Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes,
Qu'une femme étudie et sache plusieurs choses.
Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfans,
Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens,
Et régler sa dépense avec économie,
Doit être son étude et sa philosophie.
Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés
Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez....
Les leurs ne lisaient point; mais elles vivaient bien;
Leurs ménages étaient tout leur docte entretien,
Et leurs livres un dé, du fil et des aiguilles,
Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles;
Les femmes d'à présent sont bien loin de ces mœurs;
Elles veulent écrire, et devenir auteurs....
Molière.
TEXTE DE LA LOI.
EN CONSEQUENCE:
I.
La Raison veut (dut-elle passer pour Vandale) que les femmes (filles, mariées ou veuves) ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume.
II.
La Raison veut:
| À l'homme, | — | l'épée et la plume. |
| À la femme, | — | l'aiguille et le fuseau. |
| À l'homme, | — | la massue d'Hercule. |
| À la femme, | — | la quenouille d'Omphale. |
| À l'homme, | — | les productions du génie. |
| À la femme, | — | les sentimens du cœur. |
III.
La Raison veut que chaque sexe soit à sa place, et s'y tienne.
Les choses vont mal, quand les deux sexes empiettent l'un sur l'autre.
La lune et le soleil ne luisent point ensemble.
S...
IV.
La Raison ne veut pas plus que la langue française, qu'une femme soit auteur: ce titre, sous toutes ses acceptions, est le propre de l'homme seul.
V.
La Raison veut que les sexes diffèrent de talens comme d'habits.
Il est aussi révoltant et scandaleux de voir un homme coudre, que de voir une femme écrire; de voir un homme tresser des cheveux, que de voir une femme tourner des phrases.....
VI.
La Raison maintient ce vieux Proverbe:
«Les paroles sont des femelles, les écrits sont des mâles.»
En ce qu'il semble faire les parts et assigner à chacun des deux sexes le talent qui lui convient.
N. B. Toute la sagesse des nations est dans leurs proverbes.
VII.
La Raison veut que l'on dispense les
| femmes d'apprendre— | à lire, |
| ————————— | à écrire, |
| ————————— | à imprimer, |
| ————————— | à graver, |
| ————————— | à scander, |
| ————————— | à solfier, |
| ————————— | à peindre, etc. |
Quand elles savent un peu de tout cela, c'est trop ordinairement aux dépens de la science du ménage.
VIII.
La Raison veut donc que la plume à écrire et le pinceau, le crayon et le burin, soient interdits à la main des femmes; l'aiguille à coudre et le fuseau, à la main des hommes.
IX.
La Raison veut que dans les arts du dessin, de la peinture et de la gravure, les femmes ne perdent pas le tems à porter leurs prétentions au-delà de celles de la sensible Dibutade.
Cette jeune beauté de Sycione traça sur la muraille, à la lueur d'une lampe, le pourtour de l'ombre de son jeune ami, obligé de faire un long voyage.
(V. l'Hist. Nat. de Pline, XXXV, 12.)
X.
La Raison et la décence n'approuvent point du tout que de jeunes dessinatrices passent des journées entières à contempler et à copier les belles proportions de l'Apollon du Louvre, ou du Lantin, ou de l'Hercule Farnèse.... etc.
Périssent tous les arts, plutôt que la pudeur!
S....
XI.
La Raison veut que les femmes, dans leurs loisirs, apprennent naturellement à chanter, sans livres et sans maîtres; mais qu'elles ignorent toute leur vie combien il y a de notes dans la musique, de lettres dans l'alphabet, de syllabes dans un vers alexandrin ou pentamètre.
Les femmes sont nées pour être aimables et vertueuses, et non pour devenir des virtuoses et des savantes.
XII.
La Raison veut que les maris soient les seuls livres de leurs femmes; livres vivans, où nuit et jour, elles doivent apprendre à lire leurs destinées.
«Il serait bienséant et honorable (dit un vieux livre) d'ouir une femme qui dirait à son mari: mon ami, tu es mon précepteur, mon maître de philosophie.... etc.»
(Institution de l'homme, 1626. p. 441. in-8º.)
N. B. Une femme bel-esprit et auteur de cinq à six gros livres, vint rendre visite à une mère de trois filles et de trois garçons:
«Voici, dit la mère de famille, (en présentant ses enfans et leur père à la dame-auteur) voici mes productions et ma bibliothèque.»
XIII.
La Raison veut que les femmes sachent leur langue maternelle, seulement:
«C'est une vanité aux femmes (a dit quelqu'un) de parler une langue étrangère.»
(Lettre à une demoiselle., p. 149, in-12. 1737.)
XIV.
La Raison veut que l'on fasse grace aux femmes de l'étude aride et sèche de la grammaire; les femmes étant destinées à des occupations plus agréables et moins stériles.
