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Rapport sur un voyage botanique en Algérie, de Philippeville à Biskra et dans les Monts Aurès, entrepris en 1853 sous le patronage du Ministère de la guerre

Chapter 6: ENVIRONS DE CONSTANTINE.
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About This Book

The author presents a scientific account of a botanical expedition across northeastern Algeria, documenting plant distribution from the coastal strip through high plateaus to the Saharan fringes and the Aurès mountains. The narrative details field methods, specimen collection, regional vegetation types, and several species newly recorded for the region, supported by observations on local cultivation and oasis tree inventories. The report also describes logistical organization, collaborators’ contributions, and maps and meteorological data used to contextualize floristic findings.

The Project Gutenberg eBook of Rapport sur un voyage botanique en Algérie, de Philippeville à Biskra et dans les Monts Aurès, entrepris en 1853 sous le patronage du Ministère de la guerre

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Title: Rapport sur un voyage botanique en Algérie, de Philippeville à Biskra et dans les Monts Aurès, entrepris en 1853 sous le patronage du Ministère de la guerre

Author: E. Cosson

Release date: May 3, 2024 [eBook #73526]

Language: French

Original publication: Paris: Librairie de Victor Masson, 1856

Credits: Galo Flordelis (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque de l'Université Claude Bernard Lyon 1)

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK RAPPORT SUR UN VOYAGE BOTANIQUE EN ALGÉRIE, DE PHILIPPEVILLE À BISKRA ET DANS LES MONTS AURÈS, ENTREPRIS EN 1853 SOUS LE PATRONAGE DU MINISTÈRE DE LA GUERRE ***

RAPPORT
SUR UN
VOYAGE BOTANIQUE
EN ALGÉRIE
DE PHILIPPEVILLE A BISKRA
ET DANS LES MONTS AURÈS
ENTREPRIS, EN 1853,
SOUS LE PATRONAGE DU MINISTÈRE DE LA GUERRE

PAR
E. COSSON
D. M. P.

(Extrait des Annales des sciences naturelles, 4e série, tome IV.)

PARIS
LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON
PLACE DE L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE.
1856



Dans un premier voyage en Algérie, d’Oran au Chott El-Chergui, exécuté en 1852, nous avons pu étudier les caractères généraux de la végétation de la province de l’Ouest, et reconnaître les principales lois qui président à la distribution des végétaux dans l’Afrique française. Il était important pour nous de compléter ces notions, et, pour atteindre ce but, nous avons demandé à S. Exc. M. le Ministre de la Guerre de vouloir bien nous accorder son patronage pour un voyage d’exploration analogue dans la province de Constantine[1].

L’itinéraire que nous avons suivi, en 1853, de Philippeville à Biskra et de Biskra à Batna, où nous sommes revenu en parcourant une grande partie des monts Aurès, nous a permis non-seulement de compléter, par nos recherches sur des points situés à des latitudes analogues, les données de notre premier voyage, mais encore d’acquérir des notions positives sur la partie septentrionale de la région saharienne de la province de Constantine, et sur la région montagneuse supérieure qui n’avait pas encore été explorée. — La région littorale, de Philippeville à Constantine, était connue par les explorations de Bové, de MM. Choulette et de Marsilly, etc., et surtout par celles de M. Durieu de Maisonneuve, notre excellent ami et collaborateur ; aussi cette partie du pays, où nous n’avons fait que quelques herborisations, ne nous a-t-elle offert qu’un très petit nombre d’espèces qui n’y eussent pas déjà été observées. — La région des hauts-plateaux, dont M. Durieu n’avait pu visiter qu’une bien faible partie aux environs de Sétif, n’était guère connue entre Constantine et El-Kantara, que par quelques espèces qu’y avait signalées M. le docteur Guyon ; aussi elle a été pour nous l’objet de l’examen le plus attentif, et nous lui devons d’intéressantes découvertes. — La région saharienne, aux environs de Biskra, avait déjà été visitée par M. Guyon qui y avait indiqué plusieurs espèces d’un haut intérêt ; mais c’est à M. P. Jamin, directeur du jardin d’acclimatation de Beni-Mora, et à M. Balansa, que le Ministère de la Guerre avait bien voulu nous adjoindre pour nos recherches, qu’est due surtout la connaissance de la végétation de cette partie du Sahara algérien, la seule qui ait été étudiée d’une manière à peu près complète au point de vue de ses productions végétales. M. Hénon, interprète militaire, a également concouru à l’exploration de cette région, et on lui doit, en outre, la découverte de plusieurs plantes remarquables, recueillies par lui dans l’expédition entreprise, en 1853, au sud de Biskra, et poussée jusqu’au voisinage de Tuggurt, sous le commandement de M. le général Desvaux. M. Reboud, dans l’expédition exécutée en 1854 et qui a assuré la soumission de Tuggurt, a fait également d’intéressantes découvertes, qui sont venues s’ajouter aux documents que nous possédions sur la région saharienne. Dans l’année 1854, un de nos amis, M. Kralik, a exploré, sous le patronage des autorités françaises, la partie méridionale de la régence de Tunis ; les importants matériaux qu’il a réunis contribueront à compléter la statistique végétale de la région saharienne, en fournissant les plus utiles moyens de comparaison entre la végétation d’une contrée qui n’avait pas été explorée depuis Desfontaines, et celle des parties analogues du Sahara algérien, avec lesquelles elle a d’étroites affinités ; dans ce même voyage, M. Kralik a retrouvé plusieurs des espèces de Desfontaines, qui, faute d’échantillons complets dans les herbiers, n’étaient qu’imparfaitement connues des botanistes. — Nos recherches dans les montagnes de l’Aurès, qui présentent les sommités les plus élevées de l’Algérie, nous ont permis de constater des faits de géographie botanique importants, et de recueillir un assez grand nombre d’espèces qui n’avaient pas encore été observées en Algérie, et dont plusieurs sont nouvelles pour la science. M. Balansa a contribué à l’étude de la flore des environs de Batna ; il a séjourné à cette localité plus d’un mois après notre départ, et y a recueilli quelques espèces qui avaient échappé à nos recherches, et un assez grand nombre d’autres observées par nous dans un état imparfait de développement.

