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Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans la région saharienne, au nord des grands chotts et dans les îles de la côte orientale de la Tunisie cover

Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans la région saharienne, au nord des grands chotts et dans les îles de la côte orientale de la Tunisie

Chapter 5: IV
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About This Book

The report records a botanical and zoological survey of southern Tunisia and adjacent eastern coastal islands, describing routes, field methods, and logistical arrangements. It combines inventories of plant and insect species and habitat notes with observations on meteorology, geology, hydrology, and archaeological sites. The narrative details sampling locations, collection and identification procedures, cooperation with local officials and military authorities, and contains annotated species lists and locality records. Practical remarks on climate, terrain, and transport accompany taxonomic determinations and recommendations for further study.

Assise sur une nappe d’eau importante, véritable fleuve souterrain qui s’échappe avec abondance par de nombreux orifices, les uns naturels, les autres pratiqués de main d’homme, l’oasis est irriguée dans tous les sens par une foule de rigoles (saguias) qui transforment son sol argilo-sableux en de magnifiques jardins où croissent avec vigueur, à l’ombre de grands Dattiers, presque tous les arbres fruitiers et les légumes d’Europe. Le Figuier, la Vigne, le Pommier, le Poirier, l’Amandier, le Cognassier, le Pêcher et surtout l’Abricotier y acquièrent parfois des dimensions inconnues dans nos cultures. Les Grenadiers aux fleurs rouges, les Lauriers-Rose, les Orangers et les Citronniers se mêlent au feuillage sombre des vieux Oliviers qui dans certaines parties occupent presque entièrement un terrain soigneusement fertilisé à l’aide des immondices de la ville. Cependant l’étendue de la surface cultivée m’ayant paru sensiblement moindre qu’en 1874, surtout du côté des rives de l’Oued Baïech, le colonel nous donne l’explication de ce fait en nous montrant l’envahissement de l’oasis par les sables mouvants, envahissement que le général Philebert a tenté d’enrayer par la construction d’une grande digue intelligemment orientée.

De retour en ville, nous visitons la piscine du Dar-el-Bey, édifice de construction en partie romaine, transformé actuellement en hôpital militaire. Nous profitons de la permission qui nous en a été donnée pour nous plonger dans les eaux tièdes (31° cent.) et transparentes de la belle source si intelligemment utilisée par les vainqueurs de Jugurtha. Le nombre des poissons (Chromis Desfontainei) qui nagent autour de nous me paraît être beaucoup plus grand qu’en 1874, mais les Couleuvres (Tropidonotus viperinus), qui peuplaient la piscine à cette date ont disparu. Nous visitons également d’autres thermes voûtés, ainsi que d’importants restes de monuments enclos dans les habitations délabrées et malpropres des indigènes ; je retrouve encore, dans le mur de la seconde piscine, la fameuse pierre portant l’inscription de Capsa. La ville foisonne du reste, de débris d’inscriptions et de monuments curieux, que nous examinons avec intérêt, mais qu’il serait superflu de décrire après les importants travaux épigraphiques de notre savant devancier Guérin, lequel a consacré à Gafsa un chapitre très détaillé de son voyage publié sous les auspices du duc de Luynes.

La nuit suivante, un violent ouragan de l’ouest menace d’enlever nos tentes et couvre tous nos ustensiles, nos bagages et nous-mêmes d’une épaisse couche de fine poussière dont il est impossible de se garantir.

La journée du 6 mai se signale par une chaleur suffocante qui cause à tous un malaise général et m’occasionne une violente indisposition ; dans ce climat extrême et dans un milieu sérieusement atteint par la fièvre typhoïde, le repos est commandé par la simple prudence ; vers le soir cependant, je me hasarde à faire une visite au cercle des officiers où nous pouvons examiner à notre aise plusieurs animaux indigènes vivants, des Aigles, des Gazelles, et notamment un Cerf provenant des environs de Tebessa ; ce curieux ruminant se rapproche beaucoup de la variété Elaphus Corsicanus qui vit dans les grands maquis de la côte orientale de Corse. Quelques Poiriers cultivés excitent aussi notre étonnement par leur développement ; certains atteignent, à un mètre du sol, 2m,45 de circonférence.

Le 7 mai nous complétons notre visite de la veille par celle que nous faisons à l’installation fort bien comprise de la station météorologique de l’hôpital militaire ; nous en profitons pour vérifier les instruments (baromètre Fortin, psychromètre, thermomètres minima et maxima, sous abri) dont nous constatons l’exactitude aussi satisfaisante que la régularité des observations. Ce n’est pas avec moins de satisfaction que nous voyons la plupart des officiers attachés à l’hôpital et à la pharmacie ne négliger aucune occasion de recueillir les sujets curieux qu’ils rencontrent, ainsi que nous le prouve une série de reptiles qui ne laisse pas que de nous intéresser vivement.

Vers une heure de l’après-midi, un orage éclate accompagné d’un violent coup de vent d’ouest, et, chose rare en ce pays et à cette époque de l’année, une pluie bienfaisante tombe pendant toute la soirée et une partie de la nuit. De suffocante qu’elle était le matin, la température devient froide ; nous sommes forcés d’endosser nos paletots d’hiver et, pendant la nuit, sous l’influence d’un vent violent et glacé qui accompagne la pluie, nous avons peine à nous réchauffer sous notre tente.

OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES FAITES ENTRE SFAX ET GAFSA,
du 17 avril au 4 mai 1884.