XV.
La Raison veut aussi que l'on dispense les femmes des élémens non moins ingrats de la géographie et de l'histoire; leur mémoire fragile porte mal le fardeau des dates et d'une lourde nomenclature.
Quel inconvénient, d'ailleurs, à ce que les femmes fassent des anachronismes?
XVI.
La Raison veut que les femmes n'apprennent point à lire aux astres: qu'elles comptent les œufs de la basse-cour, et non les étoiles du firmament!
XVII.
La Raison veut que l'on interdise aux femmes la botanique par principes: qu'elles se bornent à la connaissance des plantes potagères et de quelques simples!
XVIII.
La Raison n'approuve pas les femmes qui assistent aux leçons de la chymie: les cuisinières qui ne savent pas lire, sont celles qui font la meilleure soupe.
N. B. Le législateur des femmes espère qu'on lui pardonnera ces menus détails. L'utile avant tout.
«Rien n'est vil dans l'intérieur du domestique, pour une femme sage,» dit un poëte de la Chine.
(V. Mém. Chin. T. IV. p. 179. in-4º.)
XIX.
La Raison souffre de voir les femmes grossir le troupeau des gens de lettres; elles ont assez déjà des infirmités attachées à leur sexe, sans s'exposer encore à celles de cette profession.
XX.
La Raison veut que le médecin d'une femme de lettres lui ordonne, avant tout, de poser la plume et de renoncer aux livres, à tout jamais.
La nièce de Descartes mourut de la pierre, causée par son obstination à l'étude.
Or, le plus beau livre ne vaut pas une femme saine de corps et d'ame.
XXI.
La Raison veut que l'on dise toujours les trois Graces, mais que l'on ne dise plus les neuf Muses; mythologie injurieuse au sexe, puisqu'elle tend à faire croire que sur douze femmes, on en compte neuf de pédantes, sur trois seulement d'aimables.
«Le goût des lettres chez les femmes, (dit Thomas) a été regardé comme une sorte de pédantisme.»
(Essai sur les Femmes.)
XXII.
La Raison déclare qu'une mère de famille n'a pas besoin de savoir lire, pour bien élever ses filles.
XXIII.
La Raison et la décence veulent qu'une fille reçoive des leçons de sa mère seulement.
L'éducation du sexe n'eut d'abord (dans le tems que Rome était vertueuse) pour objet, que l'économie intérieure de la maison, et les ouvrages que les mères apprenaient elles-mêmes à leurs filles.
(Habitudes et mœurs privées des Romains, in-8º. p. 275 et 276.)
XXIV.
La Raison n'approuve pas ces maisons d'éducation pour les jeunes demoiselles, où on leur apprend tout, excepté la seule chose qu'elles doivent connaître, la science du ménage.
La belle éducation donnée à S.-Cyr aux jeunes filles nobles et pauvres, en faisait des femmes pédantes et hautaines.
XXV.
Il n'y aura plus de maîtresses d'école.*
*N. B. Ceci est emprunté à la 984e. des loix; de Pythagore.
«Ne permettez point à une femme de parler en public, d'ouvrir école, de fonder une secte ou un culte. Une femme en public est toujours déplacée.»
(T. VI. des Voyages de Pythagore.)
Cette qualification a quelque chose de pédantesque.
XXVI.
Les femmes lettrées, artistes, virtuoses,... etc., ne feront plus d'élèves.
XXVII.
La Raison veut que lorsqu'on s'occupera d'une loi sur l'adoption, on se donne de garde d'en accorder l'usage aux femmes lettrées, virtuoses,..... etc.
XXVIII.
La Raison veut que toute fille de bonne maison, avant d'obtenir un mari, fasse preuve de talens utiles.
XXVIX.
La Raison veut qu'une jeune vierge, instruite par sa mère aux seules vertus privées, aux seuls détails du ménage, et bien pénétrée de l'amour de ses devoirs et du travail, soit dispensée d'avoir une dot pour avoir un mari.
XXX.
La Raison ne conseille à personne de choisir pour épouse et compagne la fille d'une femme lettrée.
XXXI.
La Raison veut que les épousées ne devant point savoir lire, et par conséquent ne pouvant signer leur contrat de mariage, on se contente de leur consentement verbal devant le magistrat et les témoins.
Une femme bien née ou bien élevée, doit être crue sur sa parole.
XXXII.
La Raison veut que l'on grave sur le frontispice des salles de mariage, l'apophthegme suivant:
Demande.
Quel est l'homme le plus heureux?
Réponse.
L'homme le plus heureux, c'est le mari d'une femme sage sans livres.
XXXIII.
