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Poésies de Daniel Lesueur

Chapter 60: SOUVENIRS
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About This Book

A lyrical collection of poems that meditates on religious feeling, philosophical doubt, and the consolations of imagined deities. Verses alternate between vivid evocations of ancient rites and temples, contemplative Eastern scenes, and intimate devotional reflections on suffering, death, and hope. Narrative pieces dramatize acts of compassion and the tension between social barriers and spiritual charity, while shorter lyrics dwell on love, memory, and visionary aspiration. The poems balance reverence and ironic distance, using rich imagery and classical forms to examine illusion, faith, and the human impulse to create meaning.

SOUVENIRS

Souvenirs, souvenirs, c'est par vous que j'existe!

Ma vie est tout entière en votre vague émoi.

Dans la nuit du passé, votre écho tendre ou triste

Sauve seul du néant cet être qui fut Moi.

Sans vous, qu'en serait-il de mes courtes années,

S'effaçant tour à tour dans le temps éternel,

Et des illusions, si promptement fanées,

Dont l'éclat met une âme en mon corps tout charnel?

Car il n'est rien de vrai dans toutes les chimères

Qui, de leur vol léger, flottent sur mon chemin:

Elles sont les reflets, brillants mais éphémères,

Du l'univers au fond d'un organisme humain.

Mes sens, miroirs subtils de ces formes sans nombre,

Eux-mêmes, je le sais, n'ont point de fixité,

Mais changent leurs tableaux, rayonnants ou pleins d'ombre,

Comme un fleuve mouvant par sa course emporté.

Dans mon cœur frémissant, dans ma chair douloureuse,

Ce qui le mieux échappe à l'incessante mort,

A l'évolution puissante et ténébreuse

Qui partout en secret active son effort,

C'est ce qui n'est pas moi: l'ineffaçable trace

Qu'a gravée en mon sein la foule des aïeux.

Ma joie et mes douleurs sont celles de ma race,

Et le feu de son âme éclate dans mes yeux.

Que devient donc ma vie en ces profonds mystères?

Où retrouver ce Moi, qui périt chaque jour?

O souvenirs! c'est vous, aux heures solitaires,

Qui du frêle fantôme esquissez le contour.

C'est vous qui me rendez quelquefois à moi-même,

Ombres qui reflétez l'ombre éteinte à jamais,

Car vous ressuscitez en un songe suprême

Tout ce qui m'a fait vivre et tout ce que j'aimais.

Nés avec chaque larme, avec chaque pensée,

Partout où j'ai souffert, partout où j'ai vaincu,

Vous maintenez pour moi l'existence effacée,

Par vous seuls je peux dire aujourd'hui: «J'ai vécu!»

Venez donc, souvenirs à l'aile étincelante,

Spectres des jours heureux et des paisibles soirs,

Venez, pour enivrer mon âme chancelante

Des bonheurs disparus et des anciens espoirs.

Vous que le temps revêt d'un invincible charme,

O mes meilleurs amis! ô mon plus sûr trésor!

Vous paraissez plus beaux à travers une larme,

Aussi d'un œil mouillé je poursuis votre essor

Au hasard de mes vers, parmi les rythmes d'or.