Nous devons à la bienveillance de M. le Ministre de la Guerre d’avoir pu, pour notre voyage, nous adjoindre d’habiles collaborateurs. Ainsi, outre M. Balansa qui nous avait précédé à Biskra, et qui, avec M. Jamin, nous a guidé dans l’exploration de cette riche localité, nous avions pour compagnon de voyage M. Henri de la Perraudière, ami dévoué et explorateur heureux, auquel nous devons plusieurs découvertes importantes. Ce fidèle compagnon de nos courses nous a secondé, dans toutes nos recherches, avec un zèle et une obligeance extrêmes, et a bien voulu nous suppléer à Biskra pour quelques excursions qu’une indisposition temporaire nous a empêché d’entreprendre. Un aide auquel nous avions en partie confié la préparation de nos collections, en nous déchargeant de nombreux travaux matériels, nous a mis à même de nous livrer plus exclusivement à nos travaux scientifiques[2]. C’est également par la haute protection que M. le Ministre de la Guerre a bien voulu nous accorder, que nous avons pu visiter avec une entière sécurité les montagnes de l’Aurès, bien que leur soumission fût toute récente ; nous avons séjourné sur tous les points dont l’exploration présentait quelque intérêt, grâce aux moyens de transport et de campement qui avaient été libéralement mis à notre disposition. — La mission qui nous avait été confiée d’étudier les cultures de la contrée que nous avons parcourue[3] nous a donné la faculté de puiser aux sources officielles tous les renseignements qui pouvaient nous être utiles pour l’exécution de notre voyage. — Nous ne saurions exprimer trop vivement à M. le général d’Autemarre d’Ervillé, qui commandait alors la subdivision de Constantine, notre reconnaissance pour l’excellent accueil qu’il a bien voulu nous faire, et pour la sollicitude toute bienveillante avec laquelle il a interprété les instructions qu’il avait reçues du Ministère de la Guerre au sujet de notre voyage. — M. le colonel Desvaux, aujourd’hui général, commandant la subdivision de Batna, et si versé dans la connaissance du pays, non seulement nous a fait l’honneur de nous offrir une généreuse hospitalité, mais a bien voulu tracer lui même notre itinéraire, assurer tous nos moyens de campement, et surtout rendre nos recherches beaucoup plus faciles par les nombreux renseignements qu’il nous a donnés ; c’est aussi l’obligeance de ce général distingué qui nous a procuré la connaissance de toutes les observations météorologiques recueillies à Batna, et l’avantage de pouvoir accompagner notre rapport de la carte de la partie la plus importante de notre voyage. M. le lieutenant Payen, aujourd’hui capitaine, attaché au bureau arabe de Batna, nous a fourni d’utiles documents, et a bien voulu se charger de tracer le calque d’après lequel la carte a été gravée. — Nous devons également de sincères remercîments à M. le chef de bataillon Collineau, aujourd’hui colonel, qui commandait alors le cercle de Biskra, et qui nous a accordé l’hospitalité la plus aimable. M. le capitaine Seroka, chef du bureau arabe de Biskra, a eu l’obligeance de nous communiquer le tableau officiel du nombre des Dattiers et des autres arbres fruitiers qui constituent les principales oasis des Ziban, ainsi que la liste des noms indigènes des diverses variétés de Dattiers qui y sont cultivées[4].

Partis de Marseille le 8 mai, nous sommes arrivés le 10 à Philippeville, au moment où la végétation présentait le développement le plus riche et le plus complet. Le jour même de notre arrivée, nous avons exploré les collines situées au nord-ouest de la ville, et spécialement celle où se trouvent les citernes romaines ; le 11, nous avons visité une partie de la vallée de la Zéramna et du Safsaf, ainsi que les coteaux qui limitent au nord la vallée de la Zéramna ; le 12, nous avons fait une nouvelle herborisation dans la vallée du Safsaf, dont nous avons descendu le cours jusqu’à son embouchure ; le 13, dans la matinée, nous sommes arrivés à Constantine, par la diligence, et nous avons fait une première course à la base de la montagne de Sidi-Mecid ; le 14, nous avons complété l’exploration de cette montagne, et visité les environs de la chute du Rummel ; la journée du 15 a été consacrée à nos préparatifs de départ, à la rédaction de nos notes, et à quelques promenades aux environs immédiats de la ville ; le 16, nous sommes partis à cheval de Constantine, nous avons fait une assez riche herborisation aux environs du caravansérail d’Aïn-Bey et dans la plaine de Mélila ; le 17, nous avons herborisé dans les pâturages salés des environs de Mélila, et dans la plaine qui s’étend jusqu’aux chotts Mzouri et Tinsilt ; le 18, nous avons exploré les coteaux d’Aïn-Yagout, une partie de la plaine d’Oum-el-Asnam, et nous avons remonté le cours de l’Oued Batna jusqu’à Batna ; le 19, nous avons visité la pépinière de Batna et les pâturages qui l’avoisinent ; le 20, nous avons herborisé aux environs de Lambèse ; les journées des 21, 22 et 23, ont été consacrées à l’exploration des Djebel Tougour et Bordjem ; le 24, nous avons quitté Batna, et nous sommes arrivés au caravansérail de Ksour ; le 25, nous avons herborisé aux environs du caravansérail, et à la halte connue sous le nom des Tamarins, puis nous avons longé le cours de l’Oued El-Kantara, et nous sommes parvenus à la région saharienne par le défilé d’El-Kantara ; le 26, nous avons fait l’exploration de l’oasis et des environs du caravansérail d’El-Kantara, nous avons traversé la plaine et nous sommes arrivés à El-Outaïa ; le 27, nous avons fait une course à la Montagne-de-sel, et exploré rapidement la plaine d’El-Outaïa, le col de Sfa et la plaine jusqu’à Biskra ; les journées des 28, 29, 30, 31 mai et 1er juin ont été remplies par l’exploration des environs de Biskra ; le 2, nous avons remonté le cours de l’Oued Biskra jusqu’au confluent de l’Oued El-Kantara et de l’Oued Abdi, et nous sommes venus camper dans l’oasis de Branis ; le 3, nous avons exploré la vallée de l’Oued Abdi entre Branis et Beni-Souik, où notre tente était dressée sur la place du village ; le 4, nous avons herborisé aux environs de Beni-Souik, sur les plateaux qui précèdent la vallée de Ménah et dans cette vallée ; le 5, nous avons parcouru la partie de la vallée de l’Oued Abdi comprise entre Ménah et Haïdous ; le 6, nous en avons continué l’exploration d’Haïdous à Télet, et nous avons campé sur le plateau situé à la base du Djebel Groumbt-el-Dib ; le 7, nous avons exploré le pic, extrémité orientale et point culminant du Djebel Mahmel, et une partie du Djebel Groumbt-el-Dib ; le 8, nous avons visité la partie supérieure de la vallée de l’Oued Abdi, connue sous le nom de Fedj-Geurza, et nous avons campé à Hdour, au-dessous d’Igerman, au voisinage de l’un des ruisseaux sources de l’Oued El-Abiad ; le 9, nous avons fait le trajet de Hdour à Em-Médinah, et nous avons exploré la vallée où nous avons campé à la base de la pente sud du Djebel Cheliah ; le 10, nous avons fait l’exploration d’une partie du Djebel Cheliah, et nous avons trouvé notre tente dressée dans les pâturages d’Aïn-Turck, sur le versant nord de la montagne ; les 11 et 12 ont été consacrés à l’étude de la végétation du Djebel Cheliah ; le 13, nous avons quitté Aïn-Turck, exploré la vallée de l’Oued Essora, et nous avons campé dans la plaine d’Yabous ; le 14, trajet d’Yabous à Timegad, de là à Lambèse, et de Lambèse à Batna en voiture ; le 15 a été consacré à la rédaction de nos notes ; le 16, nous avons fait une nouvelle course au Djebel Tougour ; le 17, nous sommes partis en voiture de Batna pour nous rendre à Aïn-Yagout et nous avons exploré pendant le trajet la plaine d’Oum-el-Asnam et les environs du Medracen ; le 18, nous nous sommes rendus en voiture d’Aïn-Yagout à Constantine, et pendant ce trajet nous avons de nouveau exploré les bords des chotts Mzouri et Tinsilt ; les 19 et 20, nous avons séjourné à Constantine ; le 21, nous avons pris la diligence de Constantine à Philippeville ; le 22, nous avons fait une dernière herborisation aux environs de Philippeville ; et le 23, nous nous sommes embarqués pour la France.