La Raison recommande aux époux ce proverbe Chinois:
«Cultiver la vertu est la science des hommes; renoncer à la science est la vertu des femmes.»
(Mémoires sur la Chine. T. IV, in-4º. p. 148.)
XXXIV.
La Raison veut que la sur-veille des nôces, le meilleur ami ou le plus proche parent d'un épouseur, lui répète par trois fois les paroles suivantes, qu'Euripide met dans la bouche du jeune Hyppolite; et que le trop galant Racine s'est bien gardé de nous transmettre:
«...Heureux l'époux qui ne voit en sa maison qu'une femme simple! car le comble du malheur, c'est une femme bel-esprit. Me préservent les Dieux d'une épouse qui sait plus qu'elle ne doit savoir!...»
(Act. III. Scène 2. Phèdre et Hyppolite.)
N. B. Phèdre se piquait de bel-esprit, voire même de philosophie; Phèdre!...
XXXV.
La Raison veut que dans le cérémonial du mariage chez les modernes, on imagine quelqu'incident du genre de celui-ci pratiqué par les anciens:
En Béotie, les nouvelles mariées étaient conduites avec pompe à la maison de leur époux, montées sur un char dont on brûlait l'essieu à la porte, afin de leur faire entendre qu'elles n'en devaient plus sortir.
XXXVI.
Dans Rome ancienne, quand une nouvelle mariée posait le pied sur le seuil de la maison maritale, on lui demandait:
Que savez-vous?
Elle ne répondait pas: je sais lire, je sais écrire, je sais peindre, etc.
Elle disait simplement, Je sais filer.
La Raison veut que l'on renouvelle cet ancien usage.
Les bons usages ne devraient jamais passer de mode.
XXXVII.
La Raison invite à compulser le greffe des tribunaux civils et criminels; on y verra dans le nombre des épouses divorcées beaucoup plus de femmes de lettres, virtuoses,.... etc., à proportion que d'autres.
Est-ce pour éviter ce scandale que les neuf Muses gardent le célibat?
XXXVIII.
La Raison veut qu'une femme soit aussi réservée à montrer en public les trésors de son esprit, que les charmes secrets de sa beauté.
XXXIX.
La Raison veut que, pour donner l'exemple, les épouses de nos premiers Magistrats, Sénateurs, Tribuns, Juges, Généraux, etc. aux thés, aux cercles, aux conversations et autres assemblées oiseuses, substituent chez elles des veillées laborieuses et utiles, où on les verrait avec édification, mettre elles-mêmes la main aux vêtemens de leurs augustes époux.
Andromaque et Pénélope, femmes de deux héros, ne dédaignaient pas de présider à tous les détails domestiques.
XL.
Les maîtresses de maison pourront coudre un vêtement, pour l'offrir à titre de reconnaissance ou de cadeau à l'homme de lettres, dont elles auront entendu, pendant leurs veillées, un ouvrage rempli de sentimens vertueux et de talent.
La bonne madame Geoffrin, l'amie de d'Alembert, en agissait ainsi; elle faisait présent de hauts-de-chausses de velours aux auteurs qui l'avaient intéressée par leurs lectures.
XLI.
La Raison veut que chaque bal soit précédé par quelques heures d'un travail à l'aiguille ou au fuseau.
XLII.
La Raison interdit aux femmes les livres d'église: n'ont-elles pas le chapelet et le rosaire?
XLIII.
La Raison veut que les femmes, absolument étrangères aux misérables disputes des prêtres, s'en tiennent à la religion du cœur, et ne confessent leurs fautes qu'aux auteurs de leurs jours, ou à leurs maris, seuls juges compétens.
XLIV.
La Raison invite ceux qui prennent quelqu'intérêt à la dignité des lettres, à dissuader les femmes d'envahir un champ qu'elles n'ont point la force de cultiver, comme il veut l'être.
La pensée est chose sainte; et le feu sacré du génie s'éteindrait tout-à-fait, s'il était sous la garde même des Vestales.
C'est ce qui est arrivé au divin Homère, sous la plume de madame Dacier.
XLV.
La Raison veut que les femmes se contentent d'inspirer les poëtes, sans chercher à le devenir elles-mêmes.
Le cheval Pegaze ne se laisse bien monter que par un homme.
Une femme poëte, est une petite monstruosité morale et littéraire; de même qu'une femme souverain est une monstruosité politique.
XLVI.
La Raison défend aux versificateurs, prosateurs, orateurs, d'enivrer les femmes par un encens perfide qui fait qu'elles se croient nées pour toute autre chose que pour aimer et pour l'être.
Les poëtes coupables effaceront ces madrigaux avec leur langue, comme il se pratiquait jadis à Marseille et à Lyon.
Suivant Bayle: «les femmes sont faciles à gagner par les vers.»
