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Quand l'esprit souffle

Chapter 44: XV
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About This Book

L'auteur rassemble et analyse récits et réflexions sur des conversions au catholicisme, présentant la conversion comme un retour à l'ordre surnaturel et explorant les luttes intérieures, les désillusions du siècle moderne et le rôle de la grâce. L'ouvrage combine témoignages, méditations et études de parcours individuels, y compris l'examen de certaines figures littéraires en voie de foi, pour faire apparaître motifs, épreuves et fruits spirituels. L'ensemble cherche à éclairer les mécanismes psychologiques et spirituels du passage de l'incrédulité à la croyance et à proposer des ressources de consolation et d'édification pour des lecteurs en quête.

XIV

Quoiqu’il eût témoigné le désir d’entrer en relation avec l’abbé Lémann, Lœwengard ne se pressa pas de se faire présenter à lui. Il demeurait dans l’incertitude sur la façon dont sa vie allait s’orienter, quand il fit un rêve.

Comme il le dit fort bien, il savait que la plupart des rêves sont déterminés par des causes physiologiques. Mais celui-là l’impressionna si vivement qu’il crut y reconnaître une intervention surnaturelle qui lui bouleversa l’âme.

Le voici : « Soutenu par un ange aux larges ailes d’un blanc lumineux, un ange dont la figure resplendissait de majesté et de sérénité, j’étais enlevé à travers les mondes, globes énormes, brillants, multipliés à l’infini, roulant dans l’espace. Et, à chaque instant, il me semblait que j’allais tomber, précipité, d’une chute vertigineuse dans le vide sans fond. Mais, chaque fois, d’une main vigoureuse, l’ange me ramenait en haut, me relançait vers de nouveaux astres et ainsi, croyant toujours m’abîmer, je me relevais plus fort, calme et confiant. Soudain, j’aperçus une croix et sur cette croix agonisait Jésus-Christ. Et l’atrocité de ses souffrances, je la ressentis au même instant. Peu à peu, elle se changea en béatitude, en extase, en une joie ineffable… Je me réveillai. »

Peu de jours après, comme il était encore sous l’impression de ce songe, sa femme l’avisa qu’elle avait lu, sur le mur de l’église de l’Annonciation, une affiche mentionnant que l’abbé Lémann y prêcherait le 3 juin, jour de la Pentecôte, après Vêpres. Elle lui proposa d’assister à ce sermon.

Mû par la curiosité d’entendre ce prêtre, dont on lui avait si élogieusement parlé, — sans doute aussi poussé par la Grâce, — Lœwengard consentit. La première chose qui le frappa chez l’abbé Lémann ce fut le type sémitique très accusé de ce prédicateur. C’était un incontestable Juif qui allait parler — un Juif tenant un Crucifix à la main et s’en signant.

Mais dès l’exorde, Lœwengard cessa d’observer en simple curieux. Il était conquis.

Laissons-le raconter cette emprise :

« L’abbé Lémann parle, inspiré, illuminé. Son pâle visage rayonne. On oublie que ce prêtre a soixante-dix ans. Un souffle de jeunesse l’anime ; c’est un apôtre, un descendant, non pas des déicides, mais des prophètes, mais de saint Pierre et de saint Paul, qui s’adresse à moi, attire mon âme vers le feu de la sienne, l’émeut, l’échauffe, la charme et l’embrase… Je suis conquis, vaincu, possédé par cette éloquence ardente et enveloppante qui brûle comme une flamme et ravit comme une caresse… Quand le sermon est achevé, mes yeux sont mouillés de larmes et mon cœur bat d’enthousiasme. Ah ! comme les voies de la Providence sont admirables ! J’étais un artiste avant tout et j’étais un israélite qui s’était glorifié de ne point renier « sa terre et ses morts ». Pour m’attirer à Lui, Dieu choisit un enfant de mon peuple, un orateur chrétien qui est un poète par la richesse d’une imagination et la vivacité d’une sensibilité que n’ont pu amoindrir ni l’expérience plus ou moins douloureuse de la vie, ni le poids si lourd des années !… »

La cérémonie terminée, tout transporté, baigné des effluves du Saint-Esprit qui s’irradiaient, dans le sanctuaire, en ce jour de Pentecôte, il se précipita vers la sacristie, demandant à entretenir tout de suite le prédicateur.