Bir Khlifa, près du puits, 17 avril, 6h 30 soir.
Baromètre holostérique no 2 746mm,0
Baromètre Fortin 745mm,4
Thermomètre du baromètre + 16°,5
Thermomètre frondé + 17°,5
Vent. — Est modéré (3).
État du ciel. — Couvert (7).
Bir Khlifa, près du puits, 18 avril, 7 heures matin.
Baromètre holostérique no 2, réglé 750mm,4
Baromètre Fortin 750mm,4
Thermomètre du baromètre + 16°,5
Thermomètre frondé + 15°,5
Thermomètre minima de la nuit + 10°,5
Température du puits de 9 mètres de profondeur + 17°,5
Vent. — Nord frais (3).
État du ciel. — Beau nuageux (5). — Fracto-cumulus.
Oued Bateha, 18 avril, 6h 30 soir.
Baromètre holostérique no 2 748mm,5
Baromètre Fortin 749mm,0
Thermomètre du baromètre + 18°,5
Thermomètre frondé + 19°,0
Thermomètre maxima de la journée + 29°,0
Vent. — Sud-ouest modéré (4).
État du ciel. — Très beau (9), quelques cumulus à l’horizon Nord.
Oued Bateha, 19 avril, 6 heures matin.
Thermomètre minima de la nuit + 5°,3
Thermomètre frondé à 6h matin + 6°,5
État du ciel. — Beau nuageux (4).
Oued Bateha, 19 avril, 8 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 753mm,3
Baromètre Fortin 753mm,9
Thermomètre du baromètre + 22°,0
Thermomètre frondé + 19°,8
Vent. — Est modéré (3).
État du ciel. — Beau (2), quelques str.-cum.
Bir Arrach, 20 avril, 8 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 748mm,9
Baromètre Fortin 748mm,9
Thermomètre du baromètre + 20°,0
Thermomètre frondé + 18°,0
Minima de la nuit + 11°,3
Vent. — Nord faible (2).
État du ciel. — Très beau (1), brumeux à l’horizon Sud.
Température de l’eau du puits à 29m de profondeur + 21°,0
Bir Ali-ben-Halifa, 20 avril, 1 heure soir.
Baromètre Fortin 748mm,6
Thermomètre du baromètre + 23°,7
Thermomètre frondé + 24°,0
Vent. — Sud faible (2).
État du ciel. — Beau (2), quelques fracto-cumulus et stratus au Nord.
Température de l’eau du puits à 55m de profondeur + 22°,0
El-Aïa, 21 avril, 8 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 751mm,5
Baromètre Fortin 751mm,7
Thermomètre du baromètre + 21°,0
Thermomètre frondé + 19°,5
Minima de la nuit + 5°,3
Vent. — Sud-sud-est modéré (3).
État du ciel. — Nuageux (6), cumulus. Forte rosée.
Oued Leben, rive gauche, en face du camp retranché, 22 avril, 8 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 742mm,0
Baromètre Fortin 740mm,6
Thermomètre du baromètre + 19°,0
Thermomètre frondé + 18°,5
Minima de la nuit + 9°,4
Vent. — Nul.
État du ciel. — Couvert (9), velum.
De 1h à 5h du soir violent coup de siroco.
Oued Leben, 23 avril, 8 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 743mm,1
Baromètre Fortin 742mm,4
Thermomètre du baromètre + 21°,0
Thermomètre frondé + 19°,3
Minima de la nuit + 10°,3
Vent. — Nul.
État du ciel. — Beau (1) brumeux.
Ksar El-Ahmar, 24 avril, 8 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 738mm,2
Baromètre Fortin 737mm,1
Thermomètre du baromètre + 23°,5
Thermomètre frondé + 19°,0
Minima de la nuit + 10°,3
Vent. — Est-sud-est faible (2).
État du ciel. — Beau (2), stratus à l’Est.
Oued Eddedj, 25 avril, 8h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 740mm,0
Baromètre Fortin 738mm,0
Thermomètre du baromètre + 23°,0
Thermomètre frondé + 18°,0
Vent. — Nord-est faible (2).
État du ciel. — Très beau (2), quelques stratus.
 
Il avait fait un violent coup de vent dans la nuit, de 11 heures du soir à 6 heures du matin. — Quelques gouttes de pluie à 6 heures du matin.
Bou-Hedma, 26 avril, midi.
Baromètre holostérique no 2 744mm,0
Baromètre Fortin 746mm,4
Thermomètre du baromètre + 26°,0
Thermomètre frondé + 23°,2
Minima de la nuit + 14°,3
Maxima de la journée + 26°,4
Vent. — Est modéré (3).
État du ciel. — Beau (2), quelques strato-cirrus.
Bou-Hedma, 27 avril, 8 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 744mm,2
Baromètre Fortin 744mm,5
Thermomètre du baromètre + 15°,6
Thermomètre frondé + 13°,0
Minima de la nuit + 12°,0
Maxima de la journée + 13°,0
Vent. — Nord-nord-est fort (5).
État du ciel. — Couvert (10), nimbus. — Grande pluie.
 
Pendant la nuit il avait fait un violent ouragan accompagné de forte pluie. La pluie ne cesse pas de la journée et devient presque torrentielle jusqu’à 1 heure du matin, avec un vent impétueux à partir de 3 heures du soir.
Bou-Hedma, 28 avril, 8h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 749mm,2
Baromètre Fortin 749mm,4
Thermomètre du baromètre + 18°,5
Thermomètre frondé + 17°,5
Minima observé à 6 heures du matin + 11°,0
Vent. — Sud-sud-ouest modéré (3), soufflant par rafales.
État du ciel. — Nuageux (4), fracto-cumulus.
Campement dans la plaine du Tahla, 29 avril, 8 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 752mm,4
Baromètre Fortin 752mm,9
Thermomètre du baromètre + 21°,0
Thermomètre frondé + 16°,4
Minima de la nuit + 4°,6
Vent. — Nul.
État du ciel. — Beau (3), stratus au Sud et à l’horizon Nord.
El-Aïeïcha, tente-baraque du poste, 29 avril, 5 heures soir.
Baromètre holostérique no 2 708mm,0
Baromètre Fortin 710mm,3
Thermomètre du baromètre + 20°,0
Baromètre Fortin du poste (Salleron no 756) 703mm,5
Thermomètre + 17°,5
Thermomètre frondé + 17°,5
Le baromètre du poste a dû perdre du mercure dans le transport.
El-Aïeïcha, 30 avril, 9h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 710mm,0
Baromètre Fortin 710mm,3
Baromètre Fortin du poste 702mm,4
Thermomètre + 15°,7
Thermomètre du baromètre + 15°,8
Thermomètre frondé + 14°,2
Minima de la nuit + 9°,5
Vent. — Nul.
État du ciel. — Nuageux (4), fracto-cumulus.
Ksar Ceket, 1er mai, 8 heures matin.
Baromètre holostérique 718mm,2
Baromètre Fortin 718mm,5
Thermomètre du baromètre + 13°,8
Thermomètre frondé + 12°,2
Thermomètre frondé à 5h 30 matin + 8°,5
Vent. — Nord modéré (3) frais.
État du ciel. — Beau (2), cumulus à l’Est.
Pic d’El-Biada, 1er mai, 3 heures soir.
Baromètre Fortin 689mm,7
Thermomètre frondé + 17°,5
Vent. — Ouest assez fort (4).
État du ciel. — Nuageux (6), strato-cumulus.
Bled Sened, 2 mai, 9h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 717mm,2
Baromètre Fortin 717mm,9
Thermomètre du baromètre + 21°,3
Thermomètre frondé + 15°,5
Minima de la nuit + 9°,0
Vent. — Nord-est faible (2).
État du ciel. — Beau (2), quelques stratus.
Il avait fait un vent violent toute la nuit.
Aïn Segoufta, 3 mai, 9 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 724mm,5
Baromètre Fortin 725mm,1
Thermomètre du baromètre + 22°,5
Thermomètre frondé + 19°,5
Minima de la nuit + 11°,0
Vent. — Sud faible (2).
État du ciel. — Très beau (0).
Il a fait un coup de vent vers 2h du matin.
Oglet Mohamed, 4 mai, 9 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 736mm,9
Baromètre Fortin 738mm,9
Thermomètre du baromètre + 26°,0
Thermomètre frondé + 19°,0
Vent. — Ouest modéré (3).
État du ciel. — Beau (1) brumeux.

IV

Voyage à Tozzer et retour à Gafsa.

