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Poésies de Daniel Lesueur

Chapter 71: UNE AVENTURE DE L'AMOUR
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About This Book

A lyrical collection of poems that meditates on religious feeling, philosophical doubt, and the consolations of imagined deities. Verses alternate between vivid evocations of ancient rites and temples, contemplative Eastern scenes, and intimate devotional reflections on suffering, death, and hope. Narrative pieces dramatize acts of compassion and the tension between social barriers and spiritual charity, while shorter lyrics dwell on love, memory, and visionary aspiration. The poems balance reverence and ironic distance, using rich imagery and classical forms to examine illusion, faith, and the human impulse to create meaning.

UNE AVENTURE DE L'AMOUR

Amour s'est égaré. L'enfant cruel et beau

Est entré dans un cimetière.

Ses pieds nus ont heurté la dalle d'un tombeau;

Il grelotte, assis sur la pierre.

Il a peur, il appelle... Et le vent de la nuit

Éteint sa voix tremblante et douce.

Dans l'ombre, tout est blanc et muet... Et, sans bruit,

Des ombres glissent sur la mousse.

Devant lui, s'accoudant au bloc brisé d'un fût,

Dans des colonnes ruinées,

Une d'elles s'arrête... une d'elles qui fut

Une vierge de seize années.

Elle n'a vu jamais cet enfant rose et nu,

Dont l'œil mutin de pleurs se mouille;

Jamais, non... même pas dans un rêve ingénu

Que l'aurore joyeuse embrouille.

Elle ne connaît pas tous les savants baisers

Qu'ont inventés les lèvres souples;

Elle ne frémit pas, alors qu'inapaisés

Sanglotent les spectres, par couples.

Donc elle ouvre tout grands ses yeux creux et pensifs

Devant ce petit être étrange,

Et s'étonne qu'il ait des airs aussi plaintifs

Puisque sans doute c'est un ange.

Lui, saisi de respect pour ce fantôme pur,

Immaculé comme les marbres,

N'ose lui demander un chemin court et sûr

Pour fuir parmi les mornes arbres.

Pourtant, dompté soudain par de poignants effrois,

Il prend sa main si pâle et frêle...

Puis, tous deux, ils s'en vont sur les noirs gazons froids,

Où le grillon jette un cri grêle.

Or l'âme qu'habitaient les neigeuses candeurs

Et les ignorances sublimes,

Croit, en touchant l'enfant, glisser aux profondeurs

De très vertigineux abîmes.

Car elle a reconnu l'invincible pouvoir

Auquel fut soustraite sa vie;

Tous les amers plaisirs qu'elle vient d'entrevoir,

Ce sont eux, eux seuls qu'elle envie.

Et voici que bientôt paraît à son esprit,

En souvenir impérissable,

Un jeune homme aux traits fiers, qui jadis lui sourit

Et traça son nom sur le sable.

Elle comprend alors qu'elle n'a point vécu,

Et son regard morne retombe

Sur cet enfant, par qui l'univers est vaincu

Et qui règne encor dans la tombe.

Elle peut maintenant, en hâte, mais en vain,

Le mener hors du cimetière,

Hélas! car c'en est fait de son repos divin

Pour l'éternité tout entière.