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Propos sur le christianisme

Chapter 18: XVI DOGMATISME
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About This Book

L'auteur rassemble une suite d'essais qui retracent l'histoire du christianisme et le comparent à l'hébraïsme et à l'hellénisme, puis examinent la religion selon une physiologie darwinienne reliant l'organisme humain à son milieu. Il développe une théorie des signes et montre comment l'anthropomorphisme précède les pensées; analyse ensuite les affects religieux, le passage des passions au sentiment et la forme priante qui nourrit l'idée du salut; affirme enfin que les arts et la lecture des textes sacrés participent d'une discipline pour former la croyance comme un art de penser.

XVI
DOGMATISME

J’ai vu peu de discussions réelles dans les assemblées. Quand les hommes reconnaissent les signes et s’accordent sur les signes, comme il arrive à la messe, ils goûtent quelque chose du bonheur de penser. Ne leur demandez pas à quoi ils pensent, ni sur quoi ils s’accordent ; il leur suffit de s’accorder. Quand ils se donnent le plaisir d’écouter des disputeurs, ils aiment encore à s’accorder sur les signes, et à reconnaître les deux thèses rivales d’après leur habillement accoutumé, souvent aussi d’après leur parure. Par cette raison, souvent les disputeurs s’en vont contents et l’auditoire aussi. Mais celui qui invente une nouvelle manière de soutenir une des thèses déplaît aux deux et à tous.

Il faut comprendre que l’accord est le plus ancien signe du vrai, et le premier pour tous. Car, puisqu’il faut d’abord apprendre les signes, chacun commence par s’accorder aux autres, de tout son corps, et répéter ce que les autres signifient jusqu’à ce qu’il les imite bien. Selon la nature, imiter un signe ce n’est autre chose que le comprendre. Un homme s’abrite sur le côté droit d’une route ; je fais comme lui ; j’ai compris le signe ; non pas tout à fait puisque je ne sais peut-être pas pourquoi il s’abrite ; mais j’ai compris ce qui importe le plus. C’est pourquoi un homme simple trouve une sécurité et un bonheur plein dans les cérémonies où les signes sont encore revus et confirmés. Il faut commencer par là. Qui ne s’accorde avec personne ne peut disputer contre personne, ni instruire personne. L’Église, par une dogmatique sans faiblesse ni concession, posait la condition préalable de la pensée universelle. Et, quoique je ne me range point sous l’autorité de l’Église, néanmoins je trouve toujours plus d’avantages à m’accorder d’abord, et par préjugé, avec l’auteur que je lis, qu’à disputer au troisième mot. Bref, je me suis toujours mieux trouvé de vouloir comprendre que de vouloir contredire.

On se fait communément une étrange idée de ce que c’est qu’une opinion neuve et hardie. C’est toujours une opinion vieille comme les rues, mais expliquée. Ce qui sort de l’ordinaire, c’est d’avoir réellement des opinions ordinaires, j’entends de comprendre les signes communs. De l’accord, faire pensée ; car la marche inverse est périlleuse, faute de signes. Ainsi qui comprendrait tous les mots de sa langue, et selon le commun usage, saurait assez. Et qui comprendrait seulement tous les signes de la messe, il saurait déjà beaucoup. Car tout signe est vrai ; mais le difficile est de comprendre de quoi le signe est signe.