Dès le jour de notre arrivée à Gafsa nous avions combiné l’itinéraire d’une course rapide à Tozzer, indispensable pour l’étude comparative de l’ensemble de la flore et de la faune de la contrée située au nord des chotts El-Fedjedj et El-Djerid. La question de la création d’une mer intérieure devant remplacer les grands chotts, question encore à l’ordre du jour, et le désir de nous rendre compte par nous-mêmes des avantages ou des inconvénients qui pourraient en résulter pour le pays, n’étaient pas non plus étrangers au projet que nous avions formé. Nous profitons donc du départ d’un convoi militaire commandé par un officier des compagnies mixtes, heureux hasard qui nous offre une occasion trop favorable pour que nous ne nous empressions pas de la mettre à profit. Nous n’avons qu’à nous louer de cette détermination, car nous trouvons dans le lieutenant Legouahec, non seulement un guide expérimenté, mais encore le plus aimable compagnon de route.

Le 8 mai, à cinq heures du matin, nous partons, laissant à la garde du brigadier de notre escorte la plus grande partie de nos effets de campement, n’emmenant avec nous que deux hommes du train, nos deux spahis, nos montures personnelles et tout juste le nombre de mules nécessaire au transport d’un bagage très restreint. Après avoir traversé une partie de l’oasis entièrement complantée d’Oliviers, nous entrons dans un vaste désert de sable couvert de broussailles basses parmi lesquelles dominent toujours les Anabasis que nous avions déjà observés dans la plaine de la Madjoura. Nous avons à droite une longue chaîne de hauteurs désignée sous le nom de Djebel Metlouna, laquelle, se prolongeant à l’ouest, paraît aller rejoindre, au sud de l’Algérie, le grand massif des montagnes de l’Aurès. Des pentes dénudées de cette chaîne descendent quelques oueds dont les eaux à cours interrompu se réunissent à celles de l’Oued Baïech pour se perdre en grande partie dans les sables, avant d’atteindre les marais qui bordent le Chott El-Gharsa.

Un ciel légèrement nuageux et un vent que la pluie abondante de la nuit dernière a rendu très frais favorisent notre marche ; le sol est émaillé de fleurs, le désert charmant, le trajet facile et agréable ; aussi, vers neuf heures du matin, nous avons rejoint sans fatigue le convoi militaire parti près de deux heures plus tôt que nous, et, avant midi, nous atteignons le petit bordj construit par les Français sur les bords de l’Oued Gourbata, affluent de l’Oued Baïech. C’est là que nous devons faire halte jusqu’au lendemain matin. Deux petites chambres nous offrent un abri suffisamment commode, où nous nous empressons de dresser nos lits de camp. Le reste de la journée est fructueusement employé à explorer des terrains argileux sillonnés de coupures profondes dues à l’écoulement rapide des eaux de pluies torrentielles, et à parcourir les dunes de sable avoisinant le lit de l’oued qui est bordé de nombreux Tamarix, seule végétation presque arborescente de cette localité.

Le pays est giboyeux ; le Lièvre y est assez abondant ainsi que la Perdrix, et l’Outarde Hubara s’y montre fréquemment. On y rencontre de nombreux terriers de Gerboises ; une foule de petits oiseaux, appartenant aux genres Alouette, Traquet et Becfin, s’agitent au milieu des broussailles qui servent d’abri à de nombreux reptiles et à d’innombrables insectes. Cette station serait des plus agréables si l’eau y était meilleure et si nous n’avions à subir un violent coup de siroco.

Le 9, dès six heures du matin, nous avons quitté Gourbata et nous cheminons toujours à travers une plaine fleurie. Le Limoniastrum Guyonianum, l’Echiochilon fruticosum, diverses espèces de Silene, de nombreux Helianthemum, le Moricandia suffruticosa et une foule d’autres jolies plantes émaillent la plaine des couleurs variées de leurs fleurs. Le curieux Calligonum comosum se montre à nous pour la première fois. Comme nous traversons un pays où abondent les Vipères-à-cornes (Cerastes Ægyptius), les ordres sont donnés en vue de leur recherche, mais, malgré une chasse active, on ne parvient à s’en procurer qu’un très petit nombre, par suite de la fraîcheur relative de la température. En revanche, nous recueillons quelques silex taillés, épars dans les endroits pierreux. A midi et demie, nous nous rapprochons du lit de l’oued que nous franchissons après avoir cherché le passage le moins dangereux, et nous faisons halte au Bordj Gouifla, où nous devons passer la nuit, non plus comme la veille, dans des chambrettes closes, mais bien sous deux petits hangars ouverts, où nous avons à subir les piqûres des moustiques et des puces.

Les environs du petit bordj de Gouifla sont relativement boisés, grâce à de hauts et vigoureux Tamarix que nous fouillons scrupuleusement durant tout l’après-midi. L’oued, par suite des grandes pluies des jours précédents, débite en ce moment une assez abondante quantité d’eau qui tombe en petites cascades d’une grande limpidité sur les roches gypseuses qui forment son lit ; malheureusement cette eau appétissante est rendue impotable par un degré de salure et une amertume trop prononcés. Sur certains points de l’oued existent de grandes flaques d’eau, restes de la récente crue, et dans ces réservoirs se montrent quelques poissons dont malheureusement nous ne pouvons pas faire la capture, les sables d’alentour étant imbibés à tel point que l’on s’y enfonce immédiatement en y posant le pied ; j’en fais moi-même la périlleuse expérience, et, sans l’aide de mes compagnons, nul doute que je n’eusse été dans l’impossibilité de me tirer de l’une de ces fondrières. Après cet incident, nous continuons notre exploration des environs, qui nous paraissent moins giboyeux et moins riches en insectes que ceux de Gourbata, mais plus peuplés encore de Gerboises. Rentrés au bordj, nous y trouvons nos hommes en train de procéder à la grillade d’un mouton entier (mechoui) qui constitue notre repas du soir, après lequel nous disputons notre sommeil aux attaques réitérées des moustiques.

Les plantes les plus intéressantes observées dans les deux étapes de Gourbata et de Gouifla sont les suivantes :

