'horizon où tournoie
Un nuage blafard,
Et le soleil s'efface,
Pâle comme la face
D'une vieille sans fard.
La haute cheminée,
Sombre et chaperonnée
D'un tourbillon fumeux,
Comme un mât de navire,
De sa pointe déchire
Le bord du ciel brumeux.
Sur un ton monotone
La bise hurle et tonne
Dans le corridor noir:
C'est l'hiver, c'est décembre,
Il faut garder la chambre
Du matin jusqu'au soir.
Les fleurs de la gelée
Sur la vitre étoilée
Courent en rameaux blancs,
Et mon chat qui grelotte
Se ramasse en pelote
Près des tisons croulants.
Moi, tout transi, je souffle,
A griller ma pantoufle,
A rougir mes chenets,
Mon feu qui se déploie
Et sur la plaque ondoie
En bleuâtres filets.
Adieu les promenades
Sous les fraîches arcades
Des verdoyants tilleuls,
A travers les prairies,
Les bruyères fleuries
Et les pâles glaïeuls;
Parmi les plaines blondes
Où le vent roule en ondes
Le seigle déjà mûr,
Par les hautes futaies
Au long des jeunes haies
Et des ruisseaux d'azur;
Adieu les églantines
Et, moissons enfantines,
Les bleuets dans les blés,
Les vertes sauterelles
Et les pissenlits frêles
Sans cesse échevelés;
Adieu dans l'herbe haute
La grenouille qui saute,
Et sous le frais buisson
Le lézard qui regarde
La cigale criarde
Qui sonne sa chanson;
Adieu les demoiselles
Aux diaphanes ailes,
Aux minces corsets d'or,
Le papillon qui brille
Et que la jeune fille
Poursuit comme un trésor;
Le soir dans la nacelle
Qui penche et qui chancelle
Au moindre souffle d'air,
Les courses d'une lieue
Sur l'immensité bleue
Du lac profond et clair;
Et puis les danses molles
Et les caresses folles
Sur les prés de velours.
Lorsque la blanche lune
Au sein de la nuit brune
Jette ses demi-jours.
De longtemps l'hirondelle
Ne viendra, de son aile
Effleurant mes carreaux,
Battre la capucine
Dont la pourpre dessine
Un cadre à mes barreaux.
—Pour horizon la rue
Où la foule se rue
Avec ses mille cris,
Pour soleil des lanternes,
Qui de leurs reflets ternes
Baignent les pavés gris;
Pour musique la bise
Qui se plaint et se brise
Dans les arbres mouillés,
Les rauques girouettes
Qui font des pirouettes
Sur leurs axes rouillés.
Comment sortir? les roues
S'enfoncent dans les boues
Presque jusqu'à l'essieu.
Du brouillard, de la pluie!
L'âme souffre et s'ennuie:
Quoi donc faire, mon Dieu?
Nous aimer, ma charmante!
Jette là cette mante
Qui me cache ton cou,
Ta belle épaule blanche,
Ton corsage, ta hanche,
Ton sein dont je suis fou.
Sur mes genoux prends place,
Livre tes mains de glace
A mes baisers de feu,
Et laisse voir ta jambe
A la braise qui flambe,
Qui flambe rouge et bleu.
Vois donc le gaz qui danse
Et s'agite en cadence,
Aux fantasques chansons
Que fredonne la séve
Dans la bûche qui crève
Et retombe en tisons.
Mon bijou, mon idole,
Comme le temps s'envole
Lorsque l'on est ainsi!
La voix haute et profonde
Qu'au loin jette le monde
Ne parvient pas ici.
Nos deux âmes jumelles,
Ensemble ouvrant les ailes,
Planent dans l'infini,
Comme deux alouettes
Ou comme deux fauvettes
Oublieuses du nid.
SONNET VI
Merci à toi, à toi merci.
Térésa.
Avant cet heureux jour, j'étais sombre et farouche,
—Mon sourcil se tordait sur mon front soucieux,
Ainsi qu'une vipère en fureur, et mes yeux
Dardaient entre mes cils un regard fauve et louche.
Un sourire infernal crispait ma pâle bouche.
A cet âge candide où tout est pour le mieux,
Je méprisais le monde et reniais les cieux,
Disant tout haut: Où donc est-il, que je le touche?
Et mon ange gardien à son front blanc et pur
Ramenait en pleurant ses deux ailes d'azur,
Et n'osait au Seigneur porter de tels blasphèmes.
Aux saints épanchements mon cœur était fermé,
—Car je ne savais pas alors combien tu m'aimes;
Et comment croire en Dieu quand on n'est pas aimé!
ÉLÉGIE IV
J'ai peur que votre amour par le temps ne s'efface.
Ronsard.
Aimée, aimée, hélas! que j'ai grand'peur
Qu'un autre amour par cet amour pipeur
N'aille gravant pendant ta longue absence
Quelqu'autre amant dedans ta souvenance!
Ponthus de Thyard, Erreurs amoureuses.