Nous avons déterminé, par des observations barométriques, l’altitude de tous les points qui nous ont paru présenter quelque importance sous le rapport de la géographie botanique. Malheureusement ces altitudes, par suite d’un accident arrivé à l’un de nos deux baromètres anéroïdes, n’ont pu être calculées que d’après la moyenne des observations que nous avions prises à Philippeville et à Batna, et non pas, comme nous nous l’étions proposé, d’après des observations simultanées ; cependant les variations barométriques n’ayant été que très faibles, aux mêmes localités, pendant la durée de notre voyage, et l’instrument que nous possédions étant bien réglé, on peut considérer les résultats que nous publions comme suffisamment approximatifs au point de vue de la délimitation des zones végétales. — Nous avons admis comme présentant une exactitude absolue les altitudes que nous avons trouvées consignées au Dépôt de la Guerre et sur la Carte de la subdivision de Batna, qu’elles aient été déterminées par des observations géodésiques ou barométriques ; quant aux indications d’altitude tirées de nos propres observations, nous avons eu soin de ne les donner que comme approximatives, en accompagnant du mot environ les nombres qui les expriment.

Dans la narration du voyage, nous ne nous astreindrons pas à exposer les faits dans l’ordre absolu dans lequel nous les avons observés, nous les grouperons souvent afin d’éviter de fastidieuses répétitions, et de donner en moins d’espace une idée plus nette de la végétation et des ressources agricoles et forestières du pays. — Pour rendre facile la comparaison de ce travail avec celui que nous avons publié précédemment sur la province d’Oran[5], nous suivrons le même ordre dans la rédaction. Seulement, pour indiquer avec plus de précision les stations des plantes, nous intercalerons dans le texte, à la suite du paragraphe descriptif de chaque localité, la liste des espèces qui y ont été observées, au lieu de ne donner qu’une liste par région naturelle et de rejeter l’ensemble des listes à la fin du rapport. Cette disposition des listes permettra, en outre, de suivre avec plus de facilité les diverses dégradations de la végétation d’une région à l’autre. Nous nous bornerons à indiquer la géographie botanique générale des espèces dans les listes dressées d’une manière plus complète pour les localités qui doivent être considérées comme des types des diverses régions. La statistique botanique comparée et les conclusions que nous publierons à la fin de ce rapport, sont déduites non pas de ces listes partielles, toutes suffisantes qu’elles sont pour démontrer la vérité des faits que nous avançons, mais de la totalité des plantes observées, en tenant compte toutefois, lorsque cela est possible, des modifications apportées par la culture dans la végétation primitive du pays. — Dans notre travail, nous n’attribuerons pas une moindre importance aux végétaux cultivés qu’à ceux qui croissent spontanément dans le pays. Selon nous, la statistique botanique est un guide infaillible pour la culture, car elle offre l’expression exacte de la résultante des forces naturelles qui déterminent la végétation, et ses données nous paraissent plus complètes et plus sûres que celles fournies par les autres sciences d’observation n’exprimant que quelques-uns des éléments dont l’ensemble seul constitue cette résultante.


EXPLORATION BOTANIQUE :

TRAJET DE PHILIPPEVILLE A BISKRA ;

ENVIRONS DE PHILIPPEVILLE.

La première impression qu’éprouve le voyageur en arrivant par mer à Philippeville ou à Stora, est celle du contraste que présente cette partie du littoral algérien avec les côtes arides de la Provence qu’il vient de quitter. Ici l’œil se repose avec plaisir sur les pentes verdoyantes et boisées qui, en se continuant avec les bois montagneux de la Kabylie, se perdent à l’horizon.

La belle route de Stora à Philippeville, taillée sur les flancs des collines qui bordent la rade, permet d’explorer facilement la partie inférieure des bois dont le Chêne-Liége (Quercus Suber) forme la principale essence. La lisière des bois, les anfractuosités des rochers et les ravins sont parsemés de broussailles, où l’on trouve réunis les Myrtus communis, Calycotome spinosa, Arbutus Unedo, Phillyrea latifolia et media, Rubus fruticosus var. discolor, Genista Numidica. — On ne rencontre que quelques rares et maigres touffes du Chamærops humilis que nous avions vu couvrir les coteaux des environs d’Oran. — C’est seulement aux approches de Philippeville que les bois font place à des vignes, à des jardins et à de nombreux vergers.

