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Poésies de Daniel Lesueur

Chapter 70: A CELUI OU CELLE QUI VIENDRA
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About This Book

A lyrical collection of poems that meditates on religious feeling, philosophical doubt, and the consolations of imagined deities. Verses alternate between vivid evocations of ancient rites and temples, contemplative Eastern scenes, and intimate devotional reflections on suffering, death, and hope. Narrative pieces dramatize acts of compassion and the tension between social barriers and spiritual charity, while shorter lyrics dwell on love, memory, and visionary aspiration. The poems balance reverence and ironic distance, using rich imagery and classical forms to examine illusion, faith, and the human impulse to create meaning.

A
CELUI OU CELLE QUI VIENDRA

A toi, petite Georgette, quelques
jours avant ta naissance.

Toi qui vas naître, enfant, fragile et douce chose,

Aube qui n'as point lui, fleur qui n'es point éclose,

Incertain et charmant trésor,

A ton éveil, je veux que mes rimes fidèles

Palpitent sur ton front avec des frissons d'ailes,

Comme un essaim d'abeilles d'or.

Hélas! elles n'ont pas le pouvoir de ces fées

Qui paraissaient soudain, d'une étoile coiffées,

Aux jours fabuleux d'autrefois,

Et qui, d'un geste lent de leurs mains gracieuses,

Faisaient pleuvoir en dons leurs faveurs précieuses

Sur les berceaux des fils de rois.

Elles n'ont pas surtout, dans leur vain bruit qui charme,

L'émoi délicieux de ta première larme,

Ni l'accent de ton premier cri.

Comparant à ta voix, qu'elle brûle d'entendre,

Leurs longs rythmes pesants, ta mère heureuse et tendre

De pitié sans doute a souri.

Qu'elles aillent pourtant chanter ta bienvenue!

Qu'elles prennent leur vol sur la route inconnue

Où descendront tes pas tremblants!

Elles seront pour toi d'un bienfaisant présage,

Et leur souffle, la nuit, baisera ton visage,

Sous tes rideaux légers et blancs.

Elles diront, enfant, par leur grâce éphémère,

A cette enfant tout près de devenir ta mère,

Que les amis des premiers ans,

Quand on sut les aimer fidèlement, comme elle,

Pour les grouper ensuite autour d'un berceau frêle,

Sont les plus riches des présents.

Elle est la fée, enfant: c'est elle qui te donne

Les vieilles amitiés, rayonnante couronne

De son joli front confiant.

Dans ce monde où tu viens, rien ne vaut la tendresse.

Tes yeux purs s'ouvriront sous la chaude caresse

De notre amour vivifiant.

Viens, tout est prêt pour toi, petit hôte candide:

Nos cœurs et nos baisers, et ta couchette vide,

Qui rit dans l'appartement clair;

Les mignons vêtements de batiste et de soie,

Et les larges rubans dont le tissu chatoie,

Bleu d'azur ou rose de chair.

Devant ces doux objets, l'œil se trouble et se mouille,

Mon vers ému se tait. L'oiselet qui gazouille

Encor manque au nid triomphant.

Les vœux montent du cœur à la lèvre qui tremble...

Sois fort, sois bon, sois simple et sois fier tout ensemble,

Et sois heureux, petit enfant!

Octobre 1884.