  • Delphinium pubescens DC. var. dissitiflorum (Gourbata).
  • Sisymbrium coronopifolium Desf. var. ceratophyllum (Gouifla).
  • Ammosperma cinereum Hook.
  • Lonchophora Capiomontiana DR. (Gouifla).
  • Moricandia suffruticosa Coss. et DR. (Gouifla).
  • Malcolmia Ægyptiaca Spr. var. longisiliqua (Gouifla).
  • Reseda neglecta Muell. Arg. (Gouifla).
  • —— Arabica Boiss. (Gouifla).
  • Silene villosa Forsk. var. micropetala (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.
  • Dianthus serrulatus Desf. var. grandiflorus (Gouifla).
  • Erodium glaucophyllum Ait. (Gouifla).
  • Fagonia glutinosa Delile (Gouifla).
  • Astragalus Gyzensis Delile (A. Hauarensis Boiss.) (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.
  • —— corrugatus Bert. var. tenuirugis (Gouifla).
  • Hippocrepis bicontorta Lois. (Gouifla).
  • Hedysarum carnosum Desf. (Gouifla et Gourbata).
  • Tamarix pauciovulata J. Gay (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.
  • Polycarpæa fragilis Delile (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.
  • Pteranthus echinatus Desf. (Gourbata).
  • Reaumuria vermiculata L. (Gourbata).
  • Daucus pubescens Koch (Gouifla).
  • Scabiosa arenaria Forsk. (Gouifla).
  • Nolletia chrysocomoides Cass. (Gouifla).
  • Pyrethrum trifurcatum Willd. (Gouifla).
  • Chlamydophora pubescens Coss. et DR. (Gouifla).
  • Tanacetum cinereum DC. (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.
  • Centaurea furfuracea Coss. et DR. (Gouifla).
  • —— omphalodes Coss. et DR. (Gouifla), nouveau pour la Tunisie.
  • Lithospermum callosum Vahl (Gouifla).
  • Anarrhinum brevifolium Coss. et Kral. (Gourbata), spécial à la Tunisie.
  • Plantago ciliata Desf. (Gouifla).
  • Calligonum comosum L’Hérit. (Gouifla).
  • Euphorbia cornuta Pers. (Gouifla).
  • Asphodelus pendulinus Coss. et DR. (Gouifla).
  • —— viscidulus Boiss. (Gourbata).
  • Cyperus conglomeratus Rottb. (Gourbata).
  • Carex extensa Good. (Gouifla).
  • Panicum turgidum Forsk. (Gouifla) [Égypte, Chypre, Palestine, Arabie pétrée, Perse], découvert dans le Sahara algérien par le Dr Reboud, dans la vallée de l’Oued El-Arab ; nouveau pour la Tunisie.
  • Danthonia Forskalii Trin. (Gouifla).

La Vipère-à-cornes (Cerastes Ægyptius) abonde dans ce pays désertique. A Gourbata, outre les reptiles précédemment rencontrés, nous avons pris le Periops parallelus, Couleuvre commune en Égypte, mais nouvelle pour la Tunisie.

Les insectes appartiennent aux espèces déjà récoltées dans les parties désertiques que nous avons explorées.

Les Outardes (Otis Hubara) sont abondantes, ainsi que plusieurs espèces de Traquets. Nous observons aussi le Certilauda desertorum des Alouettes Dupont et des quantités de Bruant Proyer.

Le 10 au matin, nous quittons, en même temps que la colonne, le bordj de Gouifla, nous dirigeant vers le sud-est, à travers une plaine monotone. L’horizon est borné de ce côté par des hauteurs aux sommets déchiquetés, formés de couches horizontales de grès dont la nature ferrugineuse se trahit même à distance. Cette chaîne de collines assez élevées cache à nos regards la plaine et les oasis d’El-Oudian ainsi que le Chott El-Fedjedj. A droite s’étend, à perte de vue, la dépression du Chott El-Gharsa. Le ciel étant couvert et la température supportable, une grande partie de la route est faite à pied, en chassant tout à la fois plantes, insectes et reptiles. Une Vipère-à-cornes est capturée vivante, avec une rare hardiesse, par le nègre conducteur de nos chameaux.

Arrivés au pied des collines, en un point de la route où les caravanes venant du Djerid étaient jadis fréquemment attaquées et pillées par les Hammema embusqués derrière les rochers, nous rencontrons un certain nombre d’amas de pierres distants les uns des autres d’environ deux à trois cents mètres ; nous croyons qu’ils marquent les endroits où des hommes ont été tués et sans doute enterrés ; actuellement tout danger a disparu depuis l’occupation. Peu après, nous commençons à descendre vers la dépression sablonneuse dont l’oasis d’El-Hamma occupe le fond ; cette oasis tire son nom des belles sources chaudes qui en font une station balnéaire très fréquentée. C’est à un effondrement des couches horizontales de grès ferrugineux qu’est due la dépression d’El-Hamma, dépression que les sables mouvants ont en partie comblée. Des falaises abruptes, simulant à s’y méprendre des murs ruinés de vieux édifices, et quelques gros blocs écroulés, qui émergent encore des sables, en sont les preuves évidentes.

L’oasis d’El-Hamma est relativement peu considérable, mais les Dattiers, qui y sont généralement beaux et vigoureux, forment, avec les plantes grimpantes s’entrelaçant dans leurs cimes, un fouillis inextricable au bord d’un véritable torrent d’eau d’une température élevée. Nous visitons successivement le bain des hommes et celui des femmes, un café maure établi d’une façon toute primitive sous un toit de feuilles de Dattiers, et la kouba octogone servant de zaouïa (école). Les eaux sortent à gros bouillons de la source principale à une température de 39 degrés, et le ruisseau qu’elles alimentent est peuplé de poissons insaisissables, de batraciens et de nombreux testacés appartenant principalement aux genres Melania et Melanopsis.

Aux abords de l’oasis croissent :

  • Sisymbrium Irio L.
  • Malcolmia Ægyptiaca Spr. var. longisiliqua.
  • Frankenia thymifolia Desf.
  • Malva parviflora L.
  • Fagonia glutinosa Delile.
  • Argyrolobium uniflorum Jaub. et Spach.
  • Hedysarum carnosum Desf.
  • Aizoon Canariense L.
  • Reaumuria vermiculata L.
  • Atractylis microcephala Coss. et DR.
  • Lithospermum callosum Vahl.
  • Linaria laxiflora Desf.
  • Scrophularia deserti Del.
  • Statice globulariæfolia Desf.
  • —— pruinosa L.
  • Euphorbia Chamæsyce L.
  • Pennisetum ciliare L.
  • Arthratherum obtusum Nees, etc.

A Gouifla, nous avions eu la visite du lieutenant de Florac et des officiers du bureau arabe ; ici, nous trouvons à notre arrivée le capitaine du Couret, commandant du poste de Tozzer, qui est venu à notre rencontre avec quelques officiers ; il nous souhaite courtoisement la bienvenue et nous offre sous les Palmiers un excellent déjeuner dont, surtout après les repas plus ou moins rudimentaires des jours précédents, nous ne manquons pas d’apprécier la succulence.

A notre grand regret, nos aimables hôtes nous quittent pour nous précéder à Tozzer, et bien leur en prend, car, tandis que nous explorons l’oasis dont les charmes nous séduisent, de gros nuages chargés d’eau et d’électricité s’accumulent sur nos têtes et, au moment même où nous allons mettre le pied à l’étrier, un orage d’une extrême violence éclate avec un épouvantable fracas. Cherchant vainement, en nous blottissant au pied des Dattiers, un abri que leurs frondes flexibles ne peuvent nous fournir, nous essuyons durant près de trois quarts d’heure le tonnerre, le vent et une pluie torrentielle qui transperce nos couvertures et nos vêtements ; ce qu’il y a de pire, c’est que nos bagages et nos chères récoltes subissent le même sort que nous ; aussi avons-nous hâte d’arriver à Tozzer pour les mettre en papier sec le plus tôt possible.