Philippeville, à environ 4 kilomètres de Stora, fondée seulement en 1838, sur l’emplacement de l’ancienne Russicada, a pris un rapide développement, et ses environs présentent des cultures florissantes. — Parmi les restes nombreux qui signalent l’importance de l’ancienne ville romaine, il faut mentionner en première ligne les vastes citernes situées sur le penchant de la colline qui domine la ville au nord-ouest. En se rendant à ces citernes par un des sentiers qui sillonnent la colline, on est frappé de la vigueur d’une végétation à type tout européen. Des Cratægus Azarolus, à tronc de près d’un mètre de circonférence, croissent à la base des côtes schisteuses qui dominent les citernes. La colline est occupée en grande partie par des vignes, des jardins, des vergers, où sont plantés et prospèrent la plupart des arbres fruitiers du midi de la France. Les parties incultes sont couvertes de broussailles entre lesquelles croissent les :

  • Lepidium glastifolium Desf.
  • Genista tricuspidata Desf.
  • Lotus drepanocarpus DR.
  • Elæoselinum meoides Koch.
  • Daucus gracilis Steinh.
  • Lonas inodora Gærtn.
  • Cirsium giganteum Spreng.
  • Tolpis altissima Pers.
  • Scorzonera undulata Vahl.
  • Anarrhinum pedatum Desf.
  • Cyclamen Neapolitanum Ten.
  • Festuca cærulescens Desf.

Partout à la base de la colline, sur les bords des chemins et dans les terrains remués, croît en excessive abondance le Galactites mutabilis.

La route de Philippeville à Constantine traverse la riche vallée de la Zéramna ; cette vallée, qui n’était encore, en 1838, qu’un vaste marais, est devenue, par l’endiguement de la rivière et par de nombreux travaux d’assainissement, un des points les plus fertiles de l’Algérie, et il n’est pas douteux qu’elle n’en devienne également un des plus salubres, lorsque les travaux déjà commencés l’auront complétement mise à l’abri des inondations hivernales. Cette large vallée, qui au voisinage de la ville n’est guère qu’une vaste réunion de jardins, de cultures maraîchères et de vignes, présente, dans quelques points encore incultes, de riches pâturages, dont la végétation luxuriante indique l’extrême fertilité du sol. — Dans les jardins se trouvent réunies presque toutes nos cultures du centre de l’Europe. Nous y avons remarqué, entre autres, des Artichauts d’une vigueur peu commune, et qui donnent d’abondants produits. — Les coteaux couverts de broussailles, ou plantés d’Opuntia Ficus-Indica, forment un saisissant contraste avec le reste de la vallée, où la végétation rappelle par son aspect celle de nos latitudes. — Le Nicotiana glauca, dont le tronc s’élève souvent à plusieurs mètres de hauteur, et l’Acacia Julibrissin sont plantés fréquemment dans le voisinage des habitations dont les jardins renferment à la fois la Vigne, le Mûrier, l’Olivier, le Figuier, l’Abricotier, le Poirier et le Cognassier. — Aux bords des chemins et sur les rives de la Zéramna, des bouquets d’Ulmus campestris, de Fraxinus australis à tronc souvent de plus de deux mètres de circonférence, et de magnifiques Populus alba offrent partout de frais ombrages. Le Laurier-Rose (Nerium Oleander) avec le Ricin (Ricinus communis) forment, fréquemment aux bords des ruisseaux d’épais buissons. — Près de la Zéramna, les terrains inondés l’hiver nous ont offert les : Ranunculus macrophyllus et procerus, Trifolium isthmocarpum, Orobus atropurpureus, Œnanthe silaifolia et anomala, Alopecurus bulbosus var. macrostachyus ; dans ces mêmes lieux M. Durieu de Maisonneuve a découvert l’Alternanthera denticulata, le Cyperus pygmæus et le Glinus lotoides.

En suivant le cours de la Zéramna, on arrive au confluent de cette rivière et du Safsaf (Rivière des Peupliers). De vastes pâturages s’étendent depuis les bords de ce dernier cours d’eau jusqu’à la base des coteaux qui limitent au nord la vallée de la Zéramna. Sur la rive droite du Safsaf et vers son embouchure, un bois formé exclusivement de Tamarix Africana, dont les troncs atteignent une hauteur de plusieurs mètres, ombragent des prairies marécageuses parcourues par des troupeaux de bœufs. La seule espèce digne d’être mentionnée que ces prairies nous aient offerte est le Kœleria hispida. En se rapprochant de la mer, on arrive à des dunes de sable mouvant, parsemées d’épais buissons de Juniperus Phœnicea, entre lesquels se rencontrent de larges et hautes touffes de Genista Numidica et de Retama Duriæi. Dans les sables des dunes croissent plusieurs espèces intéressantes : Ononis variegata, Medicago Helix, Arthrolobium durum, Armeria Mauritanica, Muscari maritimum, etc. — La pente sud des coteaux qui bordent la mer, depuis l’embouchure du Safsaf jusqu’à Philippeville, est couverte dans la partie encore inculte d’épaisses broussailles, où dominent les Erica arborea, Pistacia Lentiscus, Cistus Monspeliensis et salviæfolius, Myrtus communis, Calycotome spinosa, Lavandula Stœchas, Phillyrea latifolia, Daphne Gnidium ; l’Asphodelus ramosus y occupe également de larges espaces ; l’Ornithogalum Arabicum s’y rencontre avec l’Iris juncea. A la base de ces coteaux, dans les lieux frais et herbeux, croissent en grande abondance le Senecio delphinifolius et le Stachys marrubiifolia.

Liste des plantes les plus intéressantes recueillies aux environs de Philippeville[6].

