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Poésies de Daniel Lesueur

Chapter 76: SONGE D'ÉTÉ
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About This Book

A lyrical collection of poems that meditates on religious feeling, philosophical doubt, and the consolations of imagined deities. Verses alternate between vivid evocations of ancient rites and temples, contemplative Eastern scenes, and intimate devotional reflections on suffering, death, and hope. Narrative pieces dramatize acts of compassion and the tension between social barriers and spiritual charity, while shorter lyrics dwell on love, memory, and visionary aspiration. The poems balance reverence and ironic distance, using rich imagery and classical forms to examine illusion, faith, and the human impulse to create meaning.

SONGE D'ÉTÉ

Sous les arbres verts, sous les arbres noirs,

Dans l'éclat du jour ou l'ombre des soirs,

J'aime errer sans trêve.

Parmi les rameaux emplis de chansons

Le vent passe et meurt en vagues frissons:

Je poursuis mon rêve.

Sous les taillis clairs où midi s'endort

Le soleil, jetant ses paillettes d'or,

Se brise en fusées;

Et les moucherons dans ce flamboiement,

Ivres de chaleur, font un tournoiement

D'ailes irisées.

Mille insectes fins se cachent, tapis

Parmi les plis roux des anciens tapis

De frondaisons sèches;

Car les étés morts, sous de bruns linceuls,

Dorment à jamais, oubliés et seuls,

Dans les sentes fraîches.

Sur le pied rugueux des chênes touffus

La mousse répand un reflet diffus

De pâle émeraude;

Et sur quelques fleurs, par vols lents et lourds,

L'incertain bourdon au corps de velours

Étincelle et rôde.

Dans les flots mouvants des sommets houleux

Glissent par lambeaux les firmaments bleus,

Comme des prunelles;

Et, lorsque tout bruit paraît s'endormir,

Même en ce silence on entend gémir

Des voix solennelles.

Dans les bras tordus des ronciers fleuris

La vive araignée au bout d'un fil gris

Voltige et circule;

Mon esprit, lassé par de longs combats,

S'attendrit à suivre en ses vains ébats

L'être minuscule.

Alors, sans regret, sans peur, sans dessein,

J'écoute frémir, paisible en mon sein,

L'éternelle vie;

L'immense Nature, au fond des forêts,

Laisse pénétrer en ses doux secrets

Mon âme ravie.

Atome pensif, j'entends l'Infini

Murmurer en moi son hymne béni

Par la voix des choses.

Mon cœur n'a qu'un jour, mais dans son néant

Vient se refléter l'univers géant,

Des soleils aux roses.

Sous les arbres verts, sous les arbres noirs,

Dans l'éclat du jour ou l'ombre des soirs,

J'aime errer sans trêve.

Parmi les rameaux emplis de chansons

Le vent passe et meurt en vagues frissons:

Je poursuis mon rêve.