« Ce bon vieillard me fit un accueil paternel, me posa quelques questions et me donna rendez-vous chez lui. » Quand il s’y présenta, l’abbé Lémann lui dit, tout d’abord, en lui montrant une statuette de la Vierge : « Voilà celle qui vous envoie ; toutes les grâces, nous en sommes redevables à l’intercession de Marie. » Puis il lui parla, comme un père s’entretient avec son fils, simplement et tendrement. »

Lœwengard mentionne qu’il écoutait avec sympathie, mais avec scepticisme. Quant à la foi, son orgueil s’y refusait encore ; il ne lui semblait pas qu’il pût admettre la possibilité de se convertir.

Cela, c’est la manigance suprême du Mauvais : pour différer sa défaite, il s’efforce d’épaissir les ténèbres autour du néophyte. Celui-ci se figure qu’il continue à suivre sa route coutumière ; il fait encore quelque temps ses gestes habituels ; sa bouche continue de proférer des opinions qui, en réalité, ont cessé d’être les siennes. Il va en vertu de la vitesse acquise, mais le mobile propulseur ne fonctionne plus. Et la Grâce a déjà tellement transformé le fond de son âme, si bien miné le terrain pour l’explosion finale, qu’il ne faudra plus qu’une occasion propice pour que le « vieil homme » tombe au pied de la Croix.

Cette occasion, ce fut la lecture de trois livres sur les Juifs et leur rôle dans la société, publiés par l’abbé Lémann, qui la fournit à Lœwengard. Le bon prêtre les lui avait donnés en même temps que deux crucifix, l’un pour lui, l’autre pour sa femme, en les priant de les porter sur eux.

« Je plaçai le mien sur ma poitrine, il ne m’a pas quitté depuis », ajoute le converti.

Puis il se mit à lire attentivement et alors il reçut le coup de lumière décisif.

« Je m’intéressais infiniment, rapporte-t-il, à la question juive, ce qui semblera fort naturel de la part d’un Israélite. Et pourtant j’avais passé devant les livres de l’abbé Lémann sans même les ouvrir. Des livres de prêtre, cela ne pouvait rien valoir. Mes orgueilleux professeurs de l’Université m’avaient imbu de cette idée qu’un ecclésiastique, fût-il un génial écrivain comme Bossuet, était a priori dénué d’autorité en matière historique ou scientifique[28]. »

[28] Remarque très exacte. Que de fois j’ai rencontré des gens curieux de s’informer des choses religieuses et qui, pourtant, refusaient de lire des volumes rédigés par des théologiens, sous prétexte que ceux-ci, étant imbus du Surnaturel, leurs opinions ne comptaient pas. C’est à cet endurcissement dans le parti-pris que mène la folie de rationalisme dont notre lamentable siècle est possédé.

Or d’après les citations que Lœwengard en donne, les livres de l’abbé Lémann sont, non seulement d’une extraordinaire puissance de pensée, mais aussi d’une grande beauté de forme. Ceci ne pouvait que ravir le poète épris de plastique.

Il dit : « La voix de l’orateur m’avait entraîné. La phrase de l’écrivain m’éblouit. Encore une fois, c’est l’art qui me charma d’abord, c’est la beauté qui m’introduisit dans le sanctuaire de la foi… A mesure que j’avançais dans ma lecture, intéressé, séduit, subjugué mais croyant toujours ne l’être que par la Beauté, tout à coup, comme un éclair entr’ouvrit les profondeurs de mon âme : avec une étonnante lucidité, dans une intuition fulgurante qui arrachait les voiles de l’erreur, les préjugés millénaires, et retournait toutes mes idées, me secouant d’une indicible émotion, la Vérité m’apparut, la Vérité totale, absolue, indiscutable. La foi illumina mon intelligence ; des horizons inconnus se déployèrent, les visions grandioses de l’histoire passèrent devant mon esprit, le déroulement des temps, non plus dans une contemplation de nihiliste, amère et sans explication, mais dans la joie du pourquoi de la vie révélé, de la marche des mondes et des événements enfin comprise, de la certitude enfin possédée. Une voix intérieure m’affirmait : — Oui, l’Église est l’unique port du salut, l’unique dépositaire des vérités métaphysiques essentielles. Fondée par Dieu, bâtie pour l’éternité sur le roc de Pierre, les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle… »