Une vaste pépinière, à un kilomètre environ au sud de la ville, a puissamment contribué par ses cultures, ses nombreuses distributions de graines et de jeunes arbres, aux progrès rapides de l’agriculture du pays. Une belle avenue de Platanes conduit au centre du jardin ; la plupart de ces arbres, plantés seulement en 1847 et 1848, sont déjà parvenus à une grande élévation, et leur tronc mesure généralement près de 80 centimètres de circonférence. — Parmi les plantations de ce riche établissement, on remarque des semis de Mûriers et des carrés de la plupart de nos espèces d’arbres fruitiers ; seul le Pêcher dépérit après peu d’années ; le Cerisier présente une vigoureuse végétation, et porte de très beaux fruits ; le Prunus Mirobolana donne des produits abondants ; l’Eriobotrya Japonica (Néflier-du-Japon) amène ses fruits à parfaite maturité ; le Cyprès et le Thuya, plantés en ligne, forment de magnifiques abris qui garantissent le Bananier des vents qu’il redoute et permettent à ses régimes d’atteindre leur complet développement. — En omettant de parler ici des arbres spontanés et très répandus dans le pays, tels que l’Orme, le Fraxinus australis, le Peuplier blanc, etc., qui constituent plusieurs carrés importants de la pépinière, nous devons mentionner, pour leur belle végétation, le Frêne commun, le Vernis-du-Japon, le Micocoulier, le Sycomore, le Saule blanc, le Gleditschia triacanthos et les Pins d’Alep, sylvestre et maritime ; et parmi les arbres d’agrément, le Sophora Japonica, le Catalpa, le Sterculia, doivent être particulièrement signalés ; ce dernier arbre a été récemment planté en quinconce vers la porte de la ville. — La pépinière ne présente qu’un trop petit nombre de Chênes et de Châtaigniers, pour qu’il soit possible d’en tirer quelques conclusions au point de vue des chances d’acclimatation de ces deux arbres. Le Tilleul jusqu’ici a été cultivé sans succès. — Il ne faut pas oublier le Nopal (Opuntia coccinellifera), dont la culture donne de légitimes espérances.

Pour compléter le tableau des principales cultures qui, avec les céréales, le Maïs, le Millet, et les plantes potagères de toutes sortes font la richesse du pays, nous devons signaler la Pomme-de-terre qui, dans des circonstances favorables, donne des produits abondants. L’acclimatation du Cotonnier est un fait acquis, au moins au point de vue scientifique. Nous avons vu des Maltais en semer les graines à la volée dans des champs imparfaitement préparés, et ils ne doutaient pas néanmoins du succès de la récolte ; car ce mode de culture, malgré son imperfection, donne souvent de bons résultats, à la condition seulement d’éclaircir le plant peu de temps après la levée du semis. — L’Arachide est souvent cultivée en grand pour l’importance de ses produits oléagineux.

Les cultures des villages européens, Vallée, Saint-Antoine, Damrémont et Saint-Charles, qui forment la banlieue de Philippeville, ne diffèrent pas sensiblement de celles des environs immédiats de la ville ; on y retrouve, en effet, de nombreuses plantations d’Olivier, de Mûrier, de Vigne, etc., et le Seigle, l’Orge, l’Avoine et le Tabac, y sont cultivés par les colons ; des prairies artificielles donnent d’abondants produits.

Pour ne rien omettre des ressources du pays, nous empruntons aux Annales de la colonisation algérienne l’indication des grands espaces boisés du territoire de Philippeville qui peuvent être le plus utilement exploités ; tels sont : à 2 kilomètres sud-ouest de la ville, les bois du Safsaf, d’une étendue d’environ 500 hectares, et dont les essences principales sont le Frêne (Fraxinus australis), l’Orme, le Chêne-vert et le Chêne-Liége ; à 5 kilomètres sud-ouest, les forêts, qui couvrent les montagnes limitant la vallée de la Zéramna, présentent un développement de près de 3000 hectares, et sont composées presque exclusivement de Chênes-Liége ; le bois de Stora, qui, comme nous l’avons dit, se continue avec les immenses forêts de la Kabylie, compte plus de 500 hectares de Chênes-Liége et d’Oliviers, qui, par la greffe, deviendraient pour les habitants une source précieuse de richesses ; la forêt d’Eghmen, à 10 kilomètres de la ville, est composée des mêmes essences, et occupe une étendue de plus de 200 hectares.

TRAJET DE PHILIPPEVILLE A CONSTANTINE.