Le ciel paraissant s’éclaircir, nous nous mettons en route sans plus tarder et franchissons bientôt un large oued, qui, une heure avant, n’offrait qu’un lit de sable à sec et qui est devenu une véritable rivière. La traversée de ces eaux, coulant avec rapidité et que la force du vent rebrousse en sens inverse de leur courant, produit sur nous un effet physique des plus étranges : nous éprouvons une sorte de vertige qui nous fait perdre absolument le sentiment de la direction. Sur le sol ferme, nous retrouvons l’équilibre de nos sens, mais les terres argileuses du chemin étant partout devenues glissantes et présentant de nombreuses flaques d’eau, nous sommes obligés de lutter tout à la fois contre le pas mal assuré de nos montures et contre leur tentation de s’abreuver à chaque instant à cette eau d’une saveur délicieuse que l’orage a prodiguée sur leur route. Après environ deux heures de marche, nous découvrons enfin Tozzer, au moment où les nuages gris, qui n’ont cessé de voiler le ciel, laissent échapper de nouvelles gouttes de pluie.

Malgré le temps sombre, l’aspect de la ville, qui se détache devant nous sur le fond vert d’une immense oasis, est réellement saisissant. Le terrain déclive qui nous conduit aux premières maisons est parsemé de blocs argilo-sableux, lambeaux du sol du plateau perdus au milieu d’une véritable mer de sable. Des minarets carrés et quelques édifices importants ornementés de dessins en relief formés de briques blanches, se font remarquer au milieu de la masse des maisons carrées, basses et plates. C’est la première fois que nous rencontrons ce genre d’ornementation architecturale empreint d’élégance et dénotant un certain goût artistique. Ayant franchi le mur d’enceinte, le faubourg et la place des souks (marchés), nous arrivons devant un énorme bâtiment de forme rectangulaire, construit sous la direction du capitaine du Couret, et actuellement occupé par les officiers de la garnison et les soldats de la compagnie mixte qui en ont été les constructeurs. Au moment où nous allons passer sous le portail de cette vaste caserne, nous remarquons un peloton de soldats manœuvrant face au mur ; on nous explique que c’est le peloton de discipline et que ce genre de punition produit sur ces hommes les meilleurs effets moraux, d’où nous concluons qu’ici comme ailleurs les hommes sont de grands enfants.

Le 11 mai, le clairon nous éveille à la pointe du jour ; la pluie n’a cessé de tomber durant une grande partie de la nuit, mais le soleil se lève dans un beau ciel d’Afrique et fait étinceler comme autant de diamants les gouttes d’eau encore suspendues aux brins d’herbe. Le Bou-Habibi, ce charmant petit oiseau naturellement familier, objet d’un juste et religieux respect de la part des Arabes, fait entendre son chant mélancoliquement amoureux ; une fraîcheur exceptionnelle pour le pays et pour la saison semble nous inviter à la promenade ; aussi, dès que nous avons donné à nos récoltes les soins qu’elles exigent impérieusement, nous nous empressons de faire, sous la conduite des officiers de la garnison, une première reconnaissance à cheval dans l’oasis ; nos guides, avec une courtoisie toute française, semblent faire assaut de bonnes grâces pour nous rendre plus faciles nos recherches. Trois heures durant, nous parcourons en tous sens ce merveilleux massif de Dattiers, par des chemins frais et ombreux, bordés de rigoles où coule à flots une eau limpide et vivifiante donnant à la végétation une ampleur et une magnificence qui impriment à l’oasis de Tozzer un aspect enchanteur et en font un véritable Éden au milieu des sables du désert. La plume la plus féconde, le style le plus coloré, le pinceau le plus habile, ne sauraient donner une idée vraie des splendeurs de ce coin du monde où, sous l’ardeur d’un soleil brûlant et dans un sol souvent formé de sable pur, arbres et plantes croissent avec une incomparable vigueur. On ne peut se lasser d’admirer l’élégance et la variété de formes qu’offrent les nombreuses races de Dattiers, parmi lesquelles se font remarquer les Degla, qui produisent la meilleure qualité des célèbres dattes du Djerid. Près d’une habitation indigène, perdue au milieu des Dattiers, nous nous extasions devant les gigantesques proportions d’un Jujubier (Zizyphus Spina-Christi) qui doit compter plusieurs siècles d’existence, a en juger par la grosseur du tronc et par le développement énorme de ses branches auxquelles sont encore suspendus quelques gros fruits.

Un petit marais, que nous traversons en regagnant Tozzer, nous offre en abondance le Lippia nodiflora ; plus loin nous rencontrons l’Ambrosia maritima, dont le feuillage, moins l’odeur, simule à s’y méprendre celui du Pelargonium capitatum d’où l’on extrait la fausse essence de rose. Les Pommiers, les Poiriers, les Cognassiers, les Pêchers, les Abricotiers, les Citronniers, les Orangers, les Figuiers, les Vignes, les Tomates, les Poivrons, les Oignons et autres plantes maraîchères, le Blé, le Fenugrec ou Elba des Arabes, etc., croissent à l’ombre des Dattiers. Mais l’heure du repas a sonné, et nous rentrons en ville après avoir franchi l’oued sur un barrage d’origine romaine.

Dans l’après-midi, nous retournons à l’oasis où nous faisons une chasse fructueuse de mollusques terrestres et fluviatiles, d’insectes, de petits crustacés des eaux douces ou saumâtres, de poissons et de reptiles, et le soir nous jouissons, du haut de la terrasse qui surmonte les bâtiments militaires, du beau spectacle d’un orage accompagné d’éclairs qui illuminent tout le sud-ouest et le sud-est du ciel. Enfin, après le repas qui termine cette journée si bien remplie, nous regagnons le logis qui nous a été offert et où nous éprouvons une véritable satisfaction à nous trouver dans de vraies chambres munies de véritables lits et de draps, confort dont nous avons perdu l’habitude depuis que nous avons quitté Sfax.

