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Poésies de Daniel Lesueur

Chapter 7: LA MORT DES DIEUX
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About This Book

A lyrical collection of poems that meditates on religious feeling, philosophical doubt, and the consolations of imagined deities. Verses alternate between vivid evocations of ancient rites and temples, contemplative Eastern scenes, and intimate devotional reflections on suffering, death, and hope. Narrative pieces dramatize acts of compassion and the tension between social barriers and spiritual charity, while shorter lyrics dwell on love, memory, and visionary aspiration. The poems balance reverence and ironic distance, using rich imagery and classical forms to examine illusion, faith, and the human impulse to create meaning.

LA MORT DES DIEUX

Dans le ciel vaporeux, aux fascinants abîmes,

Au-dessus des brouillards d'argent, de cendre ou d'or,

Sur leurs trônes d'azur siégeaient les dieux sublimes,

Écoutant si vers eux nos chants montaient encor.

Ils étaient là, ces fils de notre immortel rêve,

Unis et fraternels dans leur commun séjour,

Car un même désir les enfanta sans trêve,

Car ils furent aimés du même ardent amour.

Ils étaient là, sans haine et sans amère envie:

Jupiter, Jéhovah, si prompts en leur courroux;

Le grand Baal; Istar, déesse de la vie,

Et le pâle Jésus sous ses longs cheveux roux;

Bouddha, dont la pitié s'épanche en flots mystiques;

Vishnou, qui de toute âme est l'éternel amant;

Allah, qu'ont célébré de belliqueux cantiques,

Et le farouche Odin, roi du Nord inclément.

Et sur les fronts hautains de la céleste foule

Régnaient le calme auguste et la sécurité:

Les siècles devant eux passeraient, sombre houle,

Mais sans pouvoir jamais ternir leur majesté.

Car l'homme, qui les fit du meilleur de son âme,

Et qui par leur splendeur s'était laissé charmer,

Quand il douterait d'eux ne serait point infâme

Assez pour les maudire et pour les blasphémer;

Mais, les enveloppant d'un respect doux et tendre,

Il bénirait toujours leurs fantômes puissants,

Qui l'ont fait espérer avant qu'il pût comprendre,

En lui donnant pour but les cieux éblouissants;

Il n'oublierait jamais que, sur sa route amère,

Eux seuls ont soutenu, guidé ses premiers pas,

Et qu'ils l'ont doucement calmé par leur chimère,

Comme on calme un enfant en lui chantant tout bas.

Ainsi rêvaient les dieux au fond du ciel immense,

Quand soudain, les troublant dans leur bleu paradis,

Monta comme un long cri d'insulte et de démence:

L'homme se disait libre... et les avait maudits!

Homme, pauvre insensé que mène un vain mirage,

Maudis donc ton cerveau, ton cœur et ta raison!

Les dieux ne sont-ils pas, réponds, ton propre ouvrage?

Qui donc les a dressés, hors toi, sur l'horizon?

Quand tu brandis contre eux un inutile glaive,

C'est ton illusion que menace ta main;

Si tu crois saluer une aube qui se lève,

Vois, tes propres flambeaux blanchissent ton chemin.

Va donc, poursuis un songe après un autre songe:

Tu ne peux échapper à la loi de ton cœur.

Mais écoute... Dans l'ombre où ton blasphème plonge,

C'est de ta seule voix que rit l'écho moqueur.

C'est toi, c'est ton passé, dont ainsi tu te railles.

Soit, tous tes dieux sont morts sous ton bras forcené;

Mais d'autres de ton sein vont naître, et tes entrailles

Demain feront jaillir ton rêve nouveau-né.