La rapidité du trajet de Philippeville à Constantine ne nous a permis de noter que les faits les plus saillants présentés par la végétation spontanée et les cultures des points peu éloignés de la route. Sur les bords du chemin, à peu de distance de Philippeville, nous remarquons le Carduus Numidicus qui y croît en abondance. — C’est avec regret que nous avons dû renoncer à explorer les bois des environs de Saint-Antoine, composés surtout de Pistacia Lentiscus, Arbutus Unedo, Phillyrea latifolia, Cratægus Azarolus, Calycotome spinosa, Erica arborea, Myrtus communis, qui forment d’élégants massifs, entre lesquels nous avons aperçu les Centaurea Tagana et napifolia, Elæoselinum meoides, Lonas inodora, Pulicaria odora, Carduncellus multifidus. — Saint-Antoine, village à 7 kilomètres de Philippeville, bâti sur les coteaux de la vallée de la Zéramna, malgré toutes ses ressources agricoles et l’étendue de ses pâturages, ne présente cependant qu’une médiocre importance ; la salubrité du pays laisse encore à désirer, mais les travaux de défrichement, qui seront bientôt réalisés sur une plus grande échelle, assureront à cette localité de meilleures conditions de prospérité. — Gastonville, à 15 kilomètres de Saint-Antoine, est déjà un centre plus considérable de colonisation ; l’abondance des eaux, un bois d’Oliviers sauvages, la culture du Colon et du Tabac, promettent un riche avenir à cette belle localité. — Les environs d’El-Arrouch, dans la vallée de l’Oued Ensa, à 31 kilomètres de Philippeville, présentent de riches pâturages, de vastes terrains propres à la culture des céréales et des bois d’Oliviers dont les produits abondants sont déjà l’objet d’un commerce important. — La route, depuis El-Arrouch jusqu’à El-Kantour, est taillée sur la croupe d’une montagne élevée, dont les pentes, couvertes de riches pâturages, offrent en grande abondance l’Ononis rosea, le Salvia bicolor, l’Ampelodesmos tenax (Dis des Arabes), le Scilla maritima, le Cynara Cardunculus et l’Asphodelus ramosus dont l’industrie tire actuellement de l’alcool par la distillation des tubercules de la racine. — A El-Kantour, les quelques hectares de terrains déjà défrichés révèlent la fertilité du sol par la richesse de leurs produits. Le Carduus Numidicus croît en grande abondance dans les pâturages et les cultures de cette localité. — Jusqu’à Smendou, les cultures européennes tiennent bien moins de place que celles des Arabes au milieu des nombreux pâturages qui constituent déjà pour le pays une véritable richesse ; dans ces pâturages, nous voyons le Convolvulus tricolor et le Thymus Numidicus ; plus loin, sur les bords de la route, se retrouve le Carduus Numidicus avec le Notobasis Syriaca et un Centaurea à fleurs jaunes (probablement le C. Sicula). — Les jardins du Hammah, qui doivent leur nom à une source d’eau chaude et minérale qui les arrose, s’annoncent de loin par les magnifiques Dattiers qui n’en sont pas le moins bel ornement. Les Figuiers, la Vigne, d’antiques Pruniers (Reine-Claude) renommés pour l’excellence de leurs fruits, s’y mêlent aux Orangers, aux Grenadiers et aux Oliviers et composent des bosquets délicieux, qui, par leur végétation luxuriante, peuvent être mis en parallèle avec ceux de quelques vallées inférieures des montagnes de l’Aurès ; des Peupliers blancs et des Ormes se rencontrent également dans ces bosquets ; grâce à des travaux récents d’assainissement, les jardins du Hammah ont repris leur ancienne splendeur, — La beauté et l’étendue des cultures annoncent un peu plus loin les approches de la capitale de la province ; une suite presque non interrompue de plantations, où de magnifiques Oliviers, des Cerisiers, des Abricotiers et des Figuiers forment avec l’Orme, le Micocoulier, le Cyprès et le Pistacia Atlantica, d’épais ombrages, indique l’extrême richesse du sol. Le Dipsacus sylvestris croît partout aux bords de la route, et démontre par sa présence que l’espèce voisine, le Dipsacus fullonum (Chardon-à-foulon), pourrait y être cultivée avec succès, et fournir un nouvel élément à l’industrie européenne. — Par le pont d’Aumale construit sur le Rummel, dont les bords offrent de nombreux pieds arborescents de Ricin (Ricinus communis), on arrive au pied de la pente rapide qui contourne le rocher de Constantine. De là, on découvre toute la vallée du Rummel inférieur, dont les plantations et les cultures ne le cèdent en rien a celles du Hammah. Plus loin, au-dessous de l’admirable cascade à plusieurs étages que forme la chute du Rummel à l’extrémité du ravin de Constantine, d’anciens jardins arabes se révèlent par la présence d’Amandiers, de Figuiers, de Mûriers séculaires, avec lesquels le Caroubier (Ceratonia Siliqua) et les nombreux Lauriers-Rose qui croissent aux bords des eaux, constituent d’épais massifs de verdure. Jadis quelques moulins arabes, dont les murs humides offraient au botaniste une des Mousses les plus rares de l’Algérie, l’Entosthodon Duriæi Mont., utilisaient seuls une bien faible partie de l’immense force motrice, que l’abondance et la rapidité des eaux du Rummel ont mise à la disposition de l’homme dans ce lieu privilégié ; mais maintenant l’activité européenne a remplacé ces masures par un moulin, où toutes les règles de la science rigoureusement appliquées permettent d’obtenir avec le Blé dur une farine de qualité au moins égale à celle de nos Blés d’Europe les plus estimés. Le lit du Rummel est encaissé, au-dessus de la cascade, entre des rochers abruptes, élevés de plus de 100 mètres, et couverts d’Opuntia ; l’aspect sévère de ces rochers forme un saisissant contraste avec la fertilité de la vallée, et fait de ce site l’un des plus imposants de l’Algérie.

ENVIRONS DE CONSTANTINE.

