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Poésies de Daniel Lesueur

Chapter 87: LE COLLIER DE PERLES
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About This Book

A lyrical collection of poems that meditates on religious feeling, philosophical doubt, and the consolations of imagined deities. Verses alternate between vivid evocations of ancient rites and temples, contemplative Eastern scenes, and intimate devotional reflections on suffering, death, and hope. Narrative pieces dramatize acts of compassion and the tension between social barriers and spiritual charity, while shorter lyrics dwell on love, memory, and visionary aspiration. The poems balance reverence and ironic distance, using rich imagery and classical forms to examine illusion, faith, and the human impulse to create meaning.

LE COLLIER DE PERLES

Lorsque votre départ désespéra mon âme,

Tandis que je songeais à vos futurs dangers,

Un doute vous saisit touchant mon cœur de femme.

Parfois les doux serments deviennent mensongers.

Vous prîtes un collier que porta votre mère:

Des perles, en trois rangs chatoyants et légers.

«Si vous n'avez pour moi qu'un amour éphémère,»

Dites-vous, «si l'absence en vous sème l'oubli,

Évitons au retour toute parole amère.

«Si le rêve d'un jour doit être enseveli,

Sans un mot rendez-moi ces perles, et ma lèvre

Ne protestera point contre un fait accompli.

«Une mâle douleur n'a pas de plainte mièvre.

Puisse un jour ce collier, chère âme, à votre cou,

M'annoncer le bonheur dont mon exil me sèvre.»

Hélas! et de vos mains je reçus le bijou.

Vous aimiez ma tendresse et vous fuyiez loin d'elle:

Tant l'homme en ses désirs est inconstant et fou.

Mais dans mon triste cœur je la sens éternelle.

Qu'on mette en mon cercueil vos perles, si je meurs!

Jusqu'au fond du tombeau je vous serai fidèle.

Mes yeux en ce moment les arrosent de pleurs.

Tandis que loin de moi vous risquez votre vie,

Un songe a, cette nuit, ravivé mes douleurs.

Enfin vous reveniez... La gloire qu'on envie

Couronnait votre front, pâli par vos travaux;

Je m'avançais vers vous, interdite et ravie.

Plus sacré qu'un fétiche adoré des dévots,

Sur mon sein le collier, éclatant témoignage,

A notre ancien amour marquait des jours nouveaux.

Et moi je le touchais, le tendre et noble gage;

Vers lui d'un geste fier j'appelais vos regards:

Vous comprendriez bien son mystique langage.

Horreur! vos yeux si beaux se dilatent, hagards...

Entre mes doigts tremblants se rompt la fine chaîne,

Et les perles soudain roulent de toutes parts.

Alors je m'éveillai dans une étrange peine.

C'était un songe vain... Mais quoi! j'entends toujours

Le bruit sinistre et doux du collier qui s'égrène.

Il est là, ruisselant sur l'écrin de velours,

Intact et pur ainsi qu'en moi la foi jurée;

Les seuls joyaux épars sont mes pleurs lents et lourds.

Ma douleur à sa cause est bien peu mesurée,

Mais l'amour rend crédule au présage trompeur

L'âme la plus hautaine et la plus assurée...

Et, malgré ma raison, ce rêve me fait peur.