Lœwengard développe cette vue dans une série de pages qui sont, je crois, les plus pénétrantes de son livre. J’engage fort à les lire[29]. Ce qui l’a convaincu, par-dessus tout, c’est la perpétuité de l’Église malgré tant de vicissitudes, de trahisons, d’hérésies, malgré aussi les faiblesses, les négligences, les crimes parfois du clergé et des fidèles. La raison en lui était satisfaite, conquise comme elle ne l’avait jamais été par les affirmations sans base de la science athée et les rêveries meurtrières des rhéteurs et des poètes.

[29] La Splendeur catholique, ch. XVIII : Magnificence de l’Église éternelle.

Restait le cœur. Il fallait que celui-ci fût brisé par la souffrance. Car, je le redis une fois de plus, la loi générale, c’est que la souffrance seule parachève la conversion : pour monter vers Dieu, il faut suivre la Voie Douloureuse. Mais comme la Grâce et l’Amour divins vous y accompagnent !

Ainsi que tous les convertis, Lœwengard passa donc par ce creuset de la douleur où il est nécessaire que le cœur se liquéfie.

XV

« Avant de me régénérer dans l’eau du baptême, écrit le converti, Dieu voulut m’éprouver, me forcer à rentrer en moi-même, abattre mon orgueil, mon double orgueil judaïque et païen, m’humilier dans la douleur et le repentir… J’avais péché terriblement et de toutes façons. Il était juste que j’expiasse mon passé de débauche et de superbe… »

C’est pourquoi, à l’automne de 1906, il tomba gravement malade. Une anémie incoercible le rendait « plus faible qu’un vieillard de quatre-vingt-dix ans » ; il ruisselait de sueur au moindre effort physique ou mental ; il était incapable d’écrire, de lire et même d’entendre lire ; l’insomnie l’écrasait ; il souffrait d’une façon continuelle.

Et pourtant, à travers tous ces maux, « une conscience parfaitement lucide, une intelligence parfaitement raisonnable » lui conservaient la faculté de s’analyser, la force de se reconnaître justement puni de ses fautes, le pouvoir de suivre la marche du Surnaturel dans son âme.

Cette lucidité, si à l’encontre des lois physiologiques, est un des signes les plus évidents de l’action divine. En effet, ne constatons-nous pas tous les jours que, chez un malade gravement atteint, la dépression mentale suit le délabrement corporel ? Cela se vérifie plus particulièrement chez les anémiés tels que l’était alors Lœwengard.

Or, au contraire, chez ce malade qui aspire à Dieu, qui est travaillé, vivifié par la Grâce divine, les souffrances physiques ne font qu’aiguiser, pour ainsi dire, ses fonctions intellectuelles. Il y a là un fait précis qu’il est facile de relever au cours de beaucoup de conversions. Les lecteurs de Du Diable à Dieu se rappelleront peut-être que, moi aussi, je connus un état analogue.

Autre remarque : si, comme le prétend le rationalisme, la conversion n’était que la résultante d’une exaltation maladive, le produit d’une imagination blasée, avide d’émotions imprévues, où le pécheur repentant trouverait-il l’énergie de persévérer ? La logique naturelle exigerait que, déçu dans son espoir d’une félicité anormale par la foi, gratifié, au contraire, de souffrances opiniâtres, il se rebutât. Car il se rendrait compte qu’il fut le jouet d’une illusion. Et, plein de rancune contre la chimère qui le leurra, il retournerait, avec une morne fureur, à ses égarements de naguère.

Chez le néophyte, rien de pareil : plus il souffre, plus la Grâce lui donne l’intuition que cette épreuve le purifie, plus son désir d’être à Dieu s’accroît. Et alors, non seulement il se résigne, mais encore il trouve une joie paisible à pâtir. C’est comme s’il goûtait d’un fruit dont la pulpe très amère à la bouche le remplit de suavité dès que, domptant la nature, il a pris sur lui de l’avaler.