Constantine, l’ancienne Cirta, à 83 kilomètres de Philippeville, à 656 mètres d’altitude, couronne l’immense massif de rochers calcaires que le Rummel (Ampsaga) contourne de son cours impétueux. — La profondeur du ravin du Rummel et les pentes abruptes des rochers qui l’encaissent ne permettent l’accès de la ville que par le pont romain d’El-Kantara, et par l’immense talus qui, au sud-ouest, se relie avec la montagne de Koudiat-Ali, prolongement de la chaîne du Chettabah. — L’importance de Constantine et l’aspect remarquable de cette ville sont trop généralement connus pour qu’il nous soit permis d’en parler ici. Par la variété de ses sites, la fertilité de son sol et l’abondance de ses eaux, le territoire de Constantine ouvre un vaste champ à la colonisation agricole. Nous avons déjà essayé de donner une idée de la richesse des jardins et des plantations de la vallée du Rummel inférieur, la vallée arrosée par le Rummel supérieur et son affluent le Bou-Merzoug (Père de la fécondité)[7], bien que la végétation y présente un caractère plus européen, n’offre pas au colon de moindres éléments de richesse pour les cultures industrielles et la production des céréales. Sur les pentes et les plateaux partiellement cultivés par les indigènes croissent en abondance l’Orge et le Blé, alors même que ces cultures ne peuvent être fertilisées par l’irrigation. — L’Opuntia Ficus-Indica, si abondant sur tous les rochers du ravin du Rummel, couvre également de larges espaces de la pente argileuse et rapide qui descend vers la vallée du haut Rummel. Des plantations récentes de Saules-pleureurs, de Peupliers (Populus pyramidalis et alba), d’Acacias, d’Azédarachs, d’Ormes, de Frênes, et des jardins où se trouvent réunis le Mûrier, l’Abricotier, l’Amandier et le Cerisier, longent la route qui conduit à la pépinière. — Ce bel établissement, qui a si puissamment contribué au boisement partiel de cette portion du pays, autrefois dépourvue d’arbres[8], est situé sur un des points les plus pittoresques de la vallée ; il est garanti, excepté à l’ouest, des vents, qui se font souvent sentir avec intensité dans cette région déjà élevée. — Parmi les arbres fruitiers qui réussissent parfaitement dans ce jardin, nous devons citer le Noyer, l’Amandier, l’Abricotier, le Cognassier, plusieurs variétés de Cerisier, de Poirier et de Pommier. Les froids assez intenses de l’hiver, car le thermomètre descend assez souvent jusqu’à - 5°, ne permettent pas de cultiver en grand l’Oranger, le Bigaradier et le Néflier-du-Japon, que nous avons vu présenter une si belle végétation dans les jardins de la vallée du Rummel inférieur. L’Olivier lui-même réclame beaucoup de soins pendant les premières années, mais il finit par croître avec vigueur. Le Pêcher ne réussit pas mieux qu’à Philippeville, et habituellement ne tarde pas à être attaqué par les pucerons. — L’une des principales richesses du jardin consiste dans les nombreux plants d’arbres forestiers, qui sont appelés à jouer un rôle important dans les cultures du pays. Nous devons mentionner pour leur beau développement le Frêne, l’Acacia, le Saule-pleureur, le Vernis-du-Japon, le Peuplier blanc, le Pin d’Alep, le Cyprès et le Thuia orientalis. Le Sycomore et l’Érable plane ne réussissent que dans les terrains sablonneux. Le Bouleau et le Platane demandent pour leur plantation des conditions particulières. L’Orme commun, les Peupliers suisse et d’Italie, après avoir présenté d’abord une belle végétation, ne tardent pas à être attaqués par des larves qui altèrent leur bois profondément ; l’Orme-d’Amérique est moins exposé à cette cause de dépérissement. Nos Chênes du nord ne croissent qu’avec une extrême difficulté, et de cinq mille Châtaigniers qui avaient été plantés, à peine en reste-t-il trois ou quatre à la pépinière. Le Mûrier pousse avec vigueur, et sa culture est appelée à prendre un grand développement. — Les essais tentés pour l’acclimatation des cotons Georgie-longue-soie et Louisiane ont donné dans ces deux dernières années des résultats assez satisfaisants. — Le Tabac ne demande, pour fournir d’abondants produits, qu’à être garanti contre l’influence des vents ; les abris sont facilement obtenus par des lignes de Cyprès, de Thuia, et même de Saule-pleureur ou d’Osier dans les endroits frais ; les Arundo Mauritanica et Donax ne sont pas moins avantageux pour former de puissants brise-vents, et contribuer à l’assainissement des terrains trop humides. — Le Nopal (Opuntia coccinellifera), malgré le froid de l’hiver, semble pouvoir être acclimaté utilement. — Le Pavot somnifère, cultivé en grand, outre les produits oléagineux, pourrait fournir l’Opium, si le mode d’extraction de cette substance était mieux connu. — La maladie de la Vigne et celle de la Pomme-de-terre ont sévi en 1850, mais ne semblent pas devoir donner de sérieuses inquiétudes. — Les jardins de la pépinière présentent, entre autres arbres d’agrément, le Melia Azedarach, déjà planté en abondance sur toutes les promenades des environs de la ville, le Broussonetia papyrifera, le Gleditschia triacanthos, l’Elæagnus angustifolia, le Robinia viscosa et l’Acacia Julibrissin ; ce dernier arbre, par une ramification prématurée, est privé ici du développement qu’il peut atteindre dans des conditions plus favorables. — Le Spartium junceum (Genêt-d’Espagne), en raison de sa rapide croissance et de la vigueur de sa végétation, peut facilement être utilisé pour former des clôtures de jardins et de vergers. — La magnifique haie d’Agave qui entoure la pépinière montre le parti que l’on peut tirer de cette plante pour en former des clôtures impénétrables, et retenir les terres sur les pentes rapides.

La principale herborisation que nous ayons faite aux environs de Constantine a été l’exploration de la montagne de Sidi-Mecid. Aux environs du pont d’El-Kantara se rencontrent surtout des espèces rudérales. Un peu plus haut, dans les rochers, M. Durieu de Maisonneuve a découvert l’Euphorbia calcarea, et recueilli le Daucus gracilis dans les terrains en friche. Les moissons qui couvrent la partie inférieure de la montagne nous ont offert un grand nombre d’espèces, dont nous donnons plus loin la liste. Au-dessus des cultures et dans les ravins schisteux se rencontrent le Convolvulus Sabatius, l’Hedysarum pallidum et l’Astragalus geniculatus ; les pâturages des parties incultes de la montagne, ou de celles qui n’ont pas été cultivées depuis plusieurs années, présentent un très grand nombre d’espèces dont nous donnons également la liste. Sur l’étroit plateau qui termine la montagne (790 mètres d’altitude) croît en assez grande abondance le Reseda Duriæana, que nous retrouverons fréquemment dans la région des hauts-plateaux, et nous y rencontrons quelques pieds du Rhamnus lycioides. La pente nord, presque partout taillée à pic, est composée d’immenses blocs de rochers, dans les fissures desquels croissent les Prunus prostrata, Brassica Gravinæ, Stachys circinnata, Erodium hymenodes, Athamanta Sicula, Silene velutina. — Près de la chute du Rummel, à la base de la montagne de Sidi-Mecid, des incrustations calcaires ont été déposées par des sources minérales chaudes ; cette partie des rochers présente de nombreuses touffes d’une nouvelle espèce du genre Fumaria (F. Numidica), bien distincte par la petitesse de ses fleurs du F. corymbosa, qui se plaît dans des localités analogues de la province d’Oran ; cette espèce, ainsi que l’Erodium hymenodes, se retrouve à l’entrée du ravin du Rummel avec le Brassica Gravinæ et le Prunus prostrata. — Les hauteurs du Mansourah, qui font face à la montagne de Sidi-Mecid, et que nous n’avons pu explorer que d’une manière imparfaite, ne nous ont guère offert que l’Onobrychis alba et le Reseda Duriæana. Dans les endroits frais de cette même montagne, M. Durieu de Maisonneuve a découvert le Juncus valvatus var. caricinus et le Juncus striatus var. macrocephalus ; ces deux plantes croissaient pêle-mêle dans cette station, comme nous les avons retrouvées depuis au pied des montagnes du Djurdjura ; dans les rochers se rencontrent le Campanula Numidica et le Linaria flexuosa.