(Dictionn.)
XLVII.
La Raison veut que désormais il soit permis aux courtisannes, seulement, d'être femmes de lettres, beaux-esprits et virtuoses.
Les plus fameuses courtisannes de la Grèce l'étaient, les deux Aspasie, Rhodope, Phryné, Lays, Thaïs, Lamia; Hypparchie était cynique de théorie et de pratique: Cléonice composait des livres avec ses amans.
(Aux premiers siècles de l'histoire moderne), «on ne tenait pas pour de véritables vierges les filles qui faisaient de grandes conversations, et qui montraient leur bel-esprit.»
(Fleury.)
XLVIII.
La Raison veut que les femmes s'abstiennent non pas seulement de la science des livres, mais encore de la science des cartes à jouer, et de l'art de tirer les cartes: ces deux occupations ruineuses, ne supposent ni esprit ni jugement.
XLIX.
La Raison permettra aux femmes l'usage des livres, quand les anges seuls se mêleront d'en composer.
«Pourquoi, (dit une maxime chinoise) ne pas apprendre à lire aux femmes?—Parce qu'il y a de mauvais livres.»
(Mém. sur la Chine, in-4º. T. IV. p. 149)
L.
La Raison veut que les compagnies savantes et les corps littéraires se refusent au plaisir de compter des femmes au nombre de leurs membres.
Les matrones de Rome ne hantaient pas les Gymnases.
La décadence de l'empire romain date du moment où les femmes se permirent d'assister au cirque, aux amphithéâtres, etc.
Les femmes grecques ne se montraient point aux jeux olympiques.
«Les femmes (dit le bon Plutarque) ne doivent jamais sortir dehors.... Leur office est de bien garder la maison.»
(Œuvres morales.)
LI.
La Raison désapprouve ces listes d'académiciens, grossies par des noms de femmes.
Le nom d'une femme ne doit être gravé que dans le cœur de son père, de son mari, ou de ses enfans.
LII.
La Raison veut qu'en attendant l'entier accomplissement de la présente loi, les femmes s'abstiennent de lire, et même d'assister aux séances publiques ou particulières des Instituts, Académies, Cercles ou Sociétés littéraires, Portiques ou Veillées des Muses, Musées, Lycées, Prytanées, Athénées,... etc.; comme aussi de suivre les cathéchismes et les cours, de hanter les bibliothèques,.... etc. Ce n'est pas là leur place: les femmes ne sont bien que chez elles, ou dans une fête de famille.
«Ses spectacles (dit Thomas, en parlant d'une femme estimable) sont ses enfans.»
(Essai sur les femmes.)
LIII.
La Raison veut que les femmes ne soient point admises aux tribunes du corps législatif, ni aux séances du tribunat, ni dans le parquet des tribunaux, ni aux fenêtres des maisons avoisinant les places publiques destinées aux exécutions.
Leur présence y serait un contresens.
Une femme ne doit et ne peut paraître avec décence et solemnité qu'au tribunal de famille ou de paix.
LIV.
La Raison veut qu'une femme puisse voter dans une assemblée de famille; la Raison désapprouverait fort que les femmes aillent opiner à la tribune d'une assemblée nationale.
Le premier des deux sexes, représentant naturel de l'autre, discute et stipule pour les deux ensemble.
La voix d'une femme parmi les législateurs ferait nécessairement cacophonie.
Qu'elles aillent plutôt au marché!
LV.
La Raison veut que, sans avoir égard à la réclamation de Condorcet (qui ne fut pas toujours philosophe dans sa conduite et dans ses écrits), les femmes continuent à renoncer au droit de cité, dont elles ne sauraient remplir les devoirs.
Serait-il convenable et décent, par exemple, que les jeunes filles et les femmes montassent la garde, fissent des patrouilles?... etc.
On retrouve Condorcet tout entier, quand il dit, dans la même dissertation:
«Les femmes sont supérieures aux hommes dans les vertus domestiques; elles sont meilleures, plus sensibles, moins sujettes aux vices qui tiennent à l'égoisme, à la dureté du cœur; mais...»
(Journal de 1789. p. 5. in-8º.)
LVI.
La Raison veut que les femmes tiennent le sceptre de la politesse, sans aspirer à celui de la politique.
Une femme serait aussi déplacée sur un trône que dans la chaire d'un évêque.
Que de plaisanteries ne s'est-on pas permises sur la papesse Jeanne?
«Mais Catherine II, en Russie, dira-t-on.»
Quelle est la femme honnête qui voulût ressembler à cette impératrice immorale?
La reine Christine, elle-même, disait:
«Mon sentiment est que les femmes ne devraient jamais régner».
(Mém. de sa vie, écrits par elle.)