Ainsi soutenu, Lœwengard put supporter les angoisses d’une période où l’esprit, amputé de ses habitudes néfastes, erre à la recherche des ailes qui le porteront au seuil étoilé du paradis. Il connut, pour la première fois, le bienfait de la prière, humble, confiante, imprégnée d’amour de Dieu, plus puissante pour atteindre le Ciel que toute spéculation de l’esprit. Il écrit :

« Devenu catholique d’intelligence par l’étude et la réflexion, la maladie me rendait semblable à ces simples, ces enfants, ces ignorants, la vaste foule malheureuse souffrant dans son âme et dans son corps ; et, comme le moins intellectuel de mes frères, je m’agenouillais, sanglotant : — Mon Dieu, ayez pitié de moi ! Cœur Sacré de Jésus, secourez-moi ! Cœur immaculé de Marie, priez pour moi !

« Et toujours, après ces élans de prière, la sérénité, la patience, la résignation et l’espoir entraient doucement dans mon âme dolente, la consolaient, l’apaisaient. Qu’elles étaient loin de moi, détachées de moi, les orgueilleuses philosophies subtiles et vaines. Raisonnements des sophistes, élégant scepticisme d’Anatole France, jongleur d’idées, surhumanisme de Nietzsche, pauvre homme perdu dix ans dans la démence, combien vous étiez incapables de me toucher, de me relever, de m’insuffler la vie !… »

La maladie s’aggravant, il se rendit, accompagné de sa femme, à Bandol, petit port de la Méditerranée. Le médecin, qui avait conseillé cette villégiature, en attendait une amélioration.

« Or, dit Lœwengard, ce séjour ne m’apporta que peu de soulagement ; j’avais repris meilleur aspect mais la dépression nerveuse restait la même… »

Par surcroît, sa femme qui le soignait avec beaucoup de dévouement mais qui, jusqu’alors, était demeurée incroyante, tomba malade également.

C’était, cette nouvelle tribulation, une grâce nouvelle car, frappée de la sorte auprès de son mari douloureux, la pauvre égarée comprit qu’elle expiait ses péchés de satanisme. « Elle revint, de toute son âme meurtrie, à la religion de son enfance ; elle se confessa ; dans la rustique Église de Bandol, elle reçut le Sauveur qu’elle avait délaissé pendant tant d’années. »

La guérison s’ensuivit. Et Lœwengard, touché jusqu’au fond du cœur par la rédemption de sa femme, n’en désira que plus fort d’entrer dans l’Église.

Or, à peine revenu à Lyon, il fut atteint par une épreuve d’un autre genre. Son père, dont le commerce périclitait sans qu’il le sût, fit une faillite où la fortune de la famille s’engloutit tout entière. Lœwengard passa, du jour au lendemain, d’une large aisance à la pauvreté totale.

Il était déjà tellement pénétré d’esprit chrétien qu’il accueillit cette catastrophe avec une résignation parfaite : « Votre justice est terrible, ô mon Dieu, mais elle est la justice. Telles furent les seules paroles que je prononçai. »

D’ailleurs, les obscurités de la nuit purificatrice se dissipaient en lui. Peu lui importaient désormais les revers matériels ; il n’avait plus qu’une idée, qu’un désir : le baptême, la communion. Cette soif de l’eau salvatrice, cette faim de l’Eucharistie, c’étaient les signes que l’œuvre de la conversion était accomplie : la Grâce illuminante, ayant rétabli l’ordre et la paix en lui, arrivait à son apogée ; il avait correspondu héroïquement à cette Grâce en acceptant la pauvreté avec la maladie sans plaintes ni murmures ; son âme loyale, tirée miraculeusement de l’orgueil, de la débauche et de la richesse, reçut sa récompense. Une aube d’azur et de blanches clartés se leva pour son baptême. Et ce fut le 8 décembre 1908, fête de l’Immaculée Conception.

On lira les pages où il dit son allégresse et sa reconnaissance. Elles expriment, avec la simplicité qu’il fallait, son émotion en ce jour-là…

Pour nous, chantons Magnificat.