Liste des plantes rudérales observées au voisinage de Constantine[9].
  • Sinapis geniculata Desf.
  • Diplotaxis erucoides DC.
  • Senebiera Coronopus L.
  • Reseda alba L.
  • Malva sylvestris L.
  • Erodium moschatum L’Hérit.
  • Lathyrus Clymenum L.
  • Ecbalium Elaterium Rich.
  • Eryngium triquetrum Vahl.
  • Ridolfia segetum Moris.
  • Ammi majus L.
  • Scabiosa maritima L.
  • Calendula parviflora Rafin.
  • Galactites tomentosa Mœneh.
  • Centaurea Calcitrapa L.
  • — pullata L.
  • Silybum Marianum Gærtn.
  • Cynara Cardunculus L.
  • Carduus pycnocephalus L.
  • Anacyclus tomentosus DC.
  • Cichorium Intybus L.
  • Scolymus Hispanicus L.
  • Sonchus tenerrimus L.
  • Echium calycinum Viv.
  • — plantagineum L.
  • — Italicum L.
  • Nonnea nigricans DC.
  • Alkanna tinctoria Tausch.
  • Anchusa Italica L.
  • Borrago officinalis L.
  • Lithospermum arvense L.
  • Lycium Barbarum L.
  • Solanum villosum Lmk.
  • Hyoscyamus albus L.
  • Marrubium vulgare L.
  • Plumbago Europæa L.
  • Chenopodium murale L.
  • — opulifolium Schrad.
  • Polygonum aviculare L.
  • Euphorbia Peplus L.
  • — helioscopia L.
  • Urtica membranacea Poir.
  • — pilulifera L.
  • Thelygonum Cynocrambe L.
  • Chenopodium Vulvaria L.
  • Asphodelus ramosus L.
  • Poa annua L.
  • Lolium perenne L. var.
Liste des plantes observées dans les moissons du versant occidental de la montagne de Sidi-Mecid.
Liste des plantes observées dans les pâturages du versant occidental de la montagne de Sidi-Mecid.
Liste des plantes observées au sommet de la montagne de Sidi-Mecid[10].
  • Brassica Gravinæ Ten.
  • *Reseda Duriæana J. Gay.
  • *Erodium hymenodes L’Hérit.
  • Rhamnus lycioides L.
  • Anagyris fœtida L.
  • Prunus prostrata Labill.
  • Athamanta Sicula L.
  • Ferula communis L.
  • Centranthus ruber DC.
  • Jasminum fruticans L.
  • Osyris alba L.
  • Parietaria diffusa Mert. et Koch.
  • Ceterach officinarum C. Bauh.
Liste des plantes observées aux environs de Constantine, non mentionnées dans les listes précédentes.
  • Ranunculus gramineus L. var. luzulæfolius Boiss. — Chettabah (DR.).
  • — millefoliatus Vahl. — Chettabah (DR.).
  • *Fumaria Numidica Coss. et DR. — Ravin du Rummel.
  • Silene velutina Poir. — Rochers de Sidi-Mecid.
  • *Cerastium Atlanticum DR. — Alluvions du Rummel.
  • *Geranium Atlanticum Boiss.
  • *Erodium hymenodes L’Hérit — Rochers de Sidi-Mecid ; ravin du Rummel.
  • Medicago sativa L. — Pâturages élevés.
  • Onobrychis alba Desv. — Mansourah.
  • Vicia calcarata Desf.
  • Polycarpon Bivonæ J. Gay. — Atterrissements du Rummel.
  • Carum incrassatum Boiss.
  • Asperula hirsuta Desf.
  • *Valerianella stephanodon Coss. et DR. — Alluvions du Rummel (DR.).
  • *Othonna cheirifolia L. — Très abondant au-dessus de la ville.
  • *Carduus pteracanthus DR.
  • — macrocephalus Desf. — Mansourah.
  • Bellis annua L.
  • Inula viscosa Ait. — Bords du Rummel.
  • Pulicaria Arabica Cass. — Alluvions du Rummel.
  • Anacyclus Pyrethrum Cass.
  • *Campanula Numidica DR. — Rochers du Mansourah.
  • Nerium Oleander L.
  • *Linaria flexuosa Desf. — Rochers du Mansourah.
  • Phelipæa Schultzii Walp. — Atterrissements du Rummel.
  • *Thymus Numidicus Desf. — Abondant dans les pâturages au-dessus de la ville.
  • Salvia bicolor Desf. — Pâturages au-dessus de la ville.
  • Stachys circinnata L’Hérit. — Lieux frais des rochers.
  • *Oreobliton chenopodioides Coss. et DR. — Ravin du Rummel (de Marsilly).
  • Rumex conglomeratus Murr.
  • *Euphorbia hieroglyphica DR. — Mansourah ; vallée du Bou-Merzoug (DR.).
  • Sternbergia lutea Ker. — (de Marsilly).
  • Asphodeline lutea Rchb. — Sommet du Chettabah (DR.).
  • Biarum Bovei Blume.
  • Typha latifolia L.
  • Juncus striatus Schousb. var. macrocephalus. — Mansourah (DR.).
  • — valvatus Link. *var. caricinus. — Mansourah (DR.).
  • Cyperus badius Desf.
  • Alopecurus pratensis L. var. ventricosus. — Alluvions du Rummel.
  • Phalaris truncata Guss. — Bords du Rummel.
  • Oplismenus Crus-Galli Kunth. var. colonus.
  • Setaria glauca P. B.
  • Tragus racemosus Hall. — (Bové).
  • Stipa barbata Desf.
  • — gigantea Lagasc.
  • Agrostis alba L. var. Fontanesii.
  • — verticillata Vill.
  • Gastridium muticum Guenth.
  • Aira minuta Lœfl.
  • Sclerochloa dura P. B.
  • Wangenheimia Lima Trin.
  • Festuca cynosuroides Desf.
  • — Sicula Presl. — Mansourah (DR.).
  • Elymus crinitus Schreb.

TRAJET DE CONSTANTINE A BATNA.

En quittant Constantine, nous suivons pendant quelque temps la route, bordée d’arbres, qui nous conduit vers le confluent du Bou-Merzoug et du Rummel ; les talus des bords de la route nous présentent le Thymus Numidicus et l’Othonna cheirifolia. — Une pente rapide, où nous observons l’Onobrychis argentea, nous amène au plateau élevé sur lequel est bâti le caravansérail d’Aïn-Bey, près de sources dont les eaux pures et abondantes seront plus tard une précieuse ressource pour la culture ; sur les bords d’un ruisseau, nous recueillons l’Alopecurus pratensis var. ventricosus, le Catabrosa aquatica et le Ranunculus cœnosus. Ce point déjà élevé (environ 760 mètres) nous offre un grand nombre d’espèces qui se retrouvent dans toute la région des hauts-plateaux.

Liste des plantes observées dans les pâturages d’Aïn-Bey.