La matinée du 12 mai est consacrée à visiter les sources de l’oued de Tozzer, qui coule entre deux berges de terrain argilo-sableux assez compact. Son cours est interrompu de distance en distance par des barrages dont il est facile de reconnaître l’origine romaine et d’où partent les divers canaux qui servent à l’irrigation des jardins de l’oasis. A deux kilomètres environ en amont, nous atteignons la tête de l’oued, c’est-à-dire le point d’où sortent les principales sources qui le forment. Ces sources, très nombreuses, s’échappent toutes au même niveau, soit à environ quinze mètres au-dessous des terrains environnants. Elles sourdent d’une puissante masse de sable (évidemment le terrain aquifère même) à son contact avec le terrain argileux qui la recouvre et dont la nature compacte ne permet à l’eau de s’échapper que par des fissures ou des érosions. Au-dessus de cette plaque argileuse s’étendent d’autres couches argilo-sableuses, puis, surmontant le tout, des sables mouvants au milieu ou au-dessus desquels gisent des lambeaux de grès calcaire coquillier ou de poudingues graveleux souvent imprégnés de fer. C’est le régime normal de toutes les eaux potables qui alimentent les oasis de cette contrée, et qui sont à une température de 21 à 23 degrés centigrades. Cette nappe paraît être le produit de l’écoulement souterrain des eaux qui tombent sur les pentes des montagnes et se perdent dans les sables ou s’infiltrent sous les terrains argileux des plaines. Quant aux sources thermales qui sont à une température de 33 à 40 degrés, comme celles de la piscine de Gafsa et celles de l’oasis d’El-Hamma dont nous avons déjà parlé, nous admettons sans difficulté que leur origine est très différente et beaucoup plus profonde. Il ne faut donc pas confondre celles-ci avec les sources qui alimentent les oasis. Or il résulte pour nous d’un examen attentif du régime et du niveau de ces dernières la conviction que, pour détruire entièrement et en peu de temps les oasis du Djerid, il suffirait de pratiquer une saignée continue au-dessous du niveau de sortie des eaux qui arrosent les oasis. Un canal qui joindrait la Méditerranée au Chott El-Gharsa, dans le but de conduire les eaux de la mer dans le bassin des grands chotts et de les transformer en mer intérieure, ne serait autre que cette saignée si redoutable pour l’existence des oasis, véritable collecteur de drainage dans lequel toutes les eaux douces du pays viendraient s’épancher au niveau de la mer en tarissant toutes les sources qui sortent aujourd’hui par des orifices situés à un niveau supérieur. Un résultat aussi déplorable que le dessèchement et la ruine de toute la contrée du Djerid nous paraît être un motif suffisamment sérieux pour faire abandonner un projet dont les avantages sont plus que problématiques à tous les points de vue.

Après avoir visité en détail le point intéressant qui était le but principal de notre course, éclairés maintenant sur la véritable origine des sources de l’oued de Tozzer, nous regagnons la ville par une chaleur suffocante en traversant dans toute sa longueur le curieux faubourg construit par une colonie d’Arabes venus d’Algérie. Nous y rencontrons, mais exécuté avec moins d’art et de soin, le système de palissades entourant les maisons et servant de parc aux animaux, que nous avons déjà signalé à Melitta dans la petite île Kerkenna. Cette course se termine d’une façon intéressante par une série de détours que nous sommes forcés de faire dans les rues et dans les impasses de la vieille ville de Tozzer. Le retard que nous causent à chaque instant des obstacles imprévus est largement compensé par la rencontre d’un grand nombre de ces maisons ornées de dessins en briques en relief, qui donnent à la ville un aspect si particulier. Quelle est l’origine de ce genre d’architecture que nous n’avons encore rencontré qu’à Tozzer et qui ne subsiste que dans les maisons de construction déjà ancienne ?

Rentrés en ville, nous sommes reçus et traités tout à fait à l’orientale par le lieutenant de Florac, chef des affaires arabes, lequel nous donne de curieux renseignements sur le pays et les mœurs indigènes. Nous voyons aussi avec intérêt, dans la cour et les dépendances de la maison qu’il occupe, plusieurs animaux vivants, entre autres deux jeunes Fennecs, des Gazelles, un Hérisson qui diffère sensiblement de celui d’Europe, et des Cerfs vivants provenant du Nefzaoua ; ces cerfs doivent être rapportés au Cervus Elaphus var. Barbarus qui, je crois devoir le rappeler, ressemble beaucoup par sa taille et ses bois grêles à la variété qui vit dans les grands maquis de la côte orientale de la Corse.

Les documents zoologiques que nous avons recueillis à Tozzer, soit par nous-mêmes, soit auprès des officiers français, méritent d’être consignés ici.

Outre les Gerboises qui abondent dans ces parages, nous trouvons le Surmulot (Mus Decumanus) à Tozzer même. Nous constatons aussi l’existence dans cette région de quatre espèces d’Antilopes dont les cornes nous ont été présentées ; ce sont : Antilope Addax, A. Bubalis ou Bubalis Mauritanica, A. Dorcas (Gazelle ordinaire) et la seconde espèce de Gazelle, dite de montagne, plus grande et dont les cornes sont plus en forme de lyre que celles de la première. Ces quatre espèces appartiennent également au Sahara algérien. Une peau de Guépard (Cynailurus guttatus ou Guepardus jubatus) nous est indiquée comme venant aussi du Nefzaoua ; nous voyons également la peau d’un Chat tué dans l’oasis. Des Fennecs (Canis Zerda) vivants, pris dans les environs, sont élevés, comme nous l’avons dit, dans la cour intérieure de la maison de M. de Florac en compagnie de plusieurs Hérissons (Erinaceus Algirus ou E. deserti ?), espèce plus petite et plus élégante que celle d’Europe. Parmi les oiseaux nous signalerons plusieurs espèces d’Alouettes, entre autres l’Alauda Dupontii et le Certilauda deserti, un grand nombre de Traquets, des Vautours et autres rapaces que nous n’avons pu déterminer, ne les ayant vus qu’au vol, l’Outarde Hubara ; tous ces oiseaux se montrent depuis Gafsa jusqu’à Tozzer. Dans cette ville même abonde le charmant Fringille désigné dans le pays sous le nom de Bou-Habibi, lequel habite familièrement les maisons, qu’il égaye par son chant d’une extrême douceur. Il nous est aussi présenté deux peaux du Guêpier de Savigny (Merops Savignyi), espèce d’Égypte et accidentellement du Sud de l’Europe.

Les reptiles, les sauriens principalement, sont très abondants dans les sables désertiques de cette région, mais nous ne capturons que les espèces précédemment trouvées. Parmi les ophidiens, les Cérastes pullulent, et nous avons déjà signalé à Gourbata le Periops parallelus.

Aux insectes déjà pris à Gafsa, parmi lesquels le Brachinus Africanus est le plus abondant, viennent s’ajouter plusieurs espèces du Souf algérien ; nous citerons : Heteracantha depressa, Ocnera grisescens, Brachyestes Gastonis, Pimelia confusa, etc. On est frappé, par contre, de l’abondance dans l’oasis de certains types européens. Une Guêpe, qui se trouve partout sur les fleurs de Daucus, est le Vespa Gallica. Le Blaps Gigas y est aussi abondant qu’à Tunis même. Sous toutes les mottes de terre on y trouve un Carabique commun dans l’Europe entière, le Harpalus griseus. Le Pimelia obsoleta y est aussi commun qu’à Sfax, mais dès que l’on gagne les dunes environnantes, on retombe dans la faune entomologique du Souf algérien. Les coléoptères y abondent, mais on est surpris de la rareté des espèces appartenant à d’autres ordres.

Les eaux de l’oasis recèlent, dans les Characées qui y vivent, une Crevette (Palæmon varians) qui y est en grande abondance, ainsi que des mollusques appartenant aux genres Melania, Melanopsis, Bithynia, Paludinella et Planorbis. Quant aux mollusques terrestres, ils sont très nombreux au pied des Dattiers, notamment les Hélices des groupes Pisana et maritima.