Et prions pour sa persévérance. Car, comme tous ceux qui ont absorbé les poisons de la théosophie, il est guetté par le Mauvais qui fera tout pour le replonger dans le cloaque de la Gnose orgueilleuse.

Note I

Voici ce que saint Paul dit de la rédemption des Juifs dans l’Épître aux Romains :

« Par le péché des Juifs, le salut est venu aux Gentils qui devaient ainsi leur donner de l’émulation. Si leur péché est la richesse du monde et leur diminution la richesse des Gentils, combien plus encore leur plénitude ?… Car si leur perte est la réconciliation du monde, que sera leur rappel sinon une résurrection. Si les prémices sont saintes, la masse l’est aussi ; et si la racine est sainte, les rameaux le sont aussi.

« Si donc quelques-uns des rameaux ont été rompus et si toi, qui n’étais qu’un olivier sauvage, tu as été enté en eux et rendu participant de la racine et de la sève de l’olivier franc, ne te glorifie point aux dépens des rameaux…

« Tu diras sans doute : — Les rameaux ont été brisés pour que je fusse enté. Fort bien : c’est à cause de leur incrédulité qu’ils ont été rompus… Mais s’ils ne demeurent point dans leur incrédulité, ils seront entés car Dieu est puissant pour les enter de nouveau. En effet, si tu as été coupé de l’olivier sauvage, ta tige naturelle, et enté contre nature sur l’olivier franc, à combien plus forte raison ceux qui sont les rameaux naturels seront-ils entés sur leur propre olivier !…

« Il est vrai que, selon l’Évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais, selon l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères. Parce que les dons et la vocation de Dieu sont sans repentir. Comme donc, autrefois, vous-mêmes, vous n’avez pas cru à Dieu et que, maintenant, vous avez obtenu miséricorde à cause de leur incrédulité, ainsi eux, maintenant, n’ont pas cru pour que miséricorde vous fût faite et qu’à leur tour ils obtiennent miséricorde. Car Dieu a tout renfermé dans l’incrédulité pour faire miséricorde à tous… »

Ce texte, si profond, sous sa forme imagée, montre la solidarité surnaturelle qui nous unit aux Juifs : ils ont préparé le salut des Gentils, ils ont enfanté l’Église ; au dernier jour, l’Église enfantera leur salut.

Si donc il est légitime de prendre des précautions contre la malfaisance actuelle des Juifs, n’oublions pas qu’au point de vue surnaturel, nous devons les respecter comme les témoins, malgré eux, de notre foi — comme prédestinés au Salut.

Note II

Les persécutions effroyables subies par les Juifs n’eurent point pour cause leur religion, comme le prétendent, sans preuve, les rationalistes, mais bien le fait que partout où ils prenaient pied, ils se rendaient insupportables par leur usure et par leur insolence. Renan, qui n’est pas suspect d’animosité contre Israël, puisque il se montra toujours fort respectueux à l’égard des plus riches de ce peuple, a dit, avec raison, dans son livre l’Antechrist : « Quand toutes les nations et tous les siècles vous ont persécuté, il faut bien qu’il y ait à cela quelque motif. Le Juif, jusqu’à notre temps, s’insinuait partout en réclamant le droit commun. Mais en réalité le Juif n’était pas dans le droit commun : il gardait son statut particulier. Il voulait avoir les garanties de tous et, par-dessus le marché, ses exceptions, ses lois à lui. Il voulait les avantages d’une nation sans participer aux charges des nations. » Oui, sans participer aux charges des nations mais au contraire en parasites qui sucent leur substance. C’est ce qui les fit chasser de Rome, maintes fois, sous les empereurs et notamment sous Claude. C’est plus tard ce qui déchaîna si souvent les peuples contre eux. Et alors qui les protégea ? — L’Église, les Papes qui les prenaient sous leur sauvegarde, comme mille textes le prouvent à tout homme de bonne foi.

Il faut donc le répéter : l’antisémitisme n’est pas un fait d’ordre religieux ; c’est un fait d’ordre social. Un catholique sera antisémite parce qu’il est patriote mais non parce qu’il va à la messe.