LVII.
La Raison veut que les femmes demeurent, à l'avenir comme par le passé, étrangères aux ambages de la diplomatie.
«Ce n'est pas dans les affaires d'état, (dit Théophraste) c'est dans sa famille qu'une femme doit montrer son esprit et sa prudence.»
(Caractères.)
LVIII.
La Raison veut que tout citoyen qui aura choisi pour épouse et compagne une femme lettrée ou une virtuose, soit par le fait, regardé comme inhabile à remplir une fonction publique de quelqu'importance.
Périclès, gouverné par une femme philosophe, ne gouverna point Athènes avec toute la sagesse qu'on attendait de lui. Son administration fut brillante, mais aux dépens de la liberté publique; et cependant Périclès n'avait pas craint d'adresser aux dames d'Athènes le discours suivant, traduit mot-à-mot:
«Pour ce qui vous regarde, voici quel est mon avis en peu de paroles; n'aspirez qu'à ces vertus qui sont particulières à votre sexe, suivez la modestie qui vous est naturelle; et croyez que le plus grand éloge que vous puissiez obtenir, c'est qu'on ne dise rien de vous ni en bien ni en mal.»
LIX.
La Raison... qui dispense les femmes d'apprendre à lire et à écrire, pour empêcher qu'elles n'éludent la présente loi, en dictant les produits de leur imagination à un copiste complaisant, défend à tout homme d'écrire sous la dictée des femmes, excepté une lettre à leurs pères ou à leurs maris absens, ainsi tout ce qui peut intéresser l'économie domestique.
LX.
La Raison veut que tous les bons livres (et ils ne sont pas en si grand nombre) soient lus aux femmes, mais non lus par elles.
LXI.
La Raison veut que les chefs de maison, les pères et les maris se fassent un devoir de remplir les fonctions de lecteurs auprès des femmes. Est-il un tableau plus touchant que celui de Greuze, représentant un père de famille, lequel assis à une table, fait lecture de la bible à ses enfans rangés autour de lui?
LXII.
Chacun des chefs de maison transcrira, pour le lire à sa femme et à ses filles, à tout le moins une fois l'an, le premier livre des Économiques par Xénophon: c'est un chef-d'œuvre de raison et de sensibilité.
LXIII.
La Raison veut qu'un chef de maison réponde à sa femme et à ses filles tentées de lui reprocher le peu d'éducation littéraire qu'il leur donne, par ce passage d'un livre plein de sens, imprimé au commencement du siècle qui vient de finir:
«De toutes les sciences, celle qui convient le mieux aux femmes et à laquelle elles se devraient principalement appliquer, c'est la science des mœurs... Les autres sciences leur sont fort inutiles... L'expérience leur apprend que si elles veulent s'attirer de l'amour, du respect et de la considération, il ne faut pas pour cela qu'elles soient théologiennes, mathématiciennes, physiciennes, rhétoriciennes, historiennes.... etc. Les plus instruites dans ces sciences, ne sont pas celles qui plaisent le plus.»
(p. 195-196. la Langue, T. I. in-12, 1707)
LXIV.
La Raison veut que le père, le mari, les frères et les enfans de chaque maison ne portent d'autres vêtemens que ceux filés et tissus de la main des filles et des sœurs, des épouses et des mères.
L'empereur César Auguste portait d'ordinaire des habits faits par sa femme, sa sœur et ses filles.
En ce temps-là, on ne voyait point les femmes armées d'une plume et d'une férule, composer des romans et des traités de théologie.
En ce temps-là, on ne voyait point un père et sa fille joûter l'un contre l'autre à qui fera les plus gros livres de finance et de littérature, de morale et de religion, tandis que la mère plus sage et mal imitée, fondait des hospices.
LXV.
En Chine, la femme d'un Lettré ne peut pas employer des mains étrangères pour les habits de son époux; il faut qu'elle en tire la matière de ses vers-à-soie, la mette en œuvre et les fasse elle-même.
(Voyez le Ly-Ki.)
La Raison propose cet exemple aux épouses et compagnes des membres de l'Institut et des autres Sociétés littéraires.
LXVI.
La Raison veut que les femmes qui s'obstineraient à faire des livres, ne soient point admises à faire des enfans.
Bayle ne conseille point aux beaux-esprits femelles de s'engager dans les liens du mariage.
Selon lui: c'est le sort ordinaire des femmes savantes d'essuyer plusieurs chagrins domestiques....
(Dictionnaire.)
Bayle aurait pu ajouter: et d'en causer.
LXVII.
Les hommes ont consacré une fête à la découverte de l'alphabet et de l'imprimerie.
Les hommes et les femmes se réuniront pour célébrer une invention charmante, plus précieuse peut-être encore, et qui certainement n'est point susceptible des mêmes abus, l'invention de la gaze.