Une seconde course à cheval, poussée au delà de l’oasis jusqu’à la rencontre des marécages du Chott El-Djerid, complète la journée. Revenant ensuite vers les sources que nous avons visitées le matin, nous traversons une vaste plaine salée couverte d’Anabasis et autres Salsolacées, et à l’extrémité de laquelle nous trouvons une large dépression où nous rencontrons, gisant éparses sur le sol, un grand nombre de Mélanies et de Mélanopsides subfossiles analogues à celles qui vivent actuellement dans les eaux de l’oasis. Quelques vieux pieds de Dattiers isolés et complètement décrépits se dressent sur divers points de cette dépression, dans laquelle nous n’avons pas de peine à reconnaître une ancienne portion de l’oasis aujourd’hui desséchée et ruinée par suite de la disparition ou du retrait des eaux qui coulent maintenant à un niveau plus bas et dans un lit plus profond. Aux coquilles fluviatiles que nous venons de signaler sont associées quelques valves d’un Cardium voisin du C. edule, mais nous ne tardons pas à avoir la preuve que ces valves sont d’un âge bien antérieur aux coquilles fluviatiles citées plus haut, car nous trouvons les analogues encore en place dans les lambeaux de grès coquillier grossier qui émergent du milieu des sables ; ils sont donc fossiles et ne peuvent nullement servir d’argument en faveur de l’existence d’une mer intérieure contemporaine de l’époque actuelle. Rentrés en ville par la route de Nefta, nous passons notre dernière soirée au bordj avec nos aimables hôtes, le capitaine du Couret, le docteur Collignon (archéologue distingué) et les autres officiers de la garnison, dont nous ne saurions oublier le cordial accueil. Comme pendant les précédentes soirées, des éclairs sillonnent l’horizon occupé au nord et au sud par des masses nuageuses épaisses, phénomène dont la fréquence insolite pour cette contrée caractérise cette année exceptionnellement pluvieuse. Nous jouissons du reste, pendant la soirée et la nuit, d’une fraîcheur tout à fait anormale.

L’oasis de Tozzer offrant un assez grand intérêt, nous croyons devoir donner une liste assez longue bien qu’incomplète des récoltes que nous y avons faites ; cette liste viendra s’ajouter à celle que notre collègue M. Letourneux a dressée dans son exploration beaucoup plus complète que la nôtre.

  • Ranunculus muricatus L.
  • Hypecoum Geslini Coss. et Kral.
  • Malcolmia Ægyptiaca Spreng. var. longisiliqua.
  • Koniga Libyca R. Br.
  • Capsella procumbens Koch.
  • Helianthemum sessiliflorum Desf.
  • Reseda Duriæana J. Gay.
  • Frankenia pulverulenta L.
  • Saponaria Vaccaria L.
  • Malva parviflora L.
  • Zizyphus Spina-Christi Willd., sans doute cultivé.
  • Melilotus parviflora Desf.
  • Astragalus Gyzensis Delile.
  • Medicago laciniata All.
  • Lotus pusillus Viv.
  • Hedysarum carnosum Desf.
  • Neurada procumbens L.
  • Tamarix pauciovulata J. Gay.
  • Cucumis Colocynthis L.
  • Polycarpæa fragilis Delile.
  • Polycarpon alsinæfolium DC.
  • Aizoon Canariense L.
  • Orlaya maritima Koch.
  • Apium graveolens L.
  • Rubia tinctoria L. (subspontané).
  • Ifloga spicata Schultz. Bip.
  • Inula viscosa Ait.
  • —— crithmoides L.
  • Chlamydophora pubescens Coss. et DR.
  • Rhanterium suaveolens Desf.
  • Tanacetum cinereum DC.
  • Calendula stellata Cav. var. hymenocarpa Coss.
  • Atractylis citrina Coss. et Kral.
  • Centaurea furfuracea Coss. et DR.
  • Zollikoferia resedifolia Coss.
  • Kœlpinia linearis Pall.
  • Ambrosia maritima L.
  • Cynanchum acutum L.
  • Echium humile Desf.
  • Heliotropium undulatum Vahl.
  • Lippia nodiflora Rich.
  • Statice pruinosa L.
  • —— globulariæfolia Desf.
  • Limoniastrum Guyonianum DR.
  • Plantago ciliata Desf.
  • Asphodelus pendulinus Coss. et DR.
  • Potamogeton pectinatus L.
  • Aristida Adscensionis L.
  • Polypogon Monspeliensis Desf.
  • Festuca Memphitica Coss.
  • Adianthum Capillus-Veneris L.

Ajoutons qu’à l’ombre des Dattiers, dont les variétés sont très nombreuses à Tozzer, on cultive presque tous les arbres fruitiers d’Europe, y compris un Pommier buissonnant et la Vigne, qui y est d’une grande vigueur et y donne d’énormes grappes. C’est aussi sous l’abri des Dattiers que viennent les céréales et une grande variété de légumes, cultivés avec succès dans des jardins abondamment arrosés par les eaux des dérivations du torrent qui fertilise cette merveilleuse oasis.

Nous quittons Tozzer le 13 mai, à huit heures du matin, malgré l’insistance aimable de nos hôtes, qui voudraient nous garder plus longtemps, et leurs offres de nous conduire à Nefta, offres que nous accepterions avec enthousiasme s’il nous restait plus de temps pour réaliser notre itinéraire obligatoire. Sous la conduite d’un sous-lieutenant indigène au physique quelque peu grotesque et qui paraît peu satisfait de se déranger pour accompagner la Mission, nous nous dirigeons vers les oasis d’El-Oudian, laissant à gauche El-Hamma et, à droite, les bords du Chott El-Fedjedj dont la nappe blanche et unie s’étend au delà de la portée de notre vue. Un trajet de deux heures à travers une plaine sablonneuse nous conduit à l’entrée de Sedada, village arabe encastré entre des talus élevés et abrupts de terre argilo-sableuse. Les maisons et les murs d’enceinte y sont construits en terre battue, ce qui ne laisse pas que de leur donner un aspect fort original. Là, l’officier indigène nous remet aux mains d’un cavalier du pays qui doit nous guider jusqu’à la rencontre de la route qui rejoint celle de Gouifla.

Vers onze heures du matin, nous faisons halte sous l’ombrage des Palmiers au bord de la belle source d’Aïn Sbebia, sortant d’un rocher, au pied d’un monticule calcaire sur le flanc duquel existe un édifice romain en ruine. C’est là que passe l’un des derniers tracés du canal Roudaire, coupant à cet endroit un relief de plus de 70 mètres d’altitude au-dessus de la mer. Les eaux de la source sont abondantes, mais légèrement saumâtres et à une température de 18 degrés. Elles sont peuplées de Mélanies et de Paludinelles. Le rocher au pied duquel elles sourdent contient des fossiles (Pecten, Ostrea, etc.) et de petits Oursins.

Après un repos d’une heure, nous gravissons le coteau par un chemin scabreux aboutissant à un plateau aride où gisent quelques silex taillés. Déviant ensuite à droite, en dépit du mauvais vouloir de notre guide, nous gagnons, par un ravin décharné, les pentes du Djebel Droumès.

