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Poésies de Daniel Lesueur

Chapter 111: FEMME ET FLEURS
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About This Book

A lyrical collection of poems that meditates on religious feeling, philosophical doubt, and the consolations of imagined deities. Verses alternate between vivid evocations of ancient rites and temples, contemplative Eastern scenes, and intimate devotional reflections on suffering, death, and hope. Narrative pieces dramatize acts of compassion and the tension between social barriers and spiritual charity, while shorter lyrics dwell on love, memory, and visionary aspiration. The poems balance reverence and ironic distance, using rich imagery and classical forms to examine illusion, faith, and the human impulse to create meaning.

FEMME ET FLEURS

Ami, qui raillez mon sourire,

Préférez-vous donc à mon rire

Mes pleurs?

Je suis trop prompte et trop fantasque,

C'est vrai. Mettrez-vous donc un masque

Aux fleurs?

Allez leur dire en la prairie:

«Enfants, il ne faut pas qu'on rie,

En l'air,

Au papillon qui rôde et vole,

Vous effleurant comme un frivole

Éclair.

«Mais si la joie est un vain leurre,

Il ne faut pas non plus qu'on pleure.

Or çà,

Sur mainte corolle irisée

J'aperçois l'eau que la rosée

Versa.

«Fleurs, il faut être philosophe.

Votre âme est de bien mince étoffe,

J'ai peur.

Maint frelon, dans son doux langage,

De son amour vous offre un gage

Trompeur.

«Le vent qui passe vous irrite.

Si le cœur de la marguerite

Est d'or,

Le bleuet manque de logique.

Le souci du moins est tragique

Encor;

«C'est une fleur grave et pensive,

Dont l'humeur est un peu moins vive;

Pour lui,

J'estime assez son air morose,

Qu'il reprend dès que l'aube rose

A lui.»

Les fleurs, Maître plein de science,

Trouvant tous vos sermons, je pense,

Bornés,

Sans raison peut-être et sans rime,

Vous riront, ô penseur sublime,

Au nez.

Moi, qui suis comme elles légère,

Du rire aux larmes passagère,

Rêvant

Quand il faudrait être profonde,

Livrant mon âme comme l'onde

Au vent,

J'encours encor plus votre blâme,

N'étant pas fleur mais étant femme,

Hélas!

La raison ne peut me séduire,

Et votre esprit de me conduire

Est las.

Ami, que je pleure ou je chante,

Qu'importe?. . . Mon rêve m'enchante

Un jour.

Méritez-vous qu'on vous écoute?

C'est vous qui mîtes sur ma route

L'amour.