LXVIII.
La Raison veut qu'on réalise cette ancienne loi proposée par le sage Pythagore au peuple de Crotone.
«Honore la charrue et la quenouille; consacre leur une fête chaque année.»
(2578. loi.)
On conserva, pendant plusieurs siècles, dans un temple, à Rome, la quenouille et le fuseau de Tanaquil, chargés de la laine que cette reine avait filée. Elle passait pour la plus habile fileuse de son tems.
Les filles romaines qui se mariaient étaient accompagnées pendant le cérémonial d'une personne portant une quenouille garnie.
En Chine, l'impératrice célèbre tous les ans la fête du fuseau.
Filer vaut mieux qu'ourdir des trames politiques ou des cabales littéraires.
LXIX.
La Raison veut que dans toutes les assemblées et fêtes publiques, les filles à talent et les femmes de lettres, (tant qu'il y en aura) cèdent le pas aux bonnes ménagères et aux mères de famille.
LXX.
La Raison veut que le soin de brûler des parfums et de tresser les guirlandes de fleurs et les couronnes dans les fêtes publiques, soit réservé aux vierges pures et sans lettres.
Les épouses et les mères de famille gardent la maison.
LXXI.
La Raison veut que les bonnes actions des filles sages, des épouses vertueuses et des mères de famille soient proclamées, en leur absence, dans les solemnités nationales.
On portera chez elles les couronnes qui leur auront été décernées. On leur répétera l'hymne chanté en leur honneur, et non imprimé; on en confiera la tradition à la mémoire de leurs parens ou de leurs enfans.
LXXII.
La Raison veut qu'aux fêtes publiques dans toutes les communes, on proclame, non les femmes auteurs de beaux livres, mais les mères de beaux enfans.
LXXIII.
La Raison veut qu'on grave sur la tombe des femmes recommandables par la science et la pratique du ménage, cette belle et antique épitaphe de la reine Amalasonthe, non pas la fille de Théodoric, roi des Goths, mais une autre Amalasonthe, beaucoup plus ancienne:
casta vixit,
Lanam fecit,
Domum servavit.
Elle vecut chaste,
Travailla en laine,
Et garda la maison.
LXXIV.
Les auteurs dramatiques sont invités à consacrer leurs talens au but moral de la présente loi. Ils pourront employer tour-à-tour les armes du sentiment et du ridicule au triomphe de la nature et de l'antiquité, compromises par la mauvaise éducation donnée aux femmes.
LXXV.
Les pères et les maris sont responsables de la stricte observance de la présente loi.
Ils seront, seuls, punis des contraventions de leurs filles et de leurs femmes.
LXXVI.
La présente loi est commise à la garde des pères de famille et chefs de maison.
Chaque père de famille et chef de maison, se procurera un exemplaire de ladite loi, pour être placé à l'endroit le plus apparent du domicile.
LXXVII.
La Raison veut que ce projet, pour devenir loi, obtienne la pluralité des suffrages: en conséquence, un vase à scrutin sera ouvert pour recevoir le oui ou le non des chefs de maison, des pères de famille, et des hommes mariés.
LXXVIII.
Aussitôt que ce projet de loi aura obtenu sa sanction par la pluralité des suffrages, chacun des chefs de maison donnera une fête à sa famille, pour y proclamer ladite loi, dans l'intervalle du repas aux danses.
En même tems, il fera jeter au milieu d'un feu de joie tous les livres et instrumens à l'usage de l'éducation factice des femmes. Autour du bûcher, on chantera une ronde composée dans l'esprit des couplets suivans:
Sur l'air: Chantez, dansez,.... etc.
Faut-il tous ces livres poudreux,
Pour être amante, épouse et mère
La nature en sait plus long qu'eux;
Avec le cœur on sait tout faire.
Chantons, dansons, travaillons bien;
Aimons-nous, le reste n'est rien.
Deux jeunes époux bien portant
Ont-ils besoin de savoir lire,
Pour être auteurs d'un bel enfant
Qui commence par leur sourire?
Chantons, etc.
Le nouveau-né, certainement,
Peut se passer de la grammaire;
Sans savoir lire au rudiment,
Il tete et caresse sa mère.
Chantons, etc.
ARTICLES SUPPLEMENTAIRES.
LXXVII.
En attendant que l'on prenne le même parti à l'égard de beaucoup d'autres livres, tous les ouvrages composés par les femmes ou pour elles, seront incessamment réunis en un seul dépôt.
LXXVIII.
Le flambeau de la critique fera, de la plupart de ces nombreux volumes, un sacrifice expiatoire au bon sens.
LXXIX.