Cette montagne est fort intéressante en raison des innombrables fossiles qu’elle recèle et qui en jonchent le sol. Ils se détachent des strates de marnes schisteuses fortement chargées de fer qui forment en cet endroit le fond du terrain sénonien. Je dois à M. Rolland la détermination de ce terrain et celle des Ostrea dichotoma et proboscidea, qui y forment de véritables bancs dans lesquels nous avons également recueilli quelques dents de Squales que nous croyons appartenir au genre Notidanus. Peu avant d’arriver au Djebel Droumès, le relief de Kriz, au pied duquel s’échappe la source abondante d’Aïn Sbebia, nous avait fourni, dans un calcaire jaunâtre, des échantillons d’une espèce d’Inoceramus, associés à des Janira, des Echinobrissus et des valves de Pecten. Nous avons recueilli aussi quelques bonnes espèces de plantes sur ce point où nous nous sommes attardés malgré une chaleur suffocante, et nous y mentionnerons un reptile intéressant, le Fouette-queue (Uromastix Acanthinurus).

Par un sentier très frayé, passant au pied de crêtes dentelées et traversant de puissantes couches de marnes remplies d’huîtres fossiles, nous rejoignons, près d’un redir conservant encore l’eau des dernières pluies, le chemin que nous avions abandonné et qui doit nous conduire à Gouifla, où nous n’arrivons qu’à la nuit, après avoir longtemps erré dans la plaine sans pouvoir retrouver la véritable direction de ce poste.

Le 14, nous regagnons Gourbata, mais en nous écartant sensiblement de la route que nous avions suivie quelques jours avant ; il en résulte d’autant plus de retard que l’une des charrettes du train s’enfonce, au passage de l’oued, dans des sables détrempés dont on ne peut la faire sortir qu’à grand’peine. Nous ne pouvons plus dès lors espérer atteindre Gafsa dans cette même journée, comme nous avions compté le faire, et nous devons coucher de nouveau dans nos cellules de Gourbata.

Le 15, dès six heures du matin, nous nous mettons en route pour Gafsa ; à environ deux kilomètres du bordj, une borne milliaire romaine, encore en place, attire notre attention ; elle est assez bien conservée et indiquait la route de Gafsa à Tozzer ; il en existe une autre un peu plus loin, mais en moins bon état de conservation et sans doute déplacée.

Tandis que M. Valéry Mayet se livre à la chasse des reptiles et des insectes, l’apparition de deux Outardes me fait faire un grand détour dans la plaine ; mais, selon leur manœuvre habituelle, elles fuient devant moi dès que je suis près d’arriver à portée de fusil, et je les poursuis longtemps, mais sans pouvoir les tirer.

Les abords de l’oasis de Gafsa se signalent par la réapparition du Zizyphus Lotus et du Thymelæa microphylla, que l’on ne rencontre plus dans la direction de Tozzer. Vers midi, nous entrons enfin dans les plantations d’Oliviers auxquelles succèdent les magnifiques massifs de Dattiers qui entourent la ville. Nous retrouvons en bon état les hommes et le campement que nous y avions laissés, et nous apprenons dès notre arrivée que l’on a acquis la certitude que le maraudeur sur lequel notre spahi Abd-er-Rahman avait fait feu à l’Oued Eddedj est allé mourir quelques jours après à Bled-Sened, son domicile. Ce fait donne lieu à une instruction et à un interrogatoire de notre spahi, à la suite desquels j’adresse mon rapport au colonel commandant supérieur, qui nous félicite d’avoir donné cette rude leçon aux maraudeurs et délivré ainsi, pour quelque temps du moins, la région du Tahla des bandes pillardes qui en inquiétaient les douars.

Notre excursion de Gafsa à Tozzer avait duré huit jours ; bien que trop rapide, elle a eu pour nous une réelle importance, car elle nous a permis de constater la différence profonde qui existe entre la nature du Djerid et celle des pays que nous avions déjà parcourus, ainsi que de ceux que nous avions encore à explorer. Elle nous a, en outre, fourni des données positives et de visu relativement au projet de création d’une mer intérieure dans le bassin des grands chotts. Notre conviction, déjà contraire à cette conception, n’a fait que s’accentuer en considérant les difficultés et les désavantages attachés à la réalisation de ce projet chimérique.

OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES FAITES ENTRE GAFSA ET TOZZER.


Oued Gourbata, 9 mai, 5h 45 matin.
Baromètre holostérique no 2 753mm,7
Baromètre Fortin 754mm,0
Thermomètre du baromètre + 16°,5
Thermomètre frondé + 15°,8
Minima de la nuit + 12°,5
Vent. — Nord sans force (1).
État du ciel. — Beau (4), quelques cumulus.
Gouifla, 10 mai, 6 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 763mm,4
Baromètre Fortin 764mm,4
Thermomètre du baromètre + 19°,8
Thermomètre frondé + 19°,0
Minima de la nuit + 18°,4
Vent. — Nul (0).
État du ciel. — Couvert (9), strato-cumulus.
 
El-Hammam. — Température des sources thermales + 39°,0
Violent orage à 1h de l’après-midi.
Tozzer, 12 mai.
Minima de la nuit + 14°,5
Tozzer, 13 mai, 7h 30 matin.
Baromètre holostérique no 2 763mm,2
Baromètre Fortin 764mm,6
Thermomètre frondé + 24°,0
Minima de la nuit + 16°,3
Vent. — Est faible (2).
État du ciel. — Très beau (0).
 
Pendant notre séjour à Tozzer les 10, 11, 12 et 13 mai, nous avons observé chaque soir des orages lointains au nord et au sud, de 7 heures à 9 heures du soir.
Gouifla, 14 mai, 5h 45 matin.
Baromètre holostérique no 2 763mm,0
Baromètre Fortin 763mm,5
Thermomètre du baromètre + 17°,7
Thermomètre frondé + 16°,3
Minima de la nuit + 15°,4
Vent. — Nul (0).
État du ciel. — Beau (1).
Oued Gourbata, 15 mai, 6 heures matin.
Baromètre holostérique no 2 756mm,2
Baromètre Fortin 755mm,5
Thermomètre du baromètre + 17°,2
Thermomètre frondé + 16°,0
Minima de la nuit + 12°,5
Vent. — Est modéré (3), frais.
État du ciel. — Beau (2).
Gafsa, 16 mai, 9 heures matin.
Comparaison des instruments de l’hôpital militaire avec les nôtres :
Baromètre Fortin de l’hôpital no 731 739mm,5
Thermomètre + 29°,6
Baromètre Fortin de la Mission no 104 739mm,8
Thermomètre + 29°,5
Thermomètre minima de l’hôpital (Maisonneuve, Marseille) + 25°,8
Thermomètre Baudin de la Mission no 9645, frondé + 26°,2
Gafsa, 17 mai, 6h 15 matin.
Baromètre holostérique no 2 744mm,0
Sommet du Djebel Hattig, 3h 15 soir.
Baromètre holostérique no 2 689mm,1
Thermomètre frondé + 23°,4
Vent. — Est modéré (3).
État du ciel. — Nuageux (4).