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Poésies de Daniel Lesueur

Chapter 90: LE RETOUR
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About This Book

A lyrical collection of poems that meditates on religious feeling, philosophical doubt, and the consolations of imagined deities. Verses alternate between vivid evocations of ancient rites and temples, contemplative Eastern scenes, and intimate devotional reflections on suffering, death, and hope. Narrative pieces dramatize acts of compassion and the tension between social barriers and spiritual charity, while shorter lyrics dwell on love, memory, and visionary aspiration. The poems balance reverence and ironic distance, using rich imagery and classical forms to examine illusion, faith, and the human impulse to create meaning.

LE RETOUR

Il est donc terminé, ce long, ce pesant rêve

Où mon cœur vous suivait bien loin sous d'autres cieux.

Vous êtes près de moi; mon regard qui se lève

Va rencontrer vos yeux.

Vos yeux... devant lesquels ont passé des merveilles,

Et qui, las de sonder pourtant et de savoir,

Après les jours brûlants, durant les sombres veilles,

Se fermaient pour me voir.

Vos yeux changeants... où j'aime à surprendre votre âme

Tantôt douce, et croyante, et tendre, et se livrant,

Tantôt sceptique au point que leur cruelle flamme

Me brûle en m'effleurant.

Votre amour me ravit, comme aussi votre doute:

En vain vous proclamez un fatalisme obscur,

Je saurai malgré vous placer sur votre route

Un bonheur calme et sûr.

Je connais le secret de la détresse affreuse

Dont le plus fort se sent tôt ou tard accablé;

Tout au fond de notre être un abîme se creuse

Qui jamais n'est comblé.

Et plus le cœur est grand, plus le vide est immense.

Sur votre cœur, ami, je me penche en tremblant...

L'espoir de le remplir me saisit,—ô démence!—

Enchanteur et troublant.

Je ne puis qu'apaiser l'âpre mal qui le blesse,

Tromper, jour après jour, son éternel désir,

Puisque le bien suprême est, pour notre faiblesse,

Impossible à saisir.

Mais j'ai rêvé du moins d'accomplir cette tâche.

Je vous consolerai de l'immortel ennui.

Mon amour à vos yeux voilera sans relâche

Le néant, même en lui.

Vous ne me direz plus qu'il est court et fragile,

Que la satiété mène aux mornes adieux.

Par lui vous garderez sous votre front d'argile

L'esprit serein des dieux.

Au bout de ce chemin rude et plein de vertige

Que vous suivez, marchant vers un but inouï,

Beau lis, il fleurira, mystique, sur sa tige

Toujours épanoui.

Vous n'éprouverez plus l'angoisse des abîmes

Où, tout en frémissant, plonge votre raison,

Quand vous le reverrez, plus riant, sur les cimes,

Après chaque saison.

Vous oublierez l'horreur de notre destin sombre,

—Naître pour vivre seuls et mourir tout entiers,—

Parce que l'humble fleur dessinera son ombre,

Le soir, sur vos sentiers.

Et comme elle a conçu de folles jalousies,

Son calice profond, dans l'air des hauts sommets,

Changera ses parfums suivant vos fantaisies,

Sans s'épuiser jamais.

Afin que vous goûtiez toute joie auprès d'elle:

Car son âme de fleur a conçu le dessein

De vous offrir ainsi, pour vous garder fidèle,

Mille amours dans son sein.