Cette mesure, peut-être un peu extrême, a pourtant cela de bon, que par elle cessera nécessairement la distinction des femmes lettrées et de celles qui ne le sont point.
Ce qui mettra fin à la petite guerre sourde qui existe entr'elles.
LXXX.
Pour donner un exemple de l'esprit dans lequel on doit procéder à la réforme des livres, on ne conservera de tous les volumes du Parnasse des Dames, que les lignes suivantes: «La vie sédentaire des Dames Romaines, uniquement occupées de l'intérieur de leur maison, le soin qu'on prit tout le tems que dura la République, de les élever dans l'ignorance, le profond respect même qu'on leur portait et les honneurs presque divins rendus à celles qui avaient vécu retirées, chastes et laborieuses, étaient autant d'obstacles pour les détourner de l'amour des lettres....
»Les Dames Romaines n'ambitionnèrent le titre de bel esprit et de philosophes, que lorsqu'elles cessèrent de prétendre aux noms plus respectables de mères tendres et d'épouses fidèles.... etc.
»Les Dames Romaines ne commencèrent à cultiver les lettres que dans le tems de leur décadence.«
P. S. Les Chinoises sont aussi peu curieuses de Littérature et d'Histoire que les Européennes, de morale et l'algèbre: leur domestique est leur univers; plus elles s'occupent à le bien gouverner, plus elles sont heureuses et estimées. On aimerait presqu'autant leur voir prendre un sabre qu'un pinceau (c'est-à-dire une plume): pour leur en ôter l'envie, on ne leur apprend pas à lire.
(Mémoires Chinois, in 4º., t. I, p. 12.)
Encore une petite citation.
«........L'étude des langues et des connaissances relevées, loin de rendre une femme utile à sa famille, ne servirait qu'à la distraire et à l'enorgueillir jusqu'au point de négliger le soin des affaires domestiques, de mépriser toute subordination et de maudire la condition de son sexe...... Les objets essentiels de l'éducation d'une femme sont...... la science de tout ce qui inspire la douceur, la modestie, la propreté du corps... etc.«/* (Histoire de la vie civile, t. I, p. 17.—1769. p. Vt. Martinelli.)
N. B. On remplirait plusieurs volumes in-folio d'autorités graves, prouvant la nécessité et l'urgence d'une loi dans l'esprit de celle dont nous publions ici le programme.
DISTIQUE
SUR UNE FEMME-HOMME DE LETTRES.
Dédaigneuse et superbe, elle croit tout savoir;
Son mari n'est qu'un sot, trop heureux de l'avoir.
Phil. Desportes.
AVIS AUX FEMMES.
Voulez-vous que la paix dans vos cœurs se conserve,
Belles, que le travail vous occupe toujours!
Souvent l'aiguille de Minerve
Repousse les traits des amours.
Pannard.
Au tems où nous vivons, deux têtes exaltées
Du sexe féminin outre-passant les droits,
La S**, la G**, deux chèvres Amalthées,
Ont singé les docteurs des peuples et des rois.
Par un savant breton, Lebrig...
EXTRAIT
DE LA BIBLIOTHEQUE DES AMANS.
À UNE FEMME BEL ESPRIT.
Sur les bancs poudreux de l'école,
Non, je n'aimerais pas te voir
Dans les volumes de Barthole
Puiser un pénible savoir.
Ne vante pas tant la science;
Ève sait ce qu'elle a coûté:
Il est une aimable ignorance
Qui sied bien mieux à la beauté.
La beauté souvent n'est savante,
Hélas! qu'aux dépens de son cœur:
Qu'une Agnès est intéressante!
On préfère à tout sa candeur.
De tous les arts, Pallas est mère;
Pallas pourtant n'eut pas le prix:
Vénus qui ne savait que plaire,
Le reçut des mains de Pâris.
Les neuf sœurs sont encor pucelles,
Malgré leurs sublimes esprits;
Moins savantes, nos immortelles
Auraient pu trouver des maris.
Hortense, une longue lunette
Qui fatiguerait tes beaux yeux,
T'irait plus mal qu'une navette
Entre tes doigts industrieux.
Ta bouche, notre idolâtrie,
Faite pour le propos badin,
Deviendrait-elle plus jolie,
Quand tu saurais parler latin?
L'aigle altier porte le tonnerre;
Dans les cieux il a son séjour:
La colombe rase la terre,
Et n'est faite que pour l'amour.
Sylvain.