Ma charmante, depuis ta visite imprévue
Deux mois se sont passés que je ne t'ai pas vue.
Deux mois entiers! Sais-tu que c'est bien long deux mois;
Assez pour m'oublier?—J'y songe quelquefois:
Pauvre fou que je suis d'avoir placé mon âme
Dans la tienne, et risqué sur l'amour d'une femme
Ma vie intérieure et mon contentement!
Et je dis à part moi: Peut-être en ce moment,
Pendant que je suis là, triste, m'occupant d'elle,
Et lui faisant ces vers, d'un sourire infidèle
Accueille-t-elle un autre, et, tendant cette main
Qu'on ne livrait qu'à moi, lui dit-elle: A demain.
J'ai beau me répéter que c'est une chimère,
Cette pensée est là, sans cesse plus amère,
Empoisonnant ma joie, et, malgré mes efforts,
M'accompagnant partout comme l'ombre le corps;
Car c'est ainsi que vont en ce monde les choses:
Il se fait en un jour bien des métamorphoses;
L'idole du matin n'est pas celle du soir,
Et toute jeune fille est comme son miroir,
Qui reçoit chaque image et n'en conserve aucune.
—Puis un amour âgé de trois ans importune;
C'est presque un mariage; un jour avec l'ennui
Vient la réflexion; l'amour s'en va.—Celui
Qui jadis à vos yeux était plus que vous-même,
Celui qui le premier vous avait dit: Je t'aime,
N'est plus pour vous qu'un nom dont le vain souvenir
Contre un amour nouveau ne peut longtemps tenir;
Ce nom qui résonnait naguère à votre oreille
Aussi doux que la voix du rossignol, n'éveille
Au fond de votre cœur, de sa faute confus,
Qu'un sentiment cruel du bonheur qu'il n'a plus;
Et, comme pour deux noms l'âme n'a pas de place,
L'ancien est rejeté. Lettre à lettre il s'efface
Ainsi que le ci-gît d'un tombeau sous les pas
De la foule qui chante et ne l'aperçoit pas.
—Le cœur qui n'aime plus a si peu de mémoire!
On rougit de l'amour dont on se faisait gloire,
Le temps coule, et bientôt on arrive à ce point
De dire en le voyant: Je ne le connais point.
Qu'y faire? Ramener son manteau sur sa plaie,
Et sous un rire faux cacher sa douleur vraie;
Dévorer par orgueil les larmes de ses yeux,
Et déchu du bonheur, déshérité des cieux,
Incapable à jamais d'un élan grandiose,
De toute sa hauteur descendre dans la prose,
Comme l'aigle blessé qui, sanglant, sur le sol
Tombe, ne fermant pas la courbe de son vol.
Me défiant de moi, malade de l'absence,
Ne vivant qu'à demi, voilà ce que je pense:
Si tu ne m'aimais plus, oh! ce serait ma mort;
Mais tu m'aimes toujours, n'est-ce pas, et j'ai tort.
Au lieu de tout cela, sans doute, jeune fille,
Rêveuse, de tes doigts laissant fuir ton aiguille,
Vers le chemin désert tu tournes tes grands yeux,
Et, portant ta main blanche à ton front soucieux,
Tu te dis en toi-même: Il ne vient pas,—tu pleures;
Pleurer fait tant de bien!—et, pour tromper tes heures,
Tu relis tous ces vers où je me racontais
Jusqu'au moindre détail, sans fard,—tel que j'étais,
Tel que je ne suis plus et que je voudrais être,
Car je serais heureux; mais l'homme n'est pas maître
De faire revenir les fraîches passions
De l'enfance du cœur, et ces illusions
Si pénibles à perdre, et si vite perdues.
—L'ange du souvenir, les ailes étendues,
Remontant le passé, voltige autour de toi;
Il te souffle à l'oreille une phrase de moi,
Un soupir, un serment, quelque mot tendre, et pose
Sur ta lèvre pâlie avec sa lèvre rose
Mes baisers d'autrefois, mes longs baisers d'amant,
Pour te les redonner, gardés fidèlement.
1831.
SONNET VII
Liberté de juillet! femme au buste divin,
Et dont le corps finit en queue!
G. de Nerval.
E la lor cieca vita è tanto bassa
ch'invidiosi son d'ogn'altra sorte.
Inferno, canto III.
Avec ce siècle infâme il est temps que l'on rompe;
Car à son front damné le doigt fatal a mis
Comme aux portes d'enfer: Plus d'espérance!—Amis,
Ennemis, peuples, rois, tout nous joue et nous trompe.
Un budget éléphant boit notre or par sa trompe.
Dans leurs trônes d'hier encor mal affermis,
De leurs aînés déchus ils gardent tout, hormis
La main prompte à s'ouvrir, et la royale pompe.
Cependant en juillet, sous le ciel indigo,
Sur les pavés mouvants ils ont fait des promesses
Autant que Charles dix avait ouï de messes!
Seule, la poésie incarnée en Hugo
Ne nous a pas déçus, et de palmes divines
Vers l'avenir tournée ombrage nos ruines.