LE DECALOGUE
OU
LES DIX COMMANDEMENS AUX FEMMES.
| I. |
| Pour ton Dieu, amour tu auras, |
| Et serviras honnêtement. |
| II. |
| Amour en vain ne jureras |
| Ni par l'Hymen pareillement. |
| III. |
| Foi conjugale garderas |
| À ton époux dévotement. |
| IV. |
| Infidèle point ne seras, |
| De fait ni volontairement. |
| V. |
| Père et mari honoreras |
| Afin de vivre plaisamment. |
| VI. |
| Trop exigeante ne seras |
| De corps, d'esprit, ni autrement. |
| VII. |
| D'autre science n'apprendras |
| Que ton ménage seulement. |
| VIII. |
| Romans et vers tu ne feras, |
| Ni mentiras aucunement. |
| IX. |
| Tes enfans tu allaiteras, |
| Pour être mère absolument. |
| X. |
| Vivant ainsi, droit tu iras |
| En paradis dès ce moment. |
| Sylvain. |
TABLE
ALPHABETIQUE
DES NOMS CITÉS.
Noms des Femmes.
A.- Académiciennes de l'hôtel Rambouillet. (les)
- Amalasonthe.
- Amazonnes. (les)
- Américaines. (les)
- Andromaque.
- Antigone.
- Aspasie.
B.- Bourignon. (Madame)
- Brigitte. (Sainte)
C.- Catherine de Médicis.
- Catherine II, de Russie.
- Chambrière de Colletet. (la)
- Christine.
- Cléonice.
- Cornara. (Piscopia)
D.- Dacier. (Madame)
- Deshoulières. (Madame)
- Dibutade.
- Duchatelet. (Madame)
E.- Erinne.
- Ève.
F.- Fatime.
G.- Gauloises. (les)
- Géneviève. (Sainte)
- Geoffrin. (Madame)
- Gournay. (Mademoiselle de)
- Guyon. (Madame)
H.- Hélène.
- Hypparchie.
J.- Jeanne d'Arc.
- Jeanne. (la Papesse)
- Juives. (les femmes)
L.- Labé Lyonaise. (Louise)
- Lacédémoniennes. (les)
- Lamia.
- Lasuze. (Madame de)
- Laure.
- Lays.
- Longueville. (Madame de)
- Lucrèce.
M.- Maintenon. (Madame de)
- Marguerite de Navarre.
- Marie.
- Marthe.
- Ménagère de Malherbe. (la)
- Montaigue. (Milady)
N.- Nasicaa.
- Nièce de Descartes. (la)
- Noëmi.
P.- Pénélope.
- Phriné.
R.- Reines de France. (les)
- Rhodope.
- Romaines. (les Dames)
- Ruth.
S.- Sabines. (les)
- Sapho.
- Sarrochia. (Marguerite)
- Servante de Molière. (la)
- Sévigné. (Madame de)
- Sulpicie.
T.- Tanaquil. (la Reine)
- Thaïs.
V.- Vestales.
- Vierge. (la Sainte)
- Villedieu. (Madame de)
Z.- Zénobie.
Noms des Hommes.
A.- Alcinoüs.
- Alembert. (d')
- Aristote.
- Attila.
- Auguste. (César)
B.- Balzac.
- Barbarigo. (le Cardinal)
- Bayle.
- Bibliothèque des Amans. (l'auteur de la)
- Bibliothèque des Femmes. (les auteurs de la)
- Boileau.
- Booz.
C.- Chaptal.
- Charlemagne.
- Clairaut.
- Colletet.
- Condorcet.
- Corneille.
D.- Desmathis.
- Desportes. (Philippe)
- Duguesclin.
E.- Égyptiens. (les)
- Encyclopédie. (les auteurs de l')
- Euripide.
- Evremont. (Saint)
F.- Fénélon.
- Fleury.
G.- Gabriel. (l'Ange)
- Galerie des Femmes célèbres. (les auteurs de la)
- Galerie des Hommes illustres. (les auteurs de la)
- Greuze.
H.- Hector.
- Henri IV.
- Homère.
- Horace.
- Hyppolite.
I.- Institut. (les membres de l')
J.- Juvénal.
L.- Langue. (l'auteur de la)
- Larochefoucault.
- Le Brig...
M.- Mahomet.
- Malherbe.
- Mallebranche.
- Martinelli. (Vincent)
- Molière.
- Montaigne. (Michel)
O.- Œdipe.
- Origène.
- Ovide.
P.- Palaye. (Sainte)
- Pannard.
- Paul. (Saint)
- Périclès.
- Pline.
- Plutarque.
- Pope.
- Pradon.
- Pythagore.
Q.- Quintus de Smyrne.
R.- Racine.
- Retz. (le Cardinal de)
- Rousseau. (J. J.)
S.- Salomon.
- Sylvain.
T.- Théocrite.
- Théodoric.
- Théophraste.
- Thomas. (l'Académicien.)
- Tourlet.
- Turenne.
V.- Voiture.
- Voltaire